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Shadows of people talking on the street.

« Le ciel attendra », ou l’enfer de la radicalisation

Voilà un film coup de poing, en prise directe avec l’actualité et l’action souterraine que conduit Daech grâce à ses réseaux sur notre territoire. Aux frontières de la fiction et du documentaire, ce film – ô combien perturbant ! – nous montre comment une lycéenne peut basculer dans la radicalisation islamique et à quel point il est difficile pour une autre lycéenne de se délivrer de l’embrigadement qui a été tout près de la conduire dans l’enfer syrien…

L’une se nomme Mélanie, elle a 16 ans et vit avec sa mère divorcée à Créteil ; parfaitement équilibrée, elle aime bavarder avec ses condisciples et jouer du Schubert sur son violoncelle. Jusqu’au jour où elle s’éprend d’un « prince » rencontré sur internet… L’autre se nomme Sonia, elle a 17 ans et vit elle aussi à Créteil où son père musulman et sa mère de culture française l’ont élevée sans histoire avec sa petite sœur. Jusqu’au jour où la police fait une irruption brutale dans l’appartement…

Avec ce nouvel opus, la réalisatrice Marie-Castille Mention-Schaar réussit, sans pathos mais avec une puissance qui prend aux tripes, à plonger les spectateurs dans l’enfer du processus de radicalisation islamique, analysé ici avec beaucoup d’acuité. Sans jamais juger, la cinéaste met en scène ces deux jeunes filles avec un réalisme glaçant qui ne peut manquer d’interpeler tous les parents d’adolescents, aveugles le plus souvent aux signaux d’alarme d’un processus diabolique qu’ils ne savent pas décoder.

Naomi Amarger (Mélanie) et Noémie Merlant (Sonia) se montrent si impressionnantes dans l’irrésistible chute de l’une et la souffrance rédemptrice de l’autre que l’on en vient à oublier que ce sont deux comédiennes. À leurs côtés, Clotilde Coureau et Sandrine Bonnaire sont bouleversantes en mères désemparées tandis que Zinedine Soualem incarne un homme que l’on sent physiquement muré dans sa dévastation. Même Yvan Attal, furtivement présent lors d’une scène difficile, est parfait dans son rôle de père de Mélanie et nous livre une tirade d’une très grande force sur l’aveuglement parental.

La narration de cette double histoire croisée ne serait toutefois pas complète sans les remarquables interventions, dans son propre rôle, de l’anthropologue Dounia Bouzar*, créatrice en 2014 du Centre de prévention contre les dérives sectaires liées à l’islam (CPDSI). Consultante de la réalisatrice, elle apporte au film un éclairage tout à la fois pertinent et précieux sur le processus de conditionnement psychologique qui conduit tant de jeunes à se laisser séduire par un discours manipulateur dont la finalité dépasse de très loin un simple embrigadement sectaire.

Avec « Le ciel attendra », l’on peut incontestablement parler d’un film d’utilité publique. Une œuvre au contenu pédagogique que l’on devrait montrer dans tous les collèges et tous les lycées de France. Un film que tous les parents gagneraient également à voir afin que nul ne puisse dire plus tard – et souvent trop tard – « Nous ne savions pas ».

Malgré la qualité de son action de déradicalisation, Sonia Bouzar connaît des échecs qui lui valent des critiques, notamment en rapport avec les subventions perçues par le CPDSI. Sur le fond, nul ne conteste cependant le bien-fondé de sa parole.

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A propos de Fergus

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Autodidacte retraité au terme d'une carrière qui m'a vu exercer des métiers très différents allant d'informaticien à responsable de formation, je vis à Dinan (Côtes d'Armor). Depuis toujours, je suis un observateur (et de temps à autre un modeste acteur) de la vie politique et sociale de mon pays. Je n'ai toutefois jamais appartenu à une quelconque chapelle politique ou syndicale, préférant le rôle d'électron libre. Ancien membre d'Amnesty International. Sur le plan sportif, j'ai encadré durant de longues années des jeunes footballeurs en région parisienne. Grand amateur de randonnée pédestre, et occasionnellement de ski (fond et alpin), j'ai également pratiqué le football durant... 32 ans au poste de gardien de but. J'aime la lecture et j'écoute chaque jour au moins une heure de musique, avec une prédilection pour le classique. Peintre amateur occasionnel, j'ai moi-même réalisé mon avatar.

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