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Le bon grain et l’ivraie

Orléans fait l’ouverture du salon de l’agriculture

 

Une ville confisquée.

Y avait-il plus belle manière d’inaugurer le traditionnel salon de l’Agriculture que de mettre en terre le chantre de la paysannerie moderne, l’archange des produits phytosanitaires, le représentant des gros céréaliers : ceux-là même qui laissent crever les éleveurs et les petites exploitations sans esquisser le moindre geste de solidarité ? L’ironie du calendrier sans doute, mais aussi toutes les hypocrisies d’une société française prompte à encenser un défunt pour peu qu’il bénéficie d’une grande notoriété, nous jouèrent cette farce indécente en pleine lumière médiatique.

 Depuis bientôt deux millénaires et depuis peu, en dépit de la loi de séparation de l’église et de l’Etat, il n’y a rien de mieux pour encenser qu’une bonne vieille cathédrale. Toute la canaille de la République s’est pressée dans les travées du grand vaisseau amiral de la ville de Jehanne d’Arc ; la mauvaise herbe venant honorer l’épi de blé fauché trop tôt et la connivence entre gredins.

S’il y avait eu quelques commandos écologiques, il eût été facile de lancer un drone pour sulfater ou épandre du roundup sur la belle assemblée que voilà. Des jocrisses, des hypocrites, des grimaciers de circonstance, des écologistes de pacotille, des tenants de l’énergie nucléaire et de la destruction des ressources naturelles, vinrent s’agenouiller devant un représentant de l’industrie phytosanitaire. On croit rêver après la COP 21 et ses mensonges éhontés !

La canaille est venue faire ses semailles, se montrer devant les caméras, gagner encore quelques secondes d’une belle exposition médiatique. Ces gens-là n’ont donc rien de mieux à faire que de défiler devant une dépouille qui réclame encore après la mort, une gloire frelatée ? La décence et la dignité exigeraient l’intimité d’une famille, sans aucun doute éplorée et perturbée par ce cirque honteux et déplacé. Mais dans le grand Barnum d’une République en déliquescence, tout est prétexte à se montrer plus vil encore que la fois précédente.

C’est la course à l’échalote pour les anciens, les nouveaux, les prétendants, les petits barons, les grands propriétaires terriens, les syndicalistes paysans qui ne mettent jamais les fesses sur un tracteur et les cols blancs du mensonge et de l’impuissance. Ils ont bien choisi le lieu de leur forfait : dans quelques mois, les couleurs de l’infâme Gilles de Rais seront déployées dans cette maison d’un Dieu si conciliant avec les puissants et si impitoyable avec les gueux que nous sommes.

D’ailleurs, ce mauvais diable ne s’y trompe pas. Pour l’occasion, la cité est bouclée : des hommes en armes partout pour protéger les moutons noirs de la soi-disant démocratie ; une ville en état de siège pour un enterrement de première classe d’une laïcité foulée au pied par ses représentants. C’est à vomir et s’étrangler de honte ! Fort heureusement, le journal local, toujours merveilleusement servile, avait devancé les éventuelles réactions en titrant que les Orléanais allaient se montrer compréhensifs. Belle République que voilà qui fait du peuple une quantité négligeable !

Drôle de berger aussi que cet agneau de Dieu qui tend une main secourable au symbole d’une agriculture libérale, expansive, polluante, inhumaine et qui a mis sur la paille les petits éleveurs : ceux qu’on laisse se suicider dans l’indifférence générale. Il n’y aura jamais aucun des gredins qui se pressaient là, agenouillés avec des mines de compassion feinte pour venir honorer également la mémoire de l’un de ces pauvres pécores abandonnés. Les gueux n’ont qu’à crever ; de la corde avec laquelle on les envoie se pendre ailleurs, ou bien empoisonnés par les produits que vendent les marchands de la mort verte.

C’est le masque hideux de notre République en totale déliquescence qui s’est retrouvé devant la dépouille d’un homme qui ne méritait pas pareil déploiement d’obséquiosité déplacée. Que la honte soit sur ces comédiens de la componction, ces Princes de l’entourloupe, ces Rois de la magouille ! Ils se sont reconnus, ils se sont regroupés pour célébrer l’un des leurs ; sans pudeur ni discrétion.

Qui sème le vent de la colère, récolte les horions d’une foule qui assiste depuis si longtemps à cette mascarade qu’elle n’en peut plus. Les travées de la cathédrale Saint Croix étaient couvertes de cette ivraie qui s’accroche au pouvoir et à tous les postes de décisions, qui s’insinue partout et étouffe le bon grain : celui des vrais honnêtes gens, des travailleurs méprisés, des braves citoyens ponctionnés, des exclus de la galette. Pendant ce temps, les paysans, les vrais, gagnent péniblement de quoi tenter de survivre. Dieu a de plus en plus de mal à bien reconnaître les siens.

Iconoclastement sien.

 

C’est Nabum

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  1. avatar

    Nous aurons un jour la séparation du bon grain , l’ivraie ne survivra pas et n’existera plus , nous serons libérés ,il faut y croire , l’injustice sera vaincue ,nous n’aurons plus le choix , nous agirons pour le bien d’autrui et de l’humanité, la séparation se réalisera à coup sûr.
    Cet article est réaliste et mets du baume au coeur à sa lecture ,il existe encore des personnes qui ressentent et dénigrent les abus du pouvoir.
    Nous aurons une fin de ce système. ……