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Lazhar et les mots

Attention : message ! Cette pi?ce ? un seul personnage n’est pas qu’une œuvre th??trale, c’est un pr?texte ? lancer un d?bat sur les th?mes aussi chauds que l’immigration et l’?ducation, mais aussi le courage, l’injustice et la violence. ?crit avant le 11 septembre 2001 et le r?cent sondage sur le « racisme » des Qu?b?cois, le texte d’?velyne de la Cheneli?re n’a jamais ?t? aussi br?lant d’actualit?. Il raconte l’histoire de l’Alg?rien Bashir Lazhar, un professeur suppl?ant qui d?barque au Qu?bec dans une classe de 6e ann?e, et du lien particulier qui va na?tre de cette rencontre.

R?compens?e par plusieurs prix pour d’autres pi?ces, l’auteure b?n?ficie ces derniers temps d’une exposition assez rare pour une femme de th??tre. Il faut avouer que sa personnalit? g?n?reuse et son œil allum? en font une excellente ambassadrice de ce genre artistique en mal de public. Ce « faux monologue » n’est donc pas sa derni?re œuvre en date, mais il prend une nouvelle vie sur sc?ne apr?s deux lectures publiques et quelques ajustements.

Tant qu’? proposer un « sujet de soci?t? », le Th??tre d’Aujourd’hui a d?cid? d’ouvrir la question en invitant de nouveaux spectateurs – principalement issus de l’immigration – et en m?nageant une plage de discussion apr?s chaque repr?sentation. ?videmment, la tournure de ces ?changes varie au gr? des interventions du public, et selon les interlocuteurs : l’auteure, son conjoint et metteur en sc?ne, Daniel Bri?re, le com?dien, Denis Gravereaux. La constante, c’est que les spectateurs qui choisissent d’intervenir s’avouent touch?s par le fond et la forme de cette œuvre « engag?e ».

Sur la sc?ne, le d?pouillement laisse place ? quelques trouvailles, comme ce tableau noir vid?o qu’on aurait aim? avoir dans nos classes ! Notons aussi que l’absence du « 4e mur » permet au com?dien de s’adresser par moments aux spectateurs comme ? des ?l?ves.

Mais fait-on du bon th??tre avec de bons sentiments ? En faisant sa classe devant nous, Monsieur Lazhar ne nous prend-t-il pas pour des ?coliers ? C’est l’impression qui se d?gage parfois de cette d?monstration didactique de type « immigration 101 » ou « la tol?rance pour les nuls ».

La grande faiblesse de cette pi?ce riche en vertu est d’?tre pauvre en ?motion. Tout semble ?tre l? pour porter un message, tels Bashir, qui signifie « celui qui apporte la bonne nouvelle » et Lazhar, la chance. Devant nous s’exprime un faux arabe aux yeux bleus, ? l’accent fran?ais et ? la culture tr?s « cours classique »… Bref, tout ceci manque d’arabitude ! Dans cette fable sans r?elle intrigue, le drame ?pouvantable qui se r?v?le passe comme dans du beurre, tant le jeu de Gravereaux effleure les choses. ? force de retenue, la mise en sc?ne ?vacue les aspects les plus poignants de l’histoire humaine, et le tableau noir, symbole de la libert? de « tout effacer pour tout recommencer », donne une impression d’?ph?m?re.

? ses ?l?ves, Bashir lit Le loup et l’agneau et pose cette question : « Est-ce en tentant de justifier son crime que le loup est devenu injuste ? ». On pourrait aussi se demander si c’est en tentant de rejoindre l’histoire universelle que Bashir Lazhar perd son ?me propre…

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