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L’assassinat de Kennedy : Oswald, ou le parfait pigeon (7)

Les liens entre le clan Kennedy et la mafia ne sont mystère pour personne.  Pour beaucoup en effet, l’élection de JFK a quelques milliers de voix près reste entachée de soupçons de bourrages d’urnes par des mafieux, appelés à la rescousse par le propre père de l’élu, au lourd passé de bootlegger d’origine irlandaise.  Ces mafieux jetés dehors de leurs juteux casinos cubains par « le leader maximo » ne pouvaient que s’associer avec la famille Kennedy, pour le projet commun de se débarrasser physiquement de Fidel Castro. Mais la CIA entretenait en même temps d’autres projets, parmi lesquels le recrutement d’espions soviétiques, ou de citoyens américains susceptibles de le devenir.  C’est ainsi que Lee Harvey Oswald est apparu en scène… embarqué sur un cargo affrété par l’armée pour devenir citoyen russe… deux années seulement.

 

Le projet Moongose, et le recrutement de mafieux

La CIA avait pris l’habitude de recruter des assassins chez les mafieux. Des mafieux très adroits, on le sait, car habitués depuis toujours à faire chanter les gens.  Le 12 Mars 1961, William Harvey a arrangé un rendez-vous pour l’agent de la CIA, Jim O’Connell , et Sam Giancana, Santo Trafficante, Johnny Roselli et Robert Maheu (nota : c’est le confident d’Howard Hughes) à l’Hôtel Fontainebleau.  Lors de la réunion O’Connell a donné des pilules empoisonnées à 10 000 dollars pour Rosselli pour être utilisées contre Fidel Castro ».  Comme Richard D. Mahoney souligne dans son livre : « Sons and Brothers » : « Un soir, probablement le 13 mars, Rosselli a pris les pilules empoisonnées et de l’argent et les a passées à un afro-cubain aux cheveux rouges du nom de Rafael  » Macho  » Gener, au « Boom Boom Room », un emplacement que Giancana pensait « stupide ».  L’objectif de Rosselli, cependant, n’était pas seulement d’assassiner Castro, mais de mettre en place le partenaire criminel de la mafia, le gouvernement des États- Unis.  Ce faisant, il laissait derrière lui une longue trace des preuves de l’implication de façon immanquable de la CIA dans le complot contre Castro.  Cette preuve, dont le but était le chantage, se révélera cruciale dans la dissimulation par la CIA de l’assassinat de Kennedy  »

Barbouzes et mafiosis

Les mafiosis avaient bien joué leur partition préférée, en « mouillant » tant qu’ils le pouvaient les frères Kennedy, se rendant ainsi eux-mêmes intouchables (du moins l’avaient-ils crû).  Salon Mahoney, « Lansdale avait également mis œuvre dans l’Opération Mangouste, un groupe d’agents de la CIA qui avaient renversé avec succès le Président Jacobo Arbenz au Guatemala en 1954.  Cela comprenait Tracy Barnes, David Atlee Phillips, David Sanchez Morales, William Robertson et E. Howard Hunt ».  Un Howard Hunt qu’on retrouvera comme « plombier » du Watergate ! Hunt, sur son lit de mort, lâchera le morceau en donnant les noms de ceux qui l’avaient accompagné… Dealey Plaza.  Selon lui, l’assassinat avait un nom de code : « The Big Event ».  Selon lui, le tireur pourrait-être Lucien Sarti, « un assassin français apporté par la mafia » affirmera à la radio le fils de Hunt, après l’avoir entendu de la bouche de son père.  Une thèse que j’ai exposée dès 2007.  Pour mémoire, Sam Giancana, né dans le célèbre quartier de la Little Italy à Chicago, surnommé « Momo » (c’est son fantôme qui vous parle ?), « Mooney », « Sam the Cigar » ou « Sammy » était l’un des plus grands mafieux du moment.  Il avait tout de la caricature de mafieux avec son allure ramassée, ses grosses lunettes noires et son éternel petit chapeau (un Zanini qui ne voulait jamais ?).  Et l’était véritablement.  Son « association » avec la CIA était de notoriété publique au point que lui même disait que » la CIA et Cosa Nostra étaient les différents côtés d’une même pièce de monnaie « different sides of the same coin ».  Giancana, qui connaissait Jack Ruby, l’assassin d’Oswald, partageait les mêmes maîtresses que JFK, dont Judith Campbell.  Giancana aurait été en relation avec la famille Kennedy grâce à Joe Kennedy, le propre père de John, qui avait fait appel à lui pour truquer les élections !

« Double Cross » : les deux partis en savaient l’un sur l’autre et pouvaient à tout moment révéler leurs liens.  Sam Giancana était intouchable… tant qu’il n’évoquait pas la mort de JFK.  Comme par hasard, Giancana qui avait échappé à tous les autres gangs, mourut le 19 juin 1975.  Ce n’était pas n’importe quel jour.  C’était la veille de sa comparution au HSCA, la deuxième commission d’enquête sur l’assassinat de John F. Kennedy !!!  Ses assassins lui flanquèrent une balle dans la tête, par derrière, mais aussi une fois mis à terre, ils lui tirèrent six fois autour de sa bouche.  Ce qui signifiait clairement à ceux qui désireraient parler au HSCA ce qui les attendaient s’ils parlaient.  La signature de la Mafia… ou celle de la CIA parlant le langage de la mafia, pour bien se faire comprendre d’elle-même !!!

Le volet français de l’affaire

Ferrie, le mafieux de la CIA de l’histoire, comme on l’a vu, n’avait pas quitté ses activités douteuses, loin de là comme le raconte Garrisson et son étonnante découverte de liens avec la France et l’extrême droite française :  « le dispositif de Banister, comme le décrivait Martin, assurait un approvisionnement sur l’axe Dallas-Nouvelle-Orleans-Miami.  Cet approvisionnement était constitué d’armes et d’explosifs destinés à être utilisés contre Castro.  Pendant le transit de ces munitions, la dispersion était la règle.  Ainsi, quand elles arrivaient à La Nouvelle-Orléans, elles n’étaient stockées que par petites quantités à la fois dans le bureau de Banister.  Comme nous l’apprîmes plus tard de l’un des participants, un ancien employé de la C.I.A. s’appelant Gordon Novel, ce fut au cours de l’une de ces missions d’approvisionnement que David Ferrie et une poignée d’hommes du bureau de Banister se rendirent de nuit à la base aérienne de Houma, au sud de la Louisiane (ici à droite). Ils pénétrèrent dans l’entrepôt d’explosifs de la Société Schlumberger et raflèrent les mines, grenades et fusils-grenades qui y étaient stockés ».  La Société Schlumberger appartenait à une grande compagnie française qui, à l’aide d’explosifs et d’instruments de mesures géologiques, déterminait la nature des sols pour le compte des producteurs pétroliers.  En 1963, la même société aidera notamment à la recherche du sous-marin USS Thresher, en fournissant une électrode pour détecter le métal immergé, qui permettre de localiser le sous-marin.  Elle fournira aussi la NASA pour le programme Apollo.  « Cette société avait soutenu l’O.A.S. (en Algérie) qui avait tenté d’assassiner le général de Gaulle à la fin des années 50 et au début des années 60. La C.I.A. qui soutenait aussi l’O.A.S, avait fourni des munitions à Schumberger et, dans cette opération à Houma, n’avait donc fait que récupérer son bien.  L’expédition revint à La Nouvelle-Orléans avec un chargement qui fut équitablement réparti entre l’appartement de Ferrie et le bureau de Banister.  Il devait être ensuite transporté à Miami.  Les activités de Banister comportaient aussi la prise en charge des hommes entraînés pour la lutte anticastriste lors de leur transit par la ville.  Certains portaient des tenues de combat, d’autres étaient en civil, mais dans tous les cas ils ne passaient que par groupes réduits dans le bureau de Banister.  Beaucoup d’exilés étaient recrutés à l’Ouest et envoyés dans le Nord, au camp d’entraînement de Pontchartrain.  D’autres étaient dirigés vers la Floride pour un entraînement similaire dirigé par la C.I.A. locale…  »

Le fameux « bunker » rempli d’armes
Le « bunker » souterrain de la base radar de Houma, dans la paroisse de Terrebonne (ici à gauche en 1944), était un dépôt de munitions en fait, au milieu d’autres hangars jouxtant les antennes radar.  « Situé dans la petite ville de Houma, au fond du delta du fleuve Mississippi, et à 80 km au sud-ouest de la Nouvelle-Orléans, Schlumberger a servi de dépôt d’armes pour la CIA.  Elle permettait d’utiliser un bunker loué pour entreposer des fournitures de réserve, pour servir de cachette aux munitions, aux enveloppes de bombes et à d’autres objets militaires, dont certains étaient expédiés à l’étranger – vraisemblablement à des aires de rassemblement de la CIA au Guatemala ou ailleurs à Cuba.  Les armes étaient expédiées dans des caisses portant les marques «Schlumberger» et «machines». D’autres armes ont été réservées aux rebelles des Antilles françaises, mais n’ont jamais été expédiées.  Une partie de l’armement aurait été utilisée dans l’invasion de la Baie des Cochons.  La tentative du gouvernement de l’invasion a bouleversé l’entreprise, qui a par la suite décidé de résilier son contrat avec la CIA ».  Pour ce qui est de ce fameux « Bunker » de Houma, en Louisiane, il faudra attendre 2011 pour qu’on retrouve sa trace, perdue semble-t-il par la FEMA.  A l’intérieur, un amoncellement de caisses pour la survie contre une agression atomique.  Un « shelter« , abri antinucléaire, si cher à Earle Cabell, Jack Chrichton et Clint Murchison.  Le visiteur précisant bien que tout ce qu’il y avait dedans était « d’après 1964 » :  une insistance certaine pour ne pas dire ce qu’il pouvait encore contenir l’année précédente.  Les caisses portant l’appellation « Furnished by Office of Civil Defense, Department of Defense »… dans l’interview, on retrouve cité le nom de Interarmco, la société de Cummings.  Le juge pugnace avait (encore une fois) eu raison :  « Garrison a allégué que le raid de Houma a été organisé par la CIA pour se procurer des armes pour les forces locales anti-Castro – en faisant de la sortie Houma davantage un simple « pick-up »  (une saisie) qu’un « raid » (HSCA avait soutenu que les armes ont été « volées – évitant ainsi la question de la participation de la CIA).  Il y a de fortes indications que Garrison avait raison. L’avocat de la Nouvelle-Orléans, Milton E. Brener, a représenté certaines des personnes impliquées dans le raid et écrit: « il apparaît clairement que le bunker de Schlumberger Wells servait cette nuit-là de point de transfert d’explosifs avec l’assentiment de sa direction et des responsables des Etat-Unis, y compris, sans doute, l’Agence centrale de renseignement. » [Brener, L’affaire de la garnison: étude sur l’abus de pouvoir, p. 48-49].  Lorsqu’il a été contacté par téléphone, Brener a déclaré que son information sur le raid était soumise au privilège avocat-client et qu’il ne discuterait pas de ses sources ».  Le camion emportant les caisses d’armes avait ensuite filé directement chez David Ferrie (l’explication est aussi donnée dans « He Was Expandable » de  James Kelleher !

Des liens avec l’OAS !

«  On découvrira ailleurs encore que Guy Banister avait des liens directs avec l’OAS française : en 1962, Banister aurait envoyé un associé Maurice Brooks Gatlin – conseiller juridique de « Ligue anti-communiste des Caraïbes » de Banister -. à Paris, pour livrer une valise contenant 200 000 dollars pour l’OAS française « ... car entre temps le quarteron de généraux opposés à De Gaulle s’activaient aussi pour préparer un attentat présidentiel.  Il faudra attendre le 2 août pour en voir les effets, Le général s’en sortant grâce au réflexe de son chauffeur, et grâce aux reprises de sa célèbre DS… on relèvera 14 impacts sur 187 douilles tirées.  On découvrira qu’aux Etats-Unis, au Moyen-Orient (Schlumberger Overseas) et en Amérique du Sud (Schlumberger Surenco), le représentant de la firrme Schlumberger était un certain De Mohrenschildt, qui était russe d’origine mais avait trempé en affaire avec Vichy…  De Mohrenschildt était très ami avec Jean de Menil, le directeur de Schlumberger, devenu John de Menil aux USA.  Il se fera connaître à Houston comme grand protecteur des arts.  On en reparlera un peu plus loin ici-même…

 

 

Ajoutons à ce sombre tableau le trafic de cocaïne, extrêmement juteux qui permettait les achats d’armes sans avoir à apparaître dans les comptes officiels ou les rapports à fournir au Congrès.  Un trafic qui fait obligatoirement la CIA l’amie des mafieux.  En fait les armes volées sur la base de Houma appartenaient à Schlumberger mais aussi à Interarmco, société de Sam Cummings, un des plus grands brokers en armes du moment, qui avait été recruté par la CIA pour sa connaissance des armes à feu et qui était devenu en même temps le courtier en armes pour les révolutionnaires et les gouvernements, y compris ceux du Guatemala ou de Cuba.  Lui aussi aura son heure de gloire dans le numéro de mai 1966 de Popular Mechanics (voir ci-dessus avec l’article « Planning a war ? See Sam« )….  Ci-dessous les hangars de Interarmco aux temps de leur splendeur, dans le Port d’Alexandrie, en Virginie; où les cargos pouvaient directement accoster, sur le Potomac.  Washington n’étant qu’à quelques kilomètres de là !!!

Un autre candidat

L’OAS entretenant, elle, des liens étroits avec des bandits français.  Parmi les tireurs de la Dealey Plaza, un nom corse revient avec insistance, comme je l’ai déjà indiqué.. chez Banister, à la Nouvelle-Orleans, on trouvera aussi comme visiteur régulier Jean Souetre (ici à gauche, il est parfois appelé Michel Mertz), forte tête de l’armée française devenu déserteur et surtout lui aussi membre de l’OAS.  Il se faisait aussi appeler Michel Roux, un homme qui serait entré aux USA le 19 novembre 1963, et aurait été vu à Fort Worth le 22, avant de quitter les USA pour la France le 9 décembre. Il a toujours nié avoir été présent à Dallas le 22 novembre.  Selon des documents US, il aurait pourtant été arrêté à Dallas même le 25 novembre et aussitôt expulsé des USA (soit le 9 décembre, le temps de régler les problèmes administratifs).  Il était à Fort Worth le matin du 22 Novembre et à Dallas dans l’après-midi ; étrange coïncidence.  Ce matin-là, à Fort Worth, Kennedy avait son premier discours devant l’Hôtel Texas (avec juste derrière lui en imperméable Lyndon B. Johnson, en photo à droite).  A midi, il était à Dallas.  Selon son dentiste, interrogé par le FBI, il aurait pu « emprunter un avion du gouvernement » pour le faire !  Selon des sources, Souetre aurait rencontré l’agent de la CIA E. Howard Hunt dès avril 1963, et au printemps de la même année, à la Nouvelle-Orleans, des anticastristes cubains.

Un corse derrière la lunette de tir ?

Selon d’autres sources, l’un des tireurs aurait été Lucien Sarti, celui le plus souvent cité, recruté via l’intermédiaire même de Christian David, »Le beau Serge« , membre du SAC et impliqué dans l’affaire Ben Barka, à qui on avait proposé le « travail » et qui l’aurait refusé car trop… dangereux.  Sarti aurait été le « badgeman » décrit derrière la haie du tertre vert d’où aurait été tiré le coup mortel de face. L’organisateur français de l’envoi de « trois tireurs » aurait été Antoine Gerini, qui répondait alors aux demandes de la mafia américaine, celle de la famille Gambino.  (Carlo Gambino était surnommé « The Godfather ») et surtout à celle de Carlos Marcello.  Selon Michel Nicoli, ancien de la French Connection, sous les ordres de Mondolini (1), qui l’aurait appris de David alors qu’ils étaient en prison ensemble, et ça se tient en effet, les tueurs auraient d’abord été envoyés à Mexico, l’un des fiefs de la CIA en Amérique Centrale et seraient venus faire des repérages pendant une semaine, photos à l’appui, pour placer les tireurs aux meilleurs endroits, celui du tertre derrière la voie ferrée donnant sur Elm Avenue étant leur meilleur choix.  Selon Nicoli encore, il y aura eu 4 tirs au moins, deux de derrière et deux de devant, deux tirs étant simultanés pour ne produire que 3 impressions de coups de feu, ce qui a effectivement été entendu ce jour-là.  La décision aurait été prise dans un bar en Argentine.  Il se pourrait fort que ce soit celui de Ricord, (ici à droite) car Sarti étai un de ses proches.  Ricord, et son lourd passé de collaborateur de la Gestapo à la Carlingue d’Henri Lafont... on baigne bien dans un milieu d’extrême droite flirtant avec les nazillons.  Le choix des balles des tueurs « frontaux » se serait porté sur des balles « dum-dum« , en gros, qui, on le sait, se fragmentent à l’impact, laissant peu de traces, mais qui produisent des dégâts considérables dans les tissus atteints.  L’état de la tête de Kennedy à Dallas, après le coup fatal, en fait.

Un lien « familial » existait entre Oswald et la mafia de Louisiane

La famille d’Oswald avait aussi des liens avec cette fange.  « L’oncle de Lee Harvey Oswald et son père de substitution Charles Murret (il répond ici le 7 avril 1964, à l’Old Civil Courts Building, Royal and Conti Streets,  de la Nelle Orleans), alias « Dutz », était un bookmaker dans un des casinos de Marcello à La Nouvelle-Orléans.  Charles « Dutz » Murret, personnage mineur du jeu « underworld », a servi de père de substitution pendant toute a vie d’Oswald à la Nouvelle-Orléans.  Murret a été dans les années 1940 et 1950, et peut-être jusqu’à sa mort en 1964, un associé de la criminalité organisée affiliée à l’organisation de Marcello.  La mère d’Oswald, Marguerite Oswald, connaissait plusieurs hommes associés à des lieutenants de l’organisation Marcello (elle était la sœur de Lillian, la femme de Murret). « Une telle connaissance, qui était également un associé de Dutz Murret, auraient servi d’aide personnelle ou de chauffeur à Marcello à un moment donné.  Une autre personne liée à Dutz Murret (mort dès le 12 ocobre 1964), la personne qui a arrangé la libération sous caution pour Oswald suite à son arrestation en août 1963 pour un trouble de la rue, était un associé de deux des députés syndicaux de Marcello.  (L’un des deux, Nofio Pecora, comme on l’a noté, a également reçu un appel téléphonique de Ruby le 30 octobre 1963, selon l’analyse par ordinateur du comité des enregistrements téléphoniques de Ruby).  Toute évaluation du rôle possible de Marcello dans l’assassinat doit prendre en considération sa stature unique au sein de La Cosa Nostra.  Le FBI a déterminé dans les années 1960 que, en raison de la position de Marcello à la tête de la famille de la Mafia de la Nouvelle-Orléans (la plus ancienne des États-Unis, étant entrée dans le pays dans les années 1880), le chef du crime organisé de Louisiane avait été doté de pouvoirs spéciaux et de privilèges non accordés à d’autres membres de La Cosa Nostra.  En tant que leader de «la première famille» de la Mafia en Amérique, selon les informations du FBI, Marcello avait été le bénéficiaire du privilège extraordinaire de mener des opérations du syndicat sans avoir à demander l’approbation de la commission nationale »…  Murett était aussi proche de Sam Saia, un des leaders du crime à la New Orleans selon Spartacus.  Saia étant un ami proche de Carlos Marcello.

Inversion des actions à Cuba, ou le double jeu US

A la même époque, ou plutôt un peu auparavant, un pilote de la CIA effectuait déjà des voyages réguliers vers les « Keys » de Floride, des îles servant de relais vers Cuba.  Le but est alors de fournir des armes aux opposants de Batista…. parmi lesquels figure Fidel Castro, car l’homme a bel et bien au départ été armé par les américains !!! Même si Tosh Plumlee présente souvent des récits discutables, il semble bien qu’il ait effectivement été embringué dans des actions peu recommandables décrites elles aussi par d’autres.  Parmi celles-ci, un soutien évident aux débuts de Castro comme opposant à Batista, dont les Etats-Unis avaient décidé de se débarrasser, quel que soit le remplaçant, semble-t-il, avant tout.  L’arrivée de Kennedy qui se présente comme voulant s’attaquer à la mafia, en nouveau « Mr Propre » de l’île (alors que celle-ci l’a élu !!) a très certainement provoqué un clash :  « le jeu et la prostitution, contrôlés par les gangs nord-américains et notamment la Mafia (grâce aux relations entre Batista avec les parrains mafieux Meyer Lansky et Lucky Luciano), se développent.  Les casinos et hôtels de luxe fleurissent notamment à La Havane qui devient ainsi le principal centre de blanchiment d’argent du trafic de drogue de la Cosa nostra américaine, et fournissant ainsi des recettes considérables au régime.  La capitale cubaine accueille même en décembre 1946 une conférence au sommet des principaux chefs mafieux nord-américains«  note Wikipedia.  On ne sait alors si c’est une volonté réelle de « faire propre » ou un combat engagé par les frères Kennedy contre la mafia pour une question de pouvoir pur, ou celle de la gestion de l’abondant trafic de cocaïne colombienne transitant par Cuba ou les « keys » de Floride. Toute l’ambiguïté du pouvoir dans la région est là.  Castro n’avait alors pas encore fait en tout cas allégeance à Moscou, rappelons-le.  « William Robert « Tosh » Plumlee était un pilote de contrat de la CIA.  Il a travaillé là où l’agence l’a envoyé.  Cela signifiait qu’il dirigeait des fusils contre Fidel Castro dans les années 1950, puis, quand Castro a renversé Fulgencio Batista, Plumlee a dirigé des fusils contre les opposants de Castro. … [Plumlee]: «J’ai commencé à voler pour une série de compagnies:  Southwest Aero Charter, Intermountain Aviation, Riddle Aviation à Miami et quelques autres (ce sont les noms des sociétés paravents de la CIA, Intermountain étant lié au centre très actif de la CIA de Marana – l’épave la plus connue des « Pays » étant très certainement un C-46 d’Interlountain, avec celles des DC-3 !).  Des avions de la CIA impliqués on le sait dans le trafic de cocaïne de Carlos Lehder et le cartel de Medellin. »  Plumlee ne découvrira que plus tard que ses employeurs ont été financés, sinon complètement, par la CIA (ça, ça semble douteux en effet…).  « Sa première affectation majeure:  fournir des fusils des Florida Keys à Fidel Castro et un groupe d’étudiants à l’Université de La Havane connu comme le Mouvement du 26 Juillet, ou M26-7.  Le groupe a été soutenu par la CIA dans son effort pour renverser le dictateur cubain Fulgencio Batista.  «J’ai fait effectivement des raids à Cuba», dit Plumlee.  «La CIA l’a financé et lui a envoyé des fusils et du matériel, et je faisais voler ces armes à l’intérieur et à l’extérieur de Cuba.  Lors d’un tel raid, dans les montagnes du nord de Cuba, près de Santa Clara, l’avion DC-3 de Plumlee a perdu un moteur.  «Nous ne pouvions pas sortir de là», dit-il.  « Nous avons largué des armes là-bas sur un site qui avait été sécurisé, et nous avons atterri mais nous n’allant plus avoir assez de puissance pour sortir, nous avons abandonné l’avion et ils nous ont emmenés au complexe de Raul Castro.  J’ai pris un café avec Fidel Castro dans les montagnes, Fidel Castro m’a donné un chapeau de soldat, je le croyais démocratique et patriotique et encore aujourd’hui je crois que nous l’avons conduit dans cet accord communiste.  L’un des partenaires de Plumlee dans l’apport d’armes à feu à Castro et à ses cohortes était un homme que nous appellerons « Carlos », un membre du M26-7 dont la sœur, avec plusieurs autres, avait été abattu par les agents de Batista dans un raid sur une maison protégée de La Havane.  Après avoir convaincu qu’un agent de Batista déguisé en révolutionnaire avait aidé à l’attaque, Carlos avait passé deux ans à établir l’identité de la taupe, puis l’avait attiré sur un vol en provenance de Florida’s Marathon Key à Cuba (le Musée de Marathon conserve un très beau Beech 18 de l’époque, visible ici à gauche).  Plumlee copilotait l’avion. « Quelque part entre Cat Cay, au sud-est des Keys, et la côte cubaine, la lumière de la porte est devenue rouge dans le cockpit, ce qui signifie que la porte de chargement avait été déverrouillée », dit Plumlee.  Il est allé vers  la zone de cargaison pour enquêter.  L’agent soupçonné de soutenir Batista avait disparu, et Carlos avait refermé la porte de la cargaison.  « Mon copilote m’a dit de revenir dans mon siège », dit-il. – « Il m’a dit que c’était une affaire cubaine ».  En 1961, deux ans après que Castro eut pris le pouvoir sur Cuba, Plumlee a travaillé pour fournir des fusils contre les opposants de droite de Castro.  Il a dit qu’il était attaché à la station de Miami de la CIA dans un projet connu sous le nom de JMWAVE, le nom de code de l’agence pour les opérations anti-Castro. Avec « JMWAVE, c’était la première fois que je savais que j’étais la CIA », dit Plumlee.  Il est devenu ami avec divers membres de l’Alpha 66, un groupe d’extrémistes anti-Castro recrutés par la CIA pour mener des attaques terroristes à l’intérieur de Cuba.  Un de ces opérants était Frank Sturgis (nota : de son vrai nom Frank Fiorini, Sturgis étant emprunté au nom de famille de son beau-père Ralph Sturgis), qui plus tard est devenu un cambrioleur du Watergate (3). «Sturgis et moi avons fait des vols à Cuba ensemble», dit Plumlee. «C’était un bon ami à Cuba pendant les jours de Cuba.  Nous avons déposé quelques tracts sur Cuba ensemble et avons fait un raid aérien sur Santa Clara …»  La référence de Santa Clara pourrait aider à réduire cet événement.  Guevara est entré à Santa Clara le 28 décembre 1958″..  Le Che sera abattu quelque temps après (le  9 octobre 1967- en Bolivie par des gens armés par la CIA… (2).  Le 30 juillet 1958, Sturgis avait été arrêté pour possession illégale d’armes mais avait été vite relâché… sans être inculpé : le lot des informateurs, ou des membres de la CIA et de leur protection en haut lieu.

Une flotte d’invasion financée par Howard Hughes !

La CIA s’était aussi trouvé un trésorier payeur invisible et anticommuniste en la personne d’Howard Hughes, sorte de mécène de l’anticastrisme, comme j’ai pu l’expliquer ici : « la force aérienne hétéroclite amassée par les anticastristes, largement payée par Hughes sera composée de 16 bombardiers B-26, de 6 C-46, et de 8 C-54 de transport, et de deux hydravions Catalina avec à bors des canons de 76 mm.  La CIA les avait achetés par l’intermédiaire de l’entreprise Intermountain Aviation.  A Marana, Intermountain, en plein désert, en possédait 4, de Catalinas (des hydravions en plein désert ?), et on pouvait y voir également des B-26 et des C-46 voire des Convair 880 (ici ce sont des DC-8).  Une société installée dans un endroit dont j’ai évoqué ici le rôle trouble, et dont le « catalogue » d’avions était assez sidérant (ils sont visibles ici !).  L’entraînement des pilotes de B-26 ayant lieu à Opa-Locka, près de Miami, celui des C-46 à Retalhuleu, au Guatemala.  D’autres entreprises participèrent à l’Opération Zapata, nom de code de l’Opération contre Cuba, telle la Civil Air Transport (CAT), une compagnie fondée au départ par Claire Chennault (l’homme des tigres volants, précurseurs des mercenaires actuels) vice général depuis 1946, et renommée alors Holding Corporation, qui comprenait de nouvelles compagnies comme Southern Air Transport (SAT (4)), et deux plus petites telles qu’Air America et Air Asia, toutes deux installées aussi… à Marana (5). Toutes créées par George Doole« .  Les hommes seront eux entraînés au sol à Fort Sherman, au Panama, à la « Jungle Expert School », comme on le découvrira bien plus tard avec le mémorandum de la Branche Task Force du 9 mars 1960 signé par le colonel King.  Bref, c’était bien une invasion complète qui était préparée avec tous ces moyens réunis, à partir d’appareils bien connus (les USA ayant utlisé intensivement le B-26 pendant la guerre de Corée).

La baie des Cochons a failli être connue avant qu’elle ne se produise

L’opération de la baie des cochons avait-elle était éventée ?  Non, mais elle avait bien failli l’être avec cet étonnant récif tardif (il date de 2015 !!!) qui évoque lui aussi une rivalité évidente entre le FBI et la CIA.  Le du 26 août 1960, un jeune garçon d’Homestead, près de Miami (là où il y a une base de l’US Air Force que visitera Kennedy en 1962, voit ici les deux clichés en attestant, plus celui-ci !) John Keogh, âgé alors de 16 ans, un peu désœuvré, se retrouve à rôder près d’une palissade entourant un « camp pour travailleurs agricoles migrants ».  Désireux de s’amuser, il décide de balancer quelques pétards… pour vite mettre ses jambes à son coup.  Ce qu’il a vu derrière le grillage est en effet un amoncellement d’armes; dont des mitrailleuses de calibre .30 est disposé au milieu du terrain.  Le jeune essuie aussi des tirs, dont un qui le laisse aveugle (il retrouvera  heureusement la vue plus tard).  La police appelée sur place arrête rapidement les hommes présents dans le camp qui leur disent qu’ils sont « membres d’une armée contre-révolutionnaire cubaine se préparant à renverser Castro« .  15 d’entre eux sont quand même arrêtés dont deux qui sont accusés de tentative de meurtre.  Mais le lendemain tous sont libérés, ce qui arrive aux oreilles du journaliste Kraslow, du Herald à Washington (et plus tard du Miami News).  « Je me souviens de l’appel de Miami », a déclaré Kraslow la semaine dernière.  «Ils m’ont raconté cette étrange histoire sur les Cubains et les mitrailleuses de Homestead et m’ont demandé si je pouvais vérifier auprès du Département d’Etat pour voir ce qui se passait.  Mais Kraslow a trouvé ses contacts au ministère de la Justice plus fructueux.  Ils lui racontèrent une fureur brutale entre le légendaire directeur du FBI J. Edgar Hoover et la CIA.  La CIA voulait former une armée d’exilés cubains pour renverser Castro;  Le FBI a été chargé d’appliquer la loi fédérale sur la neutralité qui rend illégal l’organisation d’une expédition militaire contre un autre pays en provenance des États-Unis.  «Hoover, à juste titre, je crois, croyait que cette situation compromettait le FBI», se souvient Kraslow.  « Mais la CIA ne donnerait pas de terrain.  Et j’ai pensé, oh, s —, tout cela se passe juste sous nos nez à Miami.  À la fin de septembre, après des semaines de rapports et de vérifications croisées, Kraslow a eu une histoire à succès.  « Il s’agissait d’environ 1 500 mots et il a dit que la CIA recrutait secrètement des exilés cubains et leur formait une opération militaire majeure contre Castro », se souvient-il.  « Il n’a pas dit qu’il s’agissait d’une énorme invasion d’assaut frontal – je ne pense pas qu’ils avaient même décidé cela encore ».  Mais, effrayés parce ce qu’ils avaient appris, deux responsables, le propriétaire, John S. Knight, l’éditeur en chef George Beebe et l’éditeur exécutif Lee Hills demandèrent à Kraslow de ne rien faire paraître…  Kraslow avait auparavant eu Dulles au téléphone, il est vrai qui lui avait dit « si vous publiez cet article, vous allez endommager la sécurité nationale » Selon Kraslow, c’est à partir de cette révélation que les exilés étaient ensuite partis au Guatemala… sur la base même de Homestead, on dénombrait 1 400 hommes, ceux de la fameuse Brigade 2506 !!!

Un autre président était dans la ligne de mire de Kennedy !

Castro était devenu l’obsession des frères Kennedy (pour s’être trompé sur lui au départ ?).  Mais il ne fut pas le seul.  On l’a appris aussi fort tardivement (le 8 janvier 2014 !), mais un autre président était dans la ligne de mire de JFK :  le président du Brésil, une idée à ce jour jamais révélée.  Un an avant le coup d’État qui a renversé Joao Goulart au Brésil, John F. Kennedy avait envisagé la possibilité d’une intervention militaire au Brésil, un an avant le coup d’Etat qui renversera Joao Goulart, alias « Jango » et mettra en place une terrible dictature qui durera 21 ans dans ce pays.  Dans « Des cendres en héritage », toujours aussi fondamental, on peut lire cet étonnant témoignage : « Le 30 juillet 1962, John F. Kennedy entra dans le Bureau ovale et brancha le système d’écoute dernier cri qu’il avait fait installer pendant le week-end.  La toute première conversation qu’il enregistra concernait un plan pour renverser le gouvernement du Brésil et évincer son président, Joao Goulart.  Kennedy et son ambassadeur au Brésil, Lincoln Gordon, envisageaient de dépenser 8 millions de dollars pour faire pencher la balance lors des prochaines élections et pour préparer le terrain en vue d’un coup d’État militaire contre Goulart – « pour le pousser dehors si besoin en était », dit l’ambassadeur Gordon au Président.  L’antenne de la CIA au Brésil « ferait discrètement comprendre que nous ne sommes pas nécessairement hostiles à toute sorte d’action militaire, s’il est clair que la raison en est… — de faire échec à la gauche », précisa le Président.  Il ne laisserait pas le Brésil ni aucune autre nation de l’hémisphère occidental devenir un second Cuba.  L’argent commença à couler à flots de la CIA vers la vie politique du Brésil.  Le retour sur investissement se ferait en moins de deux ans.  Les cassettes de la Maison Blanche, transcrites en 2001, enregistraient le feu roulant des plans d’action clandestine qui prenaient naissance dans le Bureau ovale ».  Des cassettes qui en disent beaucoup en effet :  « Un enregistrement audio de l’ancien président américain a été publié sur le site internet Archives de la Dictature, du journaliste Elio Gaspari, qui est parvenu à rassembler une importante collection de documents portant sur la gauche passant en revue des militaires, (l’instauration du régime militaire en 1964).  Au cours d’une réunion à la Maison Blanche, le 7 octobre 1963, soit 46 jours avant son assassinat, M. Kennedy a demandé à son ambassadeur à Brasilia Lincoln Gordon : « Voyez-vous une situation proche dans laquelle nous pourrions intervenir militairement ?« , d’après la transcription publiée sur cette page web.  Il y a une « éventualité dangereuse qui requiert sans doute une action rapide », répond brièvement le diplomate.  Dans la même discussion, M. Gordon avait toutefois auparavant déclaré que la Maison Blanche devait attendre des actions plus claires témoignant d’un virage vers le modèle cubain de Fidel Castro pour justifier une intervention au Brésil.  « Une telle opération n’a pas été nécessaire, les militaires brésiliens favorables à Washington ayant pris le pouvoir en avril 1964 et renversé M. Goulart ».   « Les Etats-Unis se sont empressés de reconnaître le gouvernement militaire qui restera en place jusqu’en 1985 (photo ici à gauche).  Le document audio fait partie d’un ensemble d’enregistrements clandestins réalisés à partir de 1962 par M. Kennedy lui-même au cours de toutes ses réunions » nous a appris la Libre Belgique, repris aussi ici par 7 sur 7.  Etonnante découverte !  Une fois la dictature militaire ayant pris le pouvoir, il n’avait plus été question d’intervention US, bien sûr.  « Dans la même discussion, M. Gordon avait toutefois auparavant déclaré que la Maison Blanche devait attendre des actions plus claires témoignant d’un virage vers le modèle cubain de Fidel Castro pour justifier une intervention au Brésil.  Une telle opération n’a pas été nécessaire, les militaires brésiliens favorables à Washington ayant pris le pouvoir en avril 1964 et renversé M. Goulart.  Les Etats-Unis se sont empressés de reconnaître le gouvernement militaire qui restera en place jusqu’en 1985″ note 7 su 7.

L’ambassadeur américain Lincoln Gordon admettra par la suite le « soutien financier de Washington aux opposants de Goulart lors des élections municipales de 1962 ; la présence de nombreux officiers du renseignement au Brésil ; l’encouragement aux putschistes » et le fait que « la seule main étrangère impliquée fut celle de Washington » note Wikipedia sur la question, sans préciser ce que signifiait « l’encouragement aux putschistes »... mais force est de constater que « le maréchal Castelo Branco le chef de la junte, et son éminence grise le général Golbery do Couto e  Silva sont des alliés inconditionnels de Washington.  Ils ont combattu avec l’armée américaine pendant la campagne d’Italie lors de la Seconde Guerre mondiale.  Castelo Branco y a rencontré le général Vernon Walters, futur sous-directeur de la CIA, qui joua un rôle clé lors du putsch de 1964 ajoute le même ouvrage en ligne« .  Branco créera ensuite le Centre d’instruction de la guerre dans la jungle (CIGS) à Manaus, où l’on retrouvera l’infâme Paul Aussaresses (décédé le 3 décembre 2013), qui avait formé déjà les gens de la CIA et de Fort Bragg.  Un Aussaresses qui créera ce que Marie-Monique Robin a appelé si justement, hélas, « l’école française« , des escadrons de la morts brésiliens, argentins et chiliens, celle de la torture dont les sbires des geôles étrangères de G.W. Bush s’inspireront beaucoup.  Celles que Trump voudrait ré-employer !!! Comme quoi l’histoire nous apprend plein de choses saisissantes !

Pour préciser le cas de Castello Blanco, une version complotiste de sa disparition est aussi possible, sinon même probable. Effectivement, à lire ce qui lui est arrivé et qui est plutôt surprenant près de Fortaleza : « selon la version officielle des événements, le Castello Branco Maréchal est mort dans un accident d’avion dans un avion du gouvernement de l’État de Ceará, dans un Aztec Piper (photo ci-dessous) enregistré PP-ETT le 18 Juillet 1967.  L’avion qui conduisait l’ancien président (un Piper Aztec) a été touché à la queue par l’aile d’un combattant de l’Armée de l’Air brésilienne, un Lockheed TF-33 (TF-33 – FAB 4325), perdant sa dérive.  Après son entrée en vrille à plat, l’avion a percuté le sol et toutes les personnes à bord ont été tuées, à l’exception du co-pilote ».  « Le jet a perdu le bout du réservoir d’aile, qui était curieusement vide, mais a réussi à revenir en toute sécurité à leur base ».  Un réservoir vide qui n’aurait pas explosé lors de la « rencontre » inopinée.  Castello Branco venait juste de quitter la présidence seulement trois mois avant, en passant le pouvoir au maréchal Arthur Costa e Silva, le représentant de la « ligne dure » de l’armée.  Celui-ci aurait-il été tenté de s’en débarrasser ?

Goulart restera donc une énigme

Goulart a été chassé du pouvoir par le coup d’État d’avril 1964, et 12 ans après en exil, il est mort dans un ranch situé dans la Pampa argentine.  La presse brésilienne, muselée, ne fut  même pas mise au courant de son décès.  Le pouvoir du moment d’Ernesto Geisel interdira en effet « la divulgation de commentaires sur la vie et l’activité politique » de l’ancien président ».  Mais Goulart n’en a pas encore fini avec l’information le concernant :   selon Wikipedia, « Le 27 janvier 2008, la Folha de S. Paulo publie un reportage où un ancien agent des renseignements uruguayen, Mario Neira Barreiro, déclare que Goulart aurait été empoisonné par Sérgio Fleury, membre du Departamento de Ordem Política et Social, sous les ordres du président brésilien d’alors » (Ernesto Geisel). En , la Comissão Nacional da Verdade décide qu’on peut exhumer le corps de Goulart pour des enquêtes post-mortem.  L’exhumation, réalisée le 7 novembre 2013, a duré 18 heures ».  Ses conclusions rendues publiques le 2 décembre 2014 seront négatives.  Mais le rapport indiquera que « certaines substances disparaissent avec le temps ».

(1) sur Mondolini : « fin 1952, Paul Mondoloni est envoyé au Mexique avec Jean-Baptiste Croce par son mentor Ansan Bistoni, dit l’Aga Khan (comme l’Ismaélien).  Là, ils doivent rejoindre Antoine D’Agostino, ancien collabo, pour l’aider à monter une nouvelle filière pour le trafic d’héroïne. D’Agostino a en effet du mal à envoyer de la poudre vers les États-Unis depuis l’arrestation de ses deux principaux associés, Joseph Orsini et François Spirito.  Il apprend aux deux nouveaux venus dans le monde de la drogue les rouages du trafic.  Mais les inséparables Croce et Mondoloni vont d’abord manquer de chance :  lors de leur première transaction, début 1953, ils sont arrêtés au Texas avec la marchandise. Après avoir passé quelques mois en prison, ils sont extradés vers le Mexique où ils reprennent leurs activités.  Et leur apport à la filière mexicaine a effectivement était par la suite d’une grande utilité.  Du moins jusqu’en 1955, date à laquelle D’Agostino est arrêté.  Croce et Mondoloni, après avoir prit des contacts en Italie et en France, partent alors pour le Canada.  À Montréal, ils se rapprochent des pontes locaux, Lucien Rivard et les frères Cotroni, et vont s’associer avec eux dans le trafic d’héroïne.  Une nouvelle filière est alors montée.  Y prennent part Ansan Bistoni et son ami Gabriel Graziani, Dominique Nicoli, fournisseur d’héroïne et oncle de Mondoloni, Dominique Albertini, chimiste surdoué, et les frères Venturi, dont l’un, Jean, a été rencontré par Croce et Mondoloni au Canada.  Le réseau utilise des voitures bourrées de poudre. Embarquées à Barcelone, elles sont ensuite envoyées à Montréal ou Véra Cruz d’où elles partent pour New-York.  Cette filière permet à l’équipe de faire rentrer environ trente kilos d’héroïne aux États-Unis chaque mois.  À ce moment, Croce et Mondoloni sont des trafiquants aguerris et sont devenus des piliers de la French Connection avec leur ami Bistoni.  En 1956, ils partent s’installer à Cuba où ils prennent des parts dans plusieurs boîtes de nuit et touchent des commissions sur les machines à sous de la Havane.  Les derniers contacts avec la mafia sicilo-américaine qu’ils leur manquaient sont pris sur place et permettent de grossir les filières déjà existantes ou d’en créer de nouvelles.  Néanmoins, en novembre 1956, Paul Mondoloni est arrêté et extradé vers la France, malgré toutes les précautions qu’il prenait pour ne pas être pris, notamment les réguliers changements d’identités.  Il y est jugé en mai 1957 pour l’affaire de la Bégum et n’écope que de deux ans de prison, et ressort dès juillet 1957 pour ensuite s’installer au Mexique.  Par la suite, il ne cesse de voyager pour organiser le trafic : en France, en Espagne, à Cuba, en Amérique du Sud…  Il semble aussi qu’il ait mit sur pied une filière passant par l’Italie en association avec des parrains siciliens, bâptisée du nom de « Pizza-Connection ».  Paul Mondoloni est ainsi devenu l’un des piliers de la French Connection, même si son ami Croce aura prit un poids plus important que lui.  À la différence près que Mondoloni, lui, ne se fera jamais pincer pour la came, alors que Croce écopera de dix-huit ans de prison en 1973″.

On peut relire ceci : http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/les-cadavres-dans-le-placard-de-169483

(2) « Des documents comportant des informations contradictoires, provenant du National City Council et de la CIA, montrent bien, selon l’article, que cette dernière n’a pas toujours communiqué toutes ses informations au National City Council.   Elle s’était en fait engagée dans des actions illégales sans en informer le National City Council, depuis 1948, afin que le président puisse nier une quelconque responsabilité dans la mort du Che de façon crédible, selon l’article.  Les raisons pour lesquelles les Etats-Unis se sont dédouanés de cette exécution sont claires selon l’article. Tout d’abord, l’exécution d’un combattant capturé quel qu’il soit est un crime d’Etat s’il n’a pas été jugé au préalable et, ensuite, une telle responsabilité aurait rendu difficiles les relations des Etats-Unis avec l’Amérique latine.  Cette nouvelle thèse contredit donc  celle jusqu’à présent acceptée –quoique polémique–, selon laquelle, le Che aurait été capturé et tué sommairement par l’armée bolivienne, entraînée et guidée par la CIA ».

(3) dans le livre « The Road to Dallas » de David E Kaiser, on peut lire ceci : « en Septembre 1958 Sturgis- un exagérateur chronique (cf un affabulateur) et un auto-promoteur- a dit au FBI de Miami qu’il s’était une fois rendu à Cuba pour offrir Castro 100 000 dollars pour la libération de certains Américains enlevés au nom du vice-président Richard Nixon en personne, pour lequel Sturgis deviendra un « plombier » dans le Watergate, treize années plus tard.  En attendant, il a dit à un informateur qu’il était à la recherche de collecteurs qui pourraient fournir des armes pour Castro.  Sans se laisser décourager par l’intérêt qu’avait pour lui le FBI. Sturgis est allé faire un long voyage en novembre qui l’avait occupé, lui et Pedro Diaz Lanz, et d’autres encore en Californie.  En Arizona (où il a ramassé un avion cargo C-46), et le Venezuela (on songe bien sûr aux C-46 d’Intermountain à Marana !).  Ils ont été arrêtés au Mexique, auprès d’une énorme cache d’armes.  Sturgis et Diaz Lanz réussi à entrer en contact avec la CIA, alors qu’à l’époque elle ne s’intéressait pas à lui.  Apparemment, elle n’a montré aucun intérêt envers Sturgis, et les hommes ont été libérés sur environ dix jours, au début de 1959, après que Castro ait pris le relais.  Sturgis a prétendu avoir été son chef acheteur d’armes à Miami ».  La CIA a gardé un nombre de « câbles » conséquent de ces aventures douteuses, visibles ici.  Un des télex évoque effectivement l’achat d’un C-46, le 7 décembre 1958,  par un dénommé Frank Fiorini, alias Sturgis.

(4) William Kelly explique ici sur ce site : « Faites-moi voler, je m’appelle « Spooky » c’était le que le titre d’un article du Wall Street Journal au début de 1973.  En lisant l’article, cela m’a donné mon premier indice sur Southern Air Transport, propriété de mon père, FC’ Doc ‘Moor, qui était devenu à l’actif de la Central Intelligence Agency.  L’article a fait remarquer qu’en 1960, Percival Flack Brundage, Directeur du Bureau du budget sous le président Eisenhower, et Perkins McGuire, secrétaire adjoint à la Défense sous M. Eisenhower, ont payé à mon père  260.000 dollars et Stanley Williams 40,000 pour investir dans Southern Air transport.  Après cet achat fait, SAT a reçu des contrats du gouvernement ou des opérations entre les îles de l’Islande ou du Japon, des Philippines et de Taiwan.  Les concurrents opposés ont fait savoir que SAT n’avait pas d’expérience d’exploitation dans ces parties du monde et aucun équipement actuel à effectuer sur les contrats.  L’un d’eux a dit que SAT étant « détenue ou contrôlée par la Central Intelligence Agency, aucune objection ne serait entendue. »

(5) selon une autre source, voici l’historique de SAT, dont les chiffres sont assez similaires : « sous l’administration Eisenhower, le directeur de la CIA Allan Dulles a élaboré un plan pour créer une opposition cubaine unifiée, nom de code « Opération Pluton ».  Ce plan prévoyait une force paramilitaire à l’extérieur de Cuba, avec un soutien logistique pour les opérations militaires secrètes à Cuba contre le gouvernement communiste de Fidel Castro.  Un élément essentiel dans le programme Pluton serait la puissance aérienne.  A défaut, une compagnie de fret aérien basée à Miami  avec une propriété de quatre acres, un C-46, et un autre aéronef loué était alors en vente. Dulles acquis cette compagnie, connue sous le nom de Southern Air Transport en août 1960, pour 307,506.10 dollars exactement, créant ainsi une nouvelle société propriétaire de la CIA.  SAT a rapidement augmenté au début des années 1960 avec des opérations en Atlantique et dans le Pacifique, avec une flotte d’avions et des contrats gouvernementaux (à gauche le 747 de SAT qui a servi à expérimenter des parachutages via sa rampe arrière).  La CIA a placé ses hommes du moment et ses anciens des services de renseignement sur le conseil d’administration et à la gestion.  Il y avait un comité exécutif des spécialités Opérations aériennes établies par la DCI, le 5 février 1963, pour superviser les parties des opérations secrètes.  En 1973, le directeur de la CIA, Colby, a ordonné que  Southern Air Transport soit liquidée, et elle a été vendue à Stanley G. Williams, qui, avait été un temps le gestionnaire pour SAT.  Bien que la propriété ait changé, le même travail  pour la CIA a continué (cela mènera on le sait à la Mena).  En 1978, SAT fonctionne pour la Force aérienne iranienne.  Avec la chute du Shah d’Iran et les pertes induites, Williams a vendu SAT à James H. Bastian, un avocat qui avait été conseiller juridique de la SAT au cours de ses années de la CIA.  Malgré les pertes financières, l’entreprise n’a jamais mis la clé sous la porte.  Lentement, elle a retrouvé la capacité de profit avec un chiffre d’affaires de près de 10 millions de dollars en 1982.  En provenance de deux autres compagnies propriétaires de la CIA, William G. Langton a été embauché comme président de SAT. Expérimenté dans le secteur du fret aérien, Langton venait d’Evergreen et de Flying Tigers international comme compagnies aériennes.  En 1985, les revenus de SAT étaient près de 39 millions de dollars, dont 60 pour cent provenaient du Military Airlift Command, du Pentagone ».  Ici un « trailer » ventant les mérites de Southern Air, qui commence avec le seul C-46 alors détenu.

Sur Southern Airways, on peut lire ceci :

http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/coke-en-stock-xxxi-cocaine-airways-91579

http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/coke-en-stock-xxxiv-le-souvenir-de-91590

http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/coke-en-stock-xxxii-a-marana-les-91580

http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/coke-en-stock-x-cia-cocaine-import-88730

http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/coke-en-stock-xi-la-mena-et-apres-89606

 

le film d’HBO sur Barry Seal de 1991, « Doublecrossed », avec Dennis Hopper

Coke en stock (CII) : l’énorme mensonge de la CIA, qui remonte à la surface

 

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L’assassinat de Kennedy : Oswald, ou le parfait pigeon (6)

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