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L’assassinat de Kennedy : Oswald, ou le parfait pigeon (34)

Nous voici à la conclusion de ce long feuilleton.  Les Kennedy étaient, on vient de le voir, les rois de la dissimulation et ont utilisé à outrance les médias pour entretenir le mythe de chevaliers blancs, alors que toute leur vie n’était que turpitudes et coups tordus.  Au point d’irriter et de crisper un nombre conséquent d’opposants.  Assassins en puissance eux-mêmes avec, entre autres, le nombre ahurissant de tentatives pour supprimer Fidel Castro, qui avait bien mérité le titre de « survivant », ils ont été tous deux confrontés à des fins brutales, provoquées par une frange d’industriels et de militaires tous ligués contre eux, associés aux services secrets déjà devenus état dans l’état aux USA.  Victimes tous deux d’un complot où à chaque fois un prétendu assassin fort pratique et fort bien manipulé à été désigné du doigt (pour l’assassinat de Bobby Kennedy on s’achemine de plus en plus vers la thèse d’un second tireur dissimulé dans la foule, derrière lui).  Une frange qui représente comme l’ont dit Ross et Wise un « gouvernement fantôme » qui impose sa loi au président existant, qui n’a en ce cas qu’un rôle de représentation.  D’où l’idée de faire de la mort de Kennedy le point de départ d’une méthode aboutissant au 11 septembre 2001, le but recherché étant le même :  leurrer les gens pour imposer une vision politique :  d’un côté l’intensification des frappes au Viet-Nam, de l’autre l’invasion de l’Afghanistan.  Et plus récemment, le recours à des frappes ciblées, des assassinats déguisés, celles brillamment dénoncées dans le livre de Jeremy Scahill.

Deux fieffés menteurs, focalisant le ressentiment de la classe politique

John Kennedy s’était-il fait prendre à son propre piège ?  Très probable.  Si la politique consiste à tenir le lendemain le contraire de ce qui a été dit la veille, JFK était un excellent politicien.  Alors qu’extérieurement il donnait tous les gages de vouloir ardemment souhaiter la paix, notamment avec Fidel Castro, il s’évertuait en arrière plan à continuer à échafauder des plans pour continuer à vouloir l’assassiner (trompant ainsi sa maîtresse Mary Pinchot Meyer, persuadée qu’il n’avait plus que la paix en tête, en fumant avec elle de la marijuna ou goûtant au LSD), bien secondé par son frère Bobby qui rencontrait souvent en douce les leaders exilés cubains, dont Manuel Artime – mort d’un cancer à développement fulgurant qui continue à intriguer, comme celui de Ruby – nous rappelle avec à propos Seymour Hersh.  Pendant ce temps, toute une équipe de journalistes contrôlés par Cord Meyer tissaient sa gloire tous les jours dans la presse ou dans les téléviseurs, inventant ainsi l’arme nouvelle de persuasion massive.  Selon Hersh toujours, les projets d’assassinats mis en berne, après la crise des missiles oblige, l’heure était alors davantage aux actions de déstabilisation et de sabotages avec par exemple neuf objectifs précis définis par Bobby en personne :  notamment les raffineries de pétrole de Texaco à la Havane et à Santiago de Cuba, confisquées par Castro (page 342 du livre de poche de Hersh).  Des raids organisés, on l’a vu, autour de deux anciens chasseurs de sous-marins déguisés en bateaux de plaisance, dissimulant leur armement à la façon des corsaires allemands de la seconde guerre mondiale.  Des navires faisant parfois relâche à deux pas du quai où se trouvait amarré le yacht emblématique de la famille Kennedy, comme on a pu le voir.  Impossible de laisser croire qu’ils ne s’occupaient pas personnellement du cas de ces deux navires.  Impossible de ne pas penser que ce faisant ils cherchaient individuellement à doubler la CIA, ou bien travaillaient avec une partie d’entre elle.  Faisant ainsi d’une pierre deux coups, en rassurant l’extrême droite texane dont ils craignaient la dangerosité politique, mais en se mettant à dos un organisme capable de les broyer.

D’autres coups tordus en prévision

Selon Hersh encore, la fin heureuse de la crise de Cuba empêchait aussi Kennedy de mettre en route le projet secret de faire attaquer Guantanamo par des terroristes déguisés.  Une opération envisagée par les Kennedy en forme de provocation genre Golfe du Tonkin d’avant l’heure et qui avait eu la faveur un temps des deux frères véritablement machiavéliques.  Historiquement, on le sait, le pâle Johnson, gérant un pays immense comme son comté, en ne cherchant que ce qu’il pouvait en tirer comme profit personnel (le coup de la chaîne stéréo de sa femme résume le personnage et sa pauvreté intellectuelle), allait reprendre in extenso le procédé à son profit avec le succès que l’on sait (Jim Morrison, des Doors en faisant le sujet d’une chanson contre son père, George Stephen Morrison, mêlé à ce gigantesque mensonge – en photo le même Jim Morrison, âgé déjà de 21 ans, visitant le porte-avions Bon Homme Richard en janvier 1964, avec à ses côtés son amiral de père (1)).  C’est aussi à ça qu’auraient servi le Rex et le Leda, en déposant près de l’objectif leurs canots rapides copiés sur des engins de course.  Capables d’agir ainsi pour Cuba, les Kennedy avaient-ils concocté eux-mêmes à Dallas quelque chose qu’ils pensaient pouvoir jouer en leur faveur et éliminant en même temps le boulet du colistier Johnson, dont Nixon avait dit la veille de l’attentat qu’il ne ferait pas partie du futur ticket de JFK, s’étaient-ils faits voler et retourner leur projet initial.  Toute l’attitude de Bobby après le décès de John le laisse croire en effet.  Il ne pouvait pas dénoncer ce qu’ils avait mis eux-mêmes en place, en grande partie, en plein accord mutuel.  D’où le silence surprenant de Bobby sur le sujet et le renvoi des demandes d’enquêtes supplémentaires sur le meurtre.  Il n’avait jamais remis en cause le rapport Warren (à gauche la cérémonie de remise à Johnson, le 24 septembre 1964) qu’il savait pourtant truqué, et n’envisageait pas davantage de le faire s’il était élu président.  Pourquoi, la raison réside dans les turpitudes que je viens d’évoquer :  rechercher les assassins, c’était tomber invariablement sur les préparatifs d’un autre assassinat, alors que toute la communication mise en place par Cord Meyer était axée sur un Kennedy touché par la grâce de la paix.  Alors qu’il venait de se faire mater par plus roué que lui, en la personne de l’ineffable Kroutchev.  La crise des missiles, vendue au grand public comme une grande victoire de Kennedy était son pire échec, puisqu’à quelques encâblures des côtés US demeurait vivace un système pro-soviétique continuant à narguer les USA.  Bobby Kennedy, qui avait participé jeune aux chasses maccarthystes, ne pouvait que fulminer en pensant à un Castro toujours en place et toujours vivant.  En histoire, il n’y a pas d’équivalent à ce nombre de tentatives faramineux d’assassinats auxquels un dirigeant aura pu échapper. À ce jour, Fidel Castro restera le symbole d’une véritable folie ayant consisté à occuper le temps de pensée d’un cerveau présidentiel aux divers moyens de l’éliminer physiquement.

Un pigeon pris au piège

Ouvrir le dossier Kennedy, c’était ouvrir la boîte de Pandore.  Celle d’un président montré comme retors et hésitant par Hersh, affirmant la veille ce qu’il dénoncerait le lendemain.  Oswald, dans ce jeu d’une perversité incroyable, avait été baladé pendant plusieurs années.  Positionné à la bibliothèque de Dealey Plaza en qualité d’agent dormant, croyant lui-même à œuvrer pour le bien de la CIA, simple observateur de ce qu’on ne lui avait pas totalement expliqué, attendant les ordres à venir, il s’était retrouvé piégé.  Il aurait signalé au FBI que Kennedy était en danger (l’aurait-il fait aussi pour Chicago ?), et il avait été positionné là par des gens qui souhaitaient la disparition de la même personne.  La victime était désignée d’avance, cela faisait plus de deux ans qu’on y travaillait :  c’est le discours surprenant d’Eisenhower, le 17 janvier 1961, sur le danger d’un système politique dominé par les ventes d’armes qui, en définitive a signé l’arrêt de mort de JFK, et non JFK lui-même, à bien y regarder.  En lui passant le bâton du pouvoir, Eisenhower l’avait bien mis en garde contre les faiseurs de guerre.  Il en restait, visiblement. Et ils étaient puissants.  Et Oswald, totalement piégé, avait ma foi réagi avec une certaine intelligence ce jour-là, alors que tout montre qu’il n’était pas nécessairement le plus intelligent de tous.  Il avait peut-être déjà compris qu’il jouait sa vie, désormais, et que toute parole non contrôlée désormais de sa part serait interprétée différemment.  Son embarras à communiquer a été patent, lorsque la police de Dallas l’avait exhibé comme phénomène de foire jeté à la vindicte de la populace en l’accusant en premier lieu du meurtre d’un policier destiné à en faire obligatoirement un tueur indubitable dans l’esprit des gens.  Exhibé alors qu’on ne l’avait pas encore accusé d’avoir tué Kennedy mais l’agent Tippit !!!  La rapidité à le montrer en agent communiste ajoutant psychologiquement à son martyr.  Oswald ne pouvait tout simplement pas se défendre, on lui avait appris à se taire, surtout, et avant tout, et on l’avait privé d’emblée des plus élémentaires aides à la défense :  refus de contacter un avocat (John Abt, lié aux milieux communistes), dont il avait donné le nom, un homme qui se retrouvera injoignable car parti providentiellement – pour l’accusation – en week-end, aucun enregistrement, magnétique ou écrit de ses interrogatoires (cf la scène édifiante d’Executive Action, ici à gauche, de l’officier de police -Fritz- devant des journalistes effarés de ne rien apprendre d’autre sur Oswald qu’ils ne sachent déjà sonne particulièrement vrai).

L’étrange mutisme de Lee Harvey Oswald

On a rarement vu en effet un condamné désigné aussi peu loquace.  La mort du policier Tippit est une fable complète également qui résout le problème simple d’un Oswald qui avait réussi à s’extirper de l’immeuble où on souhaitait qu’il se fasse prendre dans le plan limpide et pervers prévu au départ.  Tippit est l’impondérable inattendu d’un plan presque parfait, hélas pour lui.  Un grain de sable balayé en quelques coups de pistolet.  Il y en a eu d’autres, vite balayés du paysage eux aussi, ce dossier en ouvrant seulement le répertoire.  L’arrestation d’Oswald en présence d’appareils photos prévenus à l’avance restera historiquement un grand moment de manipulation et de propagande.  Le policier le maintenant cigare à la bouche montrant ce qu’on désirait en faire au plus vite :  un personnage destiné au gibet, jeté à la vindicte populaire.  Un Oswald conscient qu’il venait de se faire avoir, mais qui espérait encore pouvoir s’en sortir… à condition de ne pas trop parler, ce qu’on lui avait aussi appris à faire.  La façon dont on l’a traité aussi, en lui interdisant les règles les plus élémentaires de la défense, ses pseudo interrogatoires inexistants sur le papier, son appel perdu à avoir un avocat (celui que Ruth Paine ne contactera jamais) sont tout simplement révoltants.  Il clamera ne rien comprendre à ce qui lui arrivait :  plus je regarde sa vidéo l’énonçant, plus je suis persuadé qu’il disait vrai.  Lee Harvey Oswald à été de bout en bout le pigeon parfait de l’histoire :  son cri « I’am à patsy », vaut largement tous les «  je ne suis pas un numéro » du génial Patrick MC Goohan, dont la vision après coup évoque sans hésiter l’affaire Oswald et les tourments de la manipulation.

Lee Oswald travaillait bien pour la CIA

Lee Harvey Oswald travaillait pour la CIA, comme on a pu le voir (notamment à Mexico, découvert grâce à Jefferson Morley !)) ; et il aura été le pigeon parfait, complètement piégé, dans cette affaire.  Le mutisme des autorités américaines sur le dossier Johannides est la clé de voûte du système de désinformation qui perdure depuis plus de 50 ans maintenant.  Il y huit ans, déjà, un juge américain a reconnu qu’on l’avait trompé sur le sujet : « le 22 octobre 2009 ; le juge de district John R. Tunheim a affirmé que la Central Intelligence Agency l’avait « probablement induit en erreur » lorsqu’il dirigeait un groupe spécial dans les années 1990 qui était à la recherche des documents relatifs à l’assassinat du président John F. Kennedy.  C’est parce que la CIA n’a pas avoué à Tunheim sa liaison avec un groupe existant avant la création de l’Assassination Records Review Board (qui a existé et enquêté de 1992 à 1998) qui avait été impliqué avec des cubains anticastristes de Miami qui manigançait avec Lee Harvey Oswald en 1963.  Le New York Times a rapporté les propos de Tunheim dans un article en première page samedi sur la demande au nom du Freedom of Information Act (FOIA) du journaliste de Minneapolis Jefferson Morley (2), l’ancien rédacteur en chef du Washington Post et le directeur de la rédaction nationale du Center for Independent Media, groupe à but non lucratif indépendant du Minnesota » (et auteur du fondamental ouvrage « Our Man in Mexico »).  Après des années de pression de la CIA pour libérer ses dossiers, Morley a obtenu d’une cour d’appel plus tôt cette année de forcer l’organisme à « fixer sur place le rôle de George Joannides comme agent à Miami au moment de l’assassinat de Kennedy.  Mais la CIA a encore près de 300 documents sur Joannides qu’elle n’est pas prête de révéler, en prétextant de graves préoccupations de sécurité nationale.  Tunheim a dit au Times, qu’il peut lui-même toujours demander à la CIA des versions expurgées des documents même si Morley est finalement contrecarré par le tribunal fédéral de Washington, DC ».  Morley, qui tente aujourd’hui de décrire les ravages d’un Angleton par exemple, malgré là encore les difficultés à retrouver des documents (1)…

Jack Ruby était un fournisseur d’armes avant d’être un gérant de boîte de nuit

On l’a vu durant au moins trois épisodes ici, Jack Ruby n’était pas qu’un simple dirigeant de boîte de strip-tease.  Il faisait aussi dans le commerce d’armes, envoyées au départ aux partisans de Batista, puis ensuite à ses opposants : comme le broker Samuel Cummings (lui- même ancien de la CIA !), Ruby n’avait d’autre ambition que de se faire le maximum d’argent, avant qu’il ne devienne un agent de la CIA qui lui dicte qui fournir en priorité, à savoir les anti-Batista, à partir de fin 1958, et donc aussi aux fidèles de Castro sur lesquels le pouvoir US avait désormais investi.  Des armes, et les fameuses Jeep à tout faire dont héritera Castro.  Il connaissait très bien Lee Harvey Oswald, qui ne pouvait supposer que son ancien associé chercherait un jour à le supprimer.  Les deux travaillaient pour la CIA, Oswald s’étant illustré par une visite en URSS, visiblement chapeautée par cette même CIA, qui lui avait facilité le trajet, et l’avait rapatrié en lui apportant la sécurité de ne pas être importuné à son retour.  Oswald pouvait à partir de là se sentir protégé, mais ne pas s’apercevoir qu’on l’avait déjà sélectionné comme victime sacrificielle d’un coup très tordu visant à se venger d’un Castro qui avait berné un Allen Dulles bien à côté la plaque sur le sujet.  Les auteurs de l’attentat ont très vite disséminé dans le public les liens supposés entre Oswald et les castristes, marquant de fait leur appartenance d’analyse avec la frange d’extrême droite des industriels comme des responsables de l’armée souhaitant un conflit direct avec l’URSS.  Pour eux, Kennedy avait abdiqué devant Kroutchev durant la crise des missiles… alors que la fin heureuse de cette tension mondiale avait évité le pire.  Un Oswald qui avait fait une tentative bien maladroite d’infiltrer les pro-castristes, après avoir longtemps fait partie de l’intendance des livraisons d’armes anticastristes à Cuba.  Son comportement incompréhensible à moins d’avoir été dicté, plus ses « impersonnifications« , à savoir son ou ses clones abondamment montré (s) devant des caméras destinées à obtenir des fichiers brouillant les pistes font de lui une véritable marionnette, persuadée d’une toute autre mission que celle qu’on lui assénera sur la tête le 22 novembre 1963.  Quant à savoir comment a-t-on réussi à manipuler aussi bien Ruby, le rôle du « psychiatre » tueur d’éléphant de zoo, en expérimentateur fou, semble répondre aisément à la question.  Le projet MK-Ultra n’a pas été qu’un projet, on le sait, et les réponses données par Jack Ruby après sa condamnation semblent effectivement fortement entachées de manipulations de la pensée.  Des deux personnages, c’était bien Ruby le plus téléguidé mentalement de l’affaire.  Oswald n’a servi que de plastron, seule sa présence à un endroit précis était nécessaire.  On sait qu’il n’a jamais tiré le 22 novembre :  les tests de prélèvement de résidus de poudre s’étaient montrés négatifs, faut-il le rappeler.

Les frères Kennedy, deux manipulateurs pris à leur propre jeu

Les Kennedy jouaient manifestement avec le feu confirme Hersh (voir page 345 de l’ouvrage cité).  Avec ces exilés laissés libres d’initiatives qui, si elles échouaient, seraient niées et seraient encensées, voire récupérées automatiquement, si elles réussissaient.  La vie politique pour eux était une partie de poker menteur constant.  Jeunes et impétueux, ils n’avaient oublié qu’une chose :  les rancœurs que leurs attitudes provocatrices en tout (les mœurs surtout dans une Amérique loin encore d’être totalement hippie et qui avaient tant provoqué :  alors qu’il était en train de s’apprêter à coucher avec Monroe et son amie, il aurait eu cette phrase révélatrice : « montrons donc ce qu’est la nouvelle frontière « ) !  Imbus d’eux mêmes, persuadés d’avoir raison en tout, les Kennedy ont eux-mêmes signé leur arrêt de mort (je ne cherche en rien à excuser leur assassins, j’explique leur attitude).  En lésant surtout des personnes plus âgées qu’eux le plus souvent, aux pouvoirs immenses et fabriquant à leur encontre une animosité…. mortelle.  Réformer le pays, ce n’était pas nécessairement en le secouant autant :  en tout, les frères Kennedy auront manqué cruellement de tact et de vision politique à long terme Les Kennedy auront aussi été victimes de leur perversité politique fondamentale.  Leur père, tant fasciné par Hitler, en avait fait des hommes pour qui la politique était un jeu de poker politique constant et n’engageait en rien la parole individuelle.  Il en sont morts tous les deux.

Deux parvenus, rejetés par la classe politique en général

C’est une analyse partagée par Marc Dugain, dans son remarquable roman « La malédiction d’Edgar » (que je vous invite à lire bien entendu en entier) :  « les Kennedy ne faisaient déjà plus illusion depuis quelques mois.  Dans la sphère du pouvoir, c’est-à-dire la nôtre, ils n’abusaient plus personne avec leurs belles coupes et leurs allures de fils du monde.  A part le petit cercle de quadragénaires démocrates qui les entouraient et qu’ils achetaient en leur donnant des responsabilités sans proportion avec leurs compétences, les hommes qui avaient en charge les affaires de ce pays depuis bien plus longtemps qu’eux en avaient assez de leurs manières de dandys, de l’arrogante nonchalance de grand frère et de la muflerie acerbe de petit frère qui se comportait comme s’il était un élu, alors qu’il n’avait pas la moindre légitimité provenant d’un vote.  D’autres politiques avaient été détestés avant eux, mais aucun n’avait donné une image publique si diamétralement opposée à sa vraie nature.  Je suis d’une génération où un gangster se devait au minimum d’avoir une tête de gangster.  Mais avec les Kennedy nous avons croisé les pires malfaiteurs déguisés en gendres idéaux.  Et ça, personne ne leur a pardonné.  Ces gens-là n’étaient pas conduits par un code.  Ils étaient opportunistes, francs-tireurs et sans manières.  Nous n’avons jamais rencontré, dans notre carrière, d’hommes politiques qui firent à ce point seuls contre tous.  Ils ont pensé qu’ils pouvaient se le permettre parce qu’ils bénéficiaient d’un énorme soutien populaire uniquement fondé sur leur image d’hommes jeunes et modernes qui ressuscitaient le désir éteint de la ménagère de l’Arkansas.  Mais dans les allées du pouvoir, nous les considérions comme des galeux.  Qu’on soit bon ou mauvais, il importe peu finalement.  Mais dans les deux cas, il faut avoir des règles et s’y tenir.  Certains paradoxes de l’existence ne s’expliquent qu’avec le temps.  Le temps qu’il fallut pour comprendre pourquoi le plus grand succès des Kennedy provoqua irréversiblement leur chute.  Après la crise des missiles, leurs jours furent comptés.  Les corps vivants sont parfois longs à se défendre.  Une année fut nécessaire pour que les gardiens des valeurs fondamentales de l’Amérique mesurent leurs responsabilités et prennent les orientations qui s’imposaient » :  saisissant résumé !  Rien à ajouter sur ce bilan calamiteux des deux frères présenté aujourd’hui encore comme des héros, à la seule vue des images léchées vantant leur look de responsables « modernes ».

Assassiné par raison d’Etat ?

Ceux qui les ont éliminés, avaient-ils pour autant une plus haute conscience de l’Etat ?  On peut en douter, à voir la succession de cadavres qu’ils ont laissés derrière eux, à savoir en premier les deux frères Kennedy et le pasteur Luther King et bien d’autres encore, dès qu’il s’agissait de s’attaquer à leur dogme politique ou industriel (auxquels ajouter les 3 000 victimes du 11 septembre, le système ayant perduré).  La liste des décédés liés à l’assassinat de Dallas, décrite dans cette série, est tout simplement effarante, et montre que seul un organisme étatique a pu s’en charger et non une simple mafia, quand bien même des mafieux en ont été parfois les instruments.  On a vu la liste effarante de cadavres qui jonchent l’après Dallas, comme on a vu qu’on n’avait pas hésité à tuer 45 personnes d’un coup en en visant deux particulièrement : Dorothy Hunt est elle aussi à comptabiliser dans ce jeu de massacres qui a longtemps perduré.  « Les trois jours du Condor », c’est simple, ont duré en fait des décennies, et durent encore (nota : dans le film, les bureaux de la CIA y sont montrés comme étant installés dans le WTC , voilà qui est fort troublant en effet !) !!!  En cherchant à évincer la CIA, qui avait récupéré en 1945 tant de nazis, qui ont pu chez eux continuer leurs expériences infâmes conduisant à des projets déments tels le MK-Ultra, les Kennedy lui avaient donné un pouvoir supplémentaire.  En cherchant à la contrôler et en échouant, car c’est bien elle qui s’est débarrassée d’eux, via de petits arrangements avec les militaires et les mafieux, ils en avaient fait le monstre qu’elle est aujourd’hui encore, obligeant les dirigeants actuels à être à sa remorque au lieu de la dominer.  Libre d’elle-même, depuis, elle est devenue cette entité floue capable d’élaborer des plans encore plus sombres et encore plus pervers.  La pratique des assassinats n’a pas cessé et à été exportée, en Amérique du Sud notamment (on en a eu confirmation en Colombie encore, et les drones afghans ou pakistanais ont fait de même).  Le jeu pervers perdure, et la preuve en est le système de désinformation mis en place par Cord Meyer qui continue à ronger de l’intérieur toute la société américaine.  Ce n’est nullement un hasard si l’on retrouve les mêmes écrivaillons stipendiés pour écrire la saga d’un Ben Laden créé de toutes pièces, ou sa façon grotesque de le retirer de la scène médiatique et le même pour rédiger une énième histoire sur la mort de Kennedy en présentant comme seul coupable Oswald.  Kennedy ou Ben Laden sont les deux mêmes facettes d’une Heroic Fantasy de pulps médiatiques télévisuels du nouveau siècle.  Des histoires racontées pour bercer le public du bien fondé d’un système basé sur des principes biaisés.  Des histoires et un pouvoir enfermé dans le secret que d’aucuns réussissent parfois à dénoncer.  Un pouvoir rédigeant désormais l’histoire, avec les articles de Nicholas Schmidle, fils d’un général des Marines (devenu « tsar » de la lutte contre cybercriminalité).  Avant qu’elle ne parte, c’est l’ex-rédactrice en chef du New-York Times, évincée, qui était partie en croisade contre l’administration Obama, jugée par elle bien plus secrète que ne l’était celle de l’ère Bush.  On dissimulait davantage encore, selon elle… on parle également aujourd’hui des « fakes news » d’un Donald Trump : c’est oublier que tout le système US repose depuis les Kennedy sur sa pratique !!!  Trump, c’est le programme Mockingbird désormais en roue libre !!!

Un nombre effarant d’assassins potentiels

0cd80ca5d922972426d205662d601de8Je pense que l’on comprend mieux l’assassinat de Dallas quand on fait le total des gens qui avaient de bonnes (ou de mauvaises raisons) d’en vouloir aux Kennedy; et en premier au président des USA.  Entre un Allen Dulles qui pendant des années s’est fait la main en quelque sorte avec son programme d’élimination physique de près de la moitié des dirigeants de l’Amérique du Sud ou Centrale qu’il ne trouvait pas compatibles avec la politique extérieure des USA, les écœurés de l’expédition ratée de la Baie des Cochons, que JFK avait manifestement laissés tomber alors qu’il rêvait d’en finir définitivement avec Castro, tout en affirmant aux médias le contraire, un co-listier qui gérait son pays comme une simple extension de son ranch et qui aurait bien aimé marquer au fer rouge celui qui l’avait précédé, avant de l’envoyer à l’abattoir dans son fief, ou bien des militaires dont un psychopathe comme Curtis leMay qui souhaitait en venir à un conflit nucléaire avec les soviétiques, ou les anticommunistes eux-mêmes, parmi les plus virulents (leMay, qui avaient vécu la crise de Cuba comme une reculade face à Kroutchev, appuyés par un lobby militaire qui arrosait toute la classe politique qui elle ne souhaitait que maintenir des emplois dans les usines d’armement dont dépendait localement leur élection), ce n’est pas ce qui manque comme tueurs en puissance pour se débarrasser des deux frères cordicia invisblealement détestés, contrairement à l’image pieuse qu’une presse aux ordres, contrôlée par un programme particulier, laissait s’étaler dans les magazines (on pense ici aux « Une » de Paris-Match glorifiant Jackie Kennedy comme nouvelle espèce, jeune et branchée, de première dame) à l’extérieur de la maison Blanche.  La madone et le Dieu vivant, plus la mise en scène de leur progéniture.

Une CIA devenue totalement incontrôlable

On l’a bien compris pour la Baie des Cochons, la CIA était déjà devenue en 1962 un organisme indépendant de tout pouvoir ou presque, un jouet aux mains des demi-fous qui la dirigeaient.  Influencer les gens et les peuples, elle l’avait fait de toutes les manières.  Quand ce n’était pas via la presse (et via le couple infernal des Booth pour LIFE), elle l’avait fait aussi par la radio, devenue complètement folle selon Weisner (dans « Des cendres en héritage », encore lui :  « les radios représentaient incontestablement les instruments de guerre politique les plus influents.  La CIA avait dépensé près de 400 millions de dollars à les subventionner et avait de bonnes raison de croire que des millions d’auditeurs de l’autre côté du rideau de fer appréciaient chacun des mots qu’elles diffusaient.  Mais leur légitimité se trouva sérieusement entamée lorsqu’on découvrit qu’elles émettaient sur les fréquences de la CIA.  L’Agence avait bâti un château de cartes, et Helms le savait.  Dix ans plus tôt, Helms avait parlé à Wisner de supprimer les subvention secrètes et de laisser le Département d’État contrôler les radios.  Ils s’étaient convenus de tenter de convaincre le président Eisenhower, mais n’avaient pas poursuivi.  S’agissant du contrôle de Faction clandestine, la CIA n’était d’ailleurs que partiellement coupable de négligence: cela faisait des années en effet que ni la Maison Blanche, ni le Pentagone, ni le Département d’État ne la surveillaient.  Depuis l’arrivée au pouvoir du présider Kennedy, plus de trois cents opérations clandestines de grande envergure avaient été lancées – et, hormis Helms, aucun dirigeant n’avait pris connaissance de la plupart d’entre elles.  « Nous manquons de précisions sur la façon dont certains programmes doivent être exécutés et or ne nous tient pas au courant de la réalisation de programmes d’une importance majeure», signalait un responsable du renseignement ai Département d’État le 15 février 1967 . Les mécanismes créés pour surveiller la CIA et pour placer le service d’action clandestine sous l’autorité présidentielle ne fonctionnaient pas – ils n’avaient d’ailleurs jamais fonctionné.  On pensait de plus en plus à la Maison Blanche, au Département d’État, au Département de la Justice ainsi qu’au Congrès que l’Agence était devenue quelque peu incontrôlable... » et effectivement !!!!  Dans cet organisme chancelant et libre de tous ses gestes, des assassins potentiels il y en avait plein, a-t-on écrit un peu plus haut.  Mais il en reste encore un autre, bien plus évident aujourd’hui :  le successeur même d’Allen Dulles (décoré ici de la National Security Medal à Langley,le 28 novembre 1961, par JFK, qui venait de se passer de lui) !!!

Le lourd dossier John McCone enfin entr’ouvert

Ce nom, on l’a croisé à plusieurs reprises le long de cette enquête.  L’homme est surprenant à plus d’un titre.  Industriel du pétrole, au départ, c’est lui qui a bâti une partie de l’immense flotte de Liberty Ships avec sa société et la firme Kaiser.  Puis c’est lui aussi qu’on retrouve à bâtir sous le nom de Betchtel-McCone l’immense usine de Willow Run en Alabama ou devaient être construits les bombardiers B-24 Liberator.  Mais l’usine ne produira rien, et sera l’objet d’un litige, comme une autre concernant une raffinerie cette fois :  McCone aurait largement profité des contrats mirobolants de l’armée en guerre :  sa fortune faite reposait aussi sur des promesses non tenues !  C’était en somme un précurseur, étant donné les sommes engagées de nos jours dans des programmes militaires sans queue ni tête, tel celui du F-35 !  Au sortir de la guerre, affichant ouvertement  un anticommunisme plus que virulent, il investit dans les lignes maritimes et augmente encore sa fortune.  Il en ré-investit une partie dans le California Institute of Technology, qui avait été à l’origine des travaux sur la bombe atomique, ce qui lui octroie une autre notoriété.  Au sortir de la guerre, c’est Truman qui le nomme secrétaire à la défense (l’équivalent du ministre ici).  Favori d’Eisenhower, il hérite en 1958 du poste de responsable de « l’Atomic Energy Commission » à un moment où le nucléaire s’impose dans le monde entier.  C’est John Kennedy qui le sélectionne ensuite en remplacement d’Allen W. Dulles alors que les deux se connaissent très bien, à la suite du fiasco de la Baie des Cochons.  Il est alors arrivé au sommet (il est ici en photo auprès de son mentor Dulles, qu’il a remplacé, avec JFK).  Il y affichera très vite une dénégation constante des opérations douteuses, tel le programme d’assassinats du ZR/RIFLE project, qui avait offert 150 000 dollars à la mafia pour tuer Castro.  L’homme affichera aussi un dédain complet pour tout rapprochement avec le même Castro, tenté, on le sait, par Kennedy en personne.  Et le même mépris pour l’idée d’un retrait possible du Viet-Nam !!!  Idem pour la fin des essais nucléaires, qu’il aurait souhaité poursuivre le plus longtemps possible !!!  Et la même fureur encore dès qu’on évoquait devant lui de faire baisser les budgets militaires (ceux qui avaient effectivement fait sa fortune !) !!!  Le plus opposé aux idées de Kennedy, à cette époque là, c’est bien lui, McCone !!!  Or c’était aussi dans ses fonctions, comme chef de la CIA, de recruter des tueurs !!!  Auquel cas Kennedy, aveuglé par sa suffisance, aurait ainsi recruté son propre assassin !!!

Son seul but : charger Oswald, et lui seul

C’est lui aussi et surtout qui avait révélé à Johnson les liens entre Oswald et un agent du KGB sa basant sur les dires de Gilberto Alvarado, agent des services secrets Nicaraguans qui aurait infiltré l’ambassade cubaine de Mexico City.  On sait aujourd’hui qu’Alvarado avait menti sur plusieurs points (lire ici Peter Date Scott pour ça), car il désirait aller à la confrontation armée avec Cuba.  Bien entendu, après l’attentat de Dallas, McCone avait été appelé à témoigner à la Commission Warren, où il avait tracé le portrait d’un Oswald résolument marxiste et indubitablement « loup solitaire » selon lui. C’était bien McCone le plus ardent défenseur et promoteur du concept !!!  On semblait avoir oublié le poids de sa déposition dans l’avis final de la commission biaisée.  Or voici qu’en 2013, l’historien attaché à la CIA, David Robarge, après une longue étude de documents afférents aux activités de McCone (étiquetés « SECRET/NOFORN,”) découvre ceux dans lesquels le même McCone, qui l’a toujours nié, avait bien fomenté des assassinats à l’étranger et contre Castro, y compris en ayant recours à des mafieux.  Le rapport de Robarge, dont la teneur est révélée en 2015 seulement (deux ans plus tard !), est donc une bombe médiatique, car il indique clairement que McCone a tout fait ce qui était en son pouvoir pour tromper la Commission pour qu’elle n’aboutisse qu’à un seul tireur isolé comme conclusion : Oswald !!!   Selon l’historien, voulant minimiser la portée de sa découverte, cela demeurait pourtant un « petit mensonge« , selon ses propres termes, car c’était en quelque sorte parce que la CIA n’avait pas trouvé d‘autre assassin potentiel !  Debarge indique pourtant  clairement que les motivations de McCone n’étaient pas siennes :  elles avaient été dictées en fait par… Johnson en personne (et  faisant donc de lui aussi un « complice ») !  Robarge décrit aussi en détail la surveillance d’Oswald par la CIA, jusqu’alors toujours niée également : tout son courrier avait en effet été ouvert et lu par l’agence pendant des années, grâce au programme dédié « HTLINGUAL », nous affirme-t-il !!!  Ce qui est en complète contradiction avec la déposition de McCone à la Commission Warren. Voici ce qu’il avait en effet répondu à Gérald Ford futur président : John A. McCone, « comme je l’ai déjà dit, nous n’avons jamais été en contact avec Oswald.  Nous n’avons aucune preuve qu’il travaillait pour ou au nom de l’Union soviétique à tout moment.  Selon son journal, Oswald a reçu une subvention de la Croix-Rouge soviétique que nous supposons avoir obtenu l’approbation des autorités.  Un tel paiement ne nous indique pas qu’il a même travaillé pour les services de renseignement soviétiques.  En outre, nous n’avons aucune autre preuve qu’il ait jamais travaillé pour l’intelligence soviétique ».  Or la CIA savait TOUT d’Oswald, car elle l’avait créé, tout simplement (je ne cite pour exemple que ses liens avec Ruby) !!!  En prime, selon le rapport toujours, McCone aurait été mis au courant des menaces diverses pesant sur Kennedy au moins 9 mois avant l’attentat.  Debarge l’accusant plus ou moins implicitement d’avoir été « co-conspirateur » lors de l’événement !

Plus grave encore, la mise en cause de l’attitude de Robert Kennedy

Et il y a pire encore dans ce document.  « Le rapport de 2013 attire également l’attention sur les contacts entre McCone et Robert Kennedy dans les jours après l’assassinat.  Après la catastrophe de la Baie des Cochons en 1961, le procureur général a été invité par son frère, le président, à diriger la guerre secrète de l’administration contre Castro, et les amis et la famille de Robert Kennedy ont reconnu des années plus tard qu’il ne cessait de craindre que Castro était derrière la mort de son frère.  McCone a eu des contacts fréquents avec Robert Kennedy pendant les jours douloureux après l’assassinat », dit le rapport (en résumé, McCone avait donc aussi fait pression sur Robert, en lui bourrant le crâne de l’idée d’un attentat commis sous les ordres de Castro et instrumentalisé par Oswald seul !).  « Leur communication semble avoir été verbale, informelle et, évidemment, selon McCone, très personnelle;  Aucun mémoire ou transcription n’existe ou ne sont connus pour avoir été faits.  Parce que Robert Kennedy avait supervisé les actions secrètes anti-Castro de l’Agence – y compris certains plans d’assassinat – ses relations avec McCone au sujet du meurtre de son frère avaient une gravité spéciale », poursuit le rapport .  «Castro a-t-il fait tuer le président parce que le président avait essayé de tuer Castro ? L’obsession de l’administration envers Cuba a-t-elle par inadvertance inspiré un sociopathe politisé à assassiner John Kennedy ? » ... voilà qui éclaire beaucoup mais qui rejoint aussi ma conclusion :  Bobby ne pouvait en aucun cas ouvrir le sulfureux dossier de son frère, car il aurait dû lui-même s’expliquer sur son attitude passée et leur double langage commun à propos de Castro !!!  C’est le fameux Rex (appartenant auparavant à J.A. Belcher !) et son double, le Leda, qui les avait enfermés tous deux dans la nasse du mensonge, alors qu’extérieurement et en même temps, ils parlaient de « rapprochement » avec Castro à la terre entière, ou plutôt aux médias que contrôlait Mockingbird !!!  La CIA était la seule capable en ce cas de se dégoter le deuxième cas de figure, ou de le fabriquer de toutes pièces, et de l’entretenir, de le choyer et de le polir… pour mieux le piéger au final et s’en laver les mains après !  Selon Richard D. Mahoney, dans Sons and Brothers, Bobby aurait demandé au lendemain de l’assassinat si la CIA avait tué on non son frère… preuve qu’il n’écartait pas d’emblée la théorie… selon Mahoney « cette question extraordinaire révélait un profond et terrible soupçon à l’égard de la CIA, quelque chose né de quelque connaissance, ou du moins d’une intuition, et non pas simplement du flot montant de la douleur ».  Un Bob qui sera lui-même assassiné : deux morts violentes, qui, comme l’indique ici Marc Dugain, ont marqué bien des générations…

La poursuite dans le temps

Le mensonge pouvait durer, donc : une enquête enterrée vite fait par le propre frère, afin de ne pas révéler les liens entretenus avec les anti-castristres, ce qui aurait ruiné l’image familiale et empêché toute succession de membre de la génération Kennedy (ou sa descendance (3)).  Une commission ad’hoc chargée d’enterrer tout espoir d’y voir clair dans un assassinat par tirs croisés à plusieurs tireurs, dirigée par celui-là même que JFK avait évincé, Allen Dulles. Commission où l’on trouvait aussi un futur président timoré, Gérald Ford, qui une fois au pouvoir ne fera pas beaucoup d’efforts pour réouvrir le dossier, on s’en doute.  Et une succession de présidents tous plus ou moins mouillés dans l’affaire :  l’ineffable Nixon, qui subira la honte de la démission forcée, puis l’intermède Carter, le seul à échapper au lien avec l’attentat, et ensuite un Reagan pas vraiment disposé à faire un pas en avant vis à vis des communistes, et surtout G.W.Bush, devenu entre temps responsable de la CIA, pour à nouveau verrouiller à double tour le tout.  Puis Clinton, bien trop magouilleur pour réouvrir un dossier où l’on parlerait des coups tordus de la CIA en Arkansas, son fief, avec Barry Seal, cité lui aussi dans l’affaire texane.  Seule la période Carter avait permis une éclaircie, avec la mise en place de la Commission Church sur les crimes de la CIA, mais aussi sur l’affaire de Dallas… son bilan sera celui d’une montagne accouchant d’une souris.  Fait incompréhensible, aujourd’hui encore, puisqu’on déclarera que JFK était certainement mort d’une conspiration mais comme on n’avait réussi à trouver qu’un seul tireur, on garderait ce dernier comme seul responsable :  en somme une conspiration à un seul homme !!!  Une belle prouesse de langage, pour continuer à dissimuler des faits bien trop embarrassants pour un Etat, devenu l’ombre de lui-même et prêt à laisser recommencer d’autres opérations cachées, d’une ampleur sans précédents, avec des anciens conseillers faucons de Reagan devenus les sherpas d’un idiot devenu président (il y en a un second depuis dans le fauteuil présidentiel US).  Ils inventeront les armes qui n’existaient pas chez l’adversaire, et iront bien plus loin encore pour obtenir ce qu’ils désiraient déjà sous Bush père, à savoir la mainmise sur le Moyen-Orient et ses réserves de pétrole.  En se fabriquant de toutes pièces un ennemi qu’il avaient eux-mêmes nourris au départ :  Ben Laden, qui avait remplacé Castro, toujours aussi résistant aux tentatives d’assassinats.  Avec lui, on assistera à l’apogée du programme Mockinbird, qui emplira les téléviseurs US de vidéos plus ou moins truquées ou fortement retouchées, voire recyclées à 3 ans d’intervalle (voir ci-contre à droite).  Un phénomène durable, dont un seul président réussira à se défaire… en inventant une autre fable, celle d’une capture digne des films de Far-West, assaisonnés de réalité augmentée, période technologique oblige.  Ça nous donnera une célèbre photo, celle du staff présidentiel au grand complet censé regarder sur un téléviseur la progression d’une opération ratée, sur le modèle de celle qu’avait eu à gérer ce pauvre Carter (« Eagle Clay », ce lamentable fiasco, en 1980), mais cette fois, avec davantage de maîtrise dans le mensonge, sur le sort des infortunés soldats perdus lors de l’opération…

Les sages paroles de Jim Garrison, le sauveur de la démocratie US

Un seul homme à ce jour s’est ouvertement dressé contre tout ce système pervers, et il a été sur le point d’aboutir dans sa quête.  Voici ce qu’il affirmait à la fin des années 80 : « pendant 25 ans, le peuple américain a été bombardé par une propagande montrant du doigt avec insistance de « faux sponsors » comme promoteurs supposés de l’assassinat de Kennedy.  (« Faux sponsor » est un terme employé dans les opérations secrètes pour décrire l’individu ou l’organisation auxquels on fait porter le chapeau pour détourner l’attention des Services de renseignements.).  Les Américains ont subi un lavage de cerveau en règle par ce genre de désinformation, payée par les contribuables, au point que beaucoup d’entre eux se contentent de soupirer avec résignation qu’on ne connaîtra probablement jamais la vérité.  En attendant, un flot incessant de dépêches d’agences de presse, d’articles de journaux, de « documentaires » de télévision, de grands papiers dans les magazines et de livres vient renforcer cette résignation et continue de tourner l’attention du public dans la mauvaise direction.  L’incroyable accumulation de faux sponsors comprend Lee Oswald, le K.G.B., Howard Hughes, les grands pétroliers du Texas, le crime organisé et Fidel Castro.  Le tout premier fut le bouc émissaire en personne, Lee Harvey Oswald.  Choisi pour le rôle par les services secrets, il fut officiellement reconnu par la commission Warren et d’autres aux niveaux les plus élevés du gouvernement des États-Unis.  Cependant, avec le temps, il devint de plus en plus évident que la fable du tueur isolé ne tenait pas debout et la plupart de ceux qui s’en faisaient les défenseurs jugèrent bon de garder le silence.  Je fus donc surpris de découvrir récemment que le magazine Time soutenait ardemment cette thèse de l’assassin solitaire et continuait de croire au faux sponsor Lee Oswald » (Garrisson n’avait visiblement pas perçu l’extrême toxicité du couple Luce, que l’on a croisé ici à moult reprises).  On ne peut qu’admirer un aussi total dévouement à une idée, un manque de réflexion (…). « La couverture et la ratification de l’assassinat par le gouvernement ont été aidées par un flot de désinformation paraissant dans les principaux médias.  La diffusion de la désinformation est le dernier élément indispensable à la réussite d’un coup d’État et c’est évidemment une des spécialités de la C.I.A.  Pendant de nombreuses années, l’Agence a eu secrètement à sa solde des journalistes travaillant en principe pour les grands médias mais qui étaient là pour diffuser de la propagande au peuple américain.  Elle a aussi subventionné la publication de plus de mille livres » (c’est bien Mockingbird qui est décrit ici). « Richard Barnet, le codirecteur de l’Institut des études politiques, le dit nettement:  le principal instrument des bas-fonds du renseignement est la tromperie. Leur but est de créer des réalités fabriquées, de faire paraître les choses autres qu’elles ne sont dans un dessein de manipulation et de subversion…  Plus de deux cents agents… se font passer pour des hommes d’affaires, à l’étranger.  La C.I.A. a avoué qu’elle a eu plus de trente journalistes à sa solde depuis la Seconde Guerre mondiale.  « Propriétaire » de multinationales — Air America et autres façades —- fausses fondations et organisations d’étudiants, organisations religieuses et ainsi de suite, tout cela fait partie d’un monde à double fond qui a fini par désorienter le peuple américain comme il a désorienté des gouvernements étrangers. »

L’entrée dans une ère de complots sans fin

C’est aussi une évidence, désormais.  L’assassinat de Kennedy conduit donc directement au 11 septembre 2001.  Sa réalisation ne nécessite pas davantage de personnes qu’il n’en a fallu pour éliminer un président, contrairement à code qui pu en être dit.  Un peu plus de technicité, en tout cas, sans plus (il en faut pour expliquer ça, en effet !).  La tentation était trop forte, semble t-il.  Logiquement, ce ne devrait donc pas être la dernière démonstration de ce que Ross et Wise appelaient le « Gouvernement invisible« , livre indispensable et prémonitoire, à savoir la CIA, devenue folle et totalement autonome.  On propose depuis plus de 15 ans de réouvrir le dossier du 11 Septembre, pour lever définitivement ses zones de flou.  Cela restera vain tant qu’on n’aura pas la solution de l’énigme Oswald.  « Reopen first Kennedy case », c’est la chose à faire en priorité, historiquement et dans l’ordre.  La démocratie à été touchée mortellement à Dallas, le 22 novembre 1963. Depuis, elle continue à être agitée de soubresauts divers, mais elle n’existe plus dans ce pays, à l’évidence, puisque l’on continue à mentir à son peuple.  Ross et Wise l’avaient écrit de façon lumineuse, il y a plus de soixante ans.  Leur verdict implacable demeure inégalé.  Trump a beau en fabriquer lui-même, de fausses infos jamais il n’égalera ce qui a été fait depuis 50 ans… à l’insu d’un peuple américain berné par un contrôle des médias, nourris en abondance depuis 50 ans d’information pré-digérée.  L’ère actuelle des médias US est celle des pleins pouvoirs, désormais, de Mockinbird.  Des exemples récents sont là pour le montrer :  quand il s’agira de gloser sur pellicule sur la fantasmagorique « arrestation » d’un Ben Laden, la réalisatrice du film se verra proposer d’être « aidée » par la CIA pour rédiger son scénario bien mince.  Au final, il sera encore plus amaigri :  « Zero Dark Thirty » (cf image ci-contre); en ce sens est emblématique d’une fausse réalité présentée comme vérité et véracité officielle.  L’habillage d’un mensonge.  Hollywood a toujours été sous l’emprise du pouvoir, mais au temps du McCarthysme c’était plus flagrant, disons (écouter ici comment on a essayé de fourguer le navet…).  La manière est aujourd’hui différente, mais le résultat est bien le même :  le but demeure, avant tout, de leurrer les gens, et de les orienter sur de mauvaises pistes !

Il reste un symbole de toute cette manipulation, qui n’a heureusement pas totalement pris dans les esprits.  Sur l’un des murs de la bibliothèque d’où Oswald est censé avoir tiré, une plaque a été apposée. Elle indique que Lee Harvey Oswald est le tireur « supposé » du lieu.  Or le mot « allegedly » est complètement cerné par des griffes régulièrement ajoutées.  Même le bronze n’arrive plus à sceller ce mensonge d’Etat qui perdure depuis plus de 50 ans. 

(1) selon les biographes du groupe, ce dernier aurait été fondé le 8 juillet 1965… les premiers enregistrements datant de 1966, au London Fogg :  ils sont ressortis récemment, en décembre 2016.

(2) Lorsque Morley a déclaré vouloir écrire la biographie d’Angleton, et qu’il a cherché à entr’ouvrir les boites contenant de ses documents, selon des demandes pressantes du Freedom of Information Act, il s’est aperçu qu’elles avaient soit disparu, soit qu’on les avait déplacées.  En tout cas, elles étaient devenues inaccessibles.  Constatant ainsi sur le tas la négation pure et simple du FIA, et de la démocratie US elle-même !!!  « Quels que soient ses défauts, Angleton a agi avec zèle sur une théorie de l’histoire dont la validité est difficile à accepter et difficile à contester.  Il croyait que les agences secrètes de renseignement pouvaient contrôler le destin de l’humanité.  Au cours de sa carrière de 27 ans à la CIA, de 1947 à 1974, il a agi comme si la CIA et le KGB avaient une emprise sur l’avenir de la civilisation elle-même – ce qu’elles faisaient, bien entendu.  La guerre froide est terminée et Angleton est parti, mais les techniques d’espionnage qu’il maîtrisait – surveillance de masse, désinformation, assassinat ciblé, et détention extrajudiciaire – restent présents parmi nous, mais à une échelle beaucoup plus grande. Depuis le 11 Septembre 2001, la puissance des services secrets de renseignement pour façonner notre avenir est évidente.  Pourtant, ce n’est pas avant que je sois allé à Georgetown, à la recherche de l’un des secrets les plus sombres d’Angleton que je suis revenu de loin avec une leçon personnelle dans la façon dont la CIA a fait l’histoire – en l’effaçant. » 

(3) le sort s’acharnera sur la famille.  Après les déboires de Ted Kennedy le avec l’accident de Chappaquiddick (et la mort à 28 ans de la secrétaire Mary Jo Kopechne qui le privera de toute prétention présidentielle), avec la disparition en avion de John John, le propre fils de JFK, dans un crash d’avion (un Piper Saratoga) le 16 juillet 1999.  Même s’il subsiste des ombres sur la disparition, on penche pour un accident, cette fois-là.  On ne peut toujours comploter… et ne pas oublier non plus que la sœur cadette de John Fitzgerald Kennedy, Kathleen, était morte aussi dans un accident d’avion, un De Havilland DH.104 Dove (G-AJOU), mais en France, à Saint-Bauzile, en 1948.  L’autre frère de Kennedy, Joe Jr, l’aîné, a été tué le 

On peut suivre ce texte également en conclusion, extrait de l’annonce d’une conférence sur l’assassinat  :

« Six tireurs responsables parmi ceux qui ont participé à l’assassinat du président John F. Kennedy, dont trois ayant des liens avec la CIA, ont été nommés par un éminent critique du Warren Commission Report (WCR).  Remarquablement, Lee Harvey Oswald, le seul assassin-désigné de la commission de Warren, n’était pas parmi eux.

La preuve qui étaye le scénario de l’assassinat en tant qu’événement de sécurité nationale est vaste et convaincante.  Elle a engendré une énorme résistance même au sein de la communauté JFK, où plusieurs de ceux qui vont présenter leurs résultats ont été interdits dans un effort massif pour supprimer la vérité et de préserver l’illusion qu’il s’agissait d’un événement d’un genre différent.  La Mafia l’a fait « ou » les Cubains l’ont fait « ou » le KGB l’a fait  » sont fréquemment avancés, mais où aucun d’entre eux n’a pu effectuer le cover-up qui était indispensable pour transmettre les fausses impressions que cette conférence corrigera:

-Lee Harvey Oswald travaillait pour le gouvernement quand il a été recruté pour la mort de JFK
-Les photos et les films prétendument pris pendant l’assassinat ont été modifiés pour cacher la vérité
-Les photos d’autopsie et les images en rayons X ont été changés et falsifiés pour soutenir un faux récit du meurtre
LBJ était un joueur pivot – peut-être le joueur pivot – qui a provoqué l’assassinat
-George H.W. Bush n’était pas  à Dealey Plaza, mais il a pris un rôle actif dans la réalisation de l’intrigue
Il y avait plusieurs tireurs qui ont lié les conspirateurs ensemble pour assurer leur silence mutuel
Ils comprenaient un shérif adjoint, un expert de la Force aérienne, un anti-Castro cubain, un policier et un tireur de la mafia
Le tireur personnel de LBJ, qui a tué une douzaine de personnes pour Lyndon, semble également avoir été directement impliqué
La mafia n’aurait pas pu étendre sa portée à l’hôpital naval de Bethesda pour modifier les rayons X et les photographies
Les Cubains anti-Castro n’auraient pas pu substituer le cerveau de quelqu’un d’autre à celui de JFK
-Alors que le KGB avait la capacité de modifier les films, il n’aurait pas pu accéder au film de Zapruder
Les experts qui se sont rassemblés pour cette conférence unique – qui expliquera comment elle a été faite, qui était responsable et pourquoi – et comment elle a été dissimulée – ont investi durant des décennies de leur vie à la recherche sur des aspects cruciaux du cas, de la balistique, des films et des preuves photographiques.  Ils expliquent  les principales responsabilités sur le rôle de Lyndon Baines Johnson, sur la participation de George H.W. Bush, sur la gestion de la dissimulation, sur la mort des principaux témoins intimement liés à JFK et par d’autres personnes qui connaissaient personnellement l’homme accusé de le tuer.  Si vous êtes arrivés jusque là de cette lecture, vous comprenez ce qui s’est produit. »

 

Les deux ouvrages absolument indispensables à lire :

« The Invisible Government » de David Wise et Thomas Ross et « The Polities of Lying » de David Wise. Seul le premier à été traduit en français, en 1966, semble-t-il. On trouve facilement sur le net l’intégralité du premier, mais en anglais.

les sources à consulter

http://www.maryferrell.org/pages/Main_Page.html

http://spartacus-educational.com/JFKindex.htm

http://22november1963.org.uk/about-this-website/

Best of JFK on the Web

https://kennedysandking.com

http://aarclibrary.org

https://www.archives.gov/research/jfk/search.html

http://www.jfklancer.com/index.html

http://www.jfk-online.com/home.html

Le journal citoyen est une tribune. Les opinions qu’on y retrouve sont propres à leurs auteurs.

Article précédent:

L’assassinat de Kennedy : Oswald, ou le parfait pigeon (33)

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