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L’assassinat de Kennedy : Oswald, ou le parfait pigeon (30)

Une CIA divisée dans l’appréciation du phénomène Castro, voilà ce que l’on trouve en 1956, année où Fidel a débarqué sur l’île de Cuba, sur le yacht Granma, affrété depuis le Mexique par un millionnaire mexicain, Antonio del Conde (1).  Un débarquement à moitié raté, qui a obligé l’opposant à Batista à se réfugier dans les montagnes, s’il voulait continuer le combat, en perdant déjà 75% de ses troupes.  Tout allait se jouer en fait de 1957 à 1959.  Trois années d’abandon progressif de Batista par les USA, surpris par la violence de la répression dans le pays, puis le soutien à Castro… pour en finir avec une rupture franche, dès la découverte de liens étroits entre Fidel et les soviétiques.  Les USA pouvaient s’estimer avoir été bernés par un homme aux talents évident de séducteur des foules (et des femmes, comme Kennedy).  De là est née une rancune plus que tenace, qui n’a pris fin que fort récemment avec le pas en avant de Barack Obama (un rapprochement qui déplaît tant déjà à son successeur).  Au milieu de ce chaos, la CIA n’a eu de cesse de se compromettre, ne sachant plus qui soutenir, en réalité.  Et de se mettre en porte-à-faux avec le pouvoir politique plus qu’indécis lui aussi, censé lui dicter ce qu’elle devait faire… ou pas.

C’est une CIA déboussolée qui tente de gérer ses propres erreurs, déjà, au seuil des années soixante.  A la tête de l’organisation, on l’a vu, on a quelqu’un, Allen Dulles (ici à droite avec Kennedy (2), qui s’est fabriqué un Etat dans l’Etat, et qui dirige un organisme à vue, selon des orientations changeantes, consistant à répandre le feu d’un côté pour apparaître après en pompier salvateur, ou à fournir de l’autre à Batista des bombes au napalm, par exemple, bombes qu’un conseiller d’ambassade trouvera même un peu « disproportionnées » pour lutter contre une insurrection intérieure. Dulles était atteint du principe de Peter il semble bien :  il était arrivé au stade ultime de son incompétence, qu’il avait réussi à masquer en mettant en valeur ses actions d’éclat, ou celles présentées comme telles.  En un premier temps, donc, ayant décidé de se passer de Batista, devenu incontrôlable, et après lui avoir versé des monceaux d’armes pour s’apercevoir que ça ne servait à rien, la cause étant perdue, le voilà qui lorgne sur Castro, et inverse donc le sens des livraisons d’armes, après avoir carrément interrompu en 1958 celles destinées à Batista, et rayé de ses  espoirs à vouloir contenir la contagion communiste propre à abattre le dogme US du capitalisme.  Signalons que l’installation de la base navale de Guantanamo est due au règne du dictateur, et que le retour en politique de Batista avait largement été financé par la mafia en la personne de Meyer Lansky.  L’Etat de Batista était donc vite devenu par principe un état mafieux, où les casinos avaient amoncellements des dollars qui n’avaient enrichi en rien le pays, dont l’économie s’était effondrée, plombée également par les sommes dépensées dans les infrastructures militaires ou empochées par la corruption endémique (lorsqu’il s’échappe du pays, le 1er janvier 1959 , Fulgencio Batista s’enfuit à Saint-Domingue avec ses proches en emportant 40 millions de dollars !!!).  De 1958 à 1960, voici donc les Etats-Unis à compter les points pour savoir qui va rester au pouvoir ou qui va partir, pour sauvegarder ses intérêts économiques sur place (3).  Pour la façade, la doctrine US est officiellement de non ingérence, mais comme on l’a vu, fin 1957 un camp a déjà été choisi, et c’est celui de… Fidel Castro, qui, à l’époque n’a toujours pas fait allégeance au communisme, l’opposition à Batista dans laquelle il s’insère n’étant pas dominée non plus par cette idéologie, à la base.  On comprend mieux alors pourquoi donc la CIA s’est efforcée, via des gens comme Jack Ruby, à fournir en armes un Castro dont on espérait tout le contraire de ce qu’il allait rapidement montrer.  Au départ, la nomination d’un président intérimaire par Fidel, rassure beaucoup les américains.  Les envois d’armes à Castro, on l’a vu, considérés comme « illégaux », selon la loi US de non ingérence, se sont multipliés durant la période 58-59, les arrestations régulières d’agents pro-castristes, obligées par la loi de non-ingérence, ne les freinant que fort peu.  Et comme on a vu ou va le voir aussi ici-même, les agents du FBI avaient reçu l’ordre de fermer les yeux, pour les envois vers Castro à partir de 1958.  Des américains qui paraissent bien confiants en ce qui le concernait… avaient-il déjà piégé l’homme, ou son équipe, pour l’afficher autant ???

Une (forte) personnalité d’opposition se dégage de l’ensemble

…peut être bien, avec une personnalité étonnante apparue au sein même des troupes castristes.  Au milieu de ce panier de crabes, un homme surprenant est en effet rapidement apparu : Frank Sturgis, de son vrai nom Frank Fiorini.  L’un des plus intrigants personnages de la saga.  C’est en effet un ancien Marine US, reconverti en manager de bar en 1948, à Norfolk (au « Havana-Madrid ») avant d’aller séjourner à nouveau à l’armée, pour se voir assigné à Berlin et Heidelberg (pour se familiariser aux techniques de contre-insurrection semble-t-il) puis de réapparaître, toujours à Norfolk, au Café Society et ensuite comme dirigeant de Night-Club au Top Hat Nightclub à Virginia Beach (situé près de Norfolk, c’est une grande cité touristique de l’Est américain).  Un parcours qui tout de suite étonne.  L’homme a acquis rapidement plus que de l’entregent :  au milieu des années 50, il a déjà beaucoup voyagé (au Mexique, au Venezuela, au Costa Rica, au Guatemala,  au Panama et au Honduras, des endroits où la CIA comme par hasard a des fiefs sûrs), avant de venir se fixer à Cuba en 1956, attiré semble-t-il par l’argent que lui procurent des hôtels dans lesquels il a investi, ou les jeux d’argent, favorisés sous Fulgencio Batista comme on l’a vu.  Il est passé en effet de Miami à Cuba en 1957, la femme de son oncle Angelo Vona l’ayant alors mis en relation avec Carlos Prio, l’ancien président évincé par Fulgencio Batista.  Bien entendu, dans la presse américaine, il sera présenté seulement comme un idéaliste, désireux de mettre fin au régime honni de Batista, avec l’aide de quelques amis.  On le comparera même parfois à une sorte de James Bondlaissant supposer d’autres liaisons avec les pouvoirs en place dans les pas qu’il avait visités.  A Cuba, son habilité à manier les armes (et s’en procurer) en a vite fait un homme fort du pays, alors en pleine opposition à Batista.  Il deviendra plus tard de façon surprenante le responsable de la sécurité de l’aviation cubaine, et sera d’abord chargé d’entraîner les hommes de Castro à la guérilla, dont un certain… Che Guevara.  Une photo (douteuse) existe des deux personnages, ensemble dans un camp clandestin de l’Oriente à Cuba, en 1958 (ci-contre à gauche, mais rien n’assure que ce soit bien un « Che » plutôt émacié à sa droite !)).  Pour ce qui est de l’argent nécessaire, il est évident qu’elle provient davantage de ses capacités à mettre en place des réseaux de trafics d’armes (et de drogue, les deux fonctionnant en même temps) que de sa gestion de lieux de plaisir.  Difficile aussi d’imaginer que les lieux où il s’est rendu auparavant, tous occupés par une intense activité de la CIA n’en fasse pas un membre à part entière de cette compagnie. Pour Castro, il achètera donc des armes chez Samuel Cummings, que vous connaissez bien désormais, puisqu’il fournissait les deux camps (4), voire le monde entier.  Mais aussi, il semble bien, à Jacky Ruby et à Oswald, via l’intermédiaire de Lewis McWillie, le patron du Casino Tropicana.  Sturgis, auprès des cubains, se fera aussi l’ami de Camilo Cienfuegos, dont la montée en puissance fera de l’ombre, progressivement, à Fidel Castro (à gauche les deux sont photographiés ensemble sur une des jeeps déjà citées ici).  Cienfuegos, plutôt libertaire que communiste, arrivé à Cuba lui aussi par le Granma, aura la mauvaise idée le  de s’envoler à bord d’un Cessna 310 pour ne plus jamais revenir, laissant planer toutes les interprétations sur sa disparition.  Pour ce qui est de Sturgis, tout le monde s’étonne encore aujourd’hui de ses surprenantes facultés à faire parvenir des armes des USA… alors que d’autres se font arrêter les uns après les autres comme on a pu le voir.  Si on relit les épisodes précédents, on comprend vite pourquoi :  c’est qu’à Washington, on a décidé de laisser faire… un homme de la CIA.  Et cet homme, c’est Frank Sturgis, qui est aussi pilote à ses heures !

Des contacts pris en 1958

Frank Sturgis, et ses contacts au sein de la CIA nous indique le livre « The Secret War: CIA Covert Ops Against Cuba »(de Fabian Escalante, l’ancien responsable des services secrets cubains) :  « dans les années 1950, la CIA l’avait relié à Carlos Prio en Floride, dont il avait gagné la confiance.  Il y établit des relations avec les exilés pour mobiliser des ressources et des armes en Amérique latine pour les rebelles.  Au Mexique, il a rencontré Pedro Luis Diaz Lanz, un pilote cubain qui devint plus tard un traître à la révolution cubaine.  Diaz Lanz était impliqué dans le mouvement révolutionnaire et était installé au Mexique, pour lever de l’argent et des armes pour les envoyer aux rebelles dans la Sierra Maestra.  La fureur de Sturgis lui valut bientôt la faveur de Diaz Lanz, qui a commencé à l’inclure dans ses incursions secrètes à l’île.  En août 1958, son opportunité est enfin venue.  Ses supérieurs à la CIA l’ont pressé de prendre contact direct avec Fidel Castro et ses fidèles pour évaluer leurs intentions politiques, dans le cas où ils arriveraient à renverser Batista.  Un petit avion a été installé dans un aéroport secret au Mexique et Sturgis a été enrôlé comme copilote de Diaz Lanz sur une mission de transport d’une importante contrebande d’armes à Cuba.  Le 28 août, ils ont atterri avec succès dans un lieu connu sous le nom de Cayo Espino près de la Sierra Maestra. Cependant, l’Air Force de Batista, qui avait été informée par leurs agents au Mexique, qui maintenait la région sous surveillance constante et a découvert l’avion sur la minuscule piste d’atterrissage improvisée.  Ils l’ont détruit avec leurs mitrailleuses et Diaz Lanz et Sturgis ont dû rejoindre temporairement la bande de guérilleros qui opérait dans cette zone ».

Des avions… et des pilotes

L’autre pilote, cubain celui-là, qui va faire ensuite des siennes s’appelle Pedro Díaz Lanz et travaille encore en 1957 chez Aerovías Q, l’une des lignes aériennes cubaines sous Batista, qui effectue des trajets en DC3 sur Key West en Floride, notamment.. La société embarque parfois de grosses Cadillac à bord d’un drôle d’appareil immatriculé CU-C-497, un avion fort rare :  un Budd Model RB-1, ex-U.S.N. JRB-3 Conestoga (ici à droite), engin de tansport à revêtement mince (ultra mince, mais en acier !).  Pour Castro, il en transportera, des armes, en provenance du Costa Rica ou de Floride mais avec d’autres appareils plus connus.  Les cubains « subtiliseront » en effet deux DC-3 de Cubana (le  CU-T266 et le CU-T8)  pour aller les dissimuler sur des pistes en terre de Mayarri Arriba, mais ils seront détruits par les B-26 de Batista.  Les cubains répondant avec un vieux Kingfisher N°50 de la Navy version terrestre piloté par  Silva Tablada et comme mitrailleur Leonel Paján.  Ils récupéreront plus tard  un T-28 Trojan, exemplaire cubain unique piloté par Jorge Triana (les autres attendus par Batista avaient été bloqués par les USA).  Ci-dessous, un C-46 de chez Aerovías Q :

Les eaux de Cuba contrôlées par la marine de Batista (et ses anciens chasseurs de sous-marins achetés après-guerre aux USA), l’approvisionnement en armes légères ne peut avoir en effet lieu que par air, ou presque (avec moins de risques disons).  Un Curtiss C-46 est donc loué à Miami par les castristes, pour 2000 dollars le vol, emportant des armes et des munitions aux rebelles cubains le 31 mars 1958 (là encore, on a du mal à imaginer que la CIA n’ait pas été derrière ce vol !).  Le pilote est bien entendu Pedro Diaz Lanz, le futur leader des FAR (il pilote habituellement les C-46 d’Aerovías Q, comme celui visible ci-dessus), mais l’appareil sera endommagé lors de l’atterrissage et détruit, pour ne pas tomber aux mains des forces ennemies.  On a vu aussi dans un autre épisode que des avions de la CIA on parachuté des armes aux troupes de Castro dont un appareil avec à bord celui qui deviendra le pilote personnel du Boeing 707 présidentiel de LBJ.  Les cubains essayant en même temps d’acheter des avions de chasse pour prendre le dessus sur les avions de Batista, dont les approvisionnements viennent alors d’être bloqués par les USA.  Un autre pilote, Michel Yabor arrivera à acheter le 18 novembre 1958 un Mustang des F-51D-30-NT numéro de série 45-11700 chez Leeward Sales aéronautique à Miami.  L’avion devenu FAR-400 avait été acheté en surplus de guerre, dépouillé de son matériel militaire et avait obtenu un registre civil, N5422V (marrant, il l’a récupéré depuis !) :  à l’époque les Mustangs, on le sait, faisaient des courses de vitesse, rappelons-le..  Un deuxième Mustang, un ex-Aviation Royale du Canada (RCAF-9233) F-51D-30-NA numéro de série 44-74505, avait été acheté lui aussi sur le marché civil américain (registre N68DR et plus tard N3990A) à Miami, par un dénommé « Allen McDonald », le faux nom d’un cubain (il est exposé depuis au musée de la Havane sous le FAR N°401).  Démunis de leurs armes, ils ne pourront servir tout de suite d’avions de combat.

La rupture

Devenu pilote de l’unique T-28 de l’armée de l’air cubaine (celui récupéré des troupes de Batista), puis très vite promu chef de l’Armée de l’Air révolutionnaire, voici Pedro Diaz Lanz qui est relevé de ses fonctions le 29 juin 1959 par Castro pour l’avoir trop critiqué (c’est à peine 6 mois après la victoire).  Le chef de l’opposition est déjà en train de muer en autocrate autoritaire, soucieux de ne pas se faire dépasser au sein même de son mouvement, présenté au départ comme « ouvert » à différentes tendances politiques.  Le lendemain avec femme et enfants, Lanz part pour la Floride, rejoignant les opposants à la dérive communiste qu’a débutée Fidel.  Huit jours plus tard à peine, il est rejoint par… Frank Sturgis, qui vient de faire de même !  Castro voit deux défections importantes coup sur coup lui filer sous le nez.  Et surtout deux opposants de poids, susceptibles de lui provoquer des ennuis.  Sur un des clichés d’un article non paru de LIFE sur les anticastristes réfugiés aux USA, une rangée de T-28 Trojan laissait entrevoir une armada d’appareils d’attaque au sol efficaces disponibles pour une invasion de Cuba (ce que la Baie des Cochons remettra en cause bien entendu).  En fait, dix avions qui devaient être fournis à l’origine à Battista (d’où leur décoration cubaine déjà faite) et qui n’avaient jamais été livrés !  On ne sait, mais on comprend mieux pourquoi le reportage de LIFE n’était jamais paru… après la révolution.  Ces T-28 ne seront pas davantage livrés et les castristes ne disposeront que d’un seul T-28, piloté par Jorge Triana comme on vient de le voir.  Les américains connaissaient bien ce T-28 Trojan : en octobre 1961, le Président Kennedy autorisera le déploiement du bataillon 4400 CCTS au Vietnam sous le nom de code de « Farm Gate« , qui consistait à former des pilotes sud-vietnamiens au bombardement avec cet appareil !

Un revirement à 360 degrés !

Dans cette optique, la surprise de la fin de d’année 1959 est donc une inversion totale des rôles et de la situation :  le 22 octobre 1959, un B-25 surgi des surplus rase les toits de la Havane et balance 200 000 tracts au dessus de la capitale, et repart comme si de rien n’était à part les tirs de DCA contre lui.  Castro s’époumone à la radio le soir-même, parlant « d’attaque de Pearl Harbour » au dessus de sa capitale.  Il ignore pour l’instant le nom des deux casse-cou qui étaient à bord ni d’où vient l’appareil : ce sont en fait Frank Sturgis et  Pedro Diaz Lanz !!!  Sur les tracts largués, figure même un manuel pour fabriquer des « pipe bombs » pour renverser le régime à qui il est conseillé de « mettre le feu »!!!  Selon Sturgis, un peu trop vantard semble-t-il, le passage très bas de son appareil avait fait que les avions cubains qui avaient décollé s’étaient tirés l’un sur l’autre, la DCA cubaine touchant le toit des maisons provoquant au total 36 morts ou blessés.  « Sturgis a dit à la Commission Rockefeller qu’il avait fait voler un avion qui avait été enregistré sous son nom à Miami ».  L’avion, ancien de la WWII, a effectivement été acheté à un broker local, indiquent les archives secrètes américaines :  mais c’est Lanz qui l’avait acheté, à Phoenix, en 1958, échangé contre une Cadillac et 1500 dollars en cash à Ben Whitfield, qui l’avait livré à la Havane.  L’avion était ensuite rentré aux Etats-Unis, mais sous le nom de propriétaire de Sturgis car il était citoyen américain.  On le retrouvera plus tard, lors d’un atterrissage forcé au Campeche, au Mexique. ré-immatriculé XB-MOP en août 1966 (ici à gauche), il était auparavant le N9495Z, acheté effectivement à National Metals Inc, de Phoenix, qui l’avait sorti du cimetière de Davis-Monthan (en Arizona) pour le faire voler.  Le genre de mise à jour qui sent bon la commande secrète d’Etat, pour tout dire, et non le simple contrat privé.  Le 20 janvier 1968, une bombe explosera dans son logement de train, un sabotage évident.  Il restera sur place, devenant une épave au fil du temps de 1968 à 1970.  C’était bien une intitiative de Sturgis, au départ.  « Au début, Sturgis et sa femme vivaient à Norfolk, en Virginie.  Il passait une grande partie de son temps à Washington, DC, en essayant de renouveler son permis de pilote et l’annulation de l’enregistrement du bombardier B-25, qu’il avait laissée à Cuba.  Le 1er juillet, 1959 Sturgis affirmé « qu’ il est allé à Cuba et a réalisé l’exfiltration de Pedro Diaz Lanz, malgré un ordre de tirer à vue émis par Fidel Castro. La CIA a affirmé « que « Pedro Diaz Lanz  a été clandestinement exfiltré de Cuba ».  Au retour à Miami, le pilote cubain apporte aux américains  des dossiers de choix : « Wallace Shanley a déclaré que Pedro Diaz Lanz lui avait apporté des copies des lettres des paiements de Fidel Castro d’éléments stratégiques de l’Union soviétique par le biais de la Banque de Nouvelle-Écosse, au Canada ».  La preuve que Castro s’orientait déjà vers l’URSS  et le communisme honni des USA : Dulles s’était complètement fourvoyé !!!  Et Nixon, à qui Castro avait serré la main (mais pas Eisenhower !) passait désormais pour un imbécile !!!  En voilà deux qui pouvaient ruminer une acrimonie et commencer à souhaiter voir Castro disparaître !  Lantz était arrivé aux USA avec son frère Marcos, qui avouera n’avoir pas fait de différences entre les officiels qui l’avaient reçu et les gens de la CIA !!!  Lucide, il souhaitait un renversement rapide de Castro et du petit noyau de marxistes à la tête du mouvement… pas censés nécessairement devenir majoritaires dans un proche avenir.  Comme rien ne se fera dans les mois qui suivront, on en concluera qu’Allen Dulles, pourtant adulé par tous comme « visionnaire » aux méthodes musclées, n’avait toujours rien vu venir de ce qui allait se passer désormais à la Havane (à gauche le memo du FBI du 26-10-1959 sur l’expédition du B-25) !!!

Que faire des remuants cubains expatriés, ces têtes brûlées anti-Castro ?

Mais on apprenait autre chose aussi juste après son arrivée en Floride :  très vite, Lanz s’était retrouvé avec un autre appareil entre les mains :  « A ce propos, il y avait une piste d’atterrissage à Fort Lauderdale appelé Prospect Hills, elle n’était pas beaucoup utilisée, c’était un champ d’aviation auxiliaire pendant la seconde guerre mondiale.  Il y a là maintenant une station service.  Eh bien, quand un arpenteur est arrivé là-bas et a découvert le Lodstar de Lanz chargé d’armes, il me l’a raconté.  J’ai bien vite retrouvé l’avion, vide, à West Palm Beach.  Il n’avait pas de valises.  Pedro était là.  Il avait 200 000 $ en billets de 100 $ dans un sac en papier.  Il m’a offert l’argent et m’a demandé de ne pas saisir son avion.  Il m’a dit :« Je n’ai pas de types comme Fiorini pour aider les gens à me faire enregistrer en Amérique.  C’est la chose la plus difficile ».  À l’automne 1959, le Département d’Etat était sur le point d’honorer la demande de Cuba pour l’extradition de Pedro Diaz Lanz. Pedro Diaz Lanz était perçu « par de nombreux libéraux comme un traître et un criminel.  Hunt a écrit sur les attaques contre lui « il se souvient des attaques libérales du sénateur Joe McCarthy.  « Après que Pedro Diaz Lanz a été cité à comparaître à nouveau par le comité du Sénat sur la sécurité intérieure, la procédure d’extradition a été abandonnée.. »  Comment donc Lanz avait pu entrer en possession d’un avion rapide (et coûteux), le préféré des trafiquants de drogue de l’époque ?  C’est que quelqu’un lui avait offert, pardi !  Certes, mais qui donc ?

L’argent de Masferrer et du roi de l’aluminium derrière les anti-castro

C’est l’épluchage des textes des archives du FBI qui nous donne en effet la solution.  Le 10 juillet 1959, un câble sur « les activités anti Fidel Castro et la sécurité interne à Cuba » nous indique que Portuondo, ancien ambassadeur au Liban et aux Nations Unies est derrière le mouvement contre Castro, et que l’argent de ce mouvement provient du fameux Masferrer. Mais que derrière il y a aussi un « financier de 92 ans », appelé Arthur Vining Davis, qui n’est autre que le fondateur de la société Aluminum Company of America, plus connue sous le nom d’Alcoa, habituellement présenté comme étant un simple « philanthrope » !!!  Cela s’explique en fait, Davis s’étant tourné vers des investissements immobiliers hasardeux en Floride, dans les Keys, et aux Bahamas, avant d’acheter des terres à Cuba, la plus grande partie de l’île des Pins devenue Isla de la Juventud sous Castro (dans laquelle il avait été emprisonné), et d’en avoir été ensuite chassé par Castro !  Le câble avait repéré 4 appareils bien précis, « réservés chez le broker Madden and Playford : des Lodestar, tous enregistrés en « N777 » : le N777X, le N777Z et le N777L, à savoir les numéros 2079 – ancien Pacific Alaska Airways-, 2074 et 6290  et le 2051 (voir ici), plus un « Twin engine Beachcraft » (un Expeditor C-45) numéro 51-11526, (N° de fabrication 64, futur N5293V), celui-ci acheté à Delta Leasing Corporation à Miami.  Cet avion ayant été acheté avec l’aide financière du Comité anti-castro.  Pedro Diaz Lanz avait hérité, donc, d’un de ces appareils rapides, préféré des trafiquants de drogue, et l’un de ces 4 Lodestar aurait conduit Francisco G. Cajigas le leader du mouvement anti-batiste Unidad Cubana de Liberacion (UCL) – ayant pour chez militaire General Jose Pedraza- de l’île des Pins à Miami à la chute même de Batista.  Selon le même câble, on apprenait que Cajigas était l’ami proche de Davis, membre influent de la CIA à La Havane.  Cajigas ayant ensuite atterri près de la résidence apparemment occupée par le Dr. Garcia Navarro, le fils d’Emilio Nunez Portuondo, diplomate respecté qui est un des leaders du groupe  des « quarante à cinquante » opposants à Castro. Selon le même câble, « des athlètes cubains en bonne condition physique, experts en natation sous-marine en démolition se préparaient à un projet de sabotage contre Castro ».  Pedraza préparant une force d’invasion lui aussi aidé par le président dominicain Trujillo.  En réalité,  le richissime Masferrer avait acquis pas moins de 14 Lodestar, dont par exemple le N777FK (ici à gauche), numéro de départ 18 2421 (un C-60 de l’armée), acheté le 22 juin 1956 exactement. Cet avion précis est fort intéressant, car on le retrouvera fort discrètement sous les couleurs belges… au Congo (OO-CAV, pour la Sabena, ici à droite), terre d’intense activité aussi pour la CIA comme on le sait !!!  En somme, et en résumé, les gens du FBI notaient les déplacements des avions que gérait la CIA !!!  La CIA, avec des pilotes et hommes de main comme Lanz, puisqu’on retrouvera ce dernier cité dans une toute autre affaire plus tardive.  Celle de l’assassinat le le , d’Orlando Letelier, ministre du gouvernement socialiste élu de Salvador Allende et ambassadeur aux États-Unis.  Un assassinat sur lequel la CIA aurait fermé les yeux.  On retrouvera parmi le carnet d’adresses d’un détenu lié à l’affaire celui de l’ambassadeur du Chili à Washington mais aussi celui de… Pedro Diaz Lanz, qui aurait été impliqué !!!  Dans le procès qui suivra, le rôle trouble de Michael Townley, homme de la terrible DINA, la police politique de Pinochet, qui avait déjà travaillé quelques années auparavant pour la CIA et sera également un membre actif de l’Opération Condor ne sera pas évoqué.  On relèvera aussi  dans ces archives, pleines de ressources, que Townley était aussi en contact avec un ancien membre français de l’OAS  :  Albert Spaggiari !  Et qu’il avait bien accusé cinq anti-castristes cubains d’être à l’origine de l’assassinat, dirigé selon lui par Carriles !!!  Lanz décrira au FBI ses autres rencontres (ci-contre à droite), à savoir celle avec le pilote mercenaire Alex Rorke, qui était en fait le beau-fils de Sherman Billingsley, le bootlegger du célèbre Stork Club, ce qu’on avait aussi oublié.  Mais aussi avec Carlos Bringuier, le responsable des étudiants opposés à Castro, le Directorio Revolucionario Estudantil, ou Student Revolutionary Directorate (DRE).  Un Bringuier qui sera arrêté en même temps qu’un certain Lee Harvey Oswald, pour distribution de tracts totalement opposés en contenu à la Nouvelle-Orléans !!!  Lanz, qui connaissait aussi Barker, qui lui-même détestait Artime, au prétexte que son père aurait été communiste en Espagne !!!  En résumé, la CIA orchestrait donc bien l’anti-castrisme… après avoir fourni Castro en armes !  D’autres pilotes seront recrutés par Masferrer, les premiers eux aussi pour lutter contre Batista, au départ :  « en 1962, Ferrie a alors commencé à voler sur des frappes aériennes et des missions d’approvisionnement secrètes vers Cuba.  Récemment, des documents déclassés du Département d’État révèlent que David Ferrie travaillait pour Rolando Masferrer, l’un des hommes de main les plus craints de Batista qui était connu comme « El Tigre ».  Le plus proche associé de Ferrie à cette époque, était Eladio DelValle, un recruteur pour Masferrer.  DelValle était un trafiquant de stupéfiants et trafiquant à Cuba pré-révolutionnaire qui travaillait pour Dos Santos Trafficante » peut-on lire ici.  On retrouvera, on l’a vu, DelValle, supporter de Batista, sauvagement assassiné le 22 février 1967, quelques heures après la mort de… David Ferrie, imputé à une « crise cardiaque »… une série d’assassinat dictés par la CIA, comme l’indiquera la Commission Church, un des rares moments de lucidité de la démocratie américaine.

La confrontation avec le pouvoir des Kennedy

Sturgis, Marcos et Lianz préparaient aussi une invasion maritime (on les voit ici sur un bateau de type rapide) : « Le 31 mars 1963 le ministre de la Justice Robert Kennedy a tiré son premier coup de semonce dans la mise en œuvre d’une politique pour empêcher les réfugiés cubains d’utiliser le territoire des États-Unis pour organiser ou lancer des raids contre Cuba.  Le ministère de la Justice a ordonné que dix-huit Cubains dans la région de Miami, qui étaient déjà impliqués dans des raids, de limiter leurs mouvements à Dade County (ou, dans certains cas, aux États-Unis), sous la menace d’une arrestation ou d’expulsion.  L’un d’eux était Antonio Veciana chef d’Alpha 66 (« U.S. Curbs Miami Exiles t o Prevent Raids on Cuba, «  New York Times (April 1, 1963).  Antonio Veciana a dit le journaliste Dick Russell, était parmi ceux à qui le président Kennedy avait donné l’ordre limité à Dade County.  (L’homme qui en savait beaucoup trop (New York: Carroll & Graf, 1992), p 297.).  Une semaine plus tard, les Gardes côtes de Floride, travaillant de concert avec les responsables britanniques aux Bahamas, saisissaient une série de bateaux rebelles cubains, arrêtaient leurs groupes de commandement avant qu’il n’attaquent des navires soviétiques près de Cuba.  Les premières arrestations et confiscations en bateau ont donné lieu à des reportages confus qui reflétaient le conflit interne du gouvernement entre Kennedy et la CIA. Le propriétaire d’un des bateaux confisqués, Alexander I. Rorke, Jr., a dit au New York Times que «le gouvernement des Etats-Unis, par l’Agence centrale de renseignement avait eu connaissance à l’avance des voyages de son bateau, le Violin III dans les eaux cubaines.  Rorke a déclaré que « la CIA avait financé les voyages du Violin III . « Il ajoutait  que son bateau, s’il était libéré, « serait utilisé dans les opérations futures de Cuba.  « (« Seized Boat’s Owner Says U.S. Knew in Advance of Cuba Raids ,  » New York Times (April 3, 1963) ».

Le pouvoir de Washington se voyait régulièrement tancer par les expatriés chassés de Cuba, dont la fureur à vouloir envahir le pays était alimentée par des sources financières alliant la mafia, chassée de ses florissants casinos, ou les industriels américains ayant perdu leurs biens après les premières nationalisations annoncées par Fidel.  Une rancœur tenace, soutenue par une CIA bernée, conduisant à des actes insensés au cœur même parfois de la Havane, comme on va le voir demain si vous le voulez bien.

 

(1) Antonio del Conde était en fait un vendeur d’armes.  Le yacht datant de 1943, acheté le 10 octobre 1956, long de 60 pieds (18 m) avait été fabriqué par Schuylkill Products Company et valait 15 000 dollars US.  L’argent provenait de fonds ramassés par Carlos Prío Socarrás; ancien président de Cuba et Teresa Casuso Morín.  Del Conee n’avait servi que d’intermédiaire.

(2) cynique,  Dulles l’était à un point inimaginable.  Un journal relate ceci : « Dulles a plaisanté en privé que les amateurs de complot JFK aurait eu de quoi se réjouir s’il s avaient su qu’il était en fait sur place à Dallas trois semaines avant l’assassinat …. » selon certains, il s’était beaucoup intéressé à l’Operation Anthropoïd: l’assassinat le 29 mai 1942, du SS Reinhard Heydrich à Prague.  Et notamment aussi au livre d’Alan Burgess « qui avait écrit dans son livre de 1960, « Seven Men at Daybreak », que « Le point de fonctionnement vital était que la voiture ouverte Heydrich avait dû ralentir ici pour négocier le virage en épingle à cheveux, et peut-être pendant cinq secondes, qu’il serait une cible lente providentielle facile « .  Et un rapport de la branche exécutive des opérations spéciales du Secret Intelligence Service britannique qui se lit comme suit: « L’entraînement spécial au Royaume-Uni est fondé sur un plan que l’attaque contre Heydrich devait se faire lors de son trajet  en voiture de là où il habite à son bureau de Prague ou à toute autre destination connue qui devait se faire dans un endroit où la voiture devrait ralentir « . (Jan Wiener, L’Assassinat de Heydrich [de New York: Grossman, 1969] pp 86-90 Alan Burgess, sept hommes au lever du jour, [Londres: Evans Brothers Ltd., 1960] .. P 142 [ « le passage en épingle à cheveux ». ].

3) « Les États-Unis avaient des intérêts importants à Cuba.  Comme John F. Kennedy a pu le commenter :  «Au début de 1959, les entreprises américaines possédaient environ 40 pour cent des terres sucrières cubaines, presque tous les ranchs de bétail, 90 pour cent des mines et des concessions, 80% des services publics et pratiquement toutes les industries, et fournissait les deux tiers des importations de Cuba.  Le volume de ses investissements au cours de ces années s’élevait à un milliard de dollars, chiffre très élevé en effet, compte tenu du fait que l’investissement en Amérique latine à l’époque était seulement autour de 8 milliards.  Les événements politiques dans le pays présageaient un bouleversement social avec des répercussions inévitables pour les intérêts américains, et la raison principale pour laquelle Kirkpatrick lui-même était venu à La Havane au sujet des nuages ​​d’orage se rassemblant au-dessus de Cuba ».

(4) « Sturgis a obtenu des armes d’International Company Armements – INTERARMCO – d’Alexandrie, en Virginie.  Samuel Cummings, le président d’INTERARMCO avait été associé à la CIA au Guatemala en 1954.  La plupart des fusils que Sturgis a obtenus à partir Interarmco étaient de 6,5 millimètres, des surplus Mannlicher-Carcano. Sturgis a été interrogé sur cette coïncidence. Sturgis:  « J’aurai pu acheter des Mannlicher-Carcano, s’ils les avaient, j’aurais pu en avoir oui.  En fait, vous me rappelez quelque chose qui est … pour moi… »  En 1964, le FBI a spéculé que  les munitions d’Oswald provenaient des quatre millions de cartouches de 6,5 mm de munitions qui avaient été vendues aux Marines en 1954.  Lorsque le FBI a vérifié que le Corps des Marines n’avait pas utilisé ce calibre, les agents ont conjecturé que les Marines étaient simplement une couverture de la CIA utilisée pour effectuer l’achat.  Hemming a dit à ce chercheur: « INTERARMCO vendait des tonnes de cette merde en 1963. »

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L’assassinat de Kennedy : Oswald, ou le parfait pigeon (29)

 

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