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Le budget de Trump : une politique de la terre brûlée

Le budget de Trump : une politique de la terre brûlée
1700 milliards de dollars de moins dans les programmes sociaux essentiels

Mardi, la Maison-Blanche a dévoilé un budget de 4100 milliards de dollars pour l’exercice 2018 qui propose d’opérer des coupures profondes dans les programmes qui protègent la santé et les droits sociaux de millions de travailleurs américains.

Ce budget équivaut à une politique de la terre brûlée sur tous les aspects de la vie sociale. Cela permettrait de détruire les gains sociaux réalisés par les travailleurs au cours du siècle dernier et de sabrer massivement dans les fonds vers des programmes qui ont tiré des millions de personnes hors de la pauvreté, en particulier depuis les années 1960.

La proposition n’est pas simplement l’idée du milliardaire fasciste qui occupe la Maison-Blanche ou de l’oligarchie criminelle qu’il représente. C’est l’aboutissement de décennies d’attaques sur les conditions sociales et les programmes politiques des deux grands partis du patronat.

Alors que les démocrates et les médias « libéraux »ont attaqué le président depuis la droite, poursuivant leur campagne pour accentuer la confrontation militaire des États-Unis avec la Russie, l’Administration Trump implémente, à plein régime, son programme domestique ultra-réactionnaire.

Après avoir feint l’indignation face aux réductions proposées dans ce budget et aux allégements fiscaux pour les riches, les démocrates finiront par s’aligner et travailler avec le président pour trouver un compromis. Le résultat final sera un budget qui fait les attaques les plus radicales de toute l’histoire américaine sur les programmes sociaux de base.

Le budget, intitulé « Une nouvelle fondation pour la grandeur américaine », est une déclaration de guerre de 52 pages contre la classe ouvrière. Le document détaille 3600 milliards de dollars de réductions de dépenses sur 10 ans.

Il prend comme point de départ une attaque contre Medicaid qui éviscérerait ce programme d’assurance maladie pour les pauvres. Il passe ensuite aux timbres alimentaires, aux aides sociales et aux prestations d’invalidité de la Sécurité sociale.

Une agression sur les droits des immigrants et une accumulation parallèle de forces pour la police aux frontières sont les mesures suivantes à l’ordre du jour. Les militaires recevraient une augmentation de financement de 10 pour cent, dont de nombreux projets déjà prévus par l’administration Obama.

Les emplois et les avantages sociaux des travailleurs fédéraux sont ciblés. Le budget proposé comprend également des centaines de milliards de dollars de coupes dans la recherche scientifique, la protection de l’environnement et les arts. Aucune zone de vie sociale ne doit être laissée indemne.

Programmes sociaux

Medicaid : la pièce maîtresse du budget est une réduction de 800 milliards de dollars au cours de la prochaine décennie à Medicaid, le programme d’assurance maladie pour les pauvres et les handicapés, administré conjointement par le gouvernement fédéral et les États, qui couvre actuellement plus de 74 millions d’Américains.

Prenant son orientation de la Loi sur les soins de santé américains que les républicains de la Chambre (AHCA) ont adoptée le 4 mai, le budget Trump mettra fin à Medicaid sous sa forme actuelle d’un avantage garanti en fonction du besoin, en le remplaçant par un financement aux États fédérés calculé par habitants ou forfaitairement.

Dans le cadre de ses efforts pour « abroger et remplacer » l’Obamacare [contrats de soins médicaux payants établis par Obama, ndt], l’AHCA mettrait également fin à l’expansion des bénéfices de Medicaid pour ceux qui ont un revenu allant jusqu’à 133 pour cent du seuil de pauvreté fédéral, ce qui entraîne l’élimination de 10 millions de bénéficiaires.

La proposition de budget note : « Les États auront plus de souplesse pour contrôler les coûts et concevoir des solutions individuelles et étatiques pour fournir de meilleurs soins aux bénéficiaires de Medicaid. » Ce sont des mots de code pour que les États instaurent des exigences de durée travaillée, introduisant ou augmentant les primes d’assurance et les franchises payées par l’assuré, réduisant les avantages sociaux ou éliminant purement et simplement des allocataires du programme.

Timbres alimentaires : Le Programme d’aide nutritionnelle supplémentaire (SNAP), les « timbres alimentaires », serait réduit de 193 milliards de dollars sur une décennie, soit une réduction de 25 pour cent. Le budget appelle à « une série de réformes de SNAP qui éliminent les failles en matière d’éligibilité, ciblent ces avantages pour les ménages les plus démunis et exigent que les adultes valides travaillent ». Ce programme couvre actuellement 44 millions de personnes.

Sécurité sociale : le président qui avait promis de ne pas toucher à Medicare, Medicaid et la Sécurité sociale propose également une attaque contre le programme de revenus complémentaires garantis de la Sécurité sociale, qui offre des prestations en argent aux pauvres et aux personnes handicapées.

La proposition déplore que les personnes handicapées affichent actuellement de faibles taux de participation à la population active. Le budget vise à économiser 72 milliards de dollars sur 10 ans, ce qui entraînera, sans aucun doute l’élimination d’un nombre très important de personnes handicapées des listes de la Sécurité sociale, les laissant sans aucune couverture sociale.

Aides sociales : les avantages sociaux, connus sous le nom d’aide temporaire pour les familles nécessiteuses (TANF), depuis la « réforme » de l’aide sociale dans les années 1990, seront réduits de 272 milliards de dollars sur une décennie, encore une fois en réduisant les fonds fédéraux et en transférant la responsabilité aux États fédérés qui établiront les conditions sur la durée travaillée et d’autres restrictions pour réduire les versements et éliminer des ayants droit.

Travailleurs fédéraux : le budget serait réduit de 63 milliards de dollars en augmentant les cotisations des employés fédéraux à leur système de retraite des employés fédéraux (FERS), tout en éliminant les ajustements en fonction du coût de la vie des retraités actuels et futurs. Il est également prévu de privatiser l’organisme qui gère le contrôle de la circulation aérienne pour économiser 70 milliards de dollars.

Droits des immigrés : le budget propose de mettre en place un système d’immigration fondé sur le mérite, ce qui réduirait le nombre d’immigrants peu éduqués. La proposition fait remarquer qu’en 2012, « 76 pour cent des ménages dirigés par un immigrant sans diplôme d’études secondaires ont utilisé au moins un programme de protection sociale important, contre 26 pour cent pour les ménages dirigés par un immigrant ayant au moins un baccalauréat. »

Dans une tentative de ne pas laisser passer les immigrés moins instruits qui sont présentés comme consommant trop de dépenses sociales, le budget comprend 44,1 milliards de dollars pour le ministère de la sécurité intérieure (Homeland Security) et 17,7 milliards pour le ministère de la justice pour « l’application de la loi, la sécurité publique et les programmes et activités de contrôle de l’immigration. »

Le projet du président prévoit l’embauche de 500 agents supplémentaires pour la patrouille aux frontières et de 1000 agents supplémentaires pour les douanes en 2018. Le budget propose un montant additionnel de 1,5 milliard de plus qu’en 2017 pour « la détention élargie, le transport et le renvoi d’immigrants qui ne sont pas en règle. »

Le budget propose également d’investir 2,6 milliards de dollars pour planifier, concevoir et construire un mur physique le long de la frontière entre le Mexique et les États-Unis pour barrer la route aux immigrants qui fuient la pauvreté et la violence en Amérique latine. Le président avait affirmé pendant sa campagne électorale que ce serait le Mexique qui paierait ce mur.

Les sciences et l’environnement : des réductions massives des dépenses consacrées à la recherche scientifique, à la recherche médicale, et à la prévention des maladies figurent dans le budget de 2018, y compris, de manière non-exhaustive :

  • Institut national du cancer : coupes de 1 milliard de dollars
  • Institution nationale du cœur, du poumon et du sang : coupes de 575 millions de dollars
  • Institut national des allergies et des maladies infectieuses : réduction de 838 millions de dollars
  • Instituts nationaux de santé : budget passant de 31,8 milliards de dollars à 26 milliards de dollars
  • Fondation nationale de la science : réduction de 776 millions de dollars

Dépenses pour les arts : Le budget Trump propose d’éliminer le financement fédéral pour ce qui suit :

  • La Société de radiodiffusion publique
  • L’Institut des services de musées et de bibliothèques
  • Le Fonds national pour les Arts (commencera à fermer en 2018)
  • Fondation nationale pour les sciences humaines (commencera à fermer en 2018).

L’armée : le budget comprend 639 milliards de dollars d’autorisations de dépenses discrétionnaires pour le ministère de la défense, une augmentation de 52 milliards de dollars par rapport au niveau de 2017. La proposition souligne que ces dépenses doivent être « totalement compensées par des réductions ciblées ailleurs », c’est-à-dire par les coupes draconiennes dans les dépenses sociales détaillées ci-dessus.

Réductions d’impôts : le budget décrit un certain nombre d’allégements fiscaux, ce qui profitera grandement aux riches. Il s’agit notamment d’abroger la surtaxe de l’Obamacare de 3,8 % sur les gains en capital et les dividendes et l’abolition des droits de succession (la « taxe sur la mort », selon le jargon républicain).

Le projet du président souligne également les « gains économiques prévus qui résulteront des politiques fiscales, économiques et réglementaires du président », y compris les réductions d’impôt, ce qui, selon lui, réduira le déficit de 5600 milliards de dollars sur une décennie par rapport aux lignes directrices budgétaires actuelles.

Ce budget suppose que la croissance économique atteindra 3 pour cent d’ici 2021 pour aider à équilibrer le budget d’ici là. Cette prédiction optimiste est démentie par de nombreuses sources, y compris le Bureau du budget du Congrès, qui prévoit une croissance annuelle de 1,9 pour cent et la Réserve fédérale, qui projette un taux de croissance de 1,8 pour cent.

Dans l’ensemble, les réductions de dépenses proposées dans le projet de budget de Trump pour la « grandeur de l’Amérique » constituent la liste des cadeaux que voudrait une oligarchie dirigeante qui jette par-dessus bord l’idée qu’une société civilisée a la responsabilité de couvrir les besoins sociaux de base de ses citoyens.

 

Par Kate Randall
24 mai 2017

WSWS

(Article paru d’abord en anglais le 24 mai 2017)

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