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S’il est contestable de parler de “guerre des monnaies”, l’emploi de cette expression et l’usage de cette terminologie révèlent néanmoins une prise de conscience généralisée selon laquelle la dynamique du capitalisme est aujourd’hui sérieusement grippée. La parenthèse de coopération – et d’harmonie – globales est effectivement bel et bien fermée. Elle cède désormais la place [...]

Le capitalisme path?tique

S?il est contestable de parler de ?guerre des monnaies?, l?emploi de cette expression et l?usage de cette terminologie r?v?lent n?anmoins une prise de conscience g?n?ralis?e selon laquelle la dynamique du capitalisme est aujourd?hui s?rieusement gripp?e. La parenth?se de coop?ration ? et d?harmonie – globales est effectivement bel et bien ferm?e. Elle c?de d?sormais la place ? une p?riode de fortes tensions marqu?e par le retour d?une comp?tition f?roce entre nations. Et pour cause?: comme la source de prosp?rit? globale est sur le point de se tarir, les convives comment ? s?entre d?chirer pour s?accaparer les derni?res parts du g?teau.

 

Contraste absolu avec les trente ann?es ?coul?es ayant vu l??mergence et l?enrichissement incontest?s de la puissance chinoise. Que nulle nation au monde n?a tent? de remettre en question, et qui n?a provoqu? aucune tension internationale et pas plus de friction avec ses voisins. Le d?veloppement spectaculaire de l??conomie chinoise n?a-t-il pas engendr? de vastes march?s, et profit? du m?me coup ? l?Asie du Sud-est, ? l?Europe, ? la Russie, aux Etats-Unis, aux exportateurs de p?trole et m?me au Japon?? L?antagonisme am?ricano-chinois lui-m?me, avec les menaces prof?r?es par les Etats-Unis quant aux manipulations chinoises sur leur monnaie comme le spectre de liquidations du stock chinois en bons du Tr?sor US, n?affect?rent quasiment pas le commerce international, pas plus que les profits des entreprises.

 

En r?alit?, la richesse mondiale fut plus que quadrupl?e en moins de vingt ans, puisqu?elle est pass?e de l?ordre de 50 trillions de dollars au d?but des ann?es 1990 ? 200 trillions en 2007?! La capitalisation globale des bourses ? travers le globe s??tant, elle, appr?ci?e de 11 ? 65 trillions sur la m?me p?riode. Orgie qui fut initi?e et perp?tu?e par deux facteurs fondamentaux. Les d?localisations massives en termes de production industrielle en direction de pays ? la taxation cl?mente, ? la couverture sociale inexistante, aux salaires mis?rables et aux exigences laxistes dans le domaine ?cologique?: les ?mergents.

 

D?autre part, le rapatriement des b?n?fices des soci?t?s et des institutions financi?res ?vers leurs pays d?origine respectifs, aux ?conomies int?gr?es. Liquidit?s qui autoris?rent ainsi la titrisation de pr?ts hypoth?caires consentis ? des familles insolvables et qui pr?sid?rent ? une progression sans pr?c?dent du march? immobilier. Liquidit?s qui furent donc canalis?es vers les produits d?riv?s, vers les instruments ? levier, bref qui profit?rent ? toute la panoplie constitutive d?une bombe ? retardement qui ne manquerait pas de ravager ses propres concepteurs?: la financiarisation.

 

La conjugaison de ces deux aubaines ? d?localisations et financiarisation ? permit le d?crochage total des bourses. Car les flamb?es boursi?res r?v?l?rent d?s lors un univers en totale d?connection avec l??conomie r?elle telle que refl?t?e par les statistiques officielles comme le P.I.B. ou le taux de ch?mage. ?Cet enrichissement global ? et cette mondialisation heureuse ? appartiennent pourtant au pass?.

 

Les entreprises, comme les Etats, devant d?sormais se partager une part de g?teau en peau de chagrin. Les nations souveraines elles-m?mes ?tant de nos jours r?duites ? se combattre ? voire ? lutter contre des entreprises?! ? afin de pr?server leurs int?r?ts toujours sur la sellette. C?est d?une part la Chine qui a siffl? la fin des r?jouissances. Contrainte et forc?e par la majoration de sa taxation des priv?s et des entreprises d?cid?e pour compenser l?augmentation de ses salaires de l?ordre de 40% en quelques ann?es. Tout comme c?est les chinois qui n?ont plus d?autre choix aujourd?hui que de se lancer dans des d?penses substantielles pour nettoyer leur atmosph?re et leur pays des d?g?ts de cette production ? outrance.

 

Les ravages de la financiarisation et de ses effets les plus visibles (subprimes, crise du cr?dit, crise de la dette souveraine en Europe p?riph?rique, implosion de la bulle immobili?re espagnole, faillites bancaires en Irlande et en Islande, etc?) ayant par ailleurs achev? de transformer notre monde en un environnement ? hostile pour le capitalisme ? o? la notion de profit facile est d?sormais ? jamais ?radiqu?e. La comp?tition pour attirer les capitaux se transforme donc en une guerre des tranch?es, o? m?me les Etats n?ont plus d?autre ressource que de cr?er de la monnaie (et donc de la dette) pour financer leurs d?ficits. L?autre bou?e de sauvetage ? leur disposition ?tant de remonter leurs taux d?int?r?t afin d?attirer ces liquidit?s, au risque de d?labrer davantage des ?conomies mal en point et d?aggraver leurs d?ficits par un service de la dette ascendant.

 

Comme la quasi-totalit? des nations de ce monde se retrouve aujourd?hui confront?e ? ces dettes pharaoniques, leur unique issue consiste donc ? g?n?rer des liquidit?s ??fra?ches?? gr?ce au levier des exportations. D?o? les d?valuations qui ne sont en r?alit? que la r?ponse ? ou la r?action Pavlovienne ? ? des profits et ? des dettes ?voluant en sens inverse. Voil? pourquoi cette ??guerre des monnaies?? ? qui a quelque chose de path?tique et de d?sesp?r? ? est appel?e ? perdurer, voire ? s?amplifier. Voil? aussi pourquoi nous devons anticiper une situation conflictuelle ? l??chelle mondiale. M?me s?il est d?sormais ?vident que nos nations ont ?puis? le filon de la cr?ation mon?taire et de l?enrichissement par l?exportation.

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