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L’Azheimer: une maladie potentiellement transmissible

Alzheimer

On savait déjà que la génétique n’expliquait qu’environ 15% des cas d’Alzheimer. En octobre dernier, des chercheurs de Houston au Texas ont découvert que la maladie de Alzheimer pourrait être d’origine infectieuse, comme c’est le cas pour la chorée de Huntington et l’encéphalopathie spongiforme bovine (maladie de la vache folle) ainsi que son équivalent humain appelé nouveau variant de la maladie de Creutzfeldt-Jakob (la MCJ existe déjà sous forme familiale et sporadique).

L’Alzheimer serait donc une maladie transmissible, un mot qui n’a pas tout à fait le même sens que « contagieuse ». Une maladie contagieuse est facilement transmissible d’un individu à l’autre par des contacts directs ou indirects courants puisqu’elle est causée par des agents infectieux conventionnels, comme les virus et les bactéries. Les maladies comme l’Alzheimer et la MCJ sont causées par des protéines de forme anomales, (un prion dans le cas de la MCJ), qui imposent celle-ci aux protéines normales et s’accumulent alors dans le cerveau en altérant son fonctionnement. La possibilité que l’Alzheimer puisse être transmissible signifie, par exemple, qu’une personne subissant une opération au cerveau avec des instruments ayant servis à opérer une personne atteinte d’Alzheimer pourrait être infectée si les instruments sont inadéquatement stérilisés. Je reviendrai plus tard sur cette question, qui est malheureusement plus complexe qu’il n’y paraît.

Le fait que l’Alzheimer soit possiblement d’origine infectieuse n’exclut évidemment pas que des substances neurotoxiques (solvants, insecticides, pesticides, herbicides, métaux lourds) puissent altérer nos cellules neuronales et favoriser la mutation de leurs protéines. Non seulement ces substances toxiques se retrouvent-elles dans notre alimentation de façon directe mais elle s’y retrouve également de façon indirecte puisqu’on la retrouve également dans l’alimentation des animaux destinés à la consommation humaine.

Des protéines très résistantes

Pour savoir si la maladie de Alzheimer pouvait être transmissible, les chercheurs on injecté du tissu cérébral provenant d’un cerveau atteint de la maladie de Alzheimer à des souris, qui ont développé des plaques de protéine tau, protéine caractéristique de la maladie, contrairement au souris du groupe témoins. Les protéines atypiques ne sont pas assimilées par l’organisme de l’hôte et ne sont pas reconnues comme des intrus par son système immunitaire. Leur modus operandi est différent de celui d’un agent infectieux conventionnel comme un virus ou une bactérie car une protéine n’a ni ADN ni ARN, ni métabolisme, elle n’est donc pas à proprement parler « vivante ».  Pour cette raison, elle est très difficile à détruire.

Je ne dispose pas de données sur le niveau de résistance de la protéine tau mais le prion de la MCJ résiste à la majorité des méthodes de désinfection et stérilisation: (radiations, pression, formol, alcool, peroxyde, iode) et peut supporter une température sèche de 600 °C.  Salon l’Agence de la Santé publique du Canada, pour désactiver les prions qui pourraient éventuellement s’y trouver, un instrument chirurgical doit être stérilisé à l’autoclave (un appareil utilisant la chaleur humide sous pression) à une température de 184 °C durant au moins 60 minutes si les instruments sont trempés durant 1 heure dans une solution d’hydroxyde de sodium durant au moins 60 minutes ou 18 minutes si les instruments sont trempés dans une solution d’hypochlorite de sodium (eau de Javel) à 2% durant au moins 60 minutes également.  Le temps de réchauffement et de refroidissement de l’autoclave ne doit évidemment pas être compris dans le calcul.  Les autoclaves de classe B, largement utilisé en France, ont d’ailleurs un « Cycle prion ».

Certains produits peuvent également inactiver les prions sur les instruments médicaux, en particulier ceux qui ne peuvent pas supporter les très hautes température ou les solutions de trempage.  Il s’agit du nettoyant PrionZyme, que l’entreprise Genencor a commercialisé en 2006, un produit à base d’enzymes que Santé Canada n’a toujours pas homologué. Tout les ordres professionnels auxquels j’ai écrit il y a quelques années pour leur parler de ce produit en ignoraient l’existence. Il y a aussi Actanios HLD, un produit mis au point par les laboratoires Anios et qui utilise le cuivre et l’eau oxygénée. A ma connaissance, ces produits ne sont pas non plus utilisés au Canada.


Il y a quelques années, un reportage télévisé diffusé révélait qu’il n’y avait pas de politique unifiée en matière de stérilisation au Québec dans les établissements hospitaliers et que les normes étaient laissées à la discrétion des établissements.  Je ne sais pas ce qu’il en est aujourd’hui mais le financement du système québécois de santé public étant ce qu’il est, il n’est pas rare qu’un instrument jetable, (comme une sonde cardiaque), soit réutilisée jusqu’à 20 fois dans certains cas alors je ne me fais pas trop d’illusion…

Protection du public négligée

Si la MCJ est encore très rare, la maladie de Alzheimer est de plus en plus fréquente à cause du vieillissement de la population.  Contrairement aux personnes auxquelles on a diagnostiqué une MCJ, les personnes ayant reçu un diagnostic de maladie d’Alzheimer sont toujours autorisées à faire don de leur sang et de leurs organes, même si on sait maintenant que la maladie est présente dans le cerveau environ 10 ans avant que des symptômes cliniques ne se manifestent.  De plus, les instruments chirurgicaux ayant servi à les opérer ne sont pas détruits lorsque leur condition médicale est connue, ce qui serait le cas avec une personne atteinte de MCJ et on ne recommande pas encore l’incinération systématique de leur dépouille comme c’est le cas avec les dépouilles de personnes décédées de la MCJ. 

On sait maintenant que certaines personnes ont contracté la MCJ au court d’une opération au cerveau, après avoir reçu une greffe de cornée ou de dure mère, après un contact cérébral avec des électrodes longues ou après avoir reçu une injection d’hormone de croissance prélevée dans l’hypophyse de cadavres de personnes infectées (les hormones utilisées de nos jours sont heureusement d’origine synthétique).  De plus, même si les risques liés aux transfusions sanguines sont faibles, il y a des cas documentés de transmission de la MCJ par le sang. 

Pour lutter efficacement contre les maladies à protéine atypique, il ne faut pas se contenter de chercher une cure, un vaccin ou des méthodes de diagnostic précoce, il faut également identifier tout les facteurs favorisant leur transmission et en tenir compte pour revoir nos normes de stérilisation.  De plus, la recherche pour les maladies à prions, même les plus rares, doit être adéquatement financée.  La recherche sur l’Alzheimer pourrait profiter aux personnes atteintes du Parkinson, de la chorée de Huntington, de la MCJ (incluant le nvMCJ), de la maladie de Gerstmann-Sträussler-Scheinker, du Kuru ou de l’insomnie fatale familiale, à condition toutefois de s’assurer que le diagnostic est bien le bon (certaines personnes souffrant de MCJ reçoivent un diagnostic erroné d’Alzheimer ou de démence sénile) et que le traitement améliore véritablement l’état des patients.  La recherche pourrait également être profitable à la lutte contre les autres maladies à prion affectant des animaux comme les bovins atteints de vache folle, les cerfs atteints de dépérissement chronique des cervidés, les moutons atteints de tremblante (le Québec est le deuxième province la plus touchée après l’Ontario), ainsi que les bisons, chèvres et visons atteints de maladies semblables.

 

« La maladie d’Alzheimer transmissible comme une maladie à prion »:

http://www.apmnews.com/print_story.php?numero=218601

 

« La maladie d’Alzheimer pourrait être contagieuse »:

http://www.eitb.com/fr/infos/environnement-et-science/detail/750169/la-maladie-dalzheimer-pourrait-etre-contagieuse/

 

« Produits et procédés commercialisés, revendiquant une inactivation totale vis-à-vis des actn utilisables dans le cadre des procédures prévues par l’instruction DG S/R13/2011/449 (second texte sur la page) »:

http://www.afssaps.fr/Dossiers-thematiques/Creutzfeldt-Jakob-et-produits-de-sante/Protocole-Standard-Prion/%28offset%29/0

 

« Genencor international lance une technologie enzymatique révolutionnaire pour la décontamination des prions »:

http://www.categorynet.com/communiques-de-presse/sciences/genencor-international-lance-une-technologie-enzymatique-revolutionnaire-pour-la-decontamination-des-2006032719537/

 

« Actanios, une répponse personnalisée »:

http://www.anios.com/images/stories/accueil/anios_actanios_fr.pdf

Stéphanie LeBlanc

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