Inscrivez-vous pour participer au site : commentez, rédigez et communiquez !
http://www.centpapiers.com/ Le journal citoyen du Québec pour la francophonie
13 octobre 2009 |
1 commentaire(s) |
vu 904 fois 
Photo : wikimedia.org
L’un dans l’autre, la question de l’intégration multiculturelle ou interculturelle ou pluriculturelle rencontre deux traitements, celui du chêne et celui du roseau.
Le chêne : la France. La république se réclame d’un certains nombre de valeurs de base qui fonctionnent comme des principes axiomatiques. Tous les citoyens étant égaux devant la loi française (dont l’extraterritorialité est fondée et légitimée dans la ci-devant universalité -voulue ou réelle- des fameux droits humains – valeurs de 1789 que les ricains implémentèrent… en 1776) et il faut se conformer. L’immigrant est une sorte d’accident de parcours, un apport toléré s’il s’intègre, un candidat serein ou rebelle à l’assimilation. Politique identitaire est un terme péjoratif en France. Le concept central pour eux, c’est le communautarisme, synonyme de replis identitaire, de résistance indue face aux exigences élémentaire de la vie publique.
Le roseau : le Canada. Terre d’immigration dotée de deux peuples fondateurs égaux en droits et en valeurs… sinon dans les faits. Décontraction très Nouveau Monde, ouverture (non exempte d’un type tout particulier de condescendance bienveillante). Toutes les religions, tous les restos, tous les langages. Port des couvre-chefs religieux autorisés partout, sans problème particulier. Tolérance est le maître mot, le calcul étant qu’une intégration saine et effective ne se fait pas sous la contrainte des lois mais par le serein exemple. Le Canada se réclame de la notion cardinale de multiculturalisme et l’épanouissement identitaire est une valeur endossée et promue. Huit personnes sur dix rencontrées sur la rue ignorent purement et simplement le sens glauque du mot communautarisme.
Attention important! Notez qu’il ne s’agit pas ici de reprendre le jugement de valeur porté par la fable de Lafontaine. Si le chêne de la fable se déracine tandis que le roseau plie et reste indemne, la moindre promenade auprès d’un de nos beaux lacs canadiens vous montrera des roseaux ayant cassé d’avoir été trop flexibles et des chênes ayant parfaitement résisté à l’orage…
Ceci dit, ces deux modèles gagneraient chacun à s’inspirer un peu de l’autre. L’exemple historique du Québec est ici particulièrement parlant. Au moment de la conquête anglaise de 1760, une population française de 60 000 âmes, implantée depuis plus de 150 ans se retrouve encadrée par un occupant n’alignant pas 20 000 gogos. Le cas est savoureux et fort utile à la réflexion car ici, c’est l’immigrant minoritaire qui a le pouvoir économique et politique… Spontanément communautaristes, les canadiens français du temps voyaient à leurs affaires, leur religion, leur cadastre rural, le mariage de leurs fils et de leur filles, leurs corvées villageoises, leur pot-au-feu selon leur loi traditionnelles. Le conquérant a vite vu qu’il ne pouvait pas réformer et angliciser tout ça. Il a donc fait la part du feu. Les crimes, impliquant notamment mort d’homme, seraient traités selon les lois de l’occupant. Pour le bazar de litiges de cadastre, de récoltes et de mariages, arrangez-vous entre vous avec vos lois françaises. Le Québec a, encore aujourd’hui, un code civil français et un code criminel de common law britannique. Il tient aux deux, comme il tient fermement à son parlement de type britannique, où il traite ses affaires en français. En 1774, deux ans avant la révolution américaine, craignant que les français de la vallée du Saint Laurent ne veuillent s’associer à la république américaine naissante, les britanniques du Canada produisent la première loi multiculturelle ou interculturelle en terre nord-américaine, L’Acte de Québec. En un mot: OK les copains, vous pouvez rester catholiques, vous pouvez conserver la langue française, vous ne devez plus prêter explicitement serment au roi d’Angleterre. Les autres ont répondu Vive le Roi George! (en français) et les bataillons canadiens français eurent un rôle important à jouer pour empêcher la révolution américaine de s’exporter dans nos arpents de neige…
Peut-on donner tort aux Québécois d’avoir continué de faire cuire leur couscous et portés leurs voiles? Peut-on les accuser de replis identitaire pour avoir perpétué ainsi leur existence nationale, produisant une des cultures francophones les plus originale au monde hors de France, et imposant de facto à toute l’entité canadienne la notion profonde de multiculturalisme dont elle se serait bien passé autrement? La culture arabe de France ne pourrait-elle pas, modulo les ajustements requis, produire un résultat lumineux similaire? Par la force des faits, les britanniques paniqués des premières décennies de la conquête nous donnent la leçons du roseau. Mais 250 plus tard, cette société québécoise se rend compte soudain que cette souplesse anglo-saxonne qui fonda son existence commence à sérieusement gripper. Les québécois et les québécoises sont profondément féministes, le droit de la femme est pour eux un enjeu cardinal. Peuvent-ils reprocher à nos jacobins de français dans leur raideur et leur grandeur de vouloir dire ça suffit! quand des pratiques juridiques inégalitaires grugent et compromettent de partout l’égalité républicaine? Sur le droit des femmes, la fermeté française en matière de replis identitaire (de ghetto, de combines maritales louches, de magouilles d’immigration, d’oppression occulte de l’immigrante par l’immigrant) nous donne indubitablement la leçon du chêne.
Pourquoi l’épanouissement identitaire serait-il un communautariste? Pensez au Québec, de plus en plus ouvert sur le monde et épanoui. Pourquoi le repli identitaire serait il un multiculturalisme? Pensez aux femmes immigrantes ne bénéficiant pas effectivement des lois nationales et vivant incarcérées dans leur propre communauté, coupées du monde.
Il faut doser ces deux apports, au cas par cas. Voile, bouffe, mariage, musique, héritage, patrimoine, tout doit y passer. Il faut patiemment tamiser. Chêne ici, roseau, là, Chêne pour ceci, roseau, pour cela, Il y en a pour une bonne génération. Des syncrétismes de grande valeur en émergerons, si c’est fait proprement… Je suis optimiste.
Bonjour,
Bel article et bel comparaison, qui montre une autre vision du problème tel que souvent (si ce n’est toujours) présenté par les médias français. J’ai souvent pensé que le modèle idéal dans les sociétés occidentales actuels devaient se situer entre le modèle français actuel et le modèle britannique (pour diverses raisons je suis plus informé sur les actualités britanniques…que québécoises et canadiennes). Le modèle français est (selon moi) un modèle trop rigide et qui en plus est plein de contradictions alors que le modèle britannique est (toujours selon mon humble avis) un modèle trop permissif qui laisse du coup la porte ouverte aux extrémistes de tout bord.
With kindness from Reunion Island.
10:39, le Dimanche 18 octobre 2009Vous devez être connecté pour publier un commentaire.
0
vu 129 foisTous droits réservés, Cent Papiers 2006-2010 | Roule sous Wordpress