Accueil / A C T U A L I T É / Le cas Mélenchon

Le cas Mélenchon

C’est un fait : Mélenchon agit sur l’électorat comme une sorte d’aimant politique constitué de deux pôles opposés. Les deux faces d’une forte personnalité. Tantôt séduisant par sa puissance d’engagement, ses qualités de tribun et son aptitude à fédérer les forces progressistes, tantôt répulsif par ses excès comportementaux, le leader de la France Insoumise ne laisse personne indifférent. Et ce ne sont pas ses dernières prestations médiatisées qui vont éteindre les polémiques, bien au contraire…

D’un côté attirant – le pôle positif de l’aimant –, Mélenchon rallie à ses discours enflammés, souvent ponctués d’anathèmes justifiés contre les politiciens néolibéraux, les « banksters » et autres adversaires des classes populaires, les espoirs des partisans de la gauche de progrès. Mais pas seulement : se joignent à eux de nombreux cocus de la social-démocratie et d’un macronisme plus que jamais « et de droite et de droite » qui mine les fondements de la justice sociale et entraîne toujours plus de Français sur la voie de la précarisation et de la paupérisation.

De l’autre côté repoussant – le pôle négatif du même aimant –,  le leader de la France Insoumise irrite par ses rodomontades et son irrépressible arrogance ; il agace par ses jugements péremptoires et ses invectives ; il se disqualifie parfois par ses outrances, à l’image de celles qui ont émaillé son comportement lors de la perquisition du siège de la FI, au grand dam de certains militants, et notamment des « Insoumis démocrates », un collectif créé en réaction à la concentration du pouvoir de décision, et dont les membres ne manquent pas de se démarquer plus encore depuis mardi, allant jusqu’à parler de « blessure » et de « tristesse ».

Il est parfait, Mélenchon, lorsqu’il pourfend le capitalisme dévoyé par la spéculation internationale, lorsqu’il vilipende les cadeaux faits aux grandes fortunes, lorsqu’il dénonce les agressions antisociales voulues par la Commission européenne et les organisations patronales, ou bien encore lorsqu’il met l’exécutif face à ses responsabilités dans la dégradation des conditions de vie et du climat social. Nul doute que c’est cette image de combattant pugnace et déterminé qui, depuis le début de la mandature de Macron, a fait de Mélenchon le premier opposant au président dans l’esprit des Français.

Il est nettement moins exemplaire, Mélenchon, lorsqu’il s’égare dans des pugilats stériles avec les journalistes ou les moque jusque dans l’enceinte de l’Assemblée Nationale, mais surtout lorsqu’il s’oppose en vociférant et en se confrontant physiquement, comme il l’a fait mardi au siège de la France Insoumise, à des magistrats et des policiers qui, autant que lui, sont des représentants de la République dans l’exercice de leur mission. Et cela même si l’on peut contester l’opportunité de ladite perquisition, et même si l’on peut estimer qu’il s’agit là avant tout d’une manœuvre de déstabilisation politique, ce que Mélenchon était fondé à penser.

Que ces perquisitions aient pu sembler disproportionnées par leur ampleur et leur simultanéité, cela semble en effet une évidence si l’on se réfère aux causes qui les ont initiées, à savoir l’utilisation par la FI d’assistants parlementaires rémunérés par l’Union Européenne d’un côté, et les soupçons de surfacturation des prestations de la société Médiascop de Sophia Chikirou, prestations remboursées par l’État à la France Insoumise dans le cadre des comptes de campagne. D’autant plus disproportionnées et sujettes à questionnement que les comptes de campagne de Macron, encore plus suspects, auraient également dû faire l’objet d’investigations du parquet, ce qui n’a pas été le cas, protection du monarque oblige ! À cet égard, la différence de traitement est flagrante et choquante !

Cela ne justifie pourtant pas la réaction épidermique virulente et peu digne d’un élu qu’a eue Mélenchon au siège de la France Insoumise, lui qui, auparavant, avait fait preuve d’un calme et d’une dignité remarquables durant la perquisition de son domicile comme on a pu le constater sur la vidéo diffusée en direct sur Facebook. En se livrant à de tels excès au siège de la FI, Mélenchon a donné un exemple désastreux à tous les jeunes du fait de son statut d’élu de la République qui, en toutes circonstances dans le cadre d’actions légales, devrait le conduire à rester maître de lui.

Les évènements qui se sont produits mardi dans le cadre de cette série de perquisitions ordonnées aux dépens de la France Insoumise vont, n’en doutons pas, marquer les esprits d’une manière indélébile, et ne pas manquer de poser une question essentielle aux militants de la FI soucieux de l’avenir de leur mouvement : Mélenchon peut-il encore rester durablement à la tête de la France Insoumise ? Et cela au risque de la plomber dans l’optique des futurs rendez-vous électoraux du fait des profonds clivages que suscite dans l’électorat l’attitude de son chef ? La réponse appartient aux militants et, dans le contexte actuel, ne pourra pas manquer de leur être posée.

Commentaires

commentaires

A propos de Fergus

avatar
Autodidacte retraité au terme d'une carrière qui m'a vu exercer des métiers très différents allant d'informaticien à responsable de formation, je vis à Dinan (Côtes d'Armor). Depuis toujours, je suis un observateur (et de temps à autre un modeste acteur) de la vie politique et sociale de mon pays. Je n'ai toutefois jamais appartenu à une quelconque chapelle politique ou syndicale, préférant le rôle d'électron libre. Ancien membre d'Amnesty International. Sur le plan sportif, j'ai encadré durant de longues années des jeunes footballeurs en région parisienne. Grand amateur de randonnée pédestre, et occasionnellement de ski (fond et alpin), j'ai également pratiqué le football durant... 32 ans au poste de gardien de but. J'aime la lecture et j'écoute chaque jour au moins une heure de musique, avec une prédilection pour le classique. Peintre amateur occasionnel, j'ai moi-même réalisé mon avatar.

Check Also

La voiture électrique, une arnaque ?

Sous prétexte de vouloir en finir avec le diesel, assurant que c’est pour prouver son ...

3 Commentaire

  1. avatar

    Bonsoir Fergus,

    La scène lors de la perquisition aux locaux de FI n’a plu à personne je crois, même si on peut imaginer la colère des membres FI face à ces perquisitions dont j’ai évoqué déjà qu’elles rappelaient celles réservées à des réseaux criminels. Plutôt que d’y voir une simple analogie, on peut se demander si des soupçons de subversion ont bel et bien pu être invoqués pour obtenir ces nombreux mandats permettant de déployer autant de forces policières visant l’ensemble des responsables FI.

    M’est revenue une phrase de Castaner (nommé ministre de l’intérieur le jour des perquisitions) lorsqu’il déclarait qu’on cherchait à renverser le gouvernement avec l’affaire Benalla. Le scandale Benalla est survenu suite à la publication d’une vidéo par la FI. Déclaration plutôt hystérique de Castaner donc, puisque d’après ses propres déclarations à propos du travail de Benalla à l’Elysée, qu’avait-il à craindre du Sénat (lui et son parti puisque plusieurs ont apostrophé le Sénat avant l’audition de Benalla, dont E. Macron lui-même) qu’un porteur de valises puisse conduire au renversement du gouvernement en place?

    Il reste que J.L. Melenchon aurait eu tout à gagner à se maîtriser. L’assaut que son parti a subi était déjà scandaleux en lui-même, ce qui l’aurait nettement servi tant dans les médias qu’à l’assemblée nationale. Dans l’opinion publique, il a durablement terni son image d’homme politique présidentiable même si, en comparaison, d’autres le sont tout autant, à commencer par celle d’E. Macron. Je ne suis pas certaine qu’on applaudirait maintenant ses phrases dévastatrices et ses attitudes pour le moins inconvenantes et choquantes de la part d’un président. A se demander s’ils n’ont pas tous trop abusés des réseaux sociaux.

    Maintenant je crois tout à fait possible que des fuites crédibles viennent prouver le caractère politique de ces perquisitions. A voir…

  2. avatar

    Interrogée par un journaliste, la ministre de la justice a donné raison à FI sans le vouloir, en mentionnant à deux reprises durant l’entrevue que lors d’une perquisition, une liste des objets saisis est notée dans un procès verbal que la personne perquisitionnée doit signer (si cette dernière refuse de signer, son refus est noté au procès verbal) et que seuls les objets pertinents sont saisis (ceux qui se révèlent non pertinents sont rapidement restitués à la personne perquisitionnée). C’est exactement ce qui n’a pas été fait d’après la FI.

    https://youtu.be/cYLMxjG6ZCM?t=502

  3. avatar

    Bonjour, Elyan

    Je partage totalement votre point de vue, tant sur les perquisitions disproportionnées qui ont touché la France Insoumise, que sur la réaction de Mélenchon qui, avec ses talents de tribun, avait là une occasion en or de dénoncer devant la presse et dans les rangs de l’Assemblée une action judicaire sont il semble évident qu’elle n’a pu être mise en œuvre sans un feu vert élyséen. Une occasion ratée que le leader de la FI a gâchée par ses excès.

    Dès lors, il ne faut pas s’étonner que, dans le baromètre Ipsos de popularité des personnalités politiques, Mélenchon chute de la 6e à la 17e place, et surtout qu’il perde l’adhésion d’un tiers de ceux qui ont voté pour lui au 1e tour de la présidentielle. C’est pourquoi je pense, comme je l’ai écrit dans la conclusion de l’article, qu’il sera difficile aux militants de la FI d’éluder la question du leadership dans l’optique des prochains scrutins. A cet égard, les Européennes de mai 2019 auront valeur de test !

    Pour ce qui est des objets saisis, on ne sait pas vraiment de quoi l’on parle ni de quelle manière ont pu être protégée ou au contraire exploitées les données contenues dans les supports. Personnellement, je reste très prudent sur cette question, tant la parole des uns et des autres est dictée, ici par des intérêts politiques, là par des intérêts corporatistes.

    Cordialement,
    Fergus

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.