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L’assassinat de Kennedy : Oswald, ou le parfait pigeon (31)

Une constatation s’impose :  tous ceux qui souhaitaient combattre Castro en 1963 l’avaient aidé en apportant des armes aux opposants de Batista, dont il faisait partie.  Avouez qu’il y avait de quoi être rancunier, puisque les castristes pouvaient désormais les tuer avec les fusils qu’eux-mêmes avaient parachutés.  Comment Castro avait-il réussi en un premier temps à séduire les américains, l’explication est peut-être bien dans une forme de catharsis pour oublier les ravages du McCarthysme, qui avait fait temps de tort à l’Amérique.  Des sympathisants américains étaient apparus, qui prophétisaient un Castro ouvert et ne soupçonnaient pas la dictature qu’il allait bientôt imposer au peuple cubain.  Beaucoup se feront avoir, dans ce retournement rapide d’alliances.  Ils y laisseront la vie.  Sauf quelques uns, qui connaîtront une longue carrière d’espions, puisqu’on les retrouvera la lampe de poche à la main avancer en tâtonnant dans l’immeuble du Watergate… envoyés là bas par Nixon, qui avait succédé à un Johnson bien vite lassé de la vie politique, après avoir tant souhaité obtenir le poste suprême.  Cette saga possède bien un fil conducteur, qui est davantage proche du pouvoir politique US et sa main cachée que constitue la CIA (quand cette dernière ne s’oppose pas à ce pouvoir) que de la mafia ou des seuls anticastristres… 

Des pro-Castro en plus haut lieu, aux USA
Des envois d’armes qui seront très vite regrettés, en effet, avec l’évolution rapide de Fidel vers les thèses communisantes. Mais avant qu’il ne prenne réellement le pouvoir, la CIA avait ma foi fait des excuses, car elle ne savait toujours pas sur quel pied danser exactement avec Fidel.  Et pourtant : assez vite des rapports alarmants étaient arrivés à Washington, mais, malgré eux, on avait continué à lui fournir des armes en l’estimant toujours « modéré », grâce à ces rapports rassurants (1) :  « en charge du projet, que Smith a découvert, il y avait Roy Rubottom, secrétaire d’Etat adjoint pour les affaires latino-américaines, et William Wieland, directeur de l’Office des affaires des Caraïbes et du Mexique (ici à gauche avec Fidel).  Les deux, comme cela arrivait, étaient alors en Colombie au moment des émeutes de Bogotazo et ils connaissaient les actions de Castro, mais ne les avaient pas signalées à cette époque, ni daigné mentionner de la matière la plus pertinente à l’ambassadeur Smith quand il est s’était rendu à Cuba en juillet 1957.  Fin 1961 toujours, Wieland et Rubottom colportaient officiellement la ligne que Fidel n’était pas communiste, même s’ils le savaient par ailleurs, comme cela a été déterminé par la suite lors des audiences de sécurité.  Des amis de Wieland, par exemple, ont témoigné qu’il leur avait dit en 1957 et 1958 qu’il savait que Castro était communiste.  Il ne fait aucun doute que Rubottom et Wieland couvraient Castro (…). A partir du moment Castro a atterri dans la province d’Oriente en décembre 1956, le Département d’Etat a reçu des rapports d’infiltration et de l’exploitation communiste probable du Mouvement du 26 Juillet.  Le Département d’Etat était au courant des contacts de Castro avec les communistes au Mexique.  Certains fonctionnaires du Département d’Etat étaient au courant de la participation de Castro dans la sanglante insurrection d’inspiration communiste à Bogota, connu sous le nom de « Bogotazo » de 1948 (et de l’assassinat d’Eliezer Gaitan).  En plus des rapports et des informations provenant de nombreuses sources, des rapports du Département d’Etat de son propre Bureau de la recherche et de l’espionnage.  Tout cela a conduit Smith à témoigner devant le Sous-comité sénatorial de la sécurité intérieure des Etats-Unis que  « le gouvernement et la presse aux Etats-Unis ont joué un rôle important pour amener Castro au pouvoir. »  Quant à chercher l’origine de cet aveuglément, on peut le trouver dans les effets pervers du McCarthysme, qui a force d’avoir pourchassé les communistes là où il n’en avait pas (on pense à Dalton Trumbo à Hollywood), a produit l’effet inverse, et même la sympathie parfois.  Les accusations d’être communiste lui-même qui fuseront contre William Arthur Wieland seront doublées du fait qu’il était aussi homosexuel, sans aucun doute.  « Il est vrai que le maccarthysme a généré trop d’injustices et exacerbé l’homophobie traditionnelle.  Cependant, si nous regardons de près les faits entourant le cas de Wieland, nous voyons qu’il va bien au-delà maccarthysme, de la chasse aux sorcières, de l’hystérie anti-communiste, de l’homophobie, de l’Antichrist, et même au delà de la personne de William Wieland » note ici « havanaschooleng ».  On peut même faire remonter cette sympathie pour Castro, consécutive aux errements du McCarthysme bien avant encore, lorsque par exemple le Président Dwight D. Eisenhower en personne avait promulgué le décret 10450, en date du 27 avril 1953.  Effectif dès le 27 mai 1953, il révoquait le décret précédent du président Truman, le décret 9835 de 1947, et surtout il démantelait son programme de Loyalty Review Board, sur la fidélité des employés fédéraux au pays et à l’expression du refus des thèses communistes.

La difficulté à prévoir ce qui allait se passer

Cette ambiguïté à ne pas savoir le fond de la pensée de Cuba et à hésiter quant à l’action à faire est manifeste jusque chez l’ambassadeur US en poste à la Havane (et toujours le dernier à ce jour !), Philip W. Bonsal, débarqué plein de bonnes intentions (on le voit ici à droite saluer Evilio Mojena Figuerdo dès son arrivée), qui rappelle en effet la difficulté à juger un mouvement émergeant après des années de lavage de cerveau McCarthyste.  Son opinion figure ici au 7eme point de son exposé « Nous avons reconnu et plus continué à reconnaître que les accusations de communisme jouées par mains les communistes et les extrémistes ici les aident à contrôler et influencer Castro.  L’action de la presse US du traitement de cette question est inutile.  Il n’y a pas réelle prise de conscience des problèmes ici entre Est et l’Ouest même chez le Secrétaire d’Etat.  L’anticommunisme est considéré comme une arme forgée en réaction des États-Unis au temps de l’hystérie McCarthy.  Dans le même temps il faut reconnaître une situation qui ne fonctionne pas entièrement à la satisfaction communiste et que dans une certaine mesure, Washington et Moscou regardent Castro et beaucoup de ses disciples avec un certain aveuglement.  Bien que Fidel Castro, Raul et Guevara jouent un jeu très désagréable pour nous en satisfaisant Moscou.  Dans cette mesure, leur protestation indignée d’être « traités », comme les communistes sont symptomatiques de dissimuler ici-même la réalité.  L’essentiel individualisme de nature « bourgeoise » des aspirations chéries par la plupart des Cubains au-dessus du niveau le plus bas est un facteur, je suis confiant, d’une grande importance, qui devrait augmenter de plus en plus en influence ».  Bonsal se leurrait, tant la dictature se mettrait vite en marche, plongeant à la mer des milliers d’exilés, pour la plupart de la part des « individualistes bourgeois » que décrivait justement Bonsal.  A sa mort, le New-York Times aura ce commentaire désabusé :  « sans l’avoir averti l’administration Eisenhower a suspendu le quota d’importation de sucre de Cuba – trois millions de tonnes – en juillet 1960, en réponse à la vente d’un million de tonnes de sucre à l’Union soviétique de La Havane.  M. Bonsal et d’autres sont opposés à cette sanction économique contre M. Castro susceptible de le conduire plus loin dans l’orbite soviétique »…  On l’avait trahi, lui aussi, dès le départ !!!

Priver d’armes Batista, c’était ouvrir la voie à Castro

C’est en 1958 que tout avait basculé en faveur de Castro :  « beaucoup sont d’accord, pour dire que  le point de bascule au moment d’évincer Batista, et ouvrant la voie à Castro, a été l’annonce en mars 1958, que les Etats-Unis refusaient désormais au gouvernement Batista la vente d’armes, un mouvement conçu par Wieland et Rubottom, entre autres.  Avant cela, Fidel (qui n’a jamais eu plus de 3000 combattants) n’avait pas amassé plus de 300 personnes.  En coupant le soutien à Batista, l’administration Eisenhower soi-disant pro-Batista avait signé l’arrêt de mort pour la résistance au communisme à Cuba.  Castro, pendant ce temps, a été clandestinement fourni avec des armes des États-Unis tandis que les responsables (US) fermaient les yeux.  (En photo, le « Las Villas » (ex-SC1290) de la Cuban Navy de Batista, un ancien chasseur de sous-marins devenu garde-côte, interceptant les navires de livraisons d’armes venant des USA).  « L’ancien ambassadeur William Pawley, l’organisateur des Tigres volants en Chine, à plusieurs reprises tenté d’avertir le président Eisenhower, de l’allégeance communiste de Wieland et Rubottom, ou de Fidel.  En vain.  Pawley a écrit plus tard: « Je pense que le renversement délibéré de Batista par Wieland et Matthews, assisté de Rubottom est presque une aussi grande tragédie que celle de la Chine abandonnée aux communistes par un groupe similaire de fonctionnaires du ministère d’Etat il y a quinze ou seize ans et que nous ne verrons jamais aussi la fin du coût des vies américaines et des ressources pour cette thèse américaine et de ses erreurs tragiques  » (…).  Pawley le faucon qui poussera de tout son poids avec le couple Luce à l’interventionnisme de la Baie des Cochons avait vite subodoré quel serait le parcours de Fidel Castro.  Mais en 1958, il était déjà trop tard :  le vert communiste était déjà dans le fruit.  « En grande partie, à l’exception des ambassadeurs (Smith, et devant lui Arthur Gardner), l’ambassade des États-Unis à La Havane était  un axe du Département d’Etat pro-Castro.  A New York, le correspondant du Times Ruby Hart Phillips (…) a écrit qu’au moment de la révolution, « un homme m’a demandé en riant si je connaissais la « cellule Castro » à l’ambassade des États-Unis.  Ce n’était un secret pour personne que plusieurs des fonctionnaires là-bas ont favorisé le renversement de Batista et la prise du pouvoir par Castro.  Le consul américain à Santiago avait des sympathies pour Castro« .  Les américains comptaient aussi sur les divisions internes cubaines, et l’opposition à certaines réformes voulues par Castro, pour alimenter une opposition forte au leader de plus en plus charismatique, qui, lors de ses venues en Amérique traînait derrière lui toute une cohorte d’admiratrices, comme le feront un peu plus tard les star du rock en train de naître, lui aussi : ainsi pour ceux opposés à sa politique de réforme agraire de Castro, tels Huber Matos, le commandant de la base militaire Camaguey, et Sergio Sanjenis, qui commandait l’aviation militaire cubaine. Matos (ici à droite, sur la photo de gauche, avec Fidel lors de l’entrée à la Havane le 8 janvier 1959), qui avait aidé logistiquement les castristes à partir de sa petite propriété terrienne, sera arrêté dès le 21 octobre 1959 et condamné à 20 ans de prison pour trahison et sédition pour n’être libéré qu’en 1979, sans aucun jour de remise de peine.  En mars 1958, pourtant, il avait transporté par avion dans la Sierra Maestra 5 tonnes d’armes et munitions pour Castro, offertes par le président du Costa Rica, José Figueres Ferrer.  Ceux-là et Diaz Lanz, qui, le 29 juin 1959 prendra la parole à la radio pour dénoncer la dérive communiste de Castro et s’enfuir dès le lendemain de Cuba avec sa femme et son frère… Frank Sturgis (par bateau et non par avion), lui aussi devenu dissident et opposant à Fidel.

Un homme protégé

Sturgis, à peine rentré de Cuba, avait très vite bénéficié d’une protection administrative évidente :  « le 24 juillet 1958, le Service des douanes des États-Unis ont attaqué deux résidences à Miami, en Floride, et saisi de grandes quantités de fusils, des mitrailleuses, des munitions et de la dynamite.  L’une de ces résidences ont été loués à Frank Sturgis.  A son retour de Cuba le 30 juillet 1958, et à son arrivée à Miami, il a été arrêté par le Service des douanes des États-Unis pour violation de la loi fédérale ».  Mais Sturgis avait été très vite relâché.  Et l’intervention venait de haut.  Très haut :  « le 19 mars 1959, Pat Moller, du Bureau du procureur des États-Unis, Miami, en Floride, révèle que le bureau ne contenait aucun rapport concernant l’arrestation du sujet.  Elle a déclaré que selon une audience en date du 30 juillet 1958, il a été libéré sous une caution de 500 dollars.  L’accusation spécifique était la possession illégale de munitions de guerre.  Elle a dit qu’aucune date pour le procès du sujet n’avait été fixée, et qu’aucun mandat d’amener exceptionnel contre le sujet non plus. »  Sturgis était protégé en très haut lieu, à l’évidence.  Et la rapidité avec laquelle il l’avait été indiquait que cette dernière avait commencé bien avant son retour :  c’était donc bien l’homme de la CIA auprès de Castro !!! Les documents évoquant la présence de « freedom fighters » encore en mai 1963 sur l’île même semble démontrer que même parti, Sturgis et la CIA continuaient à alimenter des groupes dissidents sur place. Le problème étant que les documents en faisant part sont aujourd’hui encore abondamment surchargés de feutre noir… comme on peut le voir ici à droite.

Sangenis ne restera pas à rien faire, une fois parti, lui aussi, de Cuba :

Dans Spartacus Educational, on apprend comment toutes ces personnes vont se relier et se coopter entre elles :  « au mois de mars 1961, autour du 7, M. Vicente Leon est arrivé à la base au Guatemala à la tête de quelque 53 hommes en disant qu’il avait été envoyé par le bureau de M. Joaquin Sanjenis, chef du renseignement civil, avec une mission appelée Operation 40 » (dont fera partie Sturgis (1).  « C’était un groupe spécial qui n’avait rien à voir avec tout ce qui concerne la brigade et qui irait à l’arrière-garde pour occuper les villes.  Sa mission première était de prendre en charge les dossiers des agences de renseignement, les bâtiments publics, les banques, les industries, et de capturer les chefs et les dirigeants dans toutes les villes et les interroger.  Les interroger à sa manière ».  Les personnes sélectionnés par Sangenis à Miami  pour faire partie des 40 se sont rendues dans une ferme à proximité « où ils ont été pris quelques cours et ont été soumis à un détecteur de mensonge (comme les marins du Rex, lors de leur recrutement… par la CIA, voir l’épisode précédent) . »  Joaquin Sangenis était chef de la police à l’époque du président Carlos Prio, rappelle Escalante.  « Je ne sais pas s’il était chef du service secret du palais mais il était très proche de Carlos Prio.  En 1973, il est mort dans des circonstances très étranges.  Il est soudainement mort en effet.  A Miami, les gens l’avaient appris à leur grande surprise – que Sangenis, sans avoir eu de maladie avant et sans aucun acte homicide –  qui n’était pas si vieux dans ses 73 ans, était décédé subitement.  Tout s’est passé très vite, et il a été enterré à la hâte. »

Les autres malheureux pigeons de l’affaire
D’autres malheureux suivront ce retournement de fournitures d’armes, comme l’a fait Sturgis, d’abord pour aider Castro, puis ensuite pour lutter contre lui.  L’un d’entre eux reste une énigme, aujourd’hui encore, pour sa famille.  « Même après la Baie des Cochons en 1961, la politique américaine soutenait toujours les exilés cubains dans leur quête pour se débarrasser de Castro.  La CIA a continué d’être très active dans la région de Miami, en collaboration avec les anti-castristes comme Frank (Sturgis).  Deux ans après la première chute des tracts sur La Havane, en octobre 1961, Frank a commencé une série de missions de lâchages de tracts dans le cadre de ce que ce qu’il a appelé Cellula Fantasma, ou Operation Phantom.  Il a publié un communiqué de presse affirmant, que l’ Operation Phantom avait « harcelé continuellement Fidel Castro avec ses missions aériennes et maritimes sur son île dès les premiers jours de sa prise de contrôle ».  « C’était seulement dix mois après la révolution cubaine, alors que Castro purgeait ses rangs de rebelles de ceux qui ne s’entendaient pas avec ses nouveaux idéaux communistes révélés, que le premier bombardier fantôme a résonné au dessus de La Havane ».  Cette fois Frank a décidé de louer un des petits avions bimoteurs, pour se lancer de Norman Cay aux Bahamas.  Ces fois-là, Frank, avait deux autres pilotes, Robert Swanner (un ancien pilote de « crop duster) et William J. Johnson.  Ils ont effectué des missions de distribution de tracts le week-end du 15-17 décembre 1961 (sur le Piper Apache N2062P montré ci-dessus à gauche).  Des centaines de milliers de tracts largués là, principalement sur la région de Camaguay de Cuba, où la plupart des gens n’étaient pas favorables à Castro.  Malheureusement, Johnson et Swanner ne sont pas revenus de leur mission.  Frank a mené une recherche aérienne pour ces pilotes manquants, mais n’a rien trouvé.  Peu de temps avant le jour de Noël 1961, la veuve de Johnson a déclaré qu’elle et la veuve de Swanner avaient chacun reçu un télégramme anonyme disant « Joyeux Noël » accompagné de 500 dollars.  Elle a dit: « Je savais que l’argent avait été envoyé par Fiorini (Sturgis) et la CIA, parce c’était le montant exact que mon mari aurait été payé pour le voyage s’il était revenu » (voilà qui n’est pas sans rappeler les veuves des pilotes de B-26 morts durant l’attaque de la Baie des Cochons, et effectivement, car les chèques seront libellés de la même façon par Carlson, de Double-Chek, et proviendront de la même banque (2)  !!!)  »  Frank n’a jamais reconnu officiellement être la source d’argent alors qu’il l’était bien.  Il a dit à sa femme, Janet, «J’aurais aimé envoyer plus. » Deux ans plus tard, un agriculteur cubain qui s’était échappé aux Etats-Unis avait déclaré à un journal de Philadelphie que, pendant la période en question, il avait vu un petit avion lâchant des tracts sur la ville de Matanzas et qu’il avait été abattu.  Il avait percuté un moulin à sucre, tuant tout le monde à bord ».  Parmi les autres pilotes anti-castristes on comptera Sergio Rojas et Frank Gutierrez.

Les  multiples tentatives avortées de 1959

Dés la fin novembre 1958, plusieurs tentatives d’envoi d’armes échouent, comme le raconte ici la page « arms smuggling – cuba  » de Cuban Information Arhives que je vous résume ici « :  Le 13 octobre, une patrouille de policiers de Floride arrête trois  Cubains à l’embranchement du Sunshine State Parkway, ils convoyaient 200 fusils M-1. et ne se verront attribuer qu’une amende.  Le 30 novembre c’est un yacht de 80 pieds (24 mètres), le Restless II qui se fait prendre à Key Biscayne avec 200 fusils, et 7 000 munitions à bord.  Huit hommes sont arrêtés dont Guillermo Martin.  En même temps, les frères Stanley J.; Jerome H. et Bernard S. Bachman, qui travaillent chez Stanborn Securities Corp., à Rochester N.Y. sont accusés d’approvisionner en armes Fidel Castro ».  En Floride aussi on est déjà divisé :  d’abord les pro-castro puis viennent les opposants à Castro :  « le 11 juin 1959, c’est une femme-pilote, Virginia Bland, qui est accusée de vouloir envoyer des armes en République Dominicaine (pour lutter contre Castro !).  Le 1er juin 1959, quatre hommes sont accusés de trafic d’armes aérien à North Perry Airport dans Brocard County, descendus d’un Cessna 180 posé de nuit, immatriculé N-2998A, datant de 1953.  Trois sont arrêtés, Jose Carbonell Peres Marrero, alias Jose Carbonell, Carlos Manuel Zayas Castro, ancien éditeur à Cuba, et Robert John Daut, photographe à Miami.  Le quatrième s’est échappé :  il s’agît de Richard Jaffee, qui dirige la société Torch Investments Corp, la propriétaire de l’avion.  Un peu plus tard, on arrête non loin de là Rolando Masferrer, pour absence de permis de conduire :  il conduisait la voiture de Jaffee, dont le coffre était rempli de tracts anti-Castro. A côté, des fusils 15 .30, deux fusils Browning automatiques, quatre .3C carabines, 80 boîtes de balles de .3 et 20 boîtes pour Browning ».  Le Cessna vole toujours, sous l’appellation CF-MIA (canadien, donc).  « Le 30 juillet, c’est un Piper Comanche qui se fait pincer à Key Largo, sur la piste d’Ocean Reef  (ici un atterrissage de plein jour aujourd’hui en Cessna et ici le même en Challenger CL-30).  « A bord, il y a 15 fusils Springfield et 20 000 cartouches.  L’avion s’était posé de nuit à 2h40 du matin, grâce à des feux allumés le long de la piste.  Deux américains et un cubain ont été arrêtés.  L’avion avait été à Tamiami Airport chez Howe Aviation par un dénommé Carlos Rojas, de Hialeah (là où Ruby avait son hangar !),  A Tamiami, on arrêtera plus tard Roy Katon, dirigeant de la Tamiami Gun Shop de chez qui provenaient les armes.  Le 3 août le même Manuel Carlos Rojas remet ça avec un collègue :  un avion a atterri sur la route de Grassy Key pour y déposer des cargaisons d’armes provenant de la Havane, une chose plutôt incongrue :  le duo de pilotes raconte alors à la police qu’ils avaient essayé d’apporter des armes dans la province de Pinar del Rio, mais que des F-51 cubains (ceux de Batista) les avaient chassés (n’ayant pas réussi à se poser, ils étaient donc revenus avec leur cargaison !).  Le  chargement a été évalué à 5 000 dollars, inclus 30 fusils et et 20 000 cartouches de munitions.  Les deux pilotes avaient affirmé « vouloir aider le communisme »… Rojas et Ramirez avaient confondu le gyrophare du restaurant sur Grassy Kay avec un phare de l’aéroport et avaient fait leur atterrissage sur la route goudronnée.  Rojas était alors en liberté sous caution de 2500 dollars sur une accusation similaire fait une semaine plus tôt à Key Largo »… A Tamiami on trouvait en 1960 Avex Inc., American Aviation, Embry Riddle Aviation, Howe Aviation, Kendall Flying School (ici à droite), Miami Executive Aircraft, Mike’s Flying Service, Great Southern Aircraft Corp., et Tursair Inc. Plusieurs étaient liées à la CIA, comme on l’a vu.

Une opération combinée air-mer

La disparition des deux pilotes de la CIA reste mystérieuse :  des cubains affirment pourtant avoir bien vu l’avion abattu par la DCA, alors que pour l’administration américaine il s’était perdu en mer… « Le demi-frère de Diaz Lanz  Sergio Bruwell, s’est rendu à Norfolk, pour acheter un bateau de patrouille utilisé USCG (très certainement le WAVR numéroté SC-1339 cité dans l’épisode précédent), et l’a chargé d’armes locale offertes par la Marine.  Il était à l’abri dans la région de Cap Canaveral sur la rivière Indian près de Vero Beach.  Le vaisseau-mère a été maintenu sur la rivière Miami, car il était moins visible.  Un autre bateau capable de faire 40 noeuds a été acheté par un bienfaiteur de l’exil pour 25 000 dollars et appartenait à Diaz Lanz.  Le contact de Somoza à Miami était le consul du Nicaragua Aleret.  Les opérations de commando devaient commencer en janvier 1962 avec un raid sur une ville portuaire dans la province de Camaguey, à partir des îles Caïmans et retour au Nicaragua.  Mais d’abord, il y avait des raids de largages de tracts.  La première action a eu lieu le 21 octobre 1961 avec un raid réussi sur la Province de Matanzas avec Frank Fiorini (Sturgis), Robert Thompson et Robert Swanner ou à bord.  Chacun avait reçu 500 dollars pour la mission »(en photo à gauche les préparatifs Robert L.Thompson à gauche et Bill Johnson au centre dans une salle près de la piste de Norman Cay. M. Arlen Watt et son assistante sont assis à l’arrière, l’homme en blanc a des armes à sa droite).  Si la première mission avait été un succès, la seconde sera un échec patent :  « le second raid sur Santiago en décembre 1961 a changé le cours de l’opération Phantom.  Le 10 décembre, 1961 William Johnson, Robert Swanner et Hazen Jones se sont réunis dans un restaurant sur Brickell Avenue à Miami pour passer commandes de leurs tracts à Norman Cay où ils trouveraient l’avion loué et y déposer la charge, en faisant plusieurs voyages, sur Santiago.  Il y avait peu d’alternatives sur des missions comme celles-ci, donc il n’y avait pas grand chose à discuter, sauf le rendez-vous aux Bahamas.  Le 12, Johnson a appelé Melbourne Airways pour un charter de Miami et en particulier a demandé que Thompson, qui avait déjà fait le trajet, soit le pilote.  Il a dit qu’il voulait montrer l’immobilier local à certains clients.  Le lendemain soir, Hazen Jones a loué un Chris-Craft de 35 pieds sur Miami à un loueur de yachts qui s’est vu charger de 20 paquets de tracts par Frank Fiorini et Alex Rorke.  Vers minuit Fiorini a regardé le bateau passer dans l’obscurité avec Jones, Johnson, et Rorke à bord.  De Miami le bateau est allé jusque Gun Cay où ils étaient à la pointe du jour le 13, pour voir des « appartements » sur l’extrémité supérieure de l’île d’Andros et pour traverser le détroit du Nord-Ouest, en arrivant au canal de Norman Cay après l’obscurité, ancrer la bateau à quelques miles au large, et se reposer jusqu’au lever du jour.  La cargaison de dépliants a été débarquée dans un camion vers 6h30 qu’Arlen Watts, gardien de l’île, avait laissé pour eux.  Dès que les tracts étaient stockés dans une cabane près de la piste d’atterrissage de service, ils étaient dirigés vers Nassau au besoin pour le dédouanement, lorsque vous entrez dans les Bahamas.  Pendant ce temps Thompson a volé sur le Piper de Melbourne Airways à Fort Lauderdale North pour prendre Fiorini et Swanner et se diriger vers les Bahamas.  Passé le dédouanement, ils ont déposé un plan de vol par la radio, à West Palm Beach  avec comme destination: » … l’île d’Andros à partir de Fort Lauderdale .. . ».  Le Piper est arrivé vers midi à Fresh Creek, Andros avec « trois membres d’équipage et sans chargement. »  Environ une heure après que l’avion est parti pour Nassau pour le carburant et s’est dirigé vers Cay Norman tandis que le Chris-Craft a fait lui aussi son chemin.   Après l’atterrissage, le siège et la porte ont été retirés du Piper et environ sept paquets de tracts chargés sur l’avion. Swanner et Thompson sont montés à bord du Piper rouge et blanc et se sont dirigés vers le sud pour Cuba à 18h00, en passant au dessus du Chris-Craft alors qu’il revenait de Nassau.  Après l’accostage du bateau, ils sont allés à la maison de Watts et se sont entretenus avec Fiorini qui les a rencontrés après avoir marché environ un mile le long de la piste d’atterrissage.  L’avion avait fait sa première et fatidique mission. I ls discutèrent jusqu’aux environs de 22:30 ou 23:00 quand il fut temps de revenir à la piste d’atterrissage pour reprendre  l’avion, qui ne serait pas de retour.  Une ligne de grains était apparue vers 21:30; alors ils ont attendu jusqu’à ce que le carburant de l’avion deviendrait à court, ce qui aurait dû se passer autour de 00:30 ou 01:00.  Le vendredi 15 décembre, après le chargement de la porte et du siège de l’avion, ainsi que les brochures qui restent sur le bateau, Fiorini, Johnson, et Rorke ont quitté Norman Cay sur le Chris-Craft, se sont arrêtés à Staniel Cay, une île déserte, où ils planqué la porte, le siège et les brochures.  Jones, cependant, avait gardé quelques tracts comme souvenirs (en photo Rorke dans son entreprise d’épandage aérien).  Samedi Ils sont revenus à Norman Cay le matin pour recevoir des appels téléphoniques et pour revenir ensuite à Miami.  Le Piper devait retourner à Melbourne ce jour-là.  Le dimanche 17 un appel a été fait à la FAA et l’USCG pour lancer une recherche pour l’avion manquant.  La Border Patrol avait été alertée le 20.  Quelque temps après la perte de l’avion, Julio Lobo a convoqué une réunion au Motel de Miami Springs.  Les participants à la conférence étaient Osvaldo Padron, Sergio Rojas, Mario Llerena, Armando Castellanos, et deux aviateurs, l’un des deux étant Eduardo Ferrer (ici à gauche comment Ferrer, qui sera pilote de B-26 à la Baie des Cochons, avait rejoint Miami le 29 juin 1960) .  En raison de la perte de l’avion, et plus haut avec la CIA et les deux autres branches du gouvernement ayant eu vent de l’incident, toutes les opérations ont été suspendues pendant un certain temps.  Sergio Rojas a déménagé en Espagne, d’autres ont juste disparu, la plupart étant laissés « abandonnés dans le vent » par la CIA fantôme. »

Les avions perdus
D’autres avions seront utilisés :  une note du FBI du 2 février 1961 (A1) indique qu’après la perte du Piper Comanche de Scanner et Thompson, un avion Mosquito loué à un Broker de Childress, près d’Amarillo au Texas, devait aller bombarder des raffineries sur le bord du rivage de la Havane, sous le commandement de Sturgis.  Une partie des Mosquito US d’observation photographique avait été basée à Norfolk.  Là aussi le FBI avait pisté l’affaire de près :  « les dernières informations sur Rorke sont datées du 12 septembre 1961 et indiquent qu’il est arrivé à Amarillo, au Texas, le 3 Septembre 1961 accompagné de Sergio Rojas, ancien ambassadeur de Cuba en Grande-Bretagne.  Ils ont prévu d’acheter des bombardiers au nom d’une entreprise de photographie au Panama et les emmener au Guatemala ou au Nicaragua où ils pourraient être armés pour une utilisation dans le bombardement de la raffinerie Standard Oil Company à La Havane.  Un tel attentat à la bombe ont-ils affirmé », aiderait à amasser des fonds pour une action de plus contre Cuba.  Ils ont affirmé « qu’ils ne représentaient qu’eux-mêmes et avait officieusement l’approbation de la CIA ». [Note de DCI de Sheffield Edwards 24/08/62].  D’autres encore y laisseront la vie, tel le pilote américain Edward Duke Matthews (alias « Matts Ducko »), qui le 12 mai 1960 à bord de son avion Piper « Apache » immatriculé N4365P, loué à Louisiana Aircraft Co., de Baton Rouge, après avoir décollé de l’aéroport de Palm Beach, était parti en vue d’évacuer cinq contre-révolutionnaires de Cuba. C’était ce jour-là sa 33ème  mission !  Lors de l’atterrissage de l’avion près de la ville de Mariel (à 24 km au nord de La Havane), sur l’autoroute 15; lors d’une embuscade tendue par des soldats cubains, l’avion avait été abattu, il avait terminé en cheval de bois tuant son pilote.  Son corps sera remis à la mission diplomatique américaine.  D’aucuns affirment que Duke aurait été trahi.  Duke Matthews avait comme particularité d’être le mari de la reine du tabac, la richissime Melody Thomson (elle affichait 3 millions de fortune; soit 24 million en dollars de 2015) :  il ne volait donc pas pour l’argent.  Mais elle avait perdu beaucoup à la Havane avec la nationalisation des terres  !!!  Elle prétextera être divorcée depuis 3 ans au moment du crash.  Elle se fera très discrète après, ou plutôt utilisera une kyrielle de pseudonymes plus tard (on n’en connait pas la raison), pour finir ruinée et même endettée.  Jamais les USA n’ont reconnu que Duke volait pour la CIA.  Chez Castro, on montrera des images de deux petits appareils qui se seraient écrasés ou auraient été abattus par la DCA cubaine, mais il est fort difficile d’y distinguer quel type d’appareil s’était écrasé :  y aurait-il eu celui de l’infortuné appareil de Melbourne Airways ?  Un cubain de retour en bateau sur un cargo des lignes Lykes avait déclaré avoir vu un petit avion s’écraser après des tirs sur une sucrerie de Matanzas.  Sur l’une des vues, le point de chute de l’avion semble bien à proximité d’une centrale sucrière, en effet.

La disparition de Rorke, coup dur pour le mouvement
Lorsque la famille du pilote disparu essaiera d’obtenir un dédommagement pour la perte de l’appareil, la compagnie d’assurance refusera de payer la réclamation parce que le Piper Apache N2062P, avion civil, avait été utilisé comme « instrument de guerre« .  Rorke ( à gauche au pied du train de son Privateer) lui, disparaissant avec Geoffrey Sullivan le 23 septembre 1963, lors d’une autre mission sur Cuba, qui avait décollé de Ft. Lauderdale.  Tous deux avaient embarqué une troisième personne qui pourrait être Enrique Molina Garcia, un agent double de Fidel Castro.  En photo ici à droite, Rorke à bord de son Beech 18, en pleine conversation avec un homme présenté comme « ancien officier de renseignements » par l’auteur de la photo, le très efficace John Raymond.  Très certainement Sid Marks, un informateur du FBI, « Potential Criminal Informant » et « Private Investigator » de Gardena, en Californie.  Le dossier de Rorke, encore passablement maquillé, fait 341 pages de documents déclassifiés !!!  Le bombardier B-25 possédé par Rorke et Sullivan était le N9365-C selon ce rapport.  Un avion au code voisin, le N9368-C, fourni en 1949 à la République Dominicaine, revenu en 1952 chez Charles Babb Company, à Newark, NJ, était passé ensuite comme avion VIP (avec salle de bains !) chez Hughes Tool Co, Culver City, en Californie, ou il était resté de 1960 à 1974.  Hughes dont on a entrevu le rôle de financier de l’anticastrisme.  Un avion appartenant en fait à Howard Hughes, et resté longtemps abandonné en plein désert, muni de ses ailes (le modèle ci-dessous) !!!

L’avion de Sturgis acheté un dollar, avec l’aide de la CIA

Les numéros notés dans le dossier de Sturgis – Frank Fiorini, enfin ceux qui n’ont pas été noircis, évoquent aussi un autre B-25 encore, acheté via une société écran, le procédé qui fera florès ensuite à la CIA comme on a pu le voir :  « le 27 Octobre 1959 (supprimé), l’Aircraft Review Section, Federal Aviation Agency, Washington, D.C. a mis à la disposition de S.A. (Supprimé) pour examen, du dossier d’un B-25 modèle N Numéro de série44-288874 et numéro d’enregistrement 9876-C. Un acte de vente en date du 6 octobre, 1958 décrit le vendeur et l’acheteur, respectivement, l’US Air Force, Norton Air Force Base, San Bernardino, en Californie, et Aviation Rental Service, Fleming Field, South St. Paul, Minnesota. Le B-25 a été vendu pour 2190 $.  Par acte de vente en date du 13 Avril 1959, Aviation Rental Service l’a vendu à Ben W. Widtfeldt aux bons soins de Biegert Aviation, Sky Harbor, Phoenix, Arizona.  Le 12 mai 1959, Widtfeldt  revendu le même à Frank A. Fiorini 2160 Southwest 4th Street, Miami, pour 1 $ sans autre contrepartie.  Fiorini, en tant que propriétaire, a demandé un certificat d’inscription le 12 mai 1959, et l’a reçu le 13 juillet, 1959.  Ce jour-là, McDaniel a signalé que Fiorini, en compagnie d’un homme non identifié, s’est présenté en personne à l’Agence fédérale de l’aviation, à Washington, DC pour recevoir le certificat d’immatriculation pour cet aéronef ».  Biegert Aviation, une société d’épandage contre les marées noires à l’aide de DC-4 (la visite est ici avec celle du Harpoon  N7251C).  En photo, ci-dessus, le B-25 44-30832 passé chez Bielgert Aviation en janvier 1959, portant l’immatriculation N3155G, après un séjour à Davis Montant AFB de 1957 à 1959.

 

Le commentaire de Hoover sur l’opération :

« Le 22 décembre 1961, une note du service secret du FBI a été envoyée concernant cette OPERATION PHANTASMA à William C. Sullivan et S. B. Donahoe.  Le document a été supprimé à 30% – une grande partie de l’information contenue en rapport avec la CIA.  Les quelques lignes disponibles, qui peuvent être lisibles sont « le 19 , la presse rapporte qu’en décembre, 1961 deux avions à partir d’une base non identifiée des Caraïbes ont survolé Cuba le 17 décembre 1961, et ont largué de plus de 250 000 tracts anti-Castro et deux parachutistes avec un équipement radio (ici à droite l’équipement radio des castristes).  Le soutien serait venu d’un ancien diplomate cubain (non identifié) qui a fait défection du gouvernement Castro.  La presse note que ce fut sa deuxième mission, la précédente ayant été faite le 21 octobre 1961 par deux avions qui ont largué des tracts anti-Castro sur Camaguey, à Cuba. (supprimé) « .  Une notation par J. Edgar Hoover sur le document affirme que :  « Cette jungle de l’irresponsabilité est presque inconcevable autant plus que (Sisco?) nous avait envoyé il y a quelques mois, alors qu’il serait plus raisonnable que nous ne soyons pas « aspirés » par l’invasion de Cuba, (?) certains ont été enclins à nous faire y entrer ».  (« 01/04/62, Donahoe à Sullivan) ».  Hoover avait eu une lucidité certaine sur la question :  à demi-mot, il accusait la CIA de vouloir à tout prix envahir  à nouveau Cuba, ce qu’avait déjà été l’opération de la Baie des Cochons en avril 1961.  Le « certains » qu’il évoquait visant l’organisation secrète, à coup sûr.  Et donc en priorité le successeur d’Allen Dulles, alors récemment écarté par Kennedy, en l’occurrence John McCone, tout aussi anticommuniste que le précèdent, sinon davantage encore.

L’étonnante rencontre de deux intrigants notoires

Sturgis est un drôle de bonhomme, un exalté, comme on vient de le voir.  Mais son exaltation, il va la partager avec un autre cas pendable :  Marita Lorenz.  Cette dernière, tombée raide dingue amoureuse de Fidel Castro à 19 ans et tombée enceinte de lui, le rencontre en effet en mai 1959 :  « ça se passe à l’hôtel Riviera.  Cet homme, que je ne connais pas, m’approche et me dit qu’il peut me faire sortir de l’île.  J’ai décliné.  Il se présente comme un Américain allié de Fidel.  Ce que je ne savais pas à l’époque, c’est qu’il était un proche de la Mafia, dont il défendait les intérêts – et les casinos – sur l’île.  Il jouait double, triple, quadruple jeu.  Il avait aussi des liens avec Batista, l’ex-dictateur que Castro avait renversé, et avec la CIA qui considérait Cuba comme une colonie de l’Amérique.  Plus tard, en 1972, Sturgis a fait partie du gang des plombiers qui ont posé des micros dans le QG démocrate à Washington et déclenché l’affaire du Watergate.  Quand j’ai dit à Fidel que je l’avais rencontré, il m’a ordonné, furieux, de ne plus jamais le revoir »  Elle le fera pourtant, devenue espionne anti-castriste, envoyée par Sturgis pour assassiner Castro, elle craquera et lui avouera tout.  Mais l’espionne ratée liée à Frank Sturgis (elle est ici à droite en photo avec lui) a aussi d’autres choses à raconter.  Et ce qu’elle a dit laisse pantois (et nourrit pas mal de thèses « conspi »)car, selon elle, la filière anticastriste est bien à l’origine du meurtre de Dallas… où elle avait aussi rencontré un certain Lee Harvey Oswald  » (à New-York elle rencontrera aussi Alexander Rorke Jr !!!) :  à une soirée chez les anticastristes.  Ils parlaient ouvertement de leur haine envers Kennedy.  Ils l’accusaient d’avoir fait échouer l’opération baie des Cochons en ne fournissant pas l’appui aérien promis.  Oswald était là.  C’était un prétentieux, solitaire.  Je me méfiais de lui.  Il ne m’aimait pas non plus ».  A la question  « Est-il l’assassin de JFK ? », elle réplique :  « il était impliqué, mais il n’était pas le seul tireur.  Selon moi, il y en avait un autre ».  Ce qui provoque un autre questionnement » bien sûr : « Pourquoi ?  « Parce que j’ai participé à un convoyage d’armes, de Miami à Dallas.  A notre arrivée, j’ai vu Jack Ruby [l’homme qui a assassiné Lee Harvey Oswald] qui nous attendait.  On m’a demandé de repartir, et j’ai appris l’assassinat du président dans l’avion.  Pour moi, il y a eu complot ».  « La commission spéciale de la chambre des Représentants, qui a rouvert l’enquête sur l’assassinat de Kennedy, vous a entendue en 1978.  Elle a pourtant décidé de ne pas retenir votre témoignage ».  « Je sais.  Mais je maintiens.  Ces fusils étaient destinés à tuer le président.  C’est ce que j’ai entendu pendant le trajet »..  Lorsque Sturgis l’avait introduite dans le milieu de l’espionnage, il lui avait présenté un certain « Eduardo ».  En fait, elle apprendra plus tard qu’il s’agissait d’E. Howard Hunt, le trésorier des opérations, qui selon elle « apportait l’argent directement de Washington« .  « Il était très proche avec Allen Dulles. Sturgis et Hunt se vantaient « d’aller voir Dulles ».   Sturgis, Hunt, Dulles etMcCone.  Voilà qui est assez déjà je pense pour faire de l’assassinat de Kennedy un acte de la CIA !  Sturgis, Hunt et les autres, ceux qui deviendront les fameux plombiers du Watergate, envoyés par un président véreux tenter d’espionner l’immeuble de son opposant démocrate…

Une étrange tentative dès 1958

Avoir envie de tuer Castro, étonnamment, ne datait pas de son avènement à la Havane ou de l’année qui avait suivi.  En 1958, alors que les Etats-Unis soutenaient toujours Batista (du bout des lèvres, déjà !), ce dernier avait négocié un bien étrange deal.  Dans cet accord, le FBI (et non la CIA !!!) s’engageait à fournir via des proches de Batista 100 000 dollars (près de 800 000 actuels !) à un américain, Alan Nye, pour qu’il assassine Castro !  L’homme était devenu après guerre pilote d’avion d’épandage en Floride du Sud (ce qui fait aussi penser à Rorke, bien entendu, qui avait exercé le même métier), ou en Amérique centrale dans laquelle il avait vendu aussi des pièces d’avion.  Installé dans une chambre d’hôtel pendant plusieurs semaines à Cuba, cet ancien de la réserve navale de Floride (où il avait atteint le titre de lieutenant) muni d’un fusil à lunette, attendait en fait quasiment le passage de Fidel sous ses fenêtres.  Des espions de Castro ayant aperçu l’extrémité de son fusil pointer à la fenêtre de sa chambre d’hôtel, Nye fut arrêté le 26 décembre, 1958, cinq jours à peine avant la chute du gouvernement de Batista.  Condamné à être fusillé, les Etats-Unis négocieront plusieurs mois avec Fidel Castro pour obtenir sa libération contre rançon, celui-ci réclamant en échange la libération de soutiens castristes enfermés aux USA.  Le Chicago Herald Tribune saluera sa libération le 13 avril 1959.  Revenu à Whiting, dans l’Indiana, un faubourg de Chicago en fait, l’homme saura s’y faire totalement oublier.  Allen Dulles, lui, continuera à essayer de trouver un autre moyen d’éliminer sa bête noire :  « selon le rapport de la Commission Church, le 13 janvier 1960, Dulles, au cours de ce qui était apparemment la première discussion du Groupe Spécial sur un programme clandestin pour renverser Castroa observé la possibilité qu’à la longue les États-Unis ne pouvaient pas tolérer le régime de Castro à Cuba, et a suggéré la planification de contingences secrètes pour obtenir la chute du gouvernement de Castro … »  En somme, d’imposer l’attaque imminente de l’île à John Kennedy comme seul moyen de résoudre le problème; puisque Fidel résistait on ne peut mieux à toutes les tentatives d’assassinat.  La suite on la connaît : l’hésitant Kennedy ne lâchera pas toutes ses forces dans le combat, envoyant les anticastristes à l’abattoir… 

(1) à croire que la CIA ignorera sa propre histoire quand Reagan décidera de faire parvenir des lance-missiles Stinger aux talibans, pour abattre les hélicoptères soviétiques. Les américains s’efforceront après de les racheter à prix d’or, après les avoir offerts !

(2) voir épisode N°5 de la saga

L’assassinat de Kennedy : Oswald, ou le parfait pigeon (5)

Article précédent:

L’assassinat de Kennedy : Oswald, ou le parfait pigeon (30)

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