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L’autre coup de main de Poutine à Bachar

Poutine bombe le torse encore une fois.  C’est tout ce qu’il peut faire : son pays est exsangue.  Le PIB du pays n’est qu’aux 2/3 celui de la France.  L’économie actuelle de la Russie, c’est celle de l’Italie, pas davantage :  la chute du prix du pétrole la plombe irrémédiablement; et son rouble ne vaut pas tripette.  Son indice de vie place la Russie« dans un groupe intermédiaire en dessous des grands pays de l’OCDE, avec le Venezuela, la Turquie et l’Iran ».  Ce n’est guère glorieux.  Le pays est toujours en récession et n’en sort pas : il vend du pétrole ou des armes, et rien d’autre, ou presque.  Alors pour paraître important, il faut en effet bomber le torse et menacer le mode d’une troisième guerre mondiale, pourquoi pas, via ses médias devenus grotesques (la dernière en date est ici).  Le meilleur moyen de vendre des armes, c’est de les montrer en action !  C’est bien une fuite en avant pour dissimuler le malaise économique du pays.  Même son armée est aujourd’hui famélique.  Les fameux Su-34 vus en Syrie, dessinés il y a 25 ans, sont moins d’avoir été produits en masse (deux escadrilles à tout casser), et quand Poutine songe à du neuf, il relance les chaînes de production d’un bombardier vieux de 30 ans, quand il n’utilise pas celui âgé de 60 pour faire peur sur les côtes.  Pour espionner aussi, la Russie fait de même.  Elle n’a pas ressorti les fameux chalutiers bardés d’antennes de l’ère Kroutchev, mais ce n’est pas loin… comme on va le voir.

Vous vous souvenez peut-être d’un article ayant évoqué les tribulations d’un sous-marin américain, en 2008 (déjà 8 ans, comme le temps passe vite !).  Il s’appelait le Jimmy Carter. I l s’appelle toujours ainsi, et c’est un (long) engin de la série des Seawolf, dont la particularité est une espèce d’étranglement de la partie centrale interne, invisible de l’extérieur.  De cette portion rétrécie émerge un ou plusieurs sas qui communiquent vers l’extérieur par une baie ouvrante sur les côtés de la coque.  Des plongeurs peuvent ainsi sortir du sous-marin et y rentrer, fort discrètement.  Evidemment, le sachant, chaque sortie du Jimmy Carter ou d’un de ses confrères est observé avec grande attention.  Surtout à des endroits précis sous la mer : ceux où passent des câbles sous-marins bien sûr..

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C’est comme ça que l’on avait fortement incriminé (et moi aussi) le Jimmy Carter lors de la rupture de plusieurs câbles de données en 2008.  Je résumais ici l’affaire : « aujourd’hui, la cartographie de ces câbles est assez simple à faire. On en a un circumterrestre, 5 entre l’Europe et les Etats-Unis, 7 dans le Pacifique, dont un qui diverge vers l’Australie via la Nouvelle-Zélande, un beau paquet de nœuds en Indonésie pour desservir Chine et Japon… et quatre qui nous intéressent aujourd’hui, qui traversent la Méditerranée, dont deux à partir de Marseille et deux par Gibraltar, via l’Angleterre et la France via le Finistère. Les 4, après avoir franchi le canal de Suez, longent toute la mer Rouge, et s’incurvent vers l’Est pour remonter après le golfe d’Aden vers l’Inde, 3 d’entre eux subissant un pontage pour desservir Le Yemen et les Emirats arabes unis. Le Qatar, le Bahrein, le Pakistan et l’Inde sont desservis par ces câbles, précisément. Or, aujourd’hui, on constate que les 6 derniers pays cités viennent de subir de fortes coupures, une épidémie survenue sur 5 câbles différents« .  Par rupture, on entend bien une coupure, et un rafistolage.  Exactement ce qu’on fait quand on veut relier un pays pas très bien desservi par une « bretelle » de câble sous-marin comme l’expliquait un excellent reportage télévisé comme ici.  Ici on peut voir celui sur la réparation du câble remise en état du câble sous-marin Sea-Me-We4, reliant Annaba à Marseille, au large de Sidi Salem (au milieu on a le technicien français qui explique le procédé). Ici une autre réparation au Bénin, à une faible profondeur (60m) . Un reportage d’Arte visible ici explique la même chose.

Au début, des magnétophones sous-marins !

ivybells-b39ebLes plongeurs sortis du sous-marin peuvent effectuer la même chose, en plus risqué bien sûr, mais il est évident que c’est faisable, sans même nécessairement couper d’ailleurs : il suffit de barder le câble à un endroit de capteurs divers pour pouvoir détourner le flux d’infos qui y circule.  Dans le genre, l’Opération Ivy Bell, dans les Kouriles, la première du genre avait été un succès américain remarquable. et celui du premier sous-marin spécialisé, lUSS Parche (SSN-683) avec le Halibut (SSNG-587). L’engin espion (ici à gauche) qui avait été déposé au fond de l’eau sur un câble soviétique de communication « écoutait » vraiment ce qui y passait : des magnétophones enregistraient les sons qui y transitaient, et les plongeurs du Parche venaient régulièrement les retirer au fond de l’eau !  Aujourd’hui, ça peut se faire de façon beaucoup plus simple… comme ici avec le site de GCHQ (Government Communications Headquarters) de Bude, très significatif. (C’est aussi appelé le Composite Signals Organisation (CSO) Station de Morwenstow). budeUn « aspirateur de données », situé bord de mer, à l’extrême sud de l’Angleterre, entre les plages de Porthcurno et de Sennen Cove en Cornouailles, comme le dit un intervenant du reportage. C’est en juin 2013 que le journal The Guardian, utilisant des documents divulgués par Edward Snowden, a révélé l’existence d’une opération baptisée « Tempora » au GCHQ de Bude. Le site a fait ensuite l’objet d’un reportage le 11 septembre, 2014, dans le programme BBC2 Horizon intitulé « A l’intérieur de l’internet sombre ». Comme exemple de l’efficacité des écoutes, un scientifique le Dr Wright a démontré que tout le contenu numérisé de la British Library pouvait être transféré du jeu de câbles en environ 40 secondes seulement ! Le 20 novembre 2014, Channel 4 News a diffusé une enquête similaire, préparée en collaboration avec la chaîne allemande WDR.

Un sous-marin russe spécialisé, suspendu à un autre

Les russes ne pouvaient pas être en reste, face à l’USS Jimmy Carter : aussi font-ils de même, avec un sous-marin fort particulier, dont j’ai déjà évoqué l’emploi sur cette page en janvier 2014. « Au départ ce fut le Project 949AM Belgorod (ici non terminé), sister ship du défunt Kursk  qui a été transformé pour des « missions spéciales », dont on ignote le but exact mais les russes ont fabriqué depuis l’équivalent du NR-1 US (le sous-marin qui roule au fond des mers), c’est le Project 10830, l’AS-12 “Losharik”.

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Un engin « à coque de titane, qui est muni de projecteurs à l’avant et de pinces préhensibles. Les russes clament qu’il est capable de plonger à 3000 mètres de profondeur ! L’engin est présenté il est vrai en illustration, comme ci-dessus, comme étant un « bathyscaphe », à quatre pieds rétractables, accompagné comme un petit chien de son rover…. Le submersible est dissimulé sous la coque de leur porteur, tel ici l’Orenburg (KS-129), dont on distingue les deux flancs descendants (ici à gauchepour le maintenir en place ! Car comme les russes ne font rien comme les autres, en matière de sous-marins, même si ces dernières années ils ont davantage copié qu’imaginé, ils ont aussi prévu d’augmenter l’autonomie du Losharik,pourtant lui aussi nucléaire mais aussi lent que le NR-1, en le transportant accroché sous leurs anciens Yankee, coupés en deux et rallongés pour l’occasion !  » 

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L’engin porté par un sous-marin plus important semble bien sillonner le monde. En France, on l’aurait même aperçu, ou plutôt aperçu son porteur… un ancien SNLE russe, agrandi de 43 mètres, en plein Golfe de Gascogne en janvier dernier.

orenburgLe magazine spécialisé le Marin (excellent !)  a vite fait le lien : « La piste de « l’ancien SNLE » mène soit au BS-64 Podmoskovye, soit plus probablement au BS-411 Orenburg (ici à gauche) qui appartient lui aussi à la flotte du Nord. « Peu probable que ce soit le BS-64 (ex- Delta IV) qui n’a pas encore entamé ses essais après refonte, écrit au marin le webmaster de soumarsov.eu, un site internet spécialisé. S’il s’agit bien d’un ancien SNLE, ce ne peut être alors que le BS-411 Orenburg. C’est un ancien Delta III modifié pour l’emport de mini-sous-marins. Il a été utilisé à plusieurs reprises pour emporter des mini sous-marins destinés à la plongée à grande profondeur, notamment pour l’exploration des fonds de l’Arctique. Tout comme ces mini-sous-marins, il dépend organiquement de la 29e diviziya de sous-marins de flotte du Nord, unité qui dépend directement de la Direction de la plongée profonde (GUGI) du ministère de la Défense russe. » Pour ce qui est des modifications elles sont visibles ci-dessous, avec les excroissances permettant de retenir sous lui le Losharik :

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Quant au BS 64 Podmoskovye, ex-K 64, cet ancien sous-marin nucléaire de la classe Delta IV a été remis à l’eau au mois d’août 2015 au chantier naval Zvezdochka de Severodvinsk. Tous les silos de lancement de missiles balistiques de la section centrale ont été remplacés par des LOS8.indbinstallations permettant de mettre en œuvre des mini-sous-marins, habités ou non. Selon les informations disponibles, le Podmoskovye servirait de bateau-mère au petit sous-marin nucléaire Losharik. Long d’environ 70 mètres, celui-ci est conçu pour la recherche scientifique,le sauvetage et les opérations spéciales militaires. Le Podmoskovye pourrait aussi mettre en œuvre le Klavesin-1R, un véhicule sous-marin autonome servant à des missions de surveillance et d’études acoustiques. » L’autre excellent magazine français, LOS !,  a fait part aussi de cette théorie dans son numéro 26 de Mai – Juin 2016. Sur la photo du nouveau lancement du Podmoskovye après sa cure d’agrandissement, on s’était bien gardé de ne pas montrer ce qu’il y avait dessous, en déployant une bannière fort opportune… Le Losharik et son porteur est basé à Olenya Guban dans la Péninsule de Kola  (69°12’58″N, 33°22’42″E). Sur Google Earth, on distingue bien un porteur, à Gadzhiyevo, mais un grand dock fermé tout proche au nord-est de son ponton est l’endroit où le Losharik est fixé sous lui…

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Le Losharik dans son dock flottant :

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Pas de présence en Méditerranée ?
Venons-en donc à la Syrie : les deux sous-marins porteurs le Podmoskovye et l’Orenburg ne semblent pas avoir été utilisés par la marine russe pour aller visiter la Méditerranée. L’engin qu’il soutiennent est encore trop récent : il a été aperçu par le rédacteur en chef du magazine Top Gear russe, en janvier 2015 et semblait encore en essais. Autre point qui permet d’éluder l’engin, l’absence dans le secteur méditerranéen du pétrolier NS Concord de 244m de long, (IMO 9299692 et MMSI 636012382) liparusbattant pavillon libérien, mais connu pour être un soutien effectif aux opérations discrètes de sous-marins russes, notamment en Norvège : or il fait relâche en ce moment à… Anvers. Remarquez, le 25 avril dernier, il transitait… au Portugal, ce qui n’est pas sa route habituelle! Il n’en est pas à faire comme dans un film de James Bond (s’ouvrir pour embarquer des sous-marins comme le « Liparus » de « l’Espion qui m’aimait ») mais il a été constamment vu comme navire de soutien lors des sorties des engins cités. Certains le soupçonnent d’être… creux, et d’offrir une ouverture sous sa coque pour devenir un dock flottant… fermé sur le dessus (les américains avec Hughes avaient et le projet Azorian avaient créé une barge pétrolière de même nature pour récupérer un sous-marin russe accidenté, le K-129).

Truffée de câbles

calyspsoUne Méditerranée truffée de câbles sous-marins, pourtant. La tentation est grande d’aller les scruter. Il y a toujours à apprendre à écouter ce qu’ils diffusent autour de la Syrie. Quelles informations circulent, quelles sont celles qui pourraient aider l’allié Bachar el Assad.  Alors les russes vont ressortir leur plan habituel : un navire de recherche océanographique, officiellement et extérieurement ; et en réalité un navire formidablement équipé pour l’espionnage.  En quelque sorte, une Calypso de Cousteau mais en acier (la Calypso, ici à gauche étant un ancien dragueur de mines américain fait de bois !) dotée de tout ce qu’il peut exister en matière yantard’espionnage.  Le remplaçant de la gamme des Balzam (Lira) des années 80, comme ici le N°516 ou là le plus ancien N°263. Ces dernières années, c’est le Viktor Leonov CCB-175 qui était le plus en vue. Chacun de ses voyages est l’objet de commentaires inquiets de la part des américains, comme ici à Cuba. Le Pribaltika (SSV-80) de la même classe semblant mieux équipé en détection et communication aériennes.  Mais ceux-là sont référencés comme bateaux de guerre, ce qui n’est pas le cas du « Yantar » (« ambre » en russe).

Le dernier cri… pour espionner

cote-yantarEt en effet, sous couvert de « navire océanographique, on a bien affaire à un bateau espion dernier cri. « Le navire transporte des équipements dernier cri, les plus innovants pour acoustique, les études biologiques, physiques et géophysiques», déclare le rapport annonçant son lancement. « Le Yantar est équipé d’un complexe unique à bord de recherche scientifique qui lui permet de recueillir des données sur l’environnement de l’océan, à la fois en mouvement et en stationnaire. Il n’y a pas d’engins complexes similaires « , a déclaré Alexei Burilichev, directeur de la recherche en eau profonde au Ministère de la Défense russe », selon Sputnik. « Steffan Watkins, un analyste du renseignement open-source basée au Canada qui surveille les mouvements des navires russes, a déclaré que la marine russe envoie ces navires auxiliaires dans la région une ou deux fois par an pour vérifier les capteurs sous-marins américains existants ou des câbles qui ont été détectés auparavant. Les navires recherchent également de nouveaux équipements sur le fond de la mer qui pourrait révéler des opérations américaines. » A droite, un des petits sous-marins qui sort sur le côté du navire, déposé à l’eau par une grue articulée.

Un trajet passionnant et édifiant

trajetL’excellent H I Sutton de Covert Shores décrit ici en détail le récent trajet de l’engin« Le navire espion s’appelle le « Yantar » (Projet 22010) qui s’est mis en route vers le voisinage de câbles sous-marins en Méditerranée orientale. Il a quitté la zone de câble de Turcyos-2 (de Turk Telekom, déployé en 2011) le 10 octobre 2016 et s’est dirigé vers le sud en direction du câble Imewe (1) où elle est arrivé à 17h UTC et où il s’est a pris position. Il scrute là jusqu’au seizième-dix septième jour puis il déménage au nord de nouveau au voisinage du câble sous-marin Ugarit, entre la Syrie et Chypre (il rejoint Pentaskhinos, à Chypre à Tartous, en Syrie !).  Là, il a fait une série de très longs trajets parallèles sur environ une ligne NNE-SSW. Ces trajets sont généralement faits à moins de 1 nœud (1,8 km/h) ce qui est beaucoup plus lent que ce qui serait nécessaire pour un sonar remorqué. En outre, ils sont généralement précédés par de longues pauses suggérant qu’un relativement grand véhicule a été mis à l’eau. Et le navire est resté souvent stationnaire pendant de très longues périodes suggérant l’entretien de l’engin hébergé (mini-sub ou ROV) ou d’être resté actif sur le fond de la mer dans une position stable ». Or ce qui inquiète alors, ce sont ses étonnantes capacités, que les américains connaissent très bien déjà. Des submersibles; il y en a deux, qui peuvent être descendus rapidement sur le côté du navire. On les a vus à l’œuvre au Pole Nord, aller déposer un drapeau russe sur le fond de l’océan glacial… (à partir de lAkademic Fedorov).

Un engin récent tout de suite à l’œuvre, à peine lancé

 

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Lui aussi est neuf, sorti des chantiers navalsavec du retard, en 2013 et mis en service en 2015, il a été tracé lors de son premier voyage pendant deux mois par les américains de son point de départ du Nord en Baltique pour aller se ravitailler à Willemstad, la capitale de l’île des Caraîbes de Curacao. A part qu’il n’aurait pas fait le voyage pour simplement l’agrément : ecosse-uss-wyoming« le Yantar, lancé plus tôt cette année à partir d’un port de mer Baltique, est équipé d’un traîneau coupe-câble et de deux submersibles en eaux profondes. Les activités du navire dans l’Atlantique au cours des dernières semaines ont également coïncidé avec le déploiement du sous-marin doté de missiles nucléaires l’USS Wyoming en Ecosse. Le Commandement stratégique des Etats-Unis, dans une annonce inhabituelle, a déclaré que le Wyoming, parti de Kings Bay, est arrivé à la base navale britannique de Clyde, à Faslane, en Ecosse le 16 septembre. » Les américains avaient déjà pu constater son autre efficacité : « en septembre de l’année dernière Yantar a suscité des inquiétudes dans les milieux du renseignement et de la Marineyantar-cables quand il est resté au large des côtes des États-Unis sur son chemin vers Cuba où les câbles sous-marins atterrissent près de Guantánamo Bay. (Ref. New York Times). Pour un début de carrière, avouez que c’était un peu baptême ! Puis il est allé voir ailleurs : en Méditerranée, tient, justement, et pas pour étudier la faune non plus. « Le 3 octobre dernier, le Yantar est passé sud à travers le Bosphore avec une destination déclarée vers Oman. Cependant, il  est allé flâner dans la Méditerranée orientale à proximité des câbles sous-marins reliant la Turquie et le nord de Chypre. » Là, ça devient passionnant : les russes, soudain attirés par l’océanographie méditerranéenne, on n’y croit pas deux minutes… en effet.

Un positionnement éloquent

Certains observateurs ne l’ont pas raté en effet : « Les câbles sous-marins sont fréquemment coupés par accident, y compris par des ancres de navires traînant sur le plancher océanique. Il est possible que les pannes d’Internet pendant la présence en Syrie du Yantar dans le secteur aient été simplement une coïncidence. Mais l’Internet en Syrie a une tradition de tomber à chaque fois que le régime de Bachar al-Assad a débuté des offensives militaires, soulevant la possibilité que la Russie, peut être, l’aide dans les pannes de communications pour que ses positions militaires ne soient pas connues des forces rebelles dans la ville assiégée d’Alep. Le navire est tehelicopter-carrying-barrel-bombs-d2523-45989chniquement classé comme un navire de recherche, mais il est équipé d’une paire de sous-marins que les responsables américains disent capables de couper les câbles qui transportent des communications mondiales de l’Internet.à des miles sous la surface de l’océan ». Bien aidé par du matériel français, Bachar surveille de près les opposants, on le sait. « Plusieurs entreprises occidentales sont soupçonnées d’avoir fournis du matériel de surveillance au régime de Bachar al-Assad. C’est le cas de Qosmos qui a été est accusée en 2012 par la Fédération internationale des droits de l’homme et la Ligue des droits de l’homme  d’avoir fourni du matériel destiné à « analyser en temps réel les données numériques qui transitent sur les réseaux » (lire ici l’édifiant dossier de Reflets).  Le matériel d’interception est aussi… américain, tel le BlueCoat. En tout cas, on sait pourquoi Bachar ne veut pas d’Internet chez lui : c’est pour ne pas voir ce genre d’image diffusée sur les réseaux, par exemple (ici à droite).

Des coupures voulues et provoquées

Une vrai épidémie de coupures successives : en 2012, nouvelle façon de faire :  « La Syrie coupée du monde. Internet et les réseaux de communication téléphoniques sont coupés dans plusieurs régions du pays, notamment à Damas et sa banlieue, mais aussi à Homs et Hama, dans le centre du pays, depuis ce matin (29 novembre).  Le fournisseur d’accès à Internet national a évoqué « un problème technique ». Selon le  site l’Informaticien, les coupures ont eu lieu à partir de 10h26 (GMT), soit 12h26 à Damas. Mais selon les militants qui animent la contestation de manière pacifique dans le pays, ces brusques coupures interviennent régulièrement « avant des offensives majeures des troupes gouvernementales », ont-ils expliqué à l’AFP. Ce jeudi 29 novembre, au moins quinze civils, dont cinq enfants et deux femmes, ont péri dans le raid d’un chasseur bombardier de l’armée syrienne sur un quartier de l’ouest d’Alep, la grande métropole du nord, a rapporté l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH) ». Le mercredi 15 mai 2013, rebelote : on décompte alors que c’est la 6eme fois (ici le 7 mai) depuis le début du conflit ! « Ce schéma de coupure de l’accès à internet le temps d’une opération militaire semble se reproduire puisque la société BGPmon souligne que des brides de trafic reviennent par intermittence. De quoi suggérer une intervention volontaire du régime sur le réseau pour privé les rebelles de communications. » Selon un spécialiste « le régime syrien a dit qu’il s’agissait d’une « fibre optique coupée ». C’est probablement complètement faux et probablement totalement délibéré de la part du régime. Le bâtiment qui abrite l’interconnexion du pays avec le reste du monde est situé dans un quartier très calme de Damas (Muhajrine), il est sous contrôle total du régime, pas très loin du palais présidentiel. Cela fait une vingtaine d’heures que la coupure dure, maintenant (interview réalisé a 14h ce mercredi 8 mai) ».  Le régime a donc sûrement tout simplement décidé de déconnecter le pays du reste d’Internet. Comme c’est dit sur le site de Cedexis, le fait que ce soit centralisé rend la chose très facile : un unique point Stratégique à couper. Il se trouve, en outre, que j’avais eu écho, fin avril, d’une telle coupure qui aurait été programmée pour le 1er mai. Finalement, elle arrive le 8 mai ».

En face, Daesh utilise les liaisons satellites

alep-antennesSi Bachar se préoccupe de ses concitoyens à sa façon, chez Daesh on a trouvé une autre façon de faire. C’est l’hebdo allemand Der Spiegel qui l’a révélé. C’est le satellite, tout ce qu’il y a de plus commercial : « interrogés par le Spiegel, deux vendeurs d’Antakya affirment avoir chacun «environ 2500 clients en Syrie», pour un chiffre d’affaires mensuel avoisinant les 100 000 dollars. Mais ils expliquent prudemment vendre les équipements et les services à des «partenaires commerciaux», sans avoir connaissance des utilisateurs finaux. En amont de la chaîne, l’hebdomadaire s’est aussi intéressé aux principaux fournisseurs d’Internet satellitaire européens : le Français EutelSat (détenu à 26 % par la Caisse des dépôts), le Luxembourgeois SES et le Britannique Avanti Communications. antennes-detruitesLes infrastructures de ces entreprises sont-elles utilisées par l’EI, et celles-ci pourraient-elles en avoir connaissance ? Contactés par le Spiegel, EutelSat comme SES s’en défendent ». Evidemment, elles ne vont pas reconnaître être utilisées par Daesh ! Et couper l’accès à Raqqua n’aiderait en rien, vu que là-bas, les derniers opposant à la folie tentent de la démontrer en communiquant eux aussi par le Net. C’est d’une belle hypocrisie en tout cas, de la part de Daesh, qui officiellement, fait enlever toutes les antennes satellite des maisons où elle sévit, invoquant leur immoralité (cf la photo ici à droite extraite d’une vidéo de propagande) !!!! ce n’est pas la première fois qu’un réseau satellitaire est sur la sellette : j’avais évoqué le rôle de celui de Thuraya lors de l’attaque de Mumbaï, et avait découvert que Kadhafi, lui aussi, était muni d’un téléphone de ce réseau pour communiquer à l’extérieur. Le satellite payé par les Emirats ayant été fabriqué par…Boeing !

Surveiller… et punir ?

On pense en effet à Michel Foucault, à voir ses pratiques. Face à ses coupures, les insurgés ont mis en place des parades, comme l’amélioration du captage 3G grâce à des techniques de fortune bien connues. Aux bords de la frontière, on peut ainsi « arroser » en WIFI grâce à des émetteurs du commerce, débridés. Mais cela ne semble pas plaire à Bachar, qui aurait donc décidé autre chose, en faisant appel aux capacités techniques des russes, et de la visite fort opportune de câbles sous-marins par un spécialiste portant le nom de Yantar.  On ne sait pas ce qu’on fait ces deux petits sous-marins; mais l’opération Ivy Bell résonne étrangement, depuis que l’on a repéré ces étranges trajets du faux bateau océanographique. Cousteau, lui aussi, ancien officier de Marine, aurait employé à une époque un espion de la DGSE, ancien du SISMI italien (je vous en reparlerai un jour). Il vaut donc mieux se méfier, par principe, semble-t-il, des bateaux qui s’intéressent officiellement à la vie des poissons, pour mieux espionner la vôtre. Et ici, Orange, sans même plonger très loin, ni très profond, visite aussi les câbles et les fibres… On vient de s’en apercevoir récemment encore !

L’autre assistance par les airs
cootSi ce n’est par mer, c’est par air. Les russes ont aussi aidé le régime de Bachar en allant chercher un avion fort particulier et en l’expédiant pas loin des combats, toutes « oreilles » ouvertes. Deux fois de suite, comme le note ici Aviatonist, le rare Tu-124R du Russian ISR (Intelligence Surveillance Reconnaissance) immatriculé RA-64511, !N°42305011), est allé faire des ronds au-dessus au dessus de la Syrie en partant de Kazan, sa base en Russie. Selon les russes, c’est l’autre exemplaire (RA-64514, N°42305014, qui a fait le trajet en février 2016. Là, on était plus sur le « reniflage » de l’Internet (quoi qu’il puisse « écouter » aussi les téléphones, comme le font les équivalents américains), mais sur les écoutes des appareils turcs ou américains qui s’aventureraient à proximité. Un vieillissant Il-20M Coots a aussi été vu dans les cieux en septembre 2015 au dessus d’Idlib (photo ci-contre). Il avait aussi été filmé le 6 octobre. il était arrivé en même temps que les Su-34 semble-t-il. L’aide de Poutine à Bachar el Assad se fait sous différentes manières comme on peut le voir. Et comme toute guerre, sert aussi à tester ce qu’on est capable de découvrir de l’adversaire, tout en maintenant la pression sur lui. En l’occurence, en déployant sa vitrine technologique, Vladimir fait encore de la rodomontade, car ce qu’il montre le dessert en fait. Des tu-124R, il n’en possède que deux exemplaires, que manifestement il cajole. Tant il a eu de mal pour les produire, indiquent les sites pro-russes eux-mêmes (ici c’est le site « jouet occidental » de la Rossiyskaya Gazeta (2) qui parle) : « pendant la construction du Tu-214R, celui-ci a passé beaucoup de temps sur le plancher de l’usine et a fait l’objet d’un certain nombre de procédures judiciaires entre le ministère de la Défense et le fabricant, en raison de l’échec répété de respecter la date de livraison. Le conflit en Syrie a accéléré la réalisation de ces super-espions ailés. Le rapport annuel a déclaré que les caractéristiques de performance du système d’ingénierie radio ont été améliorés pour détecter efficacement des objets cachés, la base de données d’images radar a été refaite, et un algorithme de traitement spécial pour le décodage et la transmission de données à bord de l’avion a été développé ». En somme, ils le disent facilement eux-mêmes ! L’avion est loin d’être au point, et a pris un retard fou pour sortir du hangar ! L’arrivée du vieux Il-20M Coot, bien plus présent dans les cieux que le Tu-124R, encore en phase de tests, en dit davantage sur ses forces aériennes et sur lui qu’autre chose. En résumé, Vladimir Poutine, industriellement, n’a pas vraiment les moyens, mais il ne peut s’empêcher de gonfler les biceps !

 

 

1106(1) le câble IMEWE de Mitsubishi Electric (pour India-Middle East-Western Europe) : « Le système de câble IMEWE, qui a été mis en service en 2010 en tant que système de DWDM à 10 Gbps, est un système qui relie l’Inde à l’Europe via le Moyen-Orient en fibre optique ultra haute capacité comme câble sous-marin. Ce système de réseau de câble d’une longueur totale d’environ 12.091 kilomètres est complété par 10 stations terminales appartenant à un consortium de neuf principaux opérateurs de télécommunications dans huit pays: l’Inde, le Pakistan, les Emirats, l’Arabie Saoudite, l’Egypte, le Liban, l’Italie et la France. Le système de câble comprend trois paires de câbles de fibres optiques avec deux paires de fibres sur un chemin express, ainsi qu’une liaison terrestre reliant les villes d’Alexandrie et de Suez en Egypte ».

(2) « Le journal Rossiyskaya Gazeta est un titre de presse du gouvernement russe, chargé de la publication officielle des lois et des décisions du gouvernement, et qui reçoit pour ce faire des financements de l’Etat »

 

Le journal citoyen est une tribune. Les opinions qu’on y retrouve sont propres à leurs auteurs.

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  1. avatar

    Bonjour
    Petit bémol à votre article. L’AS-12 Losharik a été mis en service entre 2008 et 2010. Un compte rendu d’activité de son bureau d’ingénierie indiquait qu’en 2015 il a effectué deux missions de longue durée
    http://www.soumarsov.eu/Sous-marins/Post92/10831/10831_liste.htm
    Cordialement