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L’assassinat de Kennedy : Oswald, ou le parfait pigeon (9)

On s’approche progressivement des décisionnaires, dans cette enquête sur les responsables de la mort de JFK.  Un homme, surtout, retient l’attention lors de notre longue enquête.  Un intriguant qui est bien en place à la Nouvelle-Orléans comme à Dallas, où il côtoie un dénommé G.H. Bush, responsable alors d’une entreprise pétrolière :  Georges de Mohrenschildt, un provocateur-né, très habile, et que l’on retrouve comme une ombre traînant invariablement là où Lee Harvey Oswald est passé. De tous ceux qui ont été en rapport avec le présumé assassin de Kennedy, c’est lui qui présente le plus lourd CV en tout cas.  Un CV dans lequel apparaît régulièrement aussi le nom de la CIA, avec laquelle de Mohrenschildt avait des contacts réguliers.

C’est bien le comportement et les contacts d’Oswald qui surprend, en effet, à son retour d’URSS (une théorie voudrait que ce ne soit pas effectivement la même personne : on sera obligé de déterrer son cadavre pour prouver que non – sans totalement le prouver, à vrai dire, son crâne ayant été découpé pour en extraire le cerveau à l’autopsie ayant été retrouvé… intact). Revenu à la Nouvelle-Orléans, il se lie d’amitié avec l’extrême droite russe (blanche) et notamment avec Georges de Mohrenschildt, (au départ son nom est Von Mohrenschildt !), qui est un ancien espion fort douteux ayant travaillé pour l’Allemagne nazie durant la seconde guerre mondiale, et installé dès 1938 aux USA avec son frère Dimitri, un farouche anticommuniste (c’est l’un des fondateurs de Radio Free-Europe dont je reparlerai plus loin avec un autre personnage fort actif !).  C’est avant tout un provocateur, décrit ici sans compassion comme étant un être exécrable :  « Pervers, en effet, et les apparitions en société de George de Mohrenschildt étaient susceptibles de prendre ce qu’on appellera plus tard une allure « politiquement incorrecte ».  Il a parlé par exemple un jour des « vertus de l’Allemagne et de la forme de gouvernement sous Hitler » ou des « inconvénients de la démocratie », une autre fois, le soir, dans un restaurant- après que les Allemands aient envahi la France – quelqu’un lui a alors fait remarquer que les Français mouraient de faim ; ce à quoi il a répliqué :  » Non « a répondu von Mohrenschildt, alors encore appelé de son nom d’origine :  » Hitler prend soin d’eux.  Ils ne sont pas affamés comme ils l’étaient lors de la dernière guerre  » .  À une autre occasion, il a qualifié Hitler  » d’autrichien intelligent », et prédit que la guerre se terminerait  » soit par un compromis, soit par une victoire allemande.   » Plus d’une fois , il a salué une visiteur avec son bras levé et les mots « Heil Hitler ! »  En d’autres occasions , de Mohrenschildt affecté d’être un sympathisant bolchevique, et beaucoup conclurent, à tort, qu’il avait des « tendances communistes définitives ».   » Il a affirmé à avoir été membre du Parti communiste avant son entrée en 1938 aux USA.  Plus tard, il l’a nié.  Il s’est vanté d’être un athée et une fois déclaré :  « Les Russes ne croient pas en Dieu, et je n’en ai pas non plus.  Nous finirons tous en engrais après la mort. »  Drôle de rencontre en effet !  L‘homme est exécrable, et possède une famille accusée d’être pro-nazie :  Son cousin Konstantin von Maydell, avec qui il avait travaillé (pour une société cinématographique, Film Facts inc), avait été identifié par le FBI comme un agent de la « Cinquième Colonne ». Plus étrange encore, responsable chez Shumaker & Co, De Mohrenschildt avait côtoyé un représentant des services secrets français de Vichy : Pierre Fraiss.  Son rôle consistait alors auprès de lui à tenter de fournir du pétrole texan ou californien au régime de Vichy…  Complexe, Mohrenschildt est tout simplement… insaisissable comme l’a écrit Norman Mailer en personne :  « dans son livre Oswald’s Tale, il dit de de Mohrenschildt qu’il possédait un éclectisme qui lui permettait de se présenter comme de droite, ou de gauche, comme un moraliste, un aristocrate, un nihiliste, un snob, un athée, un républicain, un amoureux de Kennedy, un déségrégationniste, un intime des magnats du pétrole, un bohème, menant une vie mondaine, plus un apologiste du nazisme d’autrefois, une fois par an. « 

Cet étrange oncle George et ses amis russes

De Mohrenschildt, qui est lui aussi anticommuniste viscéral (mais l’affiche moins que son frère) est un autre pilier de la théorie du complot, car il connaissait aussi très bien la famille Bouvier… celle de Jackie Kennedy, qui l’appelait d’ailleurs amicalement « oncle George » !!!  Une Jackie que l’on verra rencontrer la diaspora russe, tel cette photo où elle danse avec Serge Obolensky ancien aristocrate ayant épousé une fille du tsar Alexandre, engagé chez les anglais lors de la première guerre et devenu ensuite Lt. Colonel dans l’United States Army (il avait sauté en parachute à 53 ans, durant la seconde guerre !).  L’homme aux côtés de celui qui accueille Oswald est un autre super cas d’espèce : c’est en effet Laurence Orlov, chez qui beaucoup voient le spectre d’Alexander Orlov, officier de très haut rang du KGB arrivé aux Etats-Unis en1938 et resté depuis caché, à la fois par le FBI et les services secrets russes jusqu’en 1953 (c’est décrit dans le livre Alexander Orlov : « The FBI’s KGB General » – Edward Gazur/Carroll & Graf – 2001).  Très lié au milieu du pétrole de Houston ou Dallas, Mohrenschildt est un intriguant de très haut vol, qui a gardé un savoir-faire évident en la matière du temps de sa collaboration nazie, dont il n’a pas été accusé, ce qu’y laisse entendre des liens avec les mêmes qui avaient organisé l’opération Paperclip ou choisi de recruter le nazi Gehlen.   De Mohrenschildt est alors en contact également avec l’agent J. Walton Moore de la CIA.  C’est avec son intercession par exemple, qu’il fait embaucher Lee Harvey Oswald aux laboratoires de développement photo de Jaggars-Chiles-Stovall, qui sont aussi ceux qui traitent les photos de terrain… de la CIA (pour certains, Oswald n’avait jamais eu accès à des informations confidentielles et se chargeait uniquement des développements courants) !  C’est plutôt ce genre de lien qui fait d’Oswald un communiste de pacotille, car jamais De Mohrenschildt ne se serait abaissé à en aider un véritable !  En revanche, il verra plusieurs fois Oswald, chez lui, ou chez Paul Gregory.  C’est chez lui qu’il sera évoqué un soir le cas du général Edwin Walker, alors véritable caricature vivante de l’anticommuniste primaire ségrégationniste.  Oswald, avait acheté paraît-il par correspondance deux armes pour une vingtaine de dollars chacune.  Un revolver .38 et une carabine Carcano Manlicher, une copie italienne de Mauser.  Destinées à s’en prendre à Walker, selon la thèse bien huilée du FBI.  En mars 1963, Oswald ira tout d’abord prendre des photos de la maison d’Edwin Walker, en repérage.  Le 2 avril, Oswald dîne avec le couple Paine.  Une semaine plus tard, le général Walker se fait tirer dessus chez lui à plusieurs reprises, une balle atterrissant dans les montants de brique de ses fenêtres sans le toucher (voir les deux photos ci-contre).  Selon des observateurs, le tireur était à peine à 30 mètres de lui.  Pour certains, c’était l’œuvre de Lee Harvey.  Aurait-il cherché convaincre De Mohrenschildt de ses capacités c’est une possibilité ?  Rien ne le confirme : la balle tirée est de calibre 0.30 et elle a été tirée par un fusil puissant (l’une d’elle s’est fichée dans la brique !).  Et l’attaque de Walker aurait été menée par deux hommes repartis en voiture alors qu’Oswald n’en possède pas : il n’avait pas le permis ! Ceux qui relient l’attentat contre Walter à Oswald sont aussi ceux qui veulent faire d’Oswald une sorte d’assassin névrotique compulsif…

Tout désigne De Morenschildt

De Mohrenschildt a toujours nié travailler pour la CIA (comme le feront les époux Paine, même lors des auditions de 1976 !).  Or tout va à l’encontre de cet avis.  Son séjour à Haïti n’avait rien de commercial :  il avait été envoyé là-bas pour coordonner ceux qui devaient renverser le pouvoir de Duvalier.  « Un agent de la CIA de contrat , Herbert Atkin, a rapporté que le véritable travail de De Mohrenschildt en Haïti en 1963 était de superviser un plan financé par la CIA pour renverser Duvalier.  En mai 1963, De Mohrenschildt organisé une rencontre entre Clemard Charles et Dorothy Matlack, qui a été directeur adjoint de l’Army Office of Intelligence, organisme qui sert de liaison entre l’U.S. Army et la CIA.  Selon les fichiers de la CIA de De Mohrenschildt, que le comité d’assassinat a obtenues, le but de la réunion avec Matlack était d’organiser un rendez-vous entre Charles et un représentant de la CIA.  De Mohrenschildt a assisté à la réunion avec la CIA, à la surprise de Matlack . » Il ne savait pas à quel rôle De Mohrenschildt servait, mais a estimé qu’il « dominait » Charles , en quelque sorte », dit la note du comité, qui a ensuite indiqué que Matlack avait déclaré : « Je savais que le Texan [ De Mohrenschildt ] n’était pas là pour vendre du cannabis ».  Enfin, une note dans le mémo de la CIA ajoute : « En raison de l’information politique potentielle que Charles pourrait donner sur la situation actuelle en Haïti, la CIA est devenue le premier contact avec Charles. » Cela met la capacité de Charles à obtenir deux avions des États-Unis en 1964, lors d’un embargo et son emprisonnement ultérieur en 1967 par Duvalier dans une toute autre affaire.  Car c’est aussi en 1967 que Mitch WerBell, associé à quelques Haïtiens et des Cubains exilés seront capturés en train de planifier une invasion d’Haïti à partir de la Floride (une autre opération « Baie des Cochons ! « ).  Or WerBell était un vétéran du bureau de l’OSS en Chine pendant la Seconde Guerre mondiale avec E. Howard Hunt, Paul Helliwell et John Singlaub.  Il a dit à l’auteur Jonathan Kwitny qu’il ne fonctionnait pas  » pour » la CIA, mais « avec » la CIA .  Il a insisté sur la distinction, car c’est qu’il a été alors payé par des groupes privés et non par la CIA »... En photo, à gauche, le fameux WerBell en pleine démonstration au Viet-Nam de l’usage d’un Welrod… un pistolet silencieux (ici à droite), inventé par lui.  L’année suivante, en effet, Werbell s’associait à Gordon Ingram pour fabriquer un autre pistolet mythique, le MAC-10 (puis le MAC-11), mini-machine vendue comme l’arme la plus rapide du monde (quand elle ne s’enraye pas).  L’arme allait devenir la favorite de la CIA (avant de devenir celle d’Hollywood) !

Du Guatemala en Louisiane… et vice-versa

Au Guatemala, la CIA dirige depuis 1954 des camps d’entraînement pour opposants en Amérique du Sud ou à Cuba.  L’un de ses responsables s’appelle Carl Jenkins, il est en cheville avec la United Fruit (UFCO) qui craint que le nouveau président Jacobo Arbenz ne nationaliste ses bananeraies, qui lui rapportent gros.  Une opération « PBFORTUNE » est imaginée pour renverser Arbenz.  A noter que les deux frères Dulles et le sous-secrétaire d’État du président Eisenhower, Walter Bedell Smith, ont des actions chez UFCO :  ils agissent aussi pour leur propre portefeuille !  Arbenz, inquiet de l’attitude US, prend l’initiative de faire venir par cargo des armes de Pologne provoquant la fureur d’Allen Dulles.  Sous sa pression, Arbenz est obligé de fuir le pays le 27 juin 1954.  Jenkins avait participé à sa fin en utilisant sa compagnie d’hélicoptères pour balancer des tas de tracts réclamant son départ.  On le soupçonne aussi d’avoir servi à transporter les armes des responsables du putsch.  Une compagnie d’hélicoptères installée au Guatemala qui détenait les mêmes à Bâton Rouge, en Louisiane ! Des engins achetés par le gangster et détourneur de prêts bancaires Herman K. Beebe, avec sa société American Motel Industries (ou AMI), associé à des gens proches des trafiquants de drogue et membre de la CIA, dont Barry Seal.  Tout était déjà en place, sous Kennedy, pour débuter l’incroyable trafic de cocaïne par avions cargos de l’armée, des C-123.  Comme le note Perspective Monde, « une junte militaire dirigée par le colonel Carlos Castillo Armas met immédiatement fin aux réformes, retourne les terres nationalisées à la United Fruit et abolit le droit à la syndicalisation.  Ce renversement plonge le Guatemala dans la chaos.  Il s’ensuivra 36 ans d’un régime de terreur qui fera près de 200 000 morts, les autorités recourant à des escadrons de la mort et à des massacres pour maintenir leur contrôle sur la population indigène ».  Le CV de Jenkins était en effet particulièrement chargé : 

Retour à Cuba

Le colonel Fletcher Prouty, un général plutôt lettré, fort attentif aux livres et à leur contenu, et fort décrié aussi sur ses positions à propos des ET par exemple (il posait souvent devant son imposante bibliothèque) fera une interview sidérante dans les années 80 sur l’invasion de la Baie des Cochons (il faut à tout prix la regarder !), où il dévoilera bien des choses sur les liens entre l’armée et l’entraînement des exilés au Guatemala, ce que Kennedy connaissait, alors que selon lui Nixon n’en savait pas autant.  « Personne n’imagine la taille que représentait l’opération de la Baie des Cochons, et combien Kennedy avait été pressé de partout de la faire ».  Selon lui, c’est Dulles qui avait bien forcé la main à Kennedy, arguant qu’on ne pouvait pas retourner en arrière.  On y trouvera plus tard que trois des navires fournis appartenaient… à la famille Bush.  « La flotte de débarquement, étiquetée Force Expéditionnaire Cubaine, comprenait cinq cargos de 2400 t, loués par la CIA à la Garcia Line (compagnie notoirement anti-castriste) et suréquipés en canons anti-aériens.  Ils étaient passés par la Nouvelle-Orléans pour récupérer armes et munitions et Puerto Cabezas au Nicaragua (où ils s’entraînaient) pour charger les contre révolutionnaires et leur équipement.  Quatre d’entre eux, le Houston (nom de code Aguja, coulé par l’aviation cubaine), le Río Escondido (Ballena, coulé par l’aviation cubaine), le Caribe (Sardina), et l’Atlántico (Tiburón), devaient amener 1400 hommes sur les plages du débarquement.  Le cinquième transportait du matériel et les spécialistes de l’infiltration de l’Opération 40 (groupe subversif créé par la CIA et sous la responsabilité du vice-président Nixon).  Les cargos voguaient sous pavillon libérien.  Ils étaient accompagnés de deux barges de débarquement (datant de la guerre) achetés à la Zapata Corporation de Georges Bush père.  Les LCI étaient Blagar (nom de code Marsopa) et Barbara J (Barracuda), sous pavillon nicaraguayen, et avaient été lourdement armés en Floride ».  Selon la très bonne analyse de Fletcher, reprenant l’analyse de Walter Beder Smith selon laquelle on avait fait trop de publicité aux préparatifs, une telle opération d’ampleur ne peut être celle des services secrets :  c’est bien une opération purement militaire.  Selon Fletcher Prouty, en nommant Smith comme responsable des opérations spéciales à la place de la CIA, il venait de se faire un ennemi mortel.  C’était très net pour lui :  l’éviction de la CIA par Kennedy a été un moment crucial de la vie politique US.

Selon Prouty, toujours, c’est un ordre donné par McGeorge Bundy qui avait empêché le décollage des avions du porte avion U.S.S. Enterprise (avec McCain à bord) pour détruire les derniers avions cubains. C’était bien ce qui avait coulé l’opération.   Kennedy ne voulait pas mélanger opération clandestine et opération militaire ;  respectant ainsi davantage les lois que ne le faisait la CIA.  Car la CIA l’avait placé devant les faits, en mélangeant déjà les faits et les genres.  Les cargos chargés de ravitailler les exilés furent tous coulés par les derniers avions cubains.  Selon Fletcher Prouty, même chose pour le Viet-Nam, où Kennedy souhaitait retirer les agents de la CIA, les fameux conseillers, et non les militaires !!!  A la fin de l’interview, le général revient au célèbre discours d’Eisenhower sur le pouvoir du complexe militaro-industriel, en rappelant l’argent que perdraient certains si la guerre s’arrêtait : la raison pour laquelle selon lui Kennedy avait été abattu.

L’ami d’un certain H.W.Bush, de la CIA

George De Mohrenschildt fera une longue déposition lors du rapport Warren, qui le disculpera personnellement, entièrement.  Il devait être entendu à nouveau en 1976 par un enquêteur du HSCA, cette fois, mais on le retrouvera mort la veille, un « suicide » selon le médecin légiste, mais un suicide suspicieux tant on pense aujourd’hui que De Mohrenschildt aurait pu manipuler Oswald pour le conduire à assassiner Kennedy, ce qu’il aurait réussi à dissimuler en 1964.  Parmi tous les morts qui jonchent l’après Dallas, il convient de le compter, même s’il était réellement dépressif durant plusieurs mois.  Plus intriguant encore : au lendemain de son décès, son ex-femme Jeanne donne au House Select Committee on Assassinations une photo d’Oswald dédicacée à De Mohrenschildt.  Or c’est celle où il porte le fusil qu’on lui attribue pour l’attentat, et qu’Oswald en personne avait déjà qualifiée de « montage » photographique.  Son travail de retouche aurait pu qualifier ses dires, tant aujourd’hui encore sa photo avec « l’arme du crime » entre les mains (achetée 29 dollars) reste discutable.  Selon des examinateurs, la dédicace aurait été faite par plus tardivement par la veuve d’Oswald, comme une vengeance pour la mort de son mari !   Dans ses témoignages, cette même veuve se montrera incapable de reconnaître l’arme détenue ou non par son mari qu’elle qualifiera de « bâton en fer », sans autre précision.  Autre sulfureux particularisme de De Mohrenschildt :  son amitié avec un certain George H.W. Bush, qui deviendra le responsable de la CIA.  Ils se connaissaient en effet depuis 1939, car l’agent pro-allemand travaillait alors chez Humble Oil, une compagnie fondée par.. Prescott Bush, le fondateur (pro-nazi) de la dynastie (à droite en photo avec Nixon) !

De Mohrenschildt montrait souvent à ses amis la carte obtenue de Zapata Petroleum, fondée par H.W. Bush et un un ancien agent de la CIA, Thomas J. Devine, où figurait le nom de « Poppy » le surnom de George H.W. Bush.  Les deux étaient en relation avec David Phillips Atlee, le responsable de la CIA chargé des exilés cubains, dont beaucoup pensent qu’il aurait pu être responsable de l’équipe de tireurs de Dallas.  De Mohrenschild, qui, je le rappelle, avait été l’aide des allemands sur le territoire US.  Il avait même été surpris en 1941 à photographier les bâtiment des Gardes-Cotes de Corpus Christi, au Texas, au moment même où les U-Boot rôdaient dans le Golfe du Mexique à la recherche de pétroliers US à couler !  Des billets de cent dollars sortis de sa poche avaient alors empêché son arrestation !  Or c’est à relever, le premier fusil découvert juste après les tirs par le shérif Seymour Weitzman en haut de la bibliothèque qui l’a très bien décrit, car il était connaisseur, était un fusil semi-automatique Walther G43 (Gewehr 43, pour Fusil 1943),  C’est un produit par l’entreprise allemande Walther, qui fut utilisé par la Wehrmacht pendant la seconde guerre mondiale.  Un engin à la réputation de fiabilité défaillante (selon ses utilisateurs, il avait 25% de chances de s’enrayer, comme d’ailleurs sa copie italienne).  Il devint comme par magie un Mannlicher Carcano italien, celui attribué justement à Lee Harvey (et à la photo truquée, selon beaucoup, dont Henri Verneuil dans « I comme Icare », sur laquelle il pose avec !).

Le surréalisme de la commission Warren

Lors de l’interrogatoire de la commission ayant pour invité De Mohrenschildt, on avait eu droit à un grand moment.  Celui des questions posées par Albert Jenner (ici à droite), un obscur avocat, membre de la commission, réputé pour son opposition à Kennedy, mais qui surtout avait comme client principal le banquier Henry Crown, de Chicago, celui qui finançait alors la firme d’aviation General Dynamics.  L’homme squizzera complètement le premier contact russe d’Oswald, George Bouhe, qui l’avait reçu avant de le recommander à De Mohrenschildt. Bouhe, inquiet, avait appelé un ami avant de le recevoir :  c’était Max Clark, qui avait le double avantage d’être à la fois marié à une princesse russe… et d’avoir été un responsable de la sécurité chez General Dynamics.  Clark avait tardé à lui répondre, expliquant qu’il devait « d’abord en référer à d’autres »,  Bouhe expliquant que « je suppose qu’il avait dû entre temps contacter les bons canaux »… une perche que l’indigent Jenner ne reprendra pas bien sûr :  elle aurait directement abouti au FBI ou à la CIA.  En fait l’interrogatoire de De Mohrenschildt en dit long sur ce qu’on désirait cacher :  le mentor d’Oswald n’avait eu droit qu’à des banalités, à s’en l’étonner lui-même :

 

« M.. Jenner : Vous êtes âgé de 61 ans, n’est-ce pas ?

M.. De Mohrenschildt : Oui.

M.. Jenner : Et maintenant vous pesez, je dirais, environ 195 livres ?

M.. De Mohrenschildt : C’est exact.

M.. Jenner : Autrefois, vous en pesiez environ 180.

M.. De Mohrenschildt : C’est exact.

M.. JENNINGS : Vous êtes athlétiquement incliné ?

M.. De Mohrenschildt : C’est exact.

M.. JENNINGS : Et vous avez les cheveux foncés.

M.. De Mohrenschildt : Pas de poils gris encore.

M.. Jenner : Et vous avez une peau bronzée – vous assez bronzé, n’êtes-vous pas ?

M.. De Mohrenschildt : Oui, monsieur.

M.. Jenner : Et vous êtes un amateur de plein air ?

M.. De Mohrenschildt : Oui.  Je dois vous dire – je ne m’attendais pas à ce que vous me posiez de telles questions. »…

Comment finissent les témoins ou les participants

A la Nouvelle-Orléans, on trouve aussi parmi les anicastristes virulents John Roselli, de son vrai nom Filippo Sacco, c’est un gangster fort médiatisé de Chicago, devenu proche du milieu du cinéma hollywoodien (« The Mob in Hollywood » :  il est ici avec son épouse, l’actrice June Lang) et roi des casinos de Las Vegas, où Howard Hughes est alors très présent, avec son procédé de « skimming » (le ramasseur, c’est lui qui « écrème » la quote-part laissée par les établissements à la mafia !).  Arrêté en 1943 et condamné à 10 ans de prison il en sort dès 1947, visiblement protégé par des politiciens véreux.  Lui aussi a de quoi en vouloir à Fidel Castro, qui, dès son arrivée a fait fermer tous les juteux casinos cubains, appartenant pour la plupart à Roselli (ou étant sous sa coupe).  Roselli reçut le renfort d’un homme influent dans son espoir de se débarrasser de Castro : « en 1960, la CIA recruta un ex-agent du FBI Robert Maheu, – ici à gauche- qui devint plus tard le bras droit du milliardaire Howard Hugues à Las Vegas, pour approcher Roselli.  Maheu se fit passer pour le représentant d’une corporation internationale qui voulait tuer Castro parce qu’il avait essuyé d’énormes pertes avec la fermeture de leurs casinos.  Roselli introduisit Maheu à deux hommes qui se présentaient sous le pseudonyme de « Sam Gold » et « Joe ».

L’étonnant casino flottant de Roselli

Les Casinos et leur grande période d’avant-guerre avaient fait la fortune de Roselli.  Des casinos parfois flottants dont un qui va nous rappeler un nom de navire qui aura lui aussi son importance dans cette longue saga : « quelques semaines après le lancement en mars 1931 de la législature du Nevada, légalisation des jeux de casino à l’échelle nationale, Cornero et ses frères avaient ouvert le Meadows Club, l’un des premiers casinos de Las Vegas.  Le Meadows, avec son intérieur fantaisie et ses divertissements en direct a été considéré comme le meilleur casino de Las Vegas et le précurseur de tous les casinos qui sont venus après dans les années 1940.  Roselli n’avait aucun intérêt dans aucune des opérations, mais Cornero lui donna libre cours sur place.  Même chose avec la flotte de bateaux de jeu que Cornero avait amarré au-delà de la limite de trois milles au large de la côte sud de la Californie à la fin des années 1930 – y compris le vaisseau amiral de Cornero le Rex, stationné au large de Redondo Beach.  Le Rex était un navire de haute classe bien équipé qui avait coûté plus de 200 000 dollars de réfections.  Cornero l’avait conçu pour attirer des clients de classes moyennes et supérieures, plutôt que juste des types de classe ordinaire.  Tout cela a parfaitement fonctionné pour l’image de Roselli qui pensait ainsi tirer sur une extrémité et d’accéder à l’autre sphère riche, avec, les gros dépensiers, les stars de cinéma et les éléments sur la frange tels que les gangsters et leurs familles (…)  Certaines personnes ont dit que le montant de 200 000 dollars était faible et qu’il s’agissait plutôt de 600 000 dollars que Cornero avait mis dans le Rex.  D’autres ont dit tout le contraire, que le Rex était une baignoire et non navigable, un piège de la mort en attente d’arriver. La chose est, que quand le Rex n’a plus été utilisé comme un bateau de jeu par Cornero, il a été reconverti à sa configuration d’origine en 1942 et renommé « Star of Scotland ».  Selon les archives obtenues par U-boat.net, l’ancien Rex, rebaptisé Star of Scotland, a été attaqué le 13 novembre 1942 par le sous-marin allemand U-159 à 900 milles à l’ouest de la baie de Lüderitz, en Afrique du Sud-Ouest et a coulé.  « Un peu de voyage pour une baignoire non navigable ».  Le Star of Scotland était redevenu un voilier en acier, en effet, baptisé à l’origine en 1887 le Kenilworth.

Giancana et les tentatives de tuer Castro

Le fameux « Sam Gold » approché était en fait Giancana, « Joe » était Santo Trafficante Jr de Tampa en Floride.  Trafficante était un des parrains les plus puissants de l’ère pré-révolutionnaire cubaine.  L’agence donna aux mafieux six pilules pour assassiner Castro.  Durant plusieurs mois, des anti-castriste cubains en lien avec la mafia tentèrent, sans succès, de mettre les pilules dans la nourriture de Castro ».  OK, mais ce ne sont pas les pilules que l’on retiendra, mais la suite : « en 1961, après l’échec de la CIA dans l’invasion de la baie des cochons, les tentatives d’assassinat continuèrent, lesquelles inclurent celle d’une équipe de tireurs d’élite, entraînés par Roselli dans une base secrète à Florida Keys »...  Où Hughes avait un pied à terre, alors qu’il finançait les anticastristes comme on pu le voir (1).  Roselli aurait pu lui aussi projeter de tuer Kennedy, donc, après la honte de la Baie des Cochons, à la place d’aller tuer Castro.  C’est ce qu’affirme aussi le procureur Garrison dans son livre, en expliquant la fin « typique » du personnage.  « Après la révolution cubaine, la C.I.A. chargea Roselli d’assassiner Fidel Castro.  Rosselli, plus bavard que la C.I.A. ne l’aurait souhaité, révéla lui-même ce fait durant l’enquête du Sénat.  Peu de temps après, les restes du corps déchiqueté de M. Rosselli furent retrouvés dans un bidon flottant dans la baie de Dumfounding, sur les côtes de Floride.  Aucun enquêteur ne parvint à découvrir qui avait été l’auteur de ce crime.  Cela n’empêcha pas la justice de déclarer qu’il s’agissait de l’œuvre de la Mafia.  La C.I.A., évidemment, s’aligna sur cette déclaration. »  Ci-contre,diffusé par la chaîne WTVJ-TV de Miami, le baril de 55 gallons recouvert par les autorités du comté de Dade, contenant le corps de Johnny Roselli retiré de la baie de Dumbfoundling ;  près de Miami, en Floride, le 8 août 1976, et posé sur le dos d’une dépanneuse.  Le fût avait été trouvé dérivant par des pêcheurs.  Les gaz issus de la décomposition du corps l’avait fait remonté à la surface.  Un de moins, dans la très longue liste des morts survenus après celle de Kennedy….et un de poids :  celui qui savait qui s’était entraîné au tir en Floride !  Et celui qui avait ouvertement avoué un lien entre mafia et CIA qui aurait nui lors de la commission Warren !  Dans le numéro de novembre 1969 de la revue Penthouse, Clay Shaw, suspecté par Garrison d’être au milieu de l’organisation d’assassins du président déclarait ,  » je n’ai jamais eu aucun lien avec la CIA ».   Shaw mourra en 1974 sans jamais avoir été réellement inquiété.  Cinq ans plus tard, l’ancien directeur de la CIA Richard Helms déclarera sous serment que Shaw avait pourtant bien été un contact « à temps partiel » pour l’Agence et « avait apporté des informations« , et pire encore avec un document de 1992 qui indiquait clairement que Shaw était  » grassement payé » par la CIA.

Un prétendu communiste chez les anti-communistes

Oswald, alors qu’il continue à parler toujours communisme à ses proches, se rapproche donc des anti-castristes (ce qui est plus que surprenant en effet) : « au début du mois d »août Oswald est apparu à la boutique de Carlos Bringuier, le chef de la branche la Nouvelle-Orléans de l’organisation militante étudiante anti-Castro DRE et un jour ou deux plus tard, il a été impliqué dans une altercation de rue avec Bringuier et deux autres exilés cubains sur les tracts du CPAC (ici en photo Bringuier à gauche avec le grand manipulateur de la CIA Ed Butler, à droite).  Arrêté pour avoir troublé la paix, il a passé une nuit et une partie de la journée en prison.  Là il a demandé à voir un agent du FBI et on lui a donné un compte-rendu fantaisiste de l’étendue de ses activités au CPAC.  Plus tard ce mois-là il a participé à un débat diffusé sur Castro, Cuba et le CPAC la Nouvelle-Orléans organisé par le journaliste William Stuckey » ...  Bref, Oswald fait tout pour intégrer le mouvement, alors qu’à l’extérieur il le dénigre.  Etrange comportement.  Pour certains, l’altercation avec Bringier avait été fabriquée de toutes pièces pour monter extérieurement un Oswald vindicatif, ce qu’il ne semblait pas être dans la vie courante, plutôt placide.  « Le comportement d’Oswald à la Nouvelle Orléans est déconcertant.  Après avoir trouvé un emploi subalterne qui ne l’intéresse guère il reprend des activités politiques pour le moins contradictoires.  Tout d’abord il essaie manifestement d’infiltrer les milieux anticastristes en prenant contact avec Carlos Bringuier responsable de l’association des étudiants cubains.  Il lui fait part de ses intentions et fait valoir auprès de ce dernier de réelles capacités de lutte et d’aptitudes à organiser ou à contrer des actions de guérilla étant donné son passé de Marine.  Paradoxalement, peu de temps après, il se fait remarquer en distribuant des tracts pro-castristes sur la voie publique.  A cette occasion, il se met bien en évidence, de façon à ce qu’on le remarque.  Voilà des attitudes bien étranges et peu habituelles chez Oswald qu’on présente volontiers comme un être reclus, discret et peu communicatif.  »  Les tracts ne donnaient pas d’adresse ou joindre le groupement qu’ils étaient censés représenter.  Plus étonnant encore :  alors qu’ils ne représentent rien, et qu’une petite quantité a été distribuée en une seule matinée seulement, on possède le film de cette distribution :  qui avait donc pu prévoir de filmer cela… sinon pour s’en servir plus tard pour démontrer quelque chose ?

On le fera même passer après sur une chaîne de TV locale (sa prestation ici à droite, on remarque qu’il porte une tourte petite moustache triangulaire ! ), où on l’entendra dire « oui, je suis marxiste », ce qui représentait une jolie provocation : qui avait bien pu échafauder un tel plan pour insister autant sur le fait qu’il l’était ???  A bien étudier son surprenant comportement, on ne peut envisager Oswald comme ayant décidé seul de rejoindre ses propres ennemis de la DRE :  il s’agissait logiquement d’une tentative d’infiltration des exilés réfugiés à la Nouvelle-Orleans, une infiltration obligatoirement dictée.  Lee Harvey Oswald travaillait sous les ordres de la CIA (ou du FBI), à l’évidence.  « La bienveillance dont a fait preuve le FBI vis à vis d’Oswald, après sa libération, laisse supposer qu’elle le contrôlait ou qu’elle s’en servait.  La déstabilisation de toute organisation anticastriste sur le sol américain présentait un certain intérêt, dans la mesure où de tels groupuscules pouvaient, par leurs agissements, être un frein au début de réchauffement des relations américano-soviétiques.  N’oublions pas que Kennedy venait de rencontrer Khroutchev à Vienne et que porter atteinte à l’intégrité d’un état satellite (Cuba) par l’activité débordante d’organisations anti-castristes, risquait de remettre en cause un processus encore fragile.  C’est la raison pour laquelle les agissements d’Oswald présentait un réel intérêt. » En ce sens, Oswald n’était donc qu’un simple pion.  « Un pigeon », dira-t-il lui-même le jour de son arrestation.

GHW Bush & JFK Hit

(1) Dans le livre « Boxes: The Secret Life of Howard Hughes » par Douglas Wellman et Mark Musick on peut lire ceci :  « Johnny Roselli a travaillé pour le patron mafieux de Chicago, Sam Giancana, et avait été assigné pour couvrir Los Angeles.  À la fin des années 1940, la famille heureuse se retrouvait fréquemment à la résidence Moretta pour le dîner du dimanche et fréquentait fréquemment Howard Hughes (interview de John MacDonald).  Plus de coïncidence.  Au moment des transactions de casino, Robert Maheu était un employé-clé de Howard à un salaire assez robuste de 10 000 $ par semaine.  Pour dix grands billets par semaine vous vous attendez à obtenir quelque chose, et dans le cas de Maheu, c’était des connexions.  Maheu était un ancien agent du FBI et un agent de la CIA.  Ses affaires avec la CIA comprenaient la surveillance de l’invasion de la baie de cochons de Cuba, ainsi qu’un complot visant à assassiner Fidel Castro. Appelant à la fierté civique-avec un indice probable qu’ils pourraient récupérer les affaires de casino de La Havane que Castro avait confisqué, Maheu a enrôlé l’aide de Roselli et l’organisation de Giancana pour conduire le coup.  Le coup n’a jamais eu lieu, mais Maheu a gardé la connexion avec le « mob ».  Quand Howard avait besoin d’un arbitre pour ses achats de casino, Roselli était le candidat parfait (Michael Drosnin, 73) ».

 

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L’assassinat de Kennedy : Oswald, ou le parfait pigeon (8)

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