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Laurentie? et un film de Denis et Lavoie

Quand j??tais ? l?universit? de Montr?al, pour ?tudier les lois, il y avait une r?alit? qu?il n??tait pas bon de voir en face. C??tait celle de la Laurentie! Oui la Laurentie ?tait ce lieu dans lequel les Canadiens francais vivaient?: celle des rives du Saint-Laurent ?et leurs extensions vers le lac Saint-Jean et l?Abitibi. Les religieux avaient alors cr?? les Jeunesses laurentiennes, justement, pour essayer de laisser entrer un peu d?air dans la contr?e tr?s? provinciale d?ici. Et il y avait? la Flore laurentienne du Fr?re Marie-Victorin, celle-ci ne faisant pas l?objet de controverses?: il ?tait permis d?admirer les petites fleurs sur nos terres!

Mais le reste!? Le reste, c??tait l?id?e qu?aurait pu se faire la nation d?une forme d?affranchissement identitaire. Il fallait rester provincial et ne pas envisager de prendre le large.?La bourgeoisie d?ici, en ces haut lieux du savoir, surtout la lib?rale, celle ? laquelle s?accrochait un Robert Bourassa, par exemple, se moquait ? gorge d?ploy?e des vell?it?s laurentiennes des nationaleux comme ils disaient? et des patriotes aussi. Le statu quo ?tait leur religion et leur destin?Et puis vous faudrait-il une arm?e laurentienne, une flotte laurentienne? lan?aient ces apprentis avocats avec un f?roce sarcasme et une violence inouie pour d?pr?cier toute id?e de prise de conscience. La Conf?d?ration canadienne ? qui n?en ?tait pas une ? devait suffire comme destin et comme objectif.

Par cons?quent le mot Laurentie, symbole d?une velleit? d?affranchissement, est vite disparu de la sc?ne publique, d?pr?ci? qu?il fut par les bien-pensants. ?Il ne me reste plus, ? moi, que la Banque Laurentienne toute moderne et efficace qu?elle soit pour me rattacher au pass? d?il y a six d?cennies. Mais, au fond, il me reste le Qu?bec; et c?est presque la m?me chose. Le sens du mot Laurentie, tout vieillot qu?il soit, est le m?me que celui du Qu?bec d?aujourd?hui et c?est cette r?alit?-l?, telle qu?elle est, que les cin?astes Mathieu Denis et Simon Lavoie ont voulu d?crire dans leur film Laurentie pr?sent? il y a quelques semaines.

Le r?ve laurentien, celui qui me chatouillait l?imaginaire, il y a tant d?ann?es, est en train de virer au cauchemar, pour tout vous dire. Un cauchemar bien troublant, tragique, d?bilitant; un mauvais r?ve qui donne un choc.

Ce choc cin?matographique ne devrait pas changer la morne politique d?ici avec rapidit??: il n?y avait que quatorze spectateurs dans la salle de ce cin?ma sp?cialis? dit ?d?auteur?; ?comme si les autres cin?mas n?avaient pas d?auteurs justement?! Le vide de la salle ?par contre, traduisait cette autre r?alit? d?solante?et m?connue: le vide culturel qu?b?cois, soit le sujet du film et ce n??tait pas loin de donner froid dans le dos.

Le protagoniste, le com?dien principal, ? talentueux ? ?ont avou? les cin?astes, est un jeune homme d?sempar? par ce Montr?al ali?nant d?aujourd?hui o? les citoyens de culture francaise ne se sentent plus chez eux. Et ceci, cette r?alit? d?solante nous repr?sente tous, crument. Cette r?alit? me repr?sente moi-m?me, effectivement. C?est mon ombre personnelle qui se trouve l? sur l??cran et et celle-ci est bien encombrante.

Ce n?est pas moi qui le dis. Le journaliste Fran?ois L?vesque r?sume le tout en rapportant les paroles du co-auteur Mathieu Denis?: ?Laurentie c?est??l?individualisme galopant qui a ?t? ?rig? en religion de substitution d? o? cette absence d?appartenance d?bouchant sur un sentiment pernicieux d?isolement qui, ultimement, se meut en ali?nation?. Oui poursuit le jeune auteur, ?Louis (le protagoniste) est un l?che, tout comme la soci?t? qu?b?coise qui est incapable de prendre en mains son propre destin?.

S?il y a un v?rit? dans tout ceci, il me semble que le film Laurentie, malgr? toute sa crudit?, ne devrait pas passer ? l?oubli d?un coup sec, comme c?est pr?visible. Il devrait ?tre diffus? tous azimuts. Car c?est un objet de r?flexion qui pourrait ? pourrait ? ?tre salutaire. Je constate pour ma part que bien des Laurentiens ? ces Qu?b?cois d?aujourd?hui ? se prennent pour le nombril de l?Occident tandis qu?ils ont toute une ?me ? construire, une ?me qui pourrait, un jour, ? pourrait ? produire de la beaut? pour un univers qui en a bien besoin. Bravo.

Jean-Pierre Bonhomme

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