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Le Boss des Maths

Les mathématiques mènent à tout, certains les marient même avec la poésie, et d’Alexandre Grothendieck à Hervé Lebreton, elles ne finissent pas de nous étonner.

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Trouver loufoque le rapprochement entre la poésie et les maths, serait oublier les nombreuses convergences entre les deux matières : la poésie dite classique passe, tout comme pour les maths, par la volonté de créer des motifs, sur le plan rythmique, en jouant sur la longueur des vers, la composition des strophes, le nombre de pieds de chaque vers, mais aussi sur le plan sonore, en travaillant sur les rimes, les allitérations, ce qui a permis au mathématicien Jacques Roubaud, et à quelques autres, de décrire les règles formelles sous-tendant l’élaboration d’anciens poèmes, puis à appliquer ces règles et à en inventer de nouvelles…

L’historien, romancier, et vulgarisateur des mathématiques, Denis Guedj est convaincu que l’on peut exprimer beaucoup de choses en « langue de mathématiques  » et il affirme : « s’il semble effectivement réducteur et même absurde de vouloir décrire avec la rigueur mathématique la complexité des sentiments humains, il reste que leurs manifestations ou leurs évocations ont souvent été l’objet, avec les poètes du romantisme notamment, de descriptions fines à partir desquelles il devient possible d’envisager les liens de parenté avec des concepts mathématiques  ». lien

Au-delà de ce mariage « poésie et maths », découvrons un étrange personnage, Alexandre Grothendieck.

Depuis qu’il nous a quittés, un certain 13 novembre 2014, dans l’indifférence quasi générale nationale, et du petit village de Lasserre, en Ariège, qui ne savaient même pas qui était cet ermite en djellaba à la longue barbe blanche, Alexandre Grothendieck continue de soulever des questions.

Il avait 86 ans, et avait maintes fois refusé les honneurs, et l’argent, argent qu’il méprisait cordialement.

Mais au-delà du mathématicien de génie qu’il était, c’était aussi, et c’est moins connu, le fondateur de l’écologie radicale…et José Bové voit dans les zadistes de Sivens les disciples du grand homme.

Il l’avait croisé au début des années 70 lorsque ce professeur du Collège de France distribuait du riz bio, et organisait dans le garage de sa communauté de Châtenay-Malabry, l’une des premières distribution de produits bio.

Il mettait en pratique une écologie radicale, non violente, et n’avait pas hésité à dénoncer un stockage illicite de futs radioactifs, à Orsay, allant jusqu’à fracturer la grille de l’institution du commissariat à l’énergie atomique. lien

Ces futs étaient stockés provisoirement depuis 1948, et cela faisait donc près de 30 ans qu’ils attendaient une solution…alors qu’ils étaient largement fissurés, laissant échapper comme on s’en doute, une fatale pollution radioactive.

Il est donc aussi le créateur de « survivre et vivre  » mouvement qui a initié l’écologie politique. lien

Lors de sa disparition, Libération titrait : « mort d’un génie qui voulait se faire oublier » (lien) leMonde répondant en écho : « le plus grand mathématicien du 20ème siècle est mort ».

En effet, il a légué quantité de documents qui, outre les avancées que le mathématicien génial avaient déjà permis, risquent de demander des mois, voire des années, de décryptage.

Les milliers de notes qu’il a laissées à l’université et à ses enfants sont maintenant à l’heure du déchiffrage, lequel sera complexe car il n’y a guère sur la planète qu’une poignée de mathématiciens capables de les étudier.

Il s’agit tout de même de 20 000 pages de notes qui pourraient révolutionner les mathématiques, contiendraient des calculs essentiels à la compréhension de la théorie des motifs, s’il faut en croire son ancien élève, Jean Magloire, à qui il avait confié 5 cartons en 1991, patrimoine que Luc Gomel, conservateur du patrimoine de l’université de Montpellier songe à faire classer comme « trésor national ».

Affaire à suivre donc…

Son palmarès est étonnant : médaille Fields en 1966 (qu’il refuse d’aller chercher à Moscou, et dont il distribuera le montant au gouvernement du Nord Vietnam) prix Crafoord (qu’il refuse…270 000 dollars tout de même), médaille Emile Picard en 1977, et ce cerveau n’a fait ni Centrale, ni Normale Sup, ou l’X, il a appris comme il le disait à «  l’école de la vie ».

Recruté par 2 grands mathématiciens (Maths moderne à Nancy), Laurent Schwartz et Jean Dieudonné, ceux-ci le mettent à l’épreuve en lui demandant de résoudre 14 problèmes sur lesquels ils butent, problèmes qu’il va résoudre en moins d’un an, à la stupéfaction de ses professeurs.

Autour de lui se créera l’IHES (Institut des Hautes Etudes Scientifiques), qui donnera naissance à l’EGA (éléments de géométrie algébrique) pierre angulaire de l’algèbre moderne) qu’il aura composé avec ses élèves.

Cet homme libre et engagé quittera l’institut quand il apprendra qu’une partie de son financement émane du ministère de la défense, et il se retirera à Lasserre, petit village du Lot et Garonne, en 1991, ne cautionnant plus l’évolution du monde scientifique, refusant les moindres visites, ou le moindre courrier, vivant quasi en ermite comme un smicard.

Sur ce lien, une photo de sa maison.

Quittons ce grand homme pour un autre mathématicien qui vient de semer le désarroi dans le petit monde politique français en dévoilant comment certains de ceux-ci utilisent leurs IRFM (Indemnités Représentatives de Frais de Mandat), ainsi que le montant du fameux serpent de mer appelé « réserve parlementaire ». lien

Il s’appelle Hervé Lebreton, et s’il n’atteint pas sur la question des maths le niveau de Grothendieck, il donne des sueurs froides à de nombreux élus, accusés d’avoir utilisé l’argent perçu au titre de l’IRFM, pour s’acheter des biens de consommation…de jolies maisons tout ça au frais du contribuable, en argumentant parfois qu’il s’agit de leur permanence politique.

Ce professeur de mathématiques a obtenu aussi, par sa ténacité et son obstination, que le tribunal administratif publie enfin le montant de la réserve parlementaire, 150 millions tout de même, trésor caché jusqu’ici. lien

En 2011, le montant de cette réserve parlementaire était de 32,9 millions d’euros laquelle a été partagée ainsi : 1,10 million pour la gauche, et 31,65 millions pour le centre et la droite, l’UMP pour sa part en ayant récupéré 28,36 millions d’euros.

Au sein de l’UMP, c’est François Baroin qui a reçu la plus belle enveloppe avec 3,06 millions, suivi par François Fillon (2,09 millions), Jean-François Copé a pour sa part bénéficié de 1,01 millions d’euros.

Les autres bénéficiaires sont sur ce lien.

Quant à l’ex-président français, il a dilapidé rapidement la cagnotte ministérielle sous la forme de 627 subventions à des élus tous de droite, sauf une subvention qui a été miraculeusement attribuée à Claude Bartolone, qui était à l’époque président PS du conseil général de Seine-Saint-Denis.

La liste des autres bénéficiaires est sur ce lien.

Lebreton vient d’aller plus loin en révélant le nom des députés qui sont devenus propriétaires grâce à leur IRFM.

Cette IRFM servait généralement à payer le loyer d’une permanence, à rembourser un transport, voire a acheter des fleurs pour une cérémonie, mais ne demandait aucune justification, ce qui laissait la place à tous les dérapages (lien) ce qui avait ému en 2012 la Cour des Comptes. lien

Les premiers noms sont connus et aucun camp politique ne semble y échapper : Jean Lassale, pour le Modem, François Sauvadet pour l’UDI, Jean Grelier pour le PS

Le député UMP du Var Georges Ginesta, voyant les problèmes arriver, a rapidement modifié l’adresse officielle de sa permanence qui n’était autre que sa villa personnelle, avec vue sur la mer, piscine, et qui est maintenant à vendre pour 2,5 millions d’euros. lien

Le député PS et président du conseil général de l’Ardèche Pascal Terrasse s’était fait épingler auparavant par Marianne et Médiapart pour avoir utilisé une partie de cette indemnité pour se payer des vacances. lien

Au sein de l’association qu’il a crée, « pour une démocratie directe », (lien) il vient donc de mettre un grand coup de pieds dans la fourmilière politique, poussant le bureau de l’assemblée nationale à réformer l’usage des indemnités parlementaires.

C’est chose faite depuis le 18 février 2015lien

Il faut savoir que les sommes ne sont pas modestes, et n’étaient soumise à aucun contrôle, les députés pouvant donc les dépenser à leur guise : 1400 à 200 000 euros finissaient dans leur poches à l’issue de chaque législature, et sans l’action de Lebreton et de son association, la situation aurait pu perdurer encore longtemps.

Ceci posé, il reste des questions : quid du crédit affecté à la rémunération des collaborateurs, destinée à payer ses assistants parlementaires, et qui se retrouve parfois dans la poche de l’épouse d’un député..d’un parent…de petits malins passant des arrangements avec un autre député, permettant ainsi de « croiser » les attachés parlementaires, l’épouse de l’un devant l’attachée de l’autre, par exemple ? lien

Décidément, cette république finissante mérite un bon nettoyage de printemps.

Comme dit mon vieil ami africain : « Balaie là où tu veux tomber ».

L’image illustrant l’article vient de ici.radio-canada.ca

Merci aux internautes pour leur aide précieuse

Olivier Cabanel

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