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Le « Choix de la d?faite »

(@) Le choix de la d?faite, quand les ?lites fran?aises choisirent le fascisme.

Le fascisme, dont la d?finition qu?en donnait Franklin Roosevelt devrait ?tre rappel? plus souvent, c?est quand le gouvernement devient contr?l? par des soci?t?s priv?es (?corporation?), qui usent du ?surhomme? d?magogue aupr?s du peuple pour avancer leurs int?r?ts au d?triment de l?int?r?t g?n?ral. Il savait de quoi il parlait, puisque lui-m?me dut faire face ? un coup d??tat en 1934 financ? par les int?r?ts JP Morgan[1], dont Thomas Lamont, son vice-pr?sident, voyait en Mussolini un ?missionnaire? qu?il finan?a ? cout de millions par ailleurs, dans un climat fascisant promu par le grand magnat de la presse am?ricaine Henry Luce, propri?taire du Time Magazine qui fit de Mussoloni et Pierre Laval des ?hommes de l?ann?e?. Si aujourd?hui la menace plane ? nouveau, les m?mes int?r?ts financiers voulant imposer les m?mes politiques d?aust?rit?s financi?res songent ? nouveau ? ce type de r?gime pour imposer la dictature des march?s financiers (si la propagande m?diatique ne suffit pas?), cela n?en est aucunement une fatalit?.

?a ne r?ussit pas aux ?tats-Unis et en France cela n?aurait point r?ussi sans l?intervention d?Hitler, car les travailleurs et d?fenseurs de la R?publique de tout acabit surent l?emp?ch? par leurs actions, souvent r?prim?es tr?s durement, mais suffisantes pour emp?cher les ?lites fran?aises d?obtenir l?implantation d?un r?gime fasciste qu?ils souhaitaient. Comme le mentionnait Einstein ?Le monde ne sera pas d?truit par ceux qui font le mal, mais par ceux qui les regardent sans rien faire.? De plus, comme le rappelle l?historienne Annie Lacroix-Rist?: ?On combat d?autant mieux la fascisation et les putschs d?aujourd’hui qu?on a analys? la fascisation et les putschs d?hier.? Et en la mati?re, elle est une experte, ayant fouill? les archives fran?aises, ouverte apr?s 60 ans!, de la Banque de France, au Quai d?Orsay, en passant par les services de polices et bien d?autres. C?est ? ce retour historique, pour mieux affronter les temps pr?sents, que vous convie cet article en faisant conna?tre le livre choc d?Annie Lacroix-Rist Le Choix De La D?faite : Les ?lites Fran?aises Dans Les Ann?es 1930, dont on peut voir une excellente pr?sentation par l?auteur elle-m?me ici.

L?historien Carroll Quigley mentionne qu?on ne peut comprendre l?histoire du 20e si?cle sans comprendre le r?le de la monnaie – qui contr?le son ?mission et sa valeur – ainsi que le r?le des banquiers dans la vie ?conomique et politique des pays[2]. Que les noms comme Baring, Lazard, Warburg, Schr?der, Mirabaud, Mallet[3], Rothschild ou Morgan s?ils ne nous sont pas d?j? familiers, devrait l??tre beaucoup plus. De m?me que la banque de Worms ou d?Indochine qui furent au c?ur de l?entreprise synarchique qui ouvrit grandes les portes de la France au r?gime hitl?rien. ?Nous n?avons pas vaincu la France, elle nous fut donn?e? aurait dit le g?n?ral Von Reichenau.

Affirmation incroyable? Pourtant, d?j? en avril 1944, le grand historien Marc Bloc ?crivait ?Le jour viendra [?] et peut-?tre bient?t o? il sera possible de faire la lumi?re sur les intrigues men?es chez nous de 1933 ? 1939 en faveur de l?Axe Rome-Berlin pour lui livrer la domination de l?Europe en d?truisant de nos propres mains tout l??difice de nos alliances et de nos amiti?s. Les responsabilit?s des militaires fran?ais ne peuvent se s?parer sur ce point de celles des politiciens comme Laval, des journalistes comme Brinon, des hommes d?affaires comme ceux du Creusot, des hommes de main comme les agitateurs du 6 f?vrier, [?]?. Ce jour tarda beaucoup plus que ne le pensa Bloch, cependant que l?ouverture des archives permit ? l?historienne Annie Lacroix-Riz de confirmer la th?se de Bloch, avec pour diff?rence que la responsabilit? des ?lites ?conomiques dans la d?faite, Banque de France et Comit? des Forges en t?te, furent plus grande que ne le pensa Bloch.

Annie Lacroix-Riz est professeure d?histoire contemporaine ? l?Universit? de Paris 7, mouton noir de l??historiquement correct? qui pr?vaut chez bien des historiens fran?ais, plus prompt ? l?anath?me du haut de leur chair qu?aux recherches minutieuses dans les archives et aux raisonnements s?rieux. Elle aborde des sujets trop souvent d?laiss?s comme l?implication des milieux ?conomiques anglais et fran?ais dans la mont?e du fascisme et du nazisme par une id?ologie lib?rale souvent complaisante aux tenants du pouvoir.

Prenant contre-pied de la th?se pr?dominante depuis les ann?es 80 mis de l?avant par Henry Turner et reprise par plusieurs, comme Ian Kirshaw[4], que le grand capital allemand et international aurait jou? pour tr?s peu dans la mont?e du nazisme, Lacroix-Riz montre que les ?lites ?conomiques fran?aises avaient une grande admiration pour les m?thodes hitl?riennes et de son ministre des finances Schacht[5] – tr?s bien connect? de Londres ? New York – de r?gler la question des salaires et de la capacit? du r?gime ? imposer l?aust?rit??: ?limination des syndicats, diminution du salaire, augmentation du nombre d?heures de travail et camp de concentration pour les r?calcitrants[6]. Sans compter que le nouveau r?gime payera rubis sur l?ongle les dettes commerciales ? la France, l’Angleterre et les ?tats-Unis du plan Dawes et Young jusqu?en mai 1945, aspect souvent n?glig? par les historiens, tout en renfor?ant les liens des grands cartels internationaux (comme la Standard Oil avec IG Farben) issus de ces plans.

La Banque de France, qui n?h?sitait pas ? renflouer aux frais de l??tat les pertes sp?culatives des banques amis, toute ressemblance avec aujourd?hui n?est aucunement le fruit de la co?ncidence, n?en exigeait pas moins l?orthodoxie budg?taire ? l??tat, sous peine de se voir les cr?dits coup?s ou de subir une d?stabilisation organis?e contre le franc (ie la Gr?ce, bient?t l’Espagne d’aujourd’hui…) . Mais pour assurer une telle politique d?un gouvernement technocratique, lib?r? des pressions ?populistes?, le financement de ligues putschistes, le contr?le de la presse et la g?n?ration d?un climat de strat?gie de tension afin d?instaurer un r?gime autoritaire[7] furent employ?s par les ?lites ?conomiques. Annie Lacroix-Riz met en pi?ce l?id?e de l?autonomie du politique ou des journalistes?: bien des historiens se limitant ? la sociologie des id?es de diff?rents groupes politiques oublient de demander ?qui paie?? et ?? quelle fin??

Finalement, on soulignera le rejet syst?matique de l?alliance sovi?tique contre l?Allemagne nazie par les ?lites fran?aises. ? l?exception d?historiens de mauvaise foi, il ne fait aucun doute que la responsabilit? du pacte Molotov-Ribentropp provient du refus de Paris et de Londres[8] d?une alliance avec l?URSS qui la rechercha jusqu?au dernier moment, refus motiv? par des int?r?ts ?conomiques et un anticommuniste visc?ral de certaines factions. Mais il ne faudrait pas voir dans l?anticommuniste la seule raison qui motiva les ?lites ?conomiques vers le fascisme?: la capacit? de ce r?gime ? imposer l?aust?rit? ?tait une raison tout aussi importante. Cette m?me motivation semble ressurgir aujourd?hui?: Borroso, chef de l?Union europ?enne, n?a-t-il pas brandi la menace du fascisme[9] si l?Espagne, la Gr?ce et le Portugal n?appliquaient pas les mesures d?aust?rit?s, qu?il juge comme ?tant l??unique? solution, ?cartant de facto le New Deal de Roosevelt ou les plans de cr?dit productifs de Wilhelm Lautenbach? Les nu?s qui portent l?orage, comme le dit Jaur?s en son temps, ne sont pas bien loin en ces de temps de crise ?conomique qui n?a de comparable, dans l?histoire r?cente, que celle de 1929. Le Choix de la D?faite est donc un livre indispensable pour comprendre la dynamique de l?histoire contemporaine, d?hier comme aujourd?hui. Choisirons-nous donc la facile voie des cassandres d?faitistes ou au contraire participerons-nous activement ? l?instauration d?un ordre ?conomique plus juste au service des peuples?


[1] Voir Jules Archer, The Plot to Size the Whitehouse, Hawthorn Books, NY, 1973. http://www.informationclearinghouse.info/article13906.htm

[2] Carroll Quigley, Tragedy and Hope A History of the World in Our Time, New York, The Macmillan Company, 1966, p.54. http://www.archive.org/details/TragedyAndHope.? On lira avec grand profit les pages 42-62 pour comprendre les m?canismes de la finance et de la monnaie, souvent obscur pour nombre de citoyens, de m?me que les int?r?ts souvent divergents entre capitalisme financier et capitalisme industriel. Ainsi, pour comprendre comment les tr?s discrets banquiers internationaux (commun?ment appel? merchant banker en Angleterre ou encore banquier priv? en France), engag?s dans les pr?ts aux ?tats, peuvent influencer la politique d?un pays et leur obsession contre l?inflation et leur promotion constante de l?orthodoxie budg?taire (la rigueur dirait Mitterrand), qui les poussa, comme le montre pour la France Annie Lacroix-Riz, a support? les r?gimes fascistes qui pouvaient plus efficacement imposer l?aust?rit? salariale qu?une gauche coopt?e ? la L?on Blum.

[3] Ces deux derniers impliqu?s dans le financement des groupes fascistes fran?ais comme les Croix de feu de m?me que l?implication de la banque de Neuflize.

[4] Oubli (ou omission flagrante pour mieux d?fendre sa th?se?) de Turner du r?le cl? d?Hugenberg, repr?sentant de l?industrie lourde et magnat de la presse allemande – il en contr?lait la moiti? en 1930 – qui fit campagne pour Hitler ou d?un Kirshaw qui ne mentionne rien du r?le d?Henry Deterding de la Shell ou qui r?duit le probl?me de la d?mission du roi Edward VIII ? une histoire de divorce avec une Am?ricaine, alors que les sympathies pronazies du couple royal ?taient trop ouvertes, m?me pour les ?appeaser?. Ou les tendances id?ologiques de Lord Rothermere et Beaverbrook, magnats de la presse anglaise ou encore le pronazi Montagu Norman, tr?s puissant chef de la banque d?Angleterre.

[5] Et on peut s?inqui?ter d?autant plus que le Time a r?v?l? que Bernanke, chef de la r?serve f?d?rale am?ricaine, a une photo dans son bureau non pas de FD Roosevelt, mais de Hjalmar Schacht, futur ministre des Finances d?Hitler, Montagu Norman, Benjemin Strong de la r?serve f?d?rale de l??poque (dans l?orbite de JP Morgan) et le fran?ais ?de gauche? Charles Rist. http://www.time.com/time/photogallery/0,29307,1947816_2013209,00.html

[6] La prochaine fois que vous entendrez parler que les r?gimes fascistes ont r?ussi ? ?liminer le ch?mage, il faudra garder cela en t?te? Sans compter que la ?relance? hitl?rienne est majoritairement redevable aux r?armements militaires, voir Paul Bairoch, Mythes et paradoxes de l?histoire ?conomique, ?dition D?couverte, Paris, 1999, p.24-30.

[7] En commettant, par exemple, des assassinats que la grande presse attribue aux communistes, qui ne vont pas sans rappeler la strat?gie ult?rieure d?apr?s-guerre des services secrets anglo-am?ricains qui utilis?rent le r?seau Gladio, notamment en Italie avec l?utilisation les r?seaux de Lucio Gelli de la loge P2, pour d?stabiliser le r?gime d?mocratique par des attentats terroristes qu?on attribuait aux brigades rouges. Voir l?excellent livre de Daniele Ganser, Les arm?es secr?tes de l’OTAN : r?seaux Stay Behind, Op?ration Gladio et terrorisme en Europe de l’Ouest, traduit de l’anglais par Thomas Jamet?,Paris, ?ditions Demi-Lune, c2007.

[8] Pour comprendre les int?r?ts ?conomiques derri?re l?apaisement anglais, voir Scott Newton, Profit of peace?: the political economy of Anglo-German Appeasement, Oxford, Oxford University Press, 1996, 217 p.?Certains virent, ? tord, le fascisme comme l??manation des pays catholiques, oubliant l’Allemagne, les?courants fascistes dans les milieux anglo-saxons et surtout les financements des fascismes par les anglo-saxons?sur le continent.?Les milieux imp?riaux anglais, imbib?s de th?ories raciales, darwiniennes, eug?nistes, dont le fondateur Galton ?tait admir? par l??lite anglaise, de Churchill (amis et admirateur de Mussolini; et les anglais financ?rent Mussolini depuis 1917!)? ? Keynes?en passant par?l??conomiste ?lib?ral? am?ricain Irving Fischer. Il ne faut pas oublier qu?Hitler admirait l?Empire britannique et chercha une alliance avec ce dernier jusqu?? la toute fin, notamment par l?entremise de Ribbentrop. On pourra voir l?influence locale de ce fascisme anglais sur le qu?b?cois Adrien Arcand.? http://www.ledevoir.com/culture/livres/286182/adrien-arcand-un-fasciste-bien-de-chez-nous.

[9] Jason Groves, ?Nightmare vision for Europe as EU chief warns ‘democracy could disappear’ in Greece, Spain and Portugal? .

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