Inscrivez-vous pour participer au site : commentez, rédigez et communiquez !

http://www.centpapiers.com/ Le journal citoyen du Québec pour la francophonie

Centpapiers

  • Le champignon est-il l’avenir de l’homme?

    13 octobre 2009 | 0 commentaire(s) | vu 5 189 fois

    Photo : Flickr selva

    Photo : Flickr selva

    Hallucinants champignons ! Voici l’automne et ses feuilles mortes. Sous les feuilles, des questions. Et surtout, beaucoup de réponses à de nombreux enjeux. Car si de gourmands mycophages arpentent bois et prés à la recherche des qualités gustatives de nos compagnons de campagne, les chercheurs, quant à eux, remplissent leur panier de découvertes, dont beaucoup pourraient contribuer rapidement à relever des défis vitaux pour l’homme et sa planète.

    Pline l’Ancien fut le premier à aborder le règne fongique (1er siècle ap JC), s’inquiétant de la toxicité de certaines espèces, et de confusions possibles entre le bolet et des champignons vénéneux.

    Le botaniste français Paulet (1740-1826) qui a proposé, en 1795, le terme « mycologie » pour désigner la science étudiant les champignons. Le nom tire son origine du bas-latin campinolius «produits des campagnes »

    Le champignon est relié à des faits naturels et sociaux qui frappent la conscience: moisissure, aliment, drogue, nucléaire, maladie, etc. Il est symbole de la vie régénérée (fermentation). La décomposition organique, quant à elle, renvoie à la mort.

    Des traditions de nombreux pays ont développé des symboliques autour du champignon.

    L’étude des champignons, la mycologie, est pratiquée par des mycologues, ceux qui les mangent sont de gourmands mycophages Heureux.

    Qui sont-ils ?

    La planète recèlerait près d’un million et demi d’espèces. A peine 5000 sont réellement répertoriées et beaucoup d’autres sont encore très peu connues.
    Ce qu’on appelle couramment champignon n’est en fait que la fructification temporaire et visible, le “sporophore” (autrefois appelé carpophore), d’un organisme à caractère plus durable et plus discret dont la structure habituellement filamenteuse constitue le « mycélium ». Diverses silhouettes de sporophores sont bien connues : en forme de petits buissons comme les clavaires, de langues sur le tronc des arbres comme les fistulines, de coupes comme les pézizes, de sphères comme les vesses-de-loup, etc.

    Les champignons sont un peu à part du règne végétal avec une façon bien à eux et assez particulière de se développer. Ils ont un appareil végétatif sans vraies racines, tiges, feuilles et surtout sans chlorophylle. Ni animal, ni végétal, le champignon appartient au règne fongique.

    Les champignons sont des eucaryotes d’une importance primordiale sur les plans écologique, biotechnologique, médical, économique et en matière de développement durable.

    La petite taille et la compacité de leur génome en font des modèles de choix pour l’analyse de fonctions difficiles à appréhender chez des modèles animaux plus complexes. Ils sont particulièrement utiles dans l’agro-industrie (champignons comestibles, fermentations, etc.) et dans les biotechnologies (enzymes, métabolites, pharmacie). Enfin, ce sont des pathogènes d’importance chez l’animal et l’homme, mais ce sont aussi les principaux agents pathogènes des plantes cultivées.
    les études sur l’ADN entraînent de profonds bouleversements, notamment sur leurs classifications.

    Reproduction.

    Le champignon visible se développe à partir d’un enchevêtrement de filaments (mycélium) qui croissent sous terre ou dans le substrat . De place en place, ce réseau souterrain produitn dans certaines conditions un “fruit” (le champignon visible, aérien) qui sert à la reproduction par la dissémination de spores.

    Chez certains, il existe une véritable reproduction sexuée, avec union de gamètes mâles et femelles et production d’une cellule allongée appelée asque qui contient 8 spores, les ascospores.

    La partie aérienne du champignon a en général la forme d’une coupe simple (ex : Pezize) ou d’un ensemble de coupes réunies (ex : Morille), portant à sa surface l’hyménium. Ce dernier est formé par une couche d’asques (éléments fertiles) entrecoupée de place en place par des éléments stériles appelés paraphyses. La libération des spores se produit lors de l’éclatement de l’asque.

    Chez d’autres, le processus sexuel est effacé, il n’y a plus de gamètes, chaque cellule contient deux noyaux, un + et un -, dont l’union produit une baside qui porte 4 spores. L’hyménium est formé de basides, et lorsqu’il y a des éléments stériles, on les appelle cystides. A maturité la spore se détache de la baside et tombe.

    Le champignon porte le nom de carpophore ou sporophore et prend frequemment la forme d’un pied  surmonté d’un chapeau. La forme est parfois différente (Clavaires, Polypores,…), et chez certaines espèces, il faut que le champignon éclate pour libérer les spores comme chez les Vesses de Loup.

    Il faut qu’un certain nombre de conditions soient réunies pour obtenir la germination d’une spore qui donnera un filament de mycélium primaire. Mais ce dernier reste stérile. Il lui faudra encore rencontrer un autre filament primaire porteur d’un sexe opposé. Cette rencontre donnera un mycélium secondaire fertile, lit des primordiums ( équivalents de “bourgeons” chez les végétaux).

    Au bout d’un certain temps (variable selon les espèces et les conditions), les primordiums évoluent vers la formation des champignons aérienns qui libèrent à maturation des spores qui vont recommencer le cycle.

    Les modes de nutrition.

    Les végétaux à chlorophylle sont capables de fabriquer leurs éléments carbonés (indispensables aux être vivants) par photosynthèse en transformant le CO2 contenu dans l’air en diverses substances organiques: sucres, lipides, cellulose… L’unique source d ‘énergie étant le soleil. On les dit autotrophes.

    Les champignons sont dépourvus de chlorophylle et ne sont donc pas capables de fabriquer les substances organiques nécessaires à leurs cellules pour la croissance.

    Ils sont donc obligés d’absorber des molécules toutes prêtes, fabriquées par d’autres organismes. On les dit hétérotrophes. N’ayant pas besoin de lumière, ils peuvent donc pousser dans l’obscurité, comme c’est le cas pour les cultures des champignons de Paris.

    Les champignons se nourrissent par l’intermédiaire de leur organe végétatif appelé mycélium constitué de fins filaments parfois visibles à l’œil nu.

    Le mycélium sécrète des enzymes très puissantes, des gloutons capables de décomposer la matière organique la plus résistante (bois par exemple) et absorbe les éléments carbonés nécessaires à la survie de ses cellules.

    Lorsqu’un mycélium a accumulé suffisamment de réserves et que les conditions sont favorables, il fructifie, et fait remonter un carpophore à la surface (partie visible du champignon). Vous pourrez admirer le spectacle de ces éclosions sur la vidéo. Les champignons sont parfois stupéfiants Innocent: certains ont été surpris perçant des trottoirs ou soulevant une plaque d’égoût.

    Après sa fructification, le champignon ne meurt pas: il continue de végéter, épuise tranquillement toutes les ressources du substrat. Il se met alors en route pour chercher sa nourriture. Ce déplacement explique la formation des ronds de sorcières: la croissance du mycélium à partir d”un point initial est centrifuge, il s’écarte de ce point jusqu’à 40 cm par an.

    Ce phénomène, discrêt en forêt, se voit bien dans les prés, car les sécrétions du mycélium enrichissent le sol en azote. L’herbe paraît alors plus verte sur le rond de sorcière.

    Un mycélium peut se mettre au repos plusieurs mois ou plusieurs années avant de donner un carpophore, si les conditions extérieures ne lui conviennent pas (froid, sécheresse), puis reprendre sa croissance lorsque les conditions s’améliorent. Les spores aussi peuvent subsister quelques années en attente de conditions favorables de germination, et démarrer un nouveau cycle.

    Les champignons vivent grâce à la matière organique des autres de trois façons possibles :

    - Les saprophytes s’attaquent à la matière organique morte : bois, humus, fruit, cadavre, ils digèrent tout, et participent activement au nettoyage de la forêt. Ex : coprins, agarics des prés …

    - Les parasites profitent d’une blessure ou d’une faiblesse sur un arbre pour s’y installer.Ils pénètrent dans les cellules, s’attaquent aux tissus vivants, et y puisent tout ce dont ils ont besoin en entraînant la mort de l’être vivant parasité. Ex : polypores, fistuline hépatique …

    - La symbiose: les champignons vivent sur les racines de certains arbres. Ils s’apportent mutuellement une entraide amicale. Certains arbres ne peuvent vivre dans un sol neuf sans leurs champignons. Ex : cèpes.

    A force de tout absorber et tout digérer sans tri ni filtrage, le champignon accumule les toxiques du milieu où il vit. C’est pourquoi l’on signale ici et là des empoisonnements, heureusement souvent bénins, avec des champignons pourtants comestibles, mais cueillis en des endroits pollués par des toxiques ou des rayonnements radio-actifs (Tchernobyl). Les métaux lourds, les engrais, pesticides et fongicides sont autant de matières absorbées et intégrées dans la fabrication cellulaire du champignon.

    C’est pourquoi il est déconseillé de ramasser des spécimens sur les bords de route (gaz d’échappement contenant du plomb), sur d’anciens dépotoirs ou terrains vagues, sur des sites industriels, dans des prés récemment traités.

    Intérêt alimentaire, valeur nutritionnelle, valeur protectrice de la santé.

    La fermentation à la base de nombreux aliments. Ce n’est que vers 1860 que les travaux de Pasteur levèrent le voile sur ces champignons microscopiques et unicellulaires qui provoquent la fermentation : les levures qui contaminent naturellement fruits et grains. La fermentation par les levures transforme le sucre en alcool, avec dégagement de gaz carbonique. Saccharomyces cerevisiae ou levure de boulanger est le champignon le plus utilisé et nous permet de fabriquer le pain, la bière, le vin, des boissons alcoolisées, le cidre, les jus de fruit, etc.. Ces champignons microscopiques sont aussi indispensables à la fabrication des fromages. La fermentation est également utilisée industriellement dans de nombreux domaines.

    Les champignons apportent des minéraux (10% de la matière sèche) et surtout du potassium, qui participe activement à la protection contre l’hypertension artérielle. Les champignons colorés sont aussi une source importante de caroténoïdes, ces pigments qui s’opposent à l’oxydation cellulaire due aux radicaux libres. L’un de ces pigments, la canthaxanthine s’oppose à l’initiation des cancers. Dans les études de laboratoire, l’administration de canthaxanthine diminue de 65% de la fréquence des tumeurs. Les champignons constituent un légume à part entière, qui peut être introduit dans les régimes amaigrissants et hypolipidiques.

    Composition nutritionnelle moyenne :
    A dose raisonnable, la consommation de champignons est bonne pour la santé. Ils contiennent par exemple beaucoup de vitamines B (notamment vitamine B3, importante pour la peau, les systèmes digestifs et nerveux) et constituent une source intéressante de minéraux.
    Selon les variétés, les oligo-éléments sont parfois présent en quantité significative : fer (1,2 mg), zinc (0,5 mg), cuivre (0,4 mg) etc.

    Pour 100 g de champignons

    * Apport énergétique : 25 à 40 kcal
    * Eau : 90 g
    * Protides : 2 à 4 g
    * Lipides : 0,3 à 0,7 g
    * Glucides : 3 à 6 g
    * Calcium : 5 à 7 mg
    * Phosphore : 100 à 120 mg
    * Potassium : 300 à 500 mg
    * Magnésium : 8 à 15 mg
    * Sodium : 5 à 20 mg
    * Vitamine C : 4 à 9 mg
    * Vitamine B1 : 0,02 à 0,10 mg
    * Vitamine B2 : 0,25 à 0,50 mg
    * Vitamine B3 : 5 à 8 mg
    * Vitamine B5 : 2 à 5 mg

    On découvre encore aujourd’hui de nouvelles applications dans l’étude des champignons microscopiques largement étudiés en biotechnologie.

    Intérêts et usages : les biotechnologies.

    L’intérêt des champignons repose sur leur capacité particulière à produire une grande diversité de molécules.
    Le monde des champignons représente un ensemble extrêmement hétérogène, dont les individus sont distribués dans toutes sortes d’habitats. La conséquence : une grande diversité métabolique et biochimique.

    Toutefois, à ce jour, l’industrie n’exploite commercialement qu’un tout petit nombre de métabolites, produits par quelques espèces seulement. En effet, de nombreux champignons ne répondent pas spontanément aux critères qu’impose une exploitation industrielle : culture facile sur un milieu défini, peu cher, répondant aux manipulations génétiques empiriques.

    Mais il est prévisible que les techniques du génie génétique, permettant de cloner des gènes d’une souche et de les faire s’exprimer dans un hôte hétérologue apportera un intérêt économique à de nouvelles espèces. De plus, les champignons semblent posséder une plus grande capacité que les procayotes* à exprimer des gènes étrangers, y compris des gènes d’eucaryotes supérieurs, spécificité qui ouvre d’immenses voies de recherche.

    Malgré toutes les catastrophes, maladies et autres ravages dont les champignons sont responsables, ils sont également nos alliés et souvent de précieux auxiliaires dans de nombreux domaines, car ils sont capables:
    - de réaliser des transformations
    - de produire des enzymes (amylases, lipases, protéases, pectinases, amyloglucosidases, glucanases, xylanases, cellulases, etc.)
    - de transformer une substance organique en une autre (bioconversion)
    - de biodégrader les déchets tout en diminuant la pollution.

    Tous ces prodiges sont réalisés par des champignons microscopiques, ou moisissures, et permettent de soigner, d’assurer une partie de notre alimentation, grâce en autre à la fermentation, de nous faciliter la vie de tous les jours et certainement encore nous rendre d’énormes services dans un avenir très proche (génétique, dépollution, épuration, protection et amélioration des cultures et de l’écosystème, pharmaceutique, etc.), grâce au développement de biotechnologies. C’est même un enjeu pour l’avenir.

    Les champignons filamenteux intéressent les biotechniciens et chercheurs par leurs capacités à rapidement biotransformer les lignocelluloses grâce à des enzymes spécialisés, ou à dépolluer certains milieux. Divers programmes de recherche visent à comprendre et contrôler certains mécanismes de biotransformation fongique pour les utiliser industriellement, dont pour produire des carburants biosynthétisés. Là encore, certains craignent un risque en cas de fuite dans l’environnement d’organismes génétiquement modifiés (OGM) susceptibles de s’attaquer à des ligneux ou autres végétaux (vivants et/ou morts).

    Technologies vertes, dépollution, réhabilitation des territoires pollués :
    La pollution des sols fait l’objet d’une prise de conscience récente, une vingtaine d’année tout au plus, au regard de plus de deux siècles d’activités industrielles et agricoles.

    Les microorganismes des sols jouent un rôle primordial dans l’équilibre des écosystèmes. La valorisation des résultats de la recherche en matière de fonctionnement biologique des sols doit être pleinement intégrée dans l’élaboration de projets de réhabilitation des territoires pollués ou dégradés.
    Des industriels développe des solutions biologiques innovantes, basées sur l’utilisation des champignons, pour la dégradation des polluants organiques (mycoremédiation) et/ou la stabilisation des polluants métalliques et des sols (mycostabilisation).

    La permaculture de champignons, la fungiculture est considérée par un nombre croissant de chercheurs mycologues comme une source importante de molécules utiles pour le futur. Ils pensent que les champignons peuvent jouer un rôle très important dans le domaine de la dépollution, en accompagnement de la phytoremédiation ou de l’utilisation de divers micro-organismes, utilisés seuls ou en association épuratrice…

    Certaines espèces s’avèrent en effet capable de remarquablement bien bioconcentrer les métaux ou radionucléides du sol. Selon les chercheurs, la mycoremédiation, dont la mycofiltration, permettrait de détoxiquer des milieux (eau, air, sol) moins coûteusement qu’avec les techniques physico-chimiques classiques et plus rapidement que via la phytoremédiation. Elle demande encore cependant une meilleure connaissance et maîtrise de la culture des myceliums dans un sol ou un substrat pollué ou dans un matériau filtrant un air ou une eau polluée.
    Des champignons, comme Trametes versicolor, sont capables de produire des enzymes (des laccases) qui épurent l’eau polluée par les pesticides qui sont présents dans la quasi-totalité des cours d’eau.

    Le manque d’eau et les biotechnologies : tel est le thème abordé par la FAO dans le cadre de sa dernière conférence électronique. Les sujets principaux abordés ont été le développement de plantes tolérantes à la sécheresse, l’usage des bactéries et des mycorhizes (champignons) lors de stress hydrique et l’usage des biotechnologies dans le traitement des eaux.

    La biodiversité des champignons filamenteux artisans de la chimie verte:
    Améliorer le rendement énergétique et la qualité du papier, synthétiser à partir de produits végétaux des arômes alimentaires ou de nouveaux agents de texture, mettre au point de nouvelles filières de production de biocarburant… Les chercheurs étudient  l’intérêt des enzymes, par exemple la laccase, metalloenzyme “bleue” (à cuivre), qui peut être produite à partir de différents champignons. Il a été montré que le papier produit à l’aide de laccase permettait 30 % de gain d’énergie, utilisait 50 % de produits chimiques en moins, et présentait plus grande résistance à la déchirure.
    Ils peuvent être utilisés pour produire des gels texturants végétaux, aptes à se substituer à la gélatine animale, ou de la vanilline biotechnologique. Ainsi, Pycnoporus cinnabarinus est une pourriture blanche du bois qui présente des voies métaboliques clés pour la production d’arômes ou d’antioxydants. Ce champignon a été retenu comme modèle de laboratoire par l’Inra de Marseille.

    Trichoderma reesi est champignon isolé pendant la guerre du Vietnam où il dégradait les uniformes des soldats. Il est actuellement utilisé industriellement pour produire du sucre dans la filière bioéthanol. Un laboratoire l’utilise comme modèle industriel pour rentabiliser cette transformation.

    Insecticide biologique :
    “Quand les abeilles auront disparu, les humains n’auront plus que 5 ans à vivre sur cette Terre” (Albert Einstein).

    Nous prenons conscience de l’emploi abusif de pesticides dans notre environnement. On fait usage déjà de l’appétit féroce des coccinelles vis-à-vis des pucerons, mais connaît-on et surtout emploie-t-on ces champignons microscopiques qui ont la faculté de nous débarrasser de certains de ces nuisibles?
    Quelques exemples:
    - Caelomomyces et Lagedinium détruisent les larves des moustiques.
    - Entomophtorales s’attaquent aux pucerons et au phylloxéra.
    - Entomophora muscae est pathogène pour les drosophiles (mouches à vinaigre).
    - Arthrobotrys irregularis s’attaque aux nématodes, ces vers qui vivent dans le sol ou en parasite de l’homme et des mammifères.
    - Paecilomyces lilacinus et Verticillium Chlamydosporum ont la propriété de détruire les œufs des nématodes.
    - Verticillium lecanii s’attaque également aux pucerons, etc.
    L’industrie agro-alimentaire exploite aussi le potentiel bio-insecticide des champignons.

    Domaine pharmaceutique :
    Chacun connait la contribution de certaines moisissures (Penicillum glaucum) à la découverte et au développement des antibiotiques.

    Les champignons sont caractérisés par une extrême diversité. “Au cours de l’évolution, ces organismes ont fabriqué des molécules finement adaptées à leurs cibles, propres à neutraliser bactéries ou prédateurs. Ils synthétisent des hormones, des alcaloïdes, des antibiotiques, dont on n’a identifié qu’une infime partie. Cette grande diversité biochimique sera de plus en plus exploitée par l’homme “, indique le professeur Arpin.

    De telles découvertes sont déjà répercutées par l’industrie pharmaceutique : certains champignons servent ainsi de réceptacles pour développer des gènes étrangers.
    Toutes les bio-industries sont aujourd’hui engagées dans la recherche de molécules synthétisables, dotées de propriétés techno-fonctionnelles ou pharmacologiques innovantes, capables par exemple de résoudre les phénomènes de résistance (antitumoraux, antibiotiques, antipaludéens…) ou de répondre au souhait du public d’une plus grande naturalité des traitements.

    La découverte de la pénicilline par Alexander Fleming en 1928, fut considérée comme un miracle car elle permit de soigner et de guérir une multitude de maladies dont certaines sont mortelles: la tuberculose, le tétanos, la syphilis, la pneumonie, la méningite, etc. D’autres antibiotiques comme la streptomycine, la tétracycline, l’érytromycine, l’amphothéricine B, l’acide fusique, la griséofulvine, la variotine, la céphalosporine, la fumagiline, la siccanine, etc., sont élaborés grâce à d’autres champignons et sont actifs contre la diphtérie, le charbon, la lèpre, la peste, etc.

    La biotechnologie, qui permet de modifier les propriétés héréditaires d’organismes vivants, met également certains champignons à contribution, des levures en particulier. La production de l’insuline, qui jusqu’alors était extraite du pancréas de porc ou de bœuf, est produite maintenant par Saccharomyces cerevisae (levure de boulanger) génétiquement modifié. Pour la petite histoire, un autre champignon, mais supérieur celui-là, le Tricholome de la Saint Georges (Tricholome Georgii) a longtemps été recommandé aux diabétiques car il peut, paraît-il, remplacer l’insuline.

    L’hormone de croissance qui provenait jusqu’alors d’hypophyses de cadavres humains, avec tous les risques sanitaires que cela pouvait comporter (maladie de Creutzfeldt-Jakob), est elle aussi produite grâce à des levures génétiquement modifiées, de même d’ailleurs que la cortisone. Aucun danger que ces OGM-là se disséminent dans la nature car ils ne survivent pas hors d’un environnement contrôlé (laboratoires, usines).

    Des champignons pathogènes pourraient traiter la maladie cœliaque qui se caractérise par une intolérance au gluten, une protéine que l’on retrouve dans le blé, d’autres céréales (seigle, orge, froment, épeautre), et présente peresque partout dans l’alimentation moderne. Cette maladie auto-immune touche 1% de la population et ne dispose d’aucun traitement. Les chercheurs ont analysé la sécrétion de certains champignons pathogènes. Leurs enzymes très puissants, appelés protéases, sont capables de faire fondre un ongle. «Nous avons séquencé ces protéases, les avons clonées dans de la levure pour les produire en grande quantité et avons découvert qu’elles possédaient un certain nombre de fonctionnalités. Elles sont notamment capables de couper d’autres protéines et de les décomposer en simples acides aminés.»

    Dans le cas de la maladie cœliaque, le gluten n’est pas dégradé par le système digestif comme il se doit. Le gluten est mal digéré et une accumulation de produits toxiques (les gliadines, petits peptides dérivés du gluten) intervient au niveau de l’intestin, ce qui déclenche des réactions inflammatoires. Les symptômes sont très variés: douleurs abdominales, diarrhées chroniques, anémie, grande fatigue, problèmes cérébraux, retards de croissance, insuffisance imunitaire. «Les enzymes de champignons que nous avons étudiés sont capables de dégrader ces morceaux de gluten en acides aminés.»

    La preuve de concept a déjà été réalisée. Prochaine étape: encapsuler ces enzymes et les proposer comme médicaments ou additifs alimentaires.

    Les enzymes des champignons pathogènes ont d’autres applications possibles. En dermatologie, ils attaquent les tissus morts (l’ongle) sans affecter les tissus vivants (peau). On peut imaginer une crème dermabrasive qui gommerait la cicatrice, considérée comme un tissu mort. Des applications pour la décontamination (élimination du prion dans le cas de la maladie de la vache folle), le recyclage des déchets industriels (plumes, cornes, cheveux) sont également des cibles potentielles.

    Selon le docteur Sheldon Hendler (Université de Californie, San Diego), « les chercheurs s’intéressent aux propriétés de deux champignons asiatiques : le shiitake et le rei-shi. Le premier possède des effets anti-tumeurs, anti-viraux et immuno-stimulateurs, probablement liés à la présence d’un polysaccharide, le lentinan. Cette substance augmente les productions d’interleukine-1 et d’interféron. Le shiitake peut aussi diminuer le cholestérol et la tension artérielle. Quant au rei-shi, il contient un autre polysaccharide qui augmente la production de cellules-T et exacerbe l’activité des macrophages. Le rei-shi a été utilisé avec succès dans le traitement d’hépatites virales. Il possède aussi une action anti-histaminique. » Au goût, ces deux champignons n’ont absolument rien d’un médicament : ils sont délicieux, pauvres en calories, mais un peu chers.

    Des champignons magiques aux médicaments de pointe.
    L’amanite tue-mouches (Amanita muscaria) est un champignon toxique très répandu en Europe et sur le continent américain. Il est utilisé par les chamans des tribus indiennes pour entrer en contact avec les esprits. Mastiqué ou consommé en extrait, il entraîne excitations et divers troubles. Ces effets sont dûs à une substance, le muscimol, dont un analogue, le THIP est étudié pour son activité analgésique, proche de la morphine.

    L’ergot de seigle est un champignon parasite des céréales, dont la consommation fit de terribles ravages au Moyen-Age. L’ergot contient des alcaloïdes dérivés de l’acide lysergique qui provoquent une contraction des fibres lisses réglant le calibre des vaisseaux (vasoconstriction). Cette contraction peut-être intense et provoquer une brusque diminution de l’irrigation des tissus, entraînant une gangrène. Par hydrogénation, les alcaloïdes de l’ergot perdent ces propriétés, et acquièrent des effets vasodilatateurs. Ils sont aujourd’hui utilisés pour traiter hypertension, migraine et troubles du système nerveux à l’instar de la dihydroergotoxine.
    L’acide lysergique de l’ergot de seigle a été utilisé par deux chimistes suisses pour donner naissance dès les années 30, à une série de 27 corps de synthèse. Le vingt-cinquième vit le jour en 1938. Il s’agissait du diéthylamide de l’acide D-lysergique, ou… LSD 25.

    Des chimistes furent un jour amenés à se pencher sur la découverte d’un chercheur de retour du plateau de Hardangger, en Norvège, où il avait passé ses vacances. Le champignon en question, Tolypocladium Inflatum contenait un antibiotique faiblement actif. Mais cette molécule devait se révéler capable de déprimer de manière impressionnante le système immunitaire de la souris par une action sur les cellules-T. Dans les années 1980, sa structure était établie. Elle devait donner naissance à la ciclosporine, un médicament de premier plan pour minimiser le phénomène de rejet après une greffe.

    Le champignon recèle encore beaucoup de secrets à livrer à l’humanité. Ce règne à part est peut-être le Graal que la planète offre à l’humanité, pour la sauver elle et les humains qu’elle porte.

    Si nous savons regarder, observer, comprendre avec bienveillance, ce que nous étions tenter de rejeter de prime abord, ou de ne considérer que sous un angle restreint.

    Ce monde particulier relie le souterrain et l’aérien, la mort et la vie, le passé et l’avenir. Les extraordinaires capacités d’adaption, la formidable créativité des organismes de ces touts petits êtres vivants, si discrêts sous leurs tapis de feuille, nous apprennent beaucoup sur l’aptitude à survivre. C’est au final la quête de toute espèce vivante.

    Ma planète, je l’aime, j’ai envie de la connaitre. Pas vous ?


    Vidéo Youtube http://www.youtube.com/watch?v=bmOAc-mbBqk
    Très belle vidéo qui montre le développement de divers champignons en accéléré.
    vu 5 189 fois   Voter

    Laisser un commentaire

    Vous devez être connecté pour publier un commentaire.

Tous droits réservés, Cent Papiers 2006-2011 | Roule sous Wordpress