Accueil / T H E M E S / CULTURE / Littérature / anecdotique / L’assassinat de Kennedy : Oswald, ou le parfait pigeon (6)

L’assassinat de Kennedy : Oswald, ou le parfait pigeon (6)

Les anti-Castro s’agitent beaucoup dès la prise de pouvoir par Fidel, le 1er janvier 1959, date à laquelle Batista s’est enfui.  Parmi eux il y a de tout : des anciens résistants à Batista, mais n’ayant pas suivi le même chef, des mercenaires anti-communistes manipulés par la droite américaine, ou payés par Howard Hughes, qui est encore plus anti-communiste qu’eux.  Des groupes paramilitaires se sont formés, en Floride, comme en Louisiane, certains installant leurs préparatifs de reconquête dans les « keys » de Floride, à deux pas de Cuba.  Les frères Kennedy, bienveillants avec eux vont progressivement s’en éloigner, car ils détestent en fait ceux qu’ils ne peuvent contrôler, dont le « fameux » Masferer.  Ce qui n’empêche pas d’avoir recours à des hommes de main, via la CIA, pour exécuter les basses œuvres, le plus célèbre de tous étant l’intouchable Luis Posada Carriles, véritable psychopathe laissé en liberté… et toujours vivant, malgré avoir été déclaré responsable de l’explosion d’un avion en vol ayant fait 73 morts.  Tous les présidents US l’ont protégé, sans exception.

Howard Hughes s’en mêle
Cela aussi je vous en avais parlé (ailleurs) : le milliardaire fou Howard Hughes (à droite) avait mis le nez dans ce dossier des exilés revanchards : « dans son île paradisiaque, Hughes organise la lutte anticastriste, donc. Le Miami Herald a rapporté le 25 août 1963 que « Sal Cay a servi un double objectif, comme lieu de rendez-vous et comme entrepôt d’armes pour les raiders en exil, et, pour les réfugiés anti-castristes, le premier arrêt de la liberté, une passerelle similaire au mur de Berlin pour les Allemands de l’Est anti-communistes.  « Un entrefilet dans la presse (le Miami Herald) du 11 septembre 1957 révélera l’investissement fort particulier de Hughes.  On le voit, le « fou » Howard Hughes avait de très bonnes relations avec la CIA, qu’il ne rencontrait pourtant jamais que par courrier interposé, qu’on lui apportait en bas de son immeuble, dont les portes ne s’ouvraient jamais : un employé attrapait les lettres avec une canne à pêche, au travers d’une fenêtre ».  Givré, je vous ai dit.  Howard Hughes, déjà fou, était à la tête de la chasse au Fidel Castro !  A croire que le leader avait ensorcelé le pouvoir US !  Giancana, et sa dégaine de mafieux typique, définira le vice en affirmant que c’était ce qui augmentait la pression artérielle :  un bloggeur nous le rappellera en disant que « ça pouvait s’appliquer parfaitement au fonctionnement de la publicité, souvent remplie de filles dénudées pour rien : l’autre pilier du capitalisme ! »   L’île aurait été achetée par Hughes en mai 1957, comme l’avait indiqué un exemplaire du Sarasota Journal (en date du 17 septembre 1957).  Le journal rappelant fort ironiquement que l’année précédente, la police de Floride avait dû pourtant y faire décamper des anticastristes qui étaient venus y planter un drapeau !!!  Y déboulent bien vite toute une noria de C-46… (1)

 

Gerry Hemming en Louisiane avec Interpen

Parmi les mercenaires installés en Louisiane, puis ensuite à Miami, il y avait aussi ceux d’Interpen (pour (Intercontinental Penetration Force).  Le groupe de Gerry Hemming, ancien pilote de  T-33… cubain, installé sur la base de Pinar del Rio, opposé à Fulgencio Batista, comme  Castro… « Interpen a également participé à la formation de membres des groupes antico-castristes financés par des personnes comme Roland Masferrer, Carlos Prio et Santos Trafficante.  Lorsque le gouvernement a commencé à réprimer les raids de la Floride en 1962, Interpen mis en place un nouveau camp d’entraînement à la Nouvelle-Orléans.  Le groupe a effectué une série de raids sur Cuba dans une tentative de saper le gouvernement de Fidel Castro.  Ces récits ont été rapportés par le journaliste photo, Tom Dunkin, pour LIFE Magazine » explique Spartacus.  « Créé en 1961 par Gerry P. Hemming. il comprenait Loran HallRoy HargravesWilliam SeymourLawrence HowardSteve WilsonHoward K. DavisEdwin CollinsJames Arthur LewisDennis Harber, Bill Dempsey, Dick Whatley, Ramigo Arce, Ronald Augustinovich, Joe Garman, Edmund Kolby, Ralph Schlafter, Manuel Aguilar et Oscar Del Pinto.   Roy Hargraves, travaillant en étroite collaboration avec Felipe Vidal Santiago, a effectué une série de raids sur Cuba dans les années 1960 (23 en 1962).  Il s’agissait d’un plan visant à créer une guerre en simulant une attaque contre la base navale de Guantanamo.  En 1963, Hargraves dirigea une équipe d’exilés dans un raid sur Cuba.  Après avoir capturé deux bateaux de pêche cubains, Hargraves les a emmenés aux Bahamas.  Certains membres tels que William Seymour et Edwin Collins, ont travaillé avec Bernardo De Torres sur les opérations autres qu’ Interpen en 1963.  Les dossiers du FBI déclassifiés montrent que l’agence avait un dénonciateur au sein d’Interpen.  Son nom de code était MM T-1.  Dans un document daté du 16 juin 1961, il disait que MM T-1 avait été «relié aux activités révolutionnaires cubaines depuis trois ans».  Un document daté du 12 mai 1961 affirme qu’Allen Lushane, de Miami, «avait fait un voyage au Texas pour recruter des Américains pour une future action militaire contre le gouvernement de Cuba».  Le document ajoute que «le premier camp d’entraînement a été créé par Gerald Patrick Hemming avec Dick Watley et Ed Colby en charge du camp».  Dans une interview qu’il a donnée à John M. Newman le 6 janvier 1995, Hemming affirme que l’informateur du FBI était Steve Wilson ». Les fusils montrés par les hommes d’Interpen (comme ici à droite à partir d’une de leurs photos, ne sont pas des Carcano, mais des Garand M1 américains.  Lui aussi à clip de cartouches.  Aucune image des versions pour tireur d’élite (M1C – M1E7) et le M1D – M1E8) sur les clichés d’Interpen.

 

Kennedy, lassé des anticastristes ?

Ce qui inquiétait John Kennedy à ce moment là ce n’était pas les livraisons d’armes aux mercenaires survivants de l’épisode de la Baie des Cochons mais plutôt l’attitude de leur chef incontrôlable.  Les frasques des mercenaires de Masferrer devenus ceux de Hughes commencent sérieusement à agacer Washington, qui décide en février 1961 de faire fermer la base de No Name Key (près de Big Pine Key, après Marathon, cf la carte ci-contre), provoquant une haine féroce chez Masferrer, qui continue aussitôt ses activités en faisant comme si de rien n’était.  Il n’a pas compris à ce moment-là que l’optique sur Castro a changé, chez Kennedy :  le moment n’est plus à le tuer, mais à discuter avec lui, affirme alors le président (du moins officiellement, car en même temps, il imagine des procédés les plus fous pour s’en débarrasser quand même, en politicien retors qu’il est (2)).  Dès le 9 avril 1961, Masferrer est arrêté à Miami.  Le 11 avril, on apprend que des américains ont été arrêtés à Pine Key, et ont reçu de la part de Masferrer des « fusils de calibre 0.30 » avant d’embarquer sur un bateau de 42 pieds pour rejoindre Cuba.  Masferrer est néanmoins relâché sur parole : il ne doit plus s’approcher de 150 miles de Miami ou des côtes de Floride.  Kennedy souhaite toujours s’en prendre à Castro, malgré les apparences et les sourires; mais à condition que ce soient des hommes à lui qui s’en chargent, et non cet aventurier prétentieux de Masferrer.  Il souhaite aussi le contraire en même temps : un document fort embarrassant du 4 mars 1964 transmis à dessein à Johnson par Richard Helms prouve en tout cas que JFK avait contacté la Havane, via le ministres des affaires étrangères cubain, Raoul Roa Garcia (il l’a été de 1959 à 1976).  En ajoutant que Johnson lui-même avait été tenu à l’écart de ses contacts, dont certains effectués à New-York… toujours cette ambiguïté évidente du personnage JFK !!!

Cuba en obsession

Dans l’indispensable « Des cendres en héritage » de Weiner, on constate que les Kennedy étaient bel et bien devenus obsédés par Cuba… et par les soviétiques : « le 10 août, John McCone, Robert Kennedy et le secrétaire à la Défense Robert McNamara se réunirent dans la somptueuse salle de conférences du secrétaire d’État Dean Rusk, au sixième étage du Département d’État. Sujet : Cuba. McCone se souvenait « qu’il avait été suggéré de liquider les principaux dirigeants du régime de Castro », dont Castro et son frère Raul, le ministre de la Défense cubain qui venait tout juste de rentrer d’un voyage à Moscou où il s’était rendu pour acheter des armes.  Le directeur trouvait l’idée détestable car il pressentait un plus grand danger : il prédit que l’Union soviétique fournirait à Castro des armes nucléaires – des missiles balistiques à moyenne portée capables de frapper les États-Unis ; cette possibilité le préoccupait depuis quatre mois.  Il n’avait aucun renseignement, rien sur quoi s’appuyer sinon son instinct.  Seul McCone voyait clairement la menace.  « Si j’étais Khrouchtchev, dit-il, je disposerais des missiles offensifs sur Cuba.  Puis je taperais avec ma chaussure sur la table et je dirais aux États-Unis : “ Quel effet cela vous ferait-il de vous trouver pour une fois du mauvais côté d’un canon de fusil ? ” » Les experts déclarèrent unanimement que cela dépassait les limites du possible, nota un historien de l’Agence.  On croyait l’Agence de moins en moins capable de prédire l’attitude des Soviétiques ; depuis une décennie, ses analystes se trompaient constamment ».  La vision d’un McCone visionnaire semble plus qu’exagéré, celle d’une CIA ne sachant à quel sein se vouer est nettement plus plausible.  Elle brasse alors du vent, ce que l’expédition ratée de la Baie des Cochons prouvera par l’exemple.

Des mercenaires pincés, dont Hemming

L’année suivante Masferrer fait pourtant reparler de lui.  « Le 12 avril 1962, des agents des douanes américaines capturent douze guérilleros anti-Castro, pour la plupart des soldats américains de fortune (des mercenaires) entraînés par la CIA, dans une base d’entraînement secret appelé No Name Key, au nord de Key West, car ils sont sur le point de se lancer dans un raid sur Cuba.  Ils sont accusés de violation de la loi de neutralité.  Parmi les personnes arrêtées figure Gerry Patrick Hemming, fondateur avec Frank Sturgis de la « Brigade anticommuniste internationale ».  Ah tiens, le revoilà, celui-là !  On imagine alors le ressentiment d’un Sturgis à qui on demande depuis des années de préparer ces actions, pour se retrouver alors en prison !  Des gens qui feront fi de la décision de Kennedy de tout arrêter.  On apprendra plus tard qu’en même temps, Kennedy concoctait un autre projet (que nous verrons un peu plus loin plus en détail).  Toujours ce double langage chez les Kennedy !

Arrestations à gogo, dont celle de Masferrer

Le 15 juin 1963, affirme encore le Miami Herald, « des agents des douanes arrivent sur un terrain d’aviation abandonné au sud de Miami juste avant qu’un Beechcraft bimoteur ne charge à son bord des explosifs, du napalm et des grenades. Sam Benton et quatre Cubains ont plus tard été capturés au lac Pontchartrain et ont été brièvement détenus ».  On ne sait si l’avion intercepté était celui de Rorke, mais ça y ressemble terriblement.  L’échec de la Baie des Cochons ne les avait aucunement refroidis, tout au contraire !  En 1967, on retrouve Masferrer en train à nouveau de préparer un débarquement à Cuba, avec un incroyable stock de munitions de prêt.  Il est arrêté le 2 janvier avec 74 de ses complices.  Le 10, il sort de prison avec le versement d’une caution de 10 000 dollars… le dossier est transmis à Johnson, qui s’assied dessus avec la lourdeur qu’on lui connaît.  Dans les 13 arrêtés avec Hemming et Sturgis, en avril 1962, on note la présence de Remigio Arce, un cubain d’origine.  L’homme dira plus tard qu’il connaissait l’assassin de Kennedy ;  chose que répétera un autre exilé cubain Reinaldo Martinez Gomez, vivant lui aussi à Miami, qui tenait l’information de Herminio Diaz Garcia, un homme qui avait travaillé jadis pour Santo Trafficante.  Les deux avis arrivant aux oreilles de Robert Blakey, l’ancien chef du House Committee on Assassinations  (la cf  commission d’enquête créée par la Chambre des représentants des États-Unis en 1976) !  L’homme dénoncé en chœur était justement Herminio Diaz Garcia, qui avait assassiné auparavant pour son « boss » une bonne vingtaine de personnes ;  et essayé de tuer Batista ou le président du Costa Rica.  Un sérieux client à la candidature d’assassin de JFK !

Des meurtriers choyés et protégés pendant de longues années

Déjà, sous Eisenhower, les Etats-Unis avaient entretenu une relation fort spéciale avec les exilés politiques cubains, au point de leur pardonner leurs pires méfaits, voire de participer à les commettre, on vient de le voir.  Un homme parmi le « Grupo de Trabajo de Guías Espirituales en Exilio » s’était détaché dans le lot, un véritable psychopathe, laissé en liberté : Luis Posada Carriles, personnage d’une perversité infinie.  Lui et Orlando Bosch (ici à droite), qui l’est aussi lui-même, a été également un activiste passablement excité, créateur et poseur de bombes à plusieurs reprises, comme lors de la tentative de bombardement par avion B-26 d’une sucrerie de de Bahia Honda, dans la province de Pinar Del Rio, revendiquée par son groupe de « l’Insurrectional Recovery Movement (MIRR) ».  Bosch à ce moment-là tentait même de menacer les cargos grecs qui viendraient se ravitailler en sucre cubain, posant des menaces internationales !

Posada et Bosch, les âmes damnées protégées

Il sera arrêté en 1965, avec 5 complices, dont deux américains et trois cubains en train de préparer un coup contre Castro.  Posada n’est guère mieux dans le genre, et il sévira davantage les années qui suivront, preuve que le décès de Kennedy n’avait rien arrêté du tout, bien au contraire.  Pour mémoire, c’est lui qui a fait sauter avec deux bombes à retardement l’avion du Vol Cubana 455, en faisant 73 morts le 6 octobre 1976.  Orlando Bosch accusé avec lui et arrêté au Venezuela sera acquitté dans le même dossier en raison « d’irrégularités techniques dans la présentation des preuves contre lui » et sera libéré après 11 années de détention provisoire !!!  Posada avait auparavant fait sauter la voiture d’Orlando Letelier, ancien ministre d’Allende, en plein Washington D.C, le 21 septembre 1976 : « le gouvernement cubain a révélé l’implication de Posada dans une série d’attentats qui ont touché plusieurs hôtels de La Havane en 1997, tuant un touriste italien et faisant onze blessés.  En 1998, Posada, ancien agent de la CIA et des services de renseignements vénézuéliens, a reconnu – dans un entretien accordé au New York Times – être responsable de ces attentats.  Le gouvernement vénézuélien a demandé son extradition afin qu’il réponde de l’attentat de 1976 contre le vol 455 de la Cubana Airlines, organisé depuis Caracas.  Deux complices de Posada ont reconnu les faits mais ce dernier continue de nier toute implication.  Les autorités vénézuéliennes avaient arrêté Posada et Orlando Bosch en 1976 pour la planification de cet attentat, mais Posada s’est évadé de sa prison vénézuélienne en 1985 et s’est réfugié au Salvador, où il a commencé à travailler pour le compte de la CIA dans le trafic d’armes.  Pour 3 000 dollars par mois, il fournissait des armes aux contras du Nicaragua ».

Posada, ou la protection à vie

« En 2000, les autorités panaméennes l’ont arrêté ainsi que trois réfugiés cubains de Miami pour tentative d’attentat dans un auditorium panaméen où Fidel Castro devait prononcer un discours.  Posada était en possession d’un sac de sport rempli d’explosif C4.  Les quatre hommes sont condamnés en 2004 et graciés la même année par la présidente panaméenne, Mireya Moscoso, proche alliée des Etats-Unis, juste avant la fin de son mandat.  Tous retournent à Miami, à l’exception de Posada.  En 2005, Posada entre clandestinement en territoire américain.  Interpellé en possession d’un faux passeport, il est incarcéré.  En avril, il demande l’asile politique tandis que le gouvernement vénézuélien demande son extradition.  Un juge de l’immigration du Texas rejette la demande de Caracas en vertu des risques de torture invoqués par Posada s’il était renvoyé au Venezuela, jamais mis en doute.  La même année, le sous-secrétaire d’Etat américain, Roger Noriega, déclare en outre que les accusations formulées par les autorités cubaines et vénézuéliennes à l’encontre de Posada “sont peut-être montées de toutes pièces”.  Et, en mai 2007, un juge de district finit par abandonner les seules charges qui avaient été retenues contre lui, à savoir l’entrée illégale sur le territoire.   “Pouvez-vous imaginer qu’Oussama Ben Laden arrive au Pakistan à dos de chameau et que les autorités de l’immigration pakistanaises disent à la Maison-Blanche qu’elles refusent de l’extrader pour meurtre parce qu’elles l’ont inculpé d’entrée illégale sur leur territoire ?” explique José Pertierra, représentant du gouvernement vénézuélien à Washington. »

On notera l’allusion fine à Ben Laden, fort bien venue ma foi.  Lorsque la voiture de Masferrer explose en 1976, personne ne se fait donc d’illusions :  c’est bien à nouveau Carriles qui a sévi. L’exécuteur des pires basses œuvres de la CIA s’est débarrassé grâce à sa méthode préférée d’un anticastriste devenu bien trop voyant et qui aurait pu en dire beaucoup sur la mort de Kennedy. L’homme était aussi devenu un obstacle pour Mas Canosa (décédé en 1997), désireux de représenter une opposition moins belliqueuse à Castro (alors qu’il présentait lui-même les symptômes d’un dictateur potentiel).  Masferrer aurait notamment pu en dire sur le fameux Carcano qu’aurait utilisé Oswald !  Et dire combien il en avait acheté !!!
(1) « Quand il a fallu choisir un avion pour l’opération de la Baie des Cochons, à Cuba, 25 ans auparavant, c’est sur le C-46 que le choix s’était porté.  Les exilés cubains revanchards s’étaient entraînés avec la CIA en 1960 sur l’île d’Useppa, en Floride, près de Miami, ainsi qu’à Fort Gulick et Fort Clayton, au Panama.  On en a vu aussi sur la base secrète de Retalhuleu dans la Sierra Madre, au Guatemala, apportant les armes aux cubains qui avaient pris le nom de Brigade 2506. « En juillet (1960) , la C.I.A. entreprit la construction d’une piste d’aviation secrète à Retalhuleu.  Le terrain qui existait déjà ne convenait pas à l’atterrissage et à l’envol des C-46, C-54 et B-26.  Le contrat pour cette piste fut adjugé à Thomson-Cornwall, Inc, importante société de travaux publics dont les bureaux sont alors situés dans le Building Chrysler à New York.  Cette société, qui opérait déjà au Guatemala, disposait sur place du matériel lourd nécessaire. Alejos servait de façade à la C.I.A. pour toutes les transactions financières au Guatemala, et ce fut lui qui signa le contrat pour la piste d’aviation’.  Le paiement initial pour les travaux de terrassement fut de 450 000 dollars.  Avant que tout fût terminé, la piste et les installations de la base aérienne à Retalhuleu avaient déjà coûté àla C.I.A. 1 200 000 dollars » notent David Wise et Thomas Ross dans « le gouvernement secret des USA ».  L’emplacement exact choisi est celui d’une plantation de café, »La Helvetia » entre Quetzaltenango et Retalhuleu ».

« Ces exilés cubains firent le circuit Floride (à Opa-Locka – Retalhuleu) à plusieurs reprises : « Une fois achevée la construction de la piste de Retalhuleu, le pont aérien des recrues entre la Floride et le Guatemala pouvait commencer sérieusement.  Le processus ne variait pas.  Un Cubain prenait contact avec la C.I.A. par l’intermédiaire des groupements d’exilés.  S’il passait avec succès le criblage préliminaire, il était engagé, transporté de nuit dans une « maison sûre » de la C.I.A. et, de là, avec des ruses compliquées, dirigé sur le mystérieux aéroport bien gardé d’Opa-Locka, à Miami, d’où il était convoyé vers Retalhuleu.  Parfois, d’autres terrains d’aviation de Floride(comme ici encore) servaient à ces vols clandestins, et il arriva que la C.I.A. se heurtât à des policiers locaux trop zélés.  Un jour, le shérif du comté de Hendry reçut un rapport selon lequel des avions non matriculés, sans feux, venaient cueillir des groupes d’hommes, la nuit, sur un terrain d’aviation abandonné de Floride, à Clewiston, près du lac Okeechobee ».  Opa-Locka a comme étrange particularité d’avoir été bâti d’après une légende arabe : son architecture est assez surprenante comme ville !« 

« Les C-46 firent des aller-retours en 1961 entre Retalhuleu et la base de la CIA appelée JMTide (Happy Valley), située à Puerto Cabezas, au Nicaragua.  Le tout sous la direction express de Tracy Barnes, l’envoyé de Richard Bissell, l’adjoint direct de Allen W. Dulles, chef de la CIA (et pire individu qui soit).  Lors de l’assaut, les 177 paras largués à Cuba le seront grâce à un seul C-54 quadrimoteur et 5 C-46 bimoteurs. le 18 avril, c’est un C-46 qui amènera les armes à Playa Giron (la Baie des cochons), sur l’étroite bande de sable qui servait de piste aux rebelles anti-castristes.  C’est là où seront fait prisonniers les cubains exilés de la brigade 2506.  Des Marauders et des C-46 iront au tapis.  Des B-26 Invaders aussi ».

(2) des propositions farfelues seront faites par la CIA pour assassiner Castro.  Les plus étonnantes visant la vie privée du leader maximo (on a même imaginé des cigares explosifs !), grand passionné de pêche et de vie sous-marine.  Le sachant, la CIA avait songé à lui faire parvenir une tenue de plongée sous-marine empoisonnée, et même le sommet du délire avec un coquillage piégé disposé adroitement là où le chef cubain devait plonger !  Plus prosaïquement une attaque par bateau P-4 (à 2 moteurs Allison V-12) équipé d’un canon de 37 (20-mm) ou d’un lance-missile avait aussi été étudié par les anticastristes, selon Gerry Hemming :  mais c’était alors le canot de villégiature de Nixon qui en aurait fait les frais par erreur… pour mieux en accuser Castro, cette fois-là !!!  Ci dessous, l’île de Cayo Piedra  21°57’45.21″N,  81° 7’3.14″O, juste en face de Playa Giron, réservée à Fidel…  Playa Giron étant lieu de débarquement de… la Baie des Cochons !



Article précédent:

L’assassinat de Kennedy : Oswald, ou le parfait pigeon (5)

Commentaires

commentaires

A propos de ghostofmomo

avatar

Check Also

Nous ne sommes pas dupes : la violence est d’abord économique et sociale…

Dans une tribune publiée par le journal Libération, 1400 représentants du monde de la culture, ...