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Le ? bouldras ?, roi du causse

Ils sont superbes, les vautours fauves, avec leur belle livr?e brune, leur collerette de duvet blanc et leurs grandes ailes aux r?miges caract?ristiques. Quoi de plus beau que l?envol de ces rapaces dans les cirques escarp?s?? Quoi de plus majestueux que leur vol plan? sur les immensit?s du causse?? Ce spectacle, les rares habitants des gorges de la Jonte peuvent l?admirer tous les jours…

 

Les a?eux des Caussenards d?aujourd?hui pouvaient ?galement admirer ce spectacle autrefois?: les vautours fauves ?taient en effet chez eux dans les Causses durant la premi?re moiti? du 20e si?cle. D?cim?s par les poisons destin?s ? ?liminer loups et renards ainsi que par les tirs de stupides chasseurs en qu?te de troph?es spectaculaires, ces magnifiques rapaces pouvant atteindre 2,90 m?tres d?envergure ont disparu de ce territoire sauvage en 1950 pour le dernier des ??bouldras*??. Mais il ?tait ?crit que le vautour fauve reviendrait un jour entre Tarn et Jonte, par la volont? de quelques hommes acquis ? sa cause…?

 

Ce temps est revenu, et elle semble d?sormais loin l’?poque o? les premiers bouldras r?introduits dans les Causses, se conduisaient comme de vulgaires volailles, faute d?avoir compl?tement r?appris ? se nourrir seuls des carcasses de brebis mortes sur les ?tendues caussenardes. En 1982, on pouvait m?me voir, de temps ? autre, un vautour d?ambuler tranquillement sur la route, du c?t? du hameau du Truel, en amont du Rozier.

 

L?aventure de la r?introduction du bouldras dans les Causses avait commenc? beaucoup plus t?t. D?s 1970, des voli?res avaient ?t? install?es sur la partie ouest du causse M?jean, pr?s du hameau de Cassagnes, sur une initiative conjointe du Parc National des C?vennes et du Fonds d?Introduction des Rapaces (FIR), int?gr? depuis ? la Ligue pour la Protection des Oiseaux(LPO). ? l?origine de cet audacieux projet, trois naturalistes passionn?s par cet objectif, trois hommes auxquels il convient ici de rendre l?hommage qu?ils m?ritent?: le regrett? Michel Brosselin et les fr?res Michel et Fran?ois Terrasse dont le remarquable travail de p?dagogie aupr?s des populations locales a largement contribu? au succ?s d?une op?ration en forme de d?fi.

 

Le choix de Cassagnes s??tait impos? comme une ?vidence aux sp?cialistes. Situ? entre les canyons du Tarn et de la Jonte, le hameau occupait en effet ? leurs yeux une situation id?ale pour tenter une exp?rience de r?introduction. D?une part, pour sa proximit? avec les immensit?s aust?res du causse, lieu traditionnel de p?ture des troupeaux de brebis, et par cons?quent ??garde-manger?? potentiel de ces magnifiques rapaces. D?autre part, en raison de la pr?sence toute proche des spectaculaires corniches et cirques des gorges de la Jonte, cette profonde entaille dans le calcaire qui s?pare le causse M?jean du causse Noir. Le vautour n?est effectivement pas capable de s??lever seul dans les airs pour aller prospecter les environs ? la recherche des carcasses. Il doit pour cela attendre que le soleil ait suffisamment chauff? l?air pour cr?er des courants ascendants le long des falaises.

 

D?abord captifs, puis semi-captifs, des vautours fauves provenant de diff?rents parcs zoologiques et centres de sauvegarde de la faune, notamment pyr?n?ens (fran?ais et espagnols), ont ?t? progressivement acclimat?s ? leur nouvel environnement dans les voli?res de Cassagnes. Rendus inaptes par des maladies ou des blessures, une partie d?entre eux n??taient pas destin?s ? participer ? l?aventure, mais au moins trouvaient-ils l? un environnement en rapport avec leur milieu naturel d?origine.

 

En 1975, un premier l?cher de cinq vautours ?choue?: trois d?entre eux, venus d?Espagne, disparaissent, sans doute repartis vers les sierras ib?riques?; un autre meurt ?lectrocut? sur une ligne EDF?; le dernier est abattu par un chasseur myope qui l?aurait confondu avec un faisan?!

 

Rendus m?fiants par cet ?chec, les ma?tres d??uvre du projet se montrent d?sormais prudents, et ce n?est qu?en 1981 (le 15 d?cembre) qu?ils proc?dent au deuxi?me l?cher de vautours. Les voli?res de Cassagnes comptent alors 86 pensionnaires, tous bagu?s. Cinq couples obtiennent le visa d?finitif de sortie. La r?ussite est cette fois au rendez-vous?: les bouldras installent leurs nids dans les chaos rocheux et sur les vires inaccessibles des falaises de la Jonte, o? ils peuvent se reproduire en libert? et partir progressivement ? la conqu?te de leur territoire. Ils sont aid?s dans leur nouvelle vie par une d?rogation ? la loi qui rend obligatoire l??quarrissage des animaux morts?: moyennant un abattement de 40?% sur la taxe d??quarrissage, les ?leveurs de brebis volontaires d?posent les carcasses d?animaux sur des ??placettes d?alimentation?? dont le nombre ?volue avec la population des oiseaux (on compte aujourd’hui environ 70 placettes). D?autres l?chers de vautours suivent jusqu?en 1986 avant de cesser d?finitivement apr?s la mise en libert? du 61e bouldras, les processus de reproduction naturelle permettant l?augmentation naturelle de la colonie.

 

En 1990, malgr? la mortalit? due aux lignes ?lectriques**, on recensait une centaine de vautours fauves sur le Causse, puis le double en 1996. On compte aujourd?hui environ 400 couples de vautours nicheurs dont la plupart restent attach?s aux gorges de la Jonte dans le secteur Le Rozier – Le Truel. Mais un nombre croissant de rapaces colonise d?sormais les gorges du Tarn et, au sud du Causse Noir, les gorges de la Dourbie. Ces colonies attirent m?me des vautours venus d?ailleurs?: on a relev? la pr?sence d?oiseaux issus d?Espagne et du Portugal, ainsi qu?un vautour croate arriv? dans les gorges de la Jonte en 2003?!

 

Depuis 1992, les vautours fauves ne sont plus seuls dans les Causses. En collaboration avec la Black Vulture Conservation Foundation, la LPO et le Parc National des C?vennes ont r?ussi ? r?introduire ?galement desvautours moines. On en recense d?sormais environ 80 dont une moiti? de couples reproducteurs. Les deux esp?ces cohabitent sans probl?me et participent m?me conjointement aux cur?es. C?est d?ailleurs l? qu?il est le plus facile d?observer les vautours moines, nettement plus discrets dans leur mode de vie que les vautours fauves, du fait notamment d?un habitat moins d?celable dans les pins sylvestres.

 

Autres h?tes des grands causses, le gypa?te barbu dont quelques individus ont ?t? r?introduits avec succ?s en 2012, et le vautour percnopt?re ? joliment appel? ??Marie-Blanque?? en B?arn?? dont plusieurs couples sont venus spontan?ment s?installer dans la r?gion ces derni?res ann?es.

 

Pour observer ces vautours au plus pr?s, le mieux est de proc?der en deux temps. Tout d?abord monter le matin ? Cassagnes pour emprunter le sentier des corniches de la Jonte en direction du col de Francbouteille via les superbes Vase de Chine et Vase de S?vres. On est l? au c?ur de la zone de nidification des bouldras, parfaitement plac?, m?me sans jumelles, pour les voir s??lever le long des falaises en profitant des courants ascendants pour partir en qu?te de carcasses sur le causse. On peut ensuite se rendre au Truel pour aller visiter la Maison des vautours. Outre les espaces d?exposition sur le milieu naturel et le mode de vie des oiseaux, la Maison des vautours offre un remarquable belv?d?re sur un cirque calcaire o? les rapaces peuvent ?tre observ?s en d?tail gr?ce ? d?efficaces longues-vues. Un ?quipement vid?o permet en outre de voir en direct les sites de nidification gr?ce ? des cam?ras braqu?es sur les aires d?habitat. Id?al apr?s l??closion des ?ufs?!

 

Je devais cet article au bouldras et je le remercie sinc?rement de me l?avoir inspir?. C’est en effet ? ce rapace?que je dois mon plus intense souvenir ornithologique. Alors que mon ?pouse, mon fils et moi faisions une pause casse-cro?te sur une ?troite dalle au bord d?une vertigineuse corniche ? proximit? du Vase de S?vres, un vautour, port? par le courant, a surgi du cirque qui s?ouvrait en contrebas. Ses 2,80?m d?envergure sont pass?s dans un bruissement de planeur ? quelques dizaines de centim?tres au-dessus de nos t?tes. Un souvenir inoubliable…?

 

*?Nom occitan du vautour

 

**?On estime ? une centaine le nombre des vautours tu?s par le r?seau ?lectrique depuis 1981. Outre les balises color?es plac?es sur les c?bles pour signaler leur pr?sence aux oiseaux, d?autres dispositifs de dissuasion sont ? l??tude.

 

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