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L’assassinat de Kennedy : Oswald, ou le parfait pigeon (3)

Les exilés anti-castristes ont été manipulés aussi bien par Kennedy que par Nixon, c’est une évidence depuis longtemps.  Des dirigeants d’extrême droite, tels George Whitmeyer ou Jack Chrichton (Mr « Private CIA »), ou le texan Haroldson L. Hunt, les ont menés par le bout du nez en leur promettant de reconquérir leur pays, ce que la mafia avait traduit par « retrouver nos casinos ».  Nixon dans cette manipulation s’est beaucoup démené si bien que de le voir à Dallas la veille même de l’assassinat de son grand rival pose aujourd’hui encore question.  Pour ce qui est des anticastristes, avant la décision de l’invasion la Baie des Cochons, deux moyens de reprendre la main à Cuba cohabitaient : l’option débarquement armé, et l’option des actions intérieures de déstabilisation, ce qu’on a appelé les Opérations Northwoods et Mongoose, catalogues hallucinés d’activisme provocateur sur place, totalement déjantés, comme on va le voir.  Des opérations préparées aussi bien en Floride que dans un autre foyer anticastriste qu’était alors devenue la Louisiane.

 

On semble l’avoir oublié, visiblement, en effet, mais lors de la terrible journée, le chauffeur de la toute première voiture de la police de Dallas en tête du parcours s’appelait George L. Lumpkin, et c’était l’un des responsables de la police de la ville.  Son voisin à ses côtés n’était autre que le colonel George Whitmeyer, et tous deux étaient comme par hasard des membres de la fameuse 488th Military Intelligence Detachment de Chrichton.  Or, à Dallas, ce 22 novembre, cette fameuse voiture, ouvrant le défilé, se fera remarquer en faisant une bien étrange pause à l’angle de la rue de Houston et celle de la rue Elm,  Lumpkin ayant alors baissé sa vitre pour parler avec l’agent régulant la circulation à cet endroit.  Pour beaucoup d’observateurs, le geste signifiait tout autre chose :  il permettait visiblement à des tireurs embusqués de régler pendant ce temps la hausse de leurs fusils à lunette.  Plus intriguant encore : « dans le Rapport de la Commission Warren, il est déclaré que Crichton a recruté un membre de la communauté russe locale, Ilya Mamantov (un russe blanc violemment anticommuniste de plus !), pour travailler avec le Service de police de Dallas en tant que traducteur pour Marina Oswald peu de temps après l’assassinat de John F. Kennedy.  Le bénévole de Crichton l’a traduite lors de son premier interrogatoire par les autorités de Dallas dans les heures qui suivirent celles où son mari Lee Harvey Oswald avait été arrêté ».  Selon Russ Baker, l’auteur de « Family of Secrets » (2009), il « était loin dans ses traductions de ses mots en russe, et avait eu surtout pour effet d’impliquer son mari dans la mort de Kennedy. »  On ne pouvait mieux faire, pour charger Oswald !

Nixon en embuscade à Dallas ?

La chose la plus étonnante dans ce premier témoignage, c’est que Marina Oswald, qui parlait pourtant anglais, y avait affirmé n’avoir jamais vu son mari avec un fusil chez elle, témoignage sur lequel elle reviendra après (et nous un peu plus loin).  « Marnantov était, curieusement, l’un des membres de la communauté russe en plus de Mohrenschildt qui connaissait le couple d’ultra-libéraux Paine » note Dick Russell, dans « The Man Who Knew Too Much« .  Nous reviendrons plus loin sur le cas du couple Paine, chaperons en chef d’Oswald à Dallas.  En prime, à la commission Warren, Mamantov avait déclaré que c’était Lumpkin en personne qui l’avait appelé au téléphone !  Sacré Tricky Dicky (Nixon) et ses amis de Dallas : ce funeste 22 novembre, c’est lui également qui avait rendez-vous (« une visite éclair » titre la presse locale) dans l’immeuble de Pepsi-Cola, avec son directeur Donald M. Kendall, dont Nixon était aussi l’avocat d’affaires : Kennedy devait d’ailleurs aussi visiter l’entreprise sur son trajet s’il en avait le temps.  Nixon était arrivé la veille sur place, au prétexte d’une convention de « l’American Bottlers of Carbonated Beverages » qui sentait fort l’excuse pour assister au spectacle ou à la foire au tirs aux pigeons.  Il était arrivé en avion privé, le même qui emmenait l’actrice Joan Crawford, veuve du précédent directeur de Pepsi, Alfred Steele.  Etrange apparition de l’adversaire télévisé (et le perdant de l’élection !) sur sur les lieux du crime !  En photo, le Président de Pepsi-Cola, Donald M. Kendall, en train de se rendre au Yankee Stadium avec Richard M. Nixon, le 1er novembre 1963 (Kennedy sera tué le 22).

Il crurent à Kennedy… et furent amèrement déçus

Nixon avait fait mouche avec le coup des traités (voir épisode précèdent).  Kennedy avait imprudemment agi, mais il se reprit vite, en politicien roué qu’il était : « il dit à Stevenson  (alors simple député démocrate, pas encore devenu ambassadeur US l’ONU) qu’il allait s’en dégager pour regagner une position moins dangereuse.  En conséquence, Kennedy adressa le même jour un télégramme à Nixon pour préciser qu’il n’avait « jamais préconisé, et ne le préconisait pas davantage maintenant, une intervention à Cuba en violation des obligations de nos traités ».  Et il ne parla plus d’aider les exilés cubains.  Trois jours plus tard, le numéro du 31 octobre de LIFE parut avec les photos prises par St George et Walker et montrant les exilés cubains à l’entraînement.«   Des clichés pris à No Name Key, en Floride, un endroit désert idéal (dans « Confession of an Assassin » un documentaire de 1994, un dénommé James Files affirmera à la fois s’y être entraîné, y avoir rencontré Oswald, le mafieux Charles Nicoletti – lié à John Roselli-; et participé à l’assassinat de Kennedy, sous la direction de l’agent de la CIA David Philips Atlee.  Son témoignage est néanmoins peu crédible (même s’il cite des gens qui y étaient effectivement).

Le débarquement de la baie des Cochons en gestation ?
En somme, on était en train médiatiquement de préparer le public US à l’invasion de Cuba, ce qui dictait carrément la position politique des deux candidats, placés au pied du mur !  Or, fait étrange mais qui semble faire partie du système politique US, un candidat à la Maison Blanche pouvait en effet demander à la CIA d’être reçu pour qu’elle l’informe de ce dont elle s’occupe : c’est ce qu’allait faire Kennedy en convoquant un homme qu’il va retrouver plus tard en travers de sa carrière comme on va le voir : « la campagne approchait de son point culminant.  Le 2 novembre, Kennedy eut son dernier « briefing » de la C.I.A., cette fois avec le général (Charles Pearre) Cabell (ici à droite).  C’était Kennedy lui-même qui avait sollicité cet exposé afin d’être mis au courant des derniers développements de la situation internationale.  Le directeur-adjoint de la C.I.A. prit l’avion pour Los Angeles et s’entretint avec le candidat à bord du « Caroline », le Convair de Kennedy (voir ici à gauche), pendant le trajet Los Angeles-San Diego.  Les deux hommes étaient seuls dans le compartiment arrière de l’avion.  Cabell quitta Kennedy à San Diego.  En mars 1962, quand Nixon accusa Kennedy, dans son livre, d’avoir été mis au courant de l’invasion cubaine et d’avoir délibérément compromis la sécurité de l’opération, la Maison Blanche publia aussitôt un démenti, que confirma Allen Dulles.  Pierre Salinger dit qu’avant l’élection de 1960, Kennedy « n’avait pas été informé de l’entraînement de soldats hors de Cuba ni de l’existence des plans destinés à appuyer une invasion de Cuba».  Ce qui était effectivement un mensonge éhonté !  Avec le recul, on comprend aussi pourquoi Cabell, qui avait révélé tous les préparatifs du débarquement à Kennedy, en étant lui-même chaud partisan de ce même débarquement, s’estimera floué quand celui-ci, raté, sera proprement arrêté par Kennedy avant même qu’il ne soit terminé !  Avec le recul, on constate aussi les dons certains de Dulles pour nier la réalité…  Kennedy certes mentait, mais Dulles mentait bien davantage encore !

L’élection de Kennedy en 1960 a reposé… sur un mensonge entretenu (des deux côtés !)

A bien regarder en effet, l’élection de 1960 est aussi teintée d’une bonne dose de surréalisme, avec deux candidats qui évoquaient des opérations secrètes, sans en parler véritablement au public nous disent Wise et Ross.  « En fait, les candidats à la présidence des États-Unis avaient accepté que la stratégie de leur campagne et leur prise de position publique soient influencées par une opération secrète du gouvernement invisible.  Les trois grands problèmes débattus dans les derniers jours de la campagne de 1960 étaient liés à des opérations clandestines.  D’abord, il y avait Cuba.  Ensuite, Quemoy et Matsu (1).  Enfin : les excuses qu’Eisenhower aurait dû présenter à Khrouchtchev à Paris, lors de l’affaire de l’U-2, pour sauver la conférence au sommet.  L’intéressant, c’est qu’en raison des opérations du gouvernement invisible, le processus de la consultation électorale – rouage essentiel d’une démocratie – s’est trouvé faussé et déréglé.  Dans le cas de l’invasion de Cuba, ce qui préoccupait les candidats, c’était un plan secret dont le corps électoral ne savait rien.  Pour choisir l’homme apte à assumer les plus puissantes fonctions du monde, les électeurs ont dû fonder partiellement leurs décisions sur des déclarations fallacieuses.  Ainsi qu’il l’a été noté plus haut, l’un des deux candidats, le vice-président Nixon, a avoué par la suite qu’il avait adopté publiquement, pendant la campagne, une attitude mensongère, exactement à l’opposé de ses véritables convictions, dans le but, selon lui, de protéger les plans de la C.I.A.  Mais les millions de téléspectateurs qui voyaient et entendaient Nixon et Kennedy discuter du problème cubain n’avaient pas le moyen de savoir que les faits étaient déformés ou tenus sous silence.  Ce qui ne veut pas dire que le plan d’invasion aurait dû être claironné à la télévision pour mettre toute la nation au courant.  Mais il paraît logique de demander comment l’électeur peut procéder à un choix informé quand le candidat ne dit pas la vérité, quels que louables que puissent être les mobiles de ce qu’il faut bien appeler un mensonge. »   Pour Wise et Ross, le bourbier cubain était à l’origine d’une pratique éhontée du mensonge auprès des citoyens (que penseraient-ils aujourd’hui de Trump ???) : « tel est l’argument.  Qu’advient-il de cette théorie, cependant, quand le processus électoral s’enlise dans les tentacules du gouvernement invisible au point qu’un candidat en arrive à dire aux électeurs qu’il est partisan de telle politique alors qu’en réalité il croit exactement en la politique contraire ?  De toute évidence, le processus électoral s’en trouve fondamentalement affaibli.  C’est ce qui s’est produit en 1960 ; aucune raison ne permet de penser que cela ne pourra pas se répéter (on note attentivement l’expression !).  Quand les attitudes publiques de candidats à la présidence des Etats-Unis sont façonnées par des opérations secrètes que les auteurs ne sont pas habilités à connaître, on peut dire qu’il est arrivé quelque chose au système américain, et que ce quelque chose n’est pas bon » concluent en chœur les deux auteurs.  Le gouvernement américain, dès 1960, s’appuyait effectivement sur une politique d’opérations clandestines douteuses, dont les maîtres d’œuvre n’étaient pas les présidents eux-mêmes. La CIA et le FBI étaient devenues des entités incontrôlables, dépositaires de pouvoirs exorbitants dans le pays.  Deux monstres, qui faisaient désormais la pluie et le beau temps en politique.  Ce que JFK apprendra à ses dépens, en ayant tenté de réformer leurs statuts.  Il existait déjà bien aux USA en 1960 ce que Wise et Ross appellent « Le gouvernement invisible » : celui à qui va se heurter Garrison à la Nouvelle-Orleans, par exemple.  Si on ajoute à ça le fait que la mince victoire de Kennedy s’est jouée grâce au coup de pouce de la mafia envoyée à la rescousse à la demande du père Joe, aux tendances extrémistes de droite bien connues, on obtient un président né au forceps sous de forts mauvais auspices.  Le cocktail était explosif à l’origine.  En accumulant très vite les rancœurs, par un mépris systématique de l’adversaire, les frères Kennedy (car c’était bien un clan qui avait été élu) et des frasques de vie privée à répétition débutaient leur mandat de façon fort peu engageante.  La disparition tragique du premier incluait par définition celui du second.

D’autres approches
Ces fameux exilés étaient nombreux… et organisés, d’où l’idée de s’en servir pour renverser eux-mêmes Castro :  c’est à quoi s’emploient les frères Kennedy dès leur arrivée au pouvoir.  Dans l’autre ouvrage (« Executive Action : 634 Ways to Kill Fidel Castro (Secret War) », on tombe sur ce type d’approche pour assassiner Castro ou renverser son régime par une invasion :  « un autre organisme qui a éclipsé Alpha 66 et sa détermination à mélanger sabotage et publicités a été la Direction des Étudiants Révolutionnaires (Directorio Revolucionario Estudiantilou DRE (…) Alpha 66 était une organisation anti-communiste terroriste formée par des exilés Cubain à Puerto Rico en 1961.  Son leader, Nazario Sargen (ci-dessous à droite), était un membre du célèbre « Mouvement du 26 juillet » dirigé par Fidel Castro.  « En 1960, après que Rolando Cubela soit arrivé à la tête de la nouvelle Fédération Etudiante de Castro (FE), plusieurs leaders étudiants indépendants ont fui vers les États-Unis et ont créé la DRE.  Deux d’entre eux, Alberto Muller et Manuel Salvat Rogue, étaient infiltrés à Cuba à la fin de 1960, et un troisième, Isidro Borja se trouvait au Mexique, sa ville natale, et voyageait à Cuba en tant que touriste ».  Dans son livre de 2004 sur l’assassinat de Kennedy, le chef du renseignement américain pour Cuba, David Atlee Phillips, a affirmé qu’il avait recruté Salvat pour la CIA en 1959-60.  Phillips a confirmé qu’il travaillait effectivement avec des « groupes d’étudiants » cubains.  Atlee avait auparavant agi au Guatemala contre le président Jacobo Arbenz, dans un plan pour l’éxécuter sous le nom « d’Executive Action«  (titre du premier film à redécouvrir de David Miller, daté de 1973, sur l’attentat, en France devenu « Complot à Dallas »)…  Un plan destiné à éliminer les partisans ou les tromper : pour se faire, seront distribuées à la population des photos trafiquées de cadavres mutilés soi-disant tués par les gens d’Arbenz. Des militaires aussi seront arrosés pour faire défection ou se retourner contre le président : on proposera 60 000 dollars à un général, une fortune à l’époque.  Bref du bien sale boulot de la part de la CIA.  En même temps, Philips dirigeait un groupe anti-castriste au sein de l’ambassade de Mexico, dont l’argent été géré par un certain George Joannides, un des piliers des recrutements de terroristes assassins.  On notera l’usage de photos manipulées, élément qu’on retrouvera dans la saga de Lee Harvey Oswald comme élément à charge contre lui.  Dans le dossier, c’est simple, la signature de la CIA est partout !  En photo, au mess des anticastristes de Floride, un Browning Automatic Rifle (BAR) M1918A2, adopté en 1918 par l’US ARMY, et largement utilisé pendant la guerre de Corée... par les français – de l’ONU- comme par les américains !

Le catalogue à la Prévert des attaques imaginées contre Cuba

Pour dénigrer tout rôle important à Castro, la CIA s’est effectivement beaucoup démenée.  Un site intéressant, « Paleofuture« , a répertorié les pires idées issues de l’imagination de la « firme » pour agir en ce sens, en 1962.  L’ensemble porte le nom d’Opération Northwoods, gérée par  la CIA et les militaires dirigés par un anticommuniste « hystérique », le général Lyman Lemnitzer.  Les idées révoltantes qui y figurent ont  été déclassifiées tardivement, le 18 novembre 1997, par le « John F. Kennedy Assassination Records Review Board », qui affirme que Kennedy s’y était vivement opposé (il expédiera ce fou de Lemnitzer en Europe, à la direction de l’Otan, après l’avoir viré de toute responsabilité sur le territoire US – Lemnizer prenant un malin plaisir alors de détruire avant de partir tous les documents sur ses fantasques projets !!!).  La plus choquante, note le site est retrouvée dans un « mémo » signé du General William H. Craig en date du 13 mars 1962 et adressée au brigadier général Edward Lansdale. Celui-ci, intitulé « Justification for US Military Intervention in Cuba » recommande en effet  de faire sauter des navires de guerre américains vides, de fomenter des émeutes mises en scène aux portes de Guantanamo Bay, ou même de mener ensuite des fausses funérailles pour les soldats américains qui auraient été tués lors de ces fausses attaques de navires !  Une manipulation complète de l’opinion ! Un plan de Craig était plus insidieux encore, en préconisant de faire exploser un avion téléguidé de la CIA, peint pour ressembler à un avion civil (ici à gauche un DC-3 de SouthEast desservant Cuba) censé transporter en fait « des étudiants américains« .  « Un avion de la base d’Eglin (Air Force Base) serait peint et numéroté comme le double exact d’un aéronef immatriculé civil appartenant à une organisation exclusive de la CIA dans la région de Miami », dit le plan de 1962.  «À un moment désigné, le double serait substitué, à la place de l’avion civil réel, et serait chargé avec les passagers sélectionnés, tous montés à bord avec des noms d’emprunts entièrement préparés.  L’aéronef immatriculé réel serait converti en un drone « . Le document poursuit en expliquant comment le drone de la CIA émettrait (automatiquement) un appel de détresse, en expliquant qu’il faisait l’objet d’attaques par des avions cubains.  Le drone serait alors détruit par télécommande au milieu de sa transmission radio de détresse.  « Cela permettra aux stations de radio de l’OACI dans l’hémisphère occidental de dire à la place des États-Unis ce qui est arrivé à l’avion pour essayer de mieux « vendre » l’incident », expliquait le document ».   Voilà qui sonne bien étrangement, plusieurs années avant le 11 Septembre, cette histoire d’avion téléguidé, vide (ou rempli « d’étudiants ? »), et explosé en vol avec de faux passagers déclarés à bord !  Et il y en a eu d’autres, dont certaines plutôt farfelues, telle celle d’introduire dans les pétroliers russes approvisionnant l’île en carburant des bactéries bouffeuses de pétrole, ou de terroriser tous les jours les cubains avec des « bangs soniques » à répétition, ou encore l’incroyable projet d’Operation Raindrop, consistant à arroser l’île de pluies par insémination (à droite le procédé utilisé au Viet-Nam), l’agent de la CIA proposant même d’y ajouter un « coloris » pour faire pleuvoir en rouge ou en veut pour effrayer davantage  la population !  L’envoi de de faux avions cubains pour aller violer l’espace aérien d’États voisins avait aussi été envisagé… ci-dessous, l’illustration en BD signée Mack White, sur l’Operation Northwoods et son lointain et sinistre héritage.  Kennedy y est présenté un peu trop comme sauveur de la paix dans le monde, et la BD reprend le thème d’un conflit mondial possible, la thèse dont se targuera Johnson pour réussir à réunir la commission Warren, réticente au départ..

Une équipe de tueurs ?

Dans l’indispensable ouvrage « Des cendres en héritage », on trouve également ceci à propos des opérations de folie de la CIA : « Helms choisit pour diriger l’équipe de Mangouste William K. Harvey, le responsable de la construction du tunnel de Berlin » (on verra plus loin son importance en électronique, notamment).  « Harvey (ici à droite) baptisa le projet « Force opérationnelle W » en souvenir de William Walker, l’aventurier américain qui, dans les années 1850, à la tête d’une armée privée, tenta de conquérir l’Amérique centrale et se proclama empereur du Nicaragua.  Un choix bizarre – pour qui ne connaissait pas Bill Harvey.  On présenta Harvey aux Kennedy comme le James Bond de la CIA (2).  Cela semble avoir intrigué John Fitzgerald Kennedy, grand amateur des romans d’espionnage de Ian Fleming, car Bond et Harvey n’avaient en commun qu’un goût certain pour les martinis.  Obèse, les yeux exorbités, toujours armé d’un pistolet, Harvey buvait des whiskies doubles au déjeuner puis retournait travailler en maudissant le jour où il avait rencontré Robert Kennedy.  Bobby Kennedy « exigeait des mesures immédiates et des solutions rapides », raconta l’adjoint de McCone, Walt Elder.  «Harvey n’avait ni mesure immédiate à proposer ni solution rapide à offrir ».  Il disposait cependant d’une arme secrète.  La Maison Blanche de Kennedy avait ordonné à la CIA de créer une équipe d’assassins.  Interrogé par une commission d’enquête sénatoriale et une commission présidentielle en 1975, Richard Bissell déclara que ces ordres étaient venus du conseiller à la Sécurité nationale, McGeorge Bundy, et de son assistant, Walt Rostow, ajoutant que les hommes du Président « n’auraient pas donné ce genre d’encouragement s’ils n’avaient pas eu l’assurance d’avoir l’approbation du Président » (on notera le coup de la patate chaude refilée !!!). « Bissell (Richard M. Bissell, ici à gauche) avait transmis l’ordre à Bill Harvey qui fit ce qu’on lui demandait.  Il était rentré de Berlin en septembre 1959 pour prendre le commandement de la Division D du service d’action clandestine.  Les officiers de la Division D s’introduisaient dans les ambassades étrangères situées hors des États-Unis afin de voler des livres de code et de chiffre pour les petits curieux de la National Security Agency.  La Division D avait dans les capitales étrangères des contacts avec des criminels auxquels on pouvait faire appel pour des cambriolages, l’enlèvement de courriers diplomatiques et autres crimes commis au nom de la sécurité nationale des Etats-Unis. » Pour trouver des recrues, ses futurs tueurs, Harvey trouvera un moyen très simple : le 20 juin 1963, il tiendra par exemple un pot d’adieu en compagnie de Johnny Rosselli, le recruteur de tueurs de Castro de Sam Giancana chez Tino (Tino Trakas), au Continental Restaurant de Georgetown, note H. Ford (le rendez-vous est aussi décrit ici).  Aurait-il déjà à ce stade décidé de se la jouer « solo » ?

Des actions sans accord présidentiel

Le rôle trouble d’Harvey se précisera très vite explique ici Trowbridge H. Ford : « quelques années plus tard, alors que Harvey était profondément impliqué dans une autre chasse à l’oie sauvage – l’assassinat de Fidel Castro – il avait appris à quel point l’opération du tunnel de Berlin avait été doublement inutile.  En 1959, Wright en avait eu assez de la CIA à Cuba, et en septembre 1960, Robert Maheu, un autre ancien agent du FBI, avait arrêté avec le directeur de la CIA Richard Bissell l’utilisation des tueurs de la mafia contre Castro.  Harvey avait immédiatement reçu le contrôle général du programme, et avait planifié deux fois de suite, avec l’aide de sa Division de services techniques et un homme de Sam Giancana, mais sans succès, l’empoisonnement de Castro, finalement pour se fixer et coordonner son assassinat avec l’invasion de la Baie des Cochons.  Sans le soutien suffisant du président aux rebelles anti-Castro, et sans que E. Howard Hunt (l‘homme de la CIA enferré jusqu’au coup dans le Watergate, ici à droite) ne garde du dictateur cubain ce que la CIA avait en réserve pour lui, les plans n’aboutirent à rien »(…)  Mais l’homme était plutôt entêté, semble-t-il : « une fois que Harvey s’est calmé assez pour voir Wright lors des dîners chez James Angleton et dans un restaurant, bien qu’il l’ait toujours appelé un « fils de sa mère non fiable », il a à nouveau souligné la nécessité d’assassiner Castro ce que Harvey était de nouveau en train de travailler avec la Mafia, sur le projet (ZR / RIFLE –License to Kill), derrière le dos du président, dans le cadre de l’ensemble de l’effort anti-cubain de la CIA (Task Force W) au sein de l’Opération Mongoose (3).  Le point culminant de cet effort a eu lieu pendant la crise des missiles cubains lorsque Harvey, contrairement à l’ordre du procureur général Robert Kennedy, a envoyé une équipe de commandos à Cuba pour tuer Castro ».

Les avions « KUBARK »

Lors des débuts de l’opération de la baie des cochons un scénario de ce type avait aussi été élaboré.  Deux avions avaient ainsi atterri le 15 avril 1961 en catastrophe sur l’aéroport civil de Miami.  L’un d’entre eux, montré dans le New-Yorkais Times du 16 avril, était un B-26… aux couleurs cubaines, immatriculé 933.  La télévision US avait effectué un reportage sur son pilote, qui aurait fait défection du régime de Castro.  On avait bien pensé à faire quelques marques de tirs, contre lui, quelques indentations, sur les ailes, montrés en zoomant lors du reportage : son départ n’aurait pas été apprécié par les cubains !  C’était en fait deux jours avant l’invasion de la Baie des Cochons (mais alors que Cuba est déjà bombardé) : l’idée était de faire croire à une révolte interne des aviateurs cubains, qui auraient fait défection et auraient fui avec leurs propres appareils.  Une manipulation de l’opinion américaine comme cubaine.  En réalité des avions US, provenant des stocks de l’Air Force et avaient été repeints adroitement par la CIA aux couleurs des avions de Castro.  On retrouvera plus tard en 1998 deux câbles signés de la station IMWave de la CIA dont un annonçant l’arrivée du fameux « B-26 NBR 933 » à Boca Chica, le 18 avril, et plus tard le 21 novembre 1961 comme quoi le même appareil avait été retrouvé après s’être écrasé près de Jinotega, près de la rivière Boca, au Nicaragua, avec deux corps de pilotes encore à l’intérieur.  Le télégramme évoquait clairement un « KUBARK aircraft« .  Or « KUBARK » n’était autre que le nom de code du quartier général de la CIA à Langley… certains journalistes avaient essayé à l’époque de démontrer que c’étaient bien des avions de « cover-up ».  Les avions posés à Miami avaient en effet des nez « pleins » à 8 mitrailleuses, alors que tous les B-26 cubains présentaient des nez transparents en plexiglas… L’un d’entre eux qui aurait été photographié « le 27 décembre 1958 » ayant déjà fait défection, affirmait alors après coup la CIA, photo (ci-contre à l’appui).  « Ce coup ci-dessous est le B-26  original qui a fait défection et le vrai A-26 cubain dans leur modèle Invader « C ».  Lorsque le fiasco de la Baie des Cochons a été lancé, la CIA avait envoyé un équipage et avion de retour au même aéroport pour représenter « plus d’équipages encore de la Force aérienne cubaine qui font défection ». Le petit problème était que que l’Invader portait exactement le même numéro mais c’était un modèle «B».  La ruse, apparemment avait été détectée rapidement par d’autres autorités américaines qui n’avaient pas été mises au courant de l’invasion, mais qui se souvenaient de la défection précédente »… note ici le judicieux site dédié au B-26 (3).  Deux avions, portant le même numéro d’escadre, mais au look différent ?  A noter que lors du rejet du plan d’invasion proposé par Bissell, ce dernier avait proposé le soutien aérien de 16 appareils B-26, mais que Kennedy, le 14 avril, ne lui en avait autorisé que 8.

Quand Kennedy se retrouve avec un mensonge de la CIA à faire gober

Comme le racontent très bien David Wise et Thomas B.Ross l’atterrissage impromptu des deux appareils semblait avoir surpris Kennedy lui-même, alors en week-end dans sa propriété de Glen Ora en Virginie (où Jackis faisait du cheval, et dans laquelle un équipement conséquent de radio avait été installé pour tenir d’heure en heure JFK de l’avancée des événements à Cuba, comme le révèle la photo ici à droite).  Indiquant par la même occasion que la CIA avait résolument agit seule, sans même lui demander son aval !!!  « Ce qu’il lisait dans son New York Times dominical n’était certes pas fait pour lui plaire et le rendait profondément soucieux.  Ni lui ni ses conseillers n’avaient prévu qu’une telle publicité, et d’une telle nature, entourerait les bombardements de Cuba et l’histoire du mystérieux pilote « déserteur » qui s’était posé à Miami.  Dans tout le pays, les journaux du matin avaient relaté l’histoire des raids de bombardement avec plus ou moins de circonspection.  De nombreux organes de presse se contentèrent de reproduire la brève dépêche de l’Associated Press, datée de Cuba qui disait sèchement :  « La Havane, 15 avril.  Des pilotes appartenant aux forces aériennes du premier ministre Fidel Castro se sont révoltés aujourd’hui et ont attaqué, à la bombe et aux roquettes, trois des principales bases aériennes castristes  ».  Jusqu’ici, l’intox fomentée par la CIA avait donc marché ! 

La presse s’oppose à la version officielle de l’événement

Selon Wise et Ross toujours, « mais l’influent New York Times refusa d’accepter dans sa totalité cette version des faits.  L’article envoyé de Miami par le reporter Tad Szulc posait par exemple une question embarrassante : comment le conseil révolutionnaire cubain avait-il pu connaître à l’avance la désertion des pilotes puisque celui qui avait atterri à Miami déclarait que leur fuite avait été précipitée?  De La Havane, le correspondant Kuby Hart câblait un compte rendu dans le même sens.  A Washington, aux bureaux du Times, où l’on essayait de rédiger un article mettant en relief les « circonstances troublantes », on essayait de joindre chez eux par téléphone certains hauts fonctionnaires de l’administration.  Il s’agissait de savoir, en dehors de la façon dont Cardona avait pu être au courant à l’avance des désertions des pilotes, pourquoi le nom de l’aviateur arrivé à Miami avait été tenu secret alors que l’on avait autorisé la publication de photos qui montraient nettement son visage et le numéro 933 sur le nez de son bombardier.  En outre, le Times demandait si La Havane ne serait plus en mesure de connaître promptement l’identité d’un pilote de l’aviation militaire cubaine qui avait pris la fille de l’air avec un bombardier B-26.  D’autres journalistes de Washington et de Miami voulaient savoir où se trouvait le troisième avion, puisque trois pilotes avaient paraît-il, déserté.  Un reporter, à Miami, vit les impacts des balles, mais il remarqua que de la poussière et de la graisse recouvraient les charnières de la soute à bombes du B-26 933, et que les mitrailleuses de l’avion ne semblaient pas avoir tiré. Par ailleurs, alors que dans l’armée de l’air de Castro les B-26 avaient un nez en plexiglass transparent et des mitrailleuses dans le fuseau de l’aile, ce B-26 avait huit mitrailleuses de 50 dans un nez métallique ».   Bref, la fausse information de la « défection » de pilotes cubains avait rapidement été éventée  grâce à la perspicacité de la presse US  !!!  Ce qui ruinait déjà l’invasion à venir !!!  « Ainsi, par suite de la collision inévitable entre le mécanisme secret du gouvernement et une presse libre, à ce point de choc entre le gouvernement invisible et le monde extérieur, le monde réel, l’opération de la baie des Cochons commençait-elle à perdre sa consistance.  Comme le président Eisenhower l’avait découvert un an auparavant lors de l’affaire de l’avion U-2, et comme le président Kennedy s’en apercevait maintenant, essayer de tromper la presse et le pays pour protéger une opération clandestine c’était pour le gouvernement, une affaire extrêmement délicate et risquée » écrivent les deux journalistes, qui avaient donc perçu très vite, et avant tout le monde, avec cet exemple, l’écart grandissant entre les deux pouvoirs en place, entre la CIA et un président pas même mis au courant de ce que celle-ci faisait exactement !!!  Le contre-pouvoir présidentiel était déjà là, présent, sous la forme d’images destinées à intoxiquer les foules  (ci dessous le télex envoi aux rédactions par la CIA et à droite ci-dessus l’intox du faux pilote cubain au visage à moitié masqué (4)) !!!

Un terrorisme intérieur, en Floride, préconisé à la place !

La CIA était-elle déjà devenue folle (à gauche trois B-26 photographiés à Opa-Locka – Miami : les fameux  « défecteurs cubains » tout droit sortis des stocks de l’armée US !) ?  On serait à même de le croire à lire la suite.  Une autre opération encore présentant de laisser envahir l’île de tubes à vides « piégés » de manière à perturber toutes les communications radio basées sur ce type de composant (« Operation Smasher »).  Une autre suggestion ridicule avait aussi été faite dans un autre mémo, appelé « Operation Dirty Trick », au sein de « l’Opération Mongoose ».  Cela consistait à rejeter la faute sur Cuba, si d’aventure le voyage dans l’espace de Glenn se serait mal passé (ce qui a failli se produire, sa fusée de freinage n’ayant pas été éjectée du bouclier de sa capsule !!!).  Bien plus grave encore, la CIA préconisait aussi d’avoir recours à un terrorisme intérieur manipulé, avec dissémination d’attentats à la bombe, à Miami même :  «Nous pourrions développer une campagne de terreur cubaine communiste dans la région de Miami, dans d’autres villes de la Floride et même à Washington, » dit un seul document à partir de 1962 qui se lit comme suit. « La campagne de terreur pourrait être dirigée vers les réfugiés cubains qui cherchent refuge aux États-Unis.  Le point « a, » dans ce cas, signifie que les réfugiés cubains seraient visés par la violence. Violence faite pour ressembler aux actes de terroristes cubains radicaux fidèles au régime Castro.  « Nous pourrions couler une cargaison de Cubains en route vers la Floride (réelle ou simulée), » continuait le document.  « Nous pourrions encourager les tentatives sur la vie des réfugiés cubains aux États-Unis, même dans la mesure d’en blesser, afin que ce soit largement diffusé.  Faire exploser quelques bombes de pains de plastic dans les endroits entièrement choisis, l’arrestation d’agents cubains et la mise en circulation des documents fabriqués accusant la participation cubaine serait donc utile pour présenter l’idée d’un gouvernement irresponsable. «   En somme un des responsables de la CIA n’hésitait pas, à l’époque, d’assassiner ceux que le pays soutenait, dans le seul but d’en accuser Fidel Castro !!  Tuer leurs propres alliés !!!  Affligeant, sinistre et sidérant (ou précurseur ?) !!!  De la folie !

La Nouvelle-Orleans, second foyer anticastriste

L’autre approche encore est l’infiltration de ces groupes d’exilés pour les surveiller ou les contrôler.  L’idéal serait d’avoir quelqu’un pouvant passer pour un supporter de l’extrême droite anti-castriste d’un côté, et qui pourrait aussi, de l’autre, être un individu qui pourrait débarquer à Cuba avec une image « compatible » avec le communisme ambiant.  Un oiseau rare, en quelque sorte, qu’il faudrait nécessairement former. C’est à la Nouvelle-Orléans que l’on va contacter Lee Harvey Oswald, là où il est né en fait.  En janvier 1954. Lee Harvey n’a alors que quinze ans, et on le retrouve dans une sorte de milice para-militaire, la « Civil Air Patrol » (ou CAP, plutôt d’extrême-droite, Oswald l’étant, en ayant souvent montré par exemple un racisme viscéral).  Un groupe formé, on le verra plus loin par un magnat du pétrole texan, aux idées d’extrême droite, nostalgique du fait qu’il n’avait pu devenir pilote en raison d’une mauvaise vue (ce qui ne l’empêchera pas de chasser en savane plus tard comme on va le voir).

Un groupe de jeunes recrues, donc, qui a comme instructeur David Ferrie, un pilote d’avion plutôt excentrique, homosexuel avéré à une époque où c’est encore perçu comme une tare, qui est aussi un agent de la CIA (ce serait lui qui aurait transporté les tireurs mafieux à Dallas, et les aurait exfiltrés après).  L’homme à une drôle d’allure : malade, se disant rongé par le cancer, il porte une perruque et a teint ses sourcils, ou plutôt les peint, ce qui lui donne une tête de clown véritable. On possède un cliché révélé fort tardivement, pris par Chuck Frances, et transmis au site Frontline en 2003 seulement par John B. Ciravolo, des rencontres Oswald-Ferrie, où les pseudo-militaires faisaient un barbecue, une photo prise en 1955.  Tony Atzenhoffer, et Layton Martens, deux autres « cadets » du CAP authentifieront la photo, mais Ferrie niera toujours avoir rencontré Oswald !  Y compris devant le FBI le 25 novembre 1963, où il ne reconnaîtra qu’être entré en contact avec Sergio Arcacha Smith, autre figure d’extrême droite des exilés cubains.

 

Ferrie, un homme-clé à l’étrange allure

Ferrie, à l’allure si étrange alors qu’il avait été séminariste, dans sa jeunesse, et le tout premier témoin des liens entre Oswald et la CIA, figure également dans l’ouvrage de Garrison, mais à une place un peu spéciale, car lui aussi on l’a en effet retrouvé mort « suicidé », chez lui, avec deux lettres dactylographiées à ses côtés… non signées de sa main !  Garrison soupçonnera une mort au médicament Proloïd, ingurgité massivement et ayant provoqué un arrêt cardiaque.  La méthode parfaite pour se débarrasser d’une personne encombrante.  Une des méthodes utilisées par la CIA !  « La mort soudaine de David Ferrie était pour nous une catastrophe.  Je n’arrivais pas à oublier la remarque prophétique que Ferrie avait faite à Lou Lyon à propos des articles de journaux le concernant :  « Je suis un homme mort. »  Et je n’arrivais pas non plus à me sortir de l’idée qu’il s’agissait peut-être d’un meurtre.  De toute façon, nous venions de perdre notre meilleure chance de boucler l’affaire.   Avec le concours, conscient ou non, de David Ferrie, qui nous orientait vers Clay Shaw et ses compagnons, nous aurions pu constituer un dossier en béton contre Shaw.  Sans Ferrie, ce serait beaucoup plus difficile » écrit, dépité, Garrison (page 131 de l »édition française de France-Loisirs, en 1988), un courageux Garrison, dont on sait qu’il échouera dans son enquête.  En 1993, trente ans après les faits, surprise, on retrouvera le plan de vol de l’avion de Ferrie en date du 8 avril 1963.  Un avion qui était un petit Taylorcraft L-2 et non un DC-3.  Il avait déjà remplacé son petit Stinson Voyager, visiblement trop fatigué par ses nombreuses expéditions un peu partout..  A noter que ses deux avions étaient les versions civiles d’appareils d’observation militaire.  Outre Ferrie comme pilote, il y avait comme passagers, les dénommés Lambert, Diaz et « Hidell », voyageant de la Nouvelle-Orleans à Garland, au Texas.  Or Hidell était le pseudonyme employé communément par Oswald, notamment lors des achats de ses armes.  Une enquête où il avait croisé également l’ancien agent du FBI Guy Banister, anticommuniste notoire (membre de la très réactionnaire John Birch Society) devenu « Assistant Superintendent of the New Orleans Police Department« , avant de fonder sa société de détective privé et d’être le responsable également de « l’Operation Mongoose » (3) : une autre tentative de renverser Castro, approuvée en 1960 par Eisenhower, poursuivie par Kennedy, et supervisée par le général Lansdale (ci-contre, le Herald-Times Reporter du 31 mai 1975, dans lequel Lansdale affirme que Kennedy était bien derrière les tentatives d’assassinat de Castro).

Le très étrange lien avec Bobby

Le bureau du « Newman Building » de Banister (ici à droite) était dans le même bâtiment que le Cuban Revolutionary Council et le Crusade to Free Cuba Committee de Sergio Arcacha Smith, deux groupes anti-castristes à tendance dure !  Et celui qu’ouvrira plus tard Oswald… À la méme adresse !  Le parti du Front Démocratique Révolutionnaire (FRD) d’Arcacha Smith ayant comme « bénévole » David Ferrie !  Arcacha Smith étant lié en affaires et en amitié avec le multimillionnaire Haroldson L. Hunt, que l’on retrouve sans trop de surprises derrière cet excité cubain ayant besoin d’argent.  Très vite, pourtant, à peine arrivé à Miami, l’homme avait été surveillé par le FBI : un agent dépêché spécialement sur place, De Brueys, qui pratiquait couramment l’espagnol, avait ainsi pu apprendre qu’il avait contacté le 23 décembre 1960 l’entreprise Export Packers à la Nouvelle-Orléans pour l’obtention par « le FRD de bazookas et un petit bateau. »  Mais Smith avait d’autres chaperons, visiblement.  On remarquera tout d’abord que sa boîte postale était à Coral Gables, en Floride, juste à proximité du bureau du JMWAVE, la station locale de la CIA chargée du dossier Castro, et que sa surveillance était donc aisée (à Coral Gables, on trouvera ça aussi). Mieux encore: lorsque le juge Garrison, qui avait donc bien levé un sacré lièvre en enquêtant sur les ramifications du réseau des cubains de la Nouvelle-Orléans demandera à voir témoigner Arcacha Smith, un refus de comparaître propre et net lui sera signifié par… John Connally, le sénateur blessé lors de l’attentat de Kennedy :  Smith étant alors incarcéré dans une cellule au Texas !  On n’aurait pas voulu en savoir davantage sur l’assassinat qu’on ne s’y serait pas pris autrement !  Difficile à comprendre, même cinquante ans après… et pourtant, l’explication était simple.  Tout ceci avait une explication en fait, et elle est lourde de sens: Les Kennedy avaient eux-aussi sous la main des anticastristes, alors qu’extérieurement ils prônaient un rapprochement avec Castro, avec à leur tête une vielle connaissance, Sergio Arcacha-Smith :  « jusqu’à l’époque où Arcacha a pris sa retraite de l’activisme anti-Castro et délaissé la Nouvelle-Orléans (sous un nuage de mauvaise gestion financière), il a toujours revendiqué avoir étroitement travaillé avec la direction clandestine du procureur général Robert Kennedy pour les mouvements anti-Castro.  Il décrira sa relation à RFK dans une interview strictement hors-micro avec l’éditeur de la revue Life, Richard Billings, en 1967.  « Off the record », a-t-il insisté « parce que je ne veux pas embarrasser M. Kennedy et ne pense pas qu’il serait juste, que nous appelions M. Bobby Kennedy (il meurt en 1968, un an après cet interview) à chaque fois que nous avions quelque chose à signaler ou pour lui demander conseil.  Il savait ce que je nous faisions tout le temps.  Mais s’il vous plaît ne l’écrivez pas, car c’est « off ».  C’est la façon dont ça se faisait.  Nous appelions M. Bobby Kennedy et il y répondait . » (Mémo interne de Dick Billings , Life Magazine, Avril 1967 cité dans le livre de Gus Russo , « Live by the Sword » (Baltimore : Bancroft Press , 1998), p 142 .. ).  Des décennies plus tard Arcacha le dira avec plus de précision, pour Gus Russo, « chaque fois que nous avions besoin, par exemple d’envoyer des armes dans les camps au Nicaragua, je devais appeler Bobby.  Le lendemain, il répondait. » (Russo, p.142). 

Double jeu à la maison Blanche 
Les exilés cubains prétendument pourchassés par les Kennedy, au même titre que les mafieux, étaient donc leurs alliés (qu’en conclure entre Kennedy et ces mêmes mafieux ?) ?  Passionnante découverte, dont les preuves étaient pourtant devant nos yeux depuis des mois en 1963 :  à la Nouvelle-Orléans, ce n’était même pas la peine de se cacher, le bureau de Banister étant sous les fenêtres… de l’ONI (l’Office of Naval Intelligence), autre service secret fort impliqué dans la manipulation des cubains exilés.  Des caisses de munitions étaient parfois déposées sur les trottoirs des deux associations, sous le regard des employés de l’ONI sans que cela ne choque personne.  Des préparatifs douteux se faisaient au grand jour.  Le jeu de dupes allait durer longtemps ; la mort de Kennedy n’ayant en rien refréné les ardeurs des opposants à Castro.  Aujourd’hui encore, certains exilés y croient toujours, nous dit Courrier International :  visiblement ils bénéficient toujours de la même mansuétude gouvernementale américaine, 50 ans après !

 

 

(1) La seconde crise débute le 23 août 1958, elle a commencé lorsque l’artillerie de l’Armée populaire de libération commence à bombarder les îles de Quemoy et de Matsu dans le détroit de Taïwan vingt-quatre heures après que le président des États-Unis Eisenhower eut proposé à Nikita Khrouchtchev le premier sommet soviéto-américain de la guerre froide, et une réduction des armements nucléaires.Mao Zedong ne voulait pas que la question de Taiwan reste dans l’ombre.  Ces attaques provoquent le déploiement de la Septième flotte américaine dans le détroit.  Après quelques semaines critiques pendant lesquelles les îles furent en danger sérieux, les Américains réussirent à établir une ligne de ravitaillement à Quemoy, y débarquant publiquement, entre autres, de l’artillerie susceptibles de lancer des charges nucléaires tactiques.

(2)  « Le président John F. Kennedy était un grand fan des romans de James Bond d’Ian Fleming.  En fait, le commentaire de Kennedy lors d’une conférence de presse sur son amour des thrillers de Fleming a fait beaucoup pour placer les romans de Bond au sommet des listes des best-sellers.  Une influence du genre de James Bond était l’acceptation que les agents de renseignements avaient une «licence pour tuer», l’attribut définissant de la désignation de Bond comme 007. Dans l’argot de l’officier de renseignement des années 1960 c’est devenu connu comme «une fin avec un préjudice extrême».  Dans le roman d’Ian Fleming, après avoir reçu une licence pour tuer, l’agent du service secret britannique James Bond se rend à Madagascar, où il découvre un lien vers « Le Chiffre », un homme qui finance des organisations terroristes.  Il y apprend que Le Chiffre prévoit de recueillir de l’argent dans un jeu de poker de haut vol, et le MI6 envoie Bond pour jouer contre lui, en tablant sur leur plus récent « 00 » pour renverser l’organisation de l’homme.  Les opérations de la CIA de 1953 à 1960 ont été considérées comme de « petites pommes de terre » (peu dramatiques) par le Président, confiées dans leurs détails opérationnels à Allen Dulles, mais toujours avec la compréhension claire que le patron devait être mis au courant si les choses devenaient sérieuses.  Comme cela arrive invariablement avec les opérations secrètes, ce ne fut pas toujours le cas.  L’approche plus circonspecte d’Ike a conduit certains subordonnés à planifier tout, afin d’assurer un cas de dénégation plausible au sommet.  Un résultat a été les tentatives d’assassinat inspirées par l’agence contre Fidel Castro et Patrice Lumumba, avec lequel le directeur de la CIA Dulles a peut être été connecté, mais sur laquelle la connaissance d’Ike ou le rôle ne peut pas être démontrée ».

(3) Selon Wikipédia et selon Noam Chomsky « en 1989, l’Opération Mongoose « gagne le prix de la plus grande entreprise isolée de terrorisme international au monde. Toujours selon l’auteur, elle avait un budget de 50 millions de dollars par an, employait 2 500 personnes dont environ 500 américains, et resta malgré tout secrète pendant 14 années, de 1961 à 1975.  Elle fut révélée en partie par la Commission Church au Sénat américain et en partie« par de bonnes enquêtes journalistiques ».  A noter que lors de la commission Church siégeait aussi le texan John Tower.  La commission révélera des techniques sophistiquées pour tuer Castro, tel cet étonnant pistolet lanceur de fléchettes paralysantes, qui n’était donc pas un engin de science-fiction ni de série TV genre « Mission Impossible ».  « En 1975, lors des audiences du Comité Church, l’existence d’une arme secrète d’assassinat est venu en lumière.  La CIA a mis au point un poison qui devait causer à la victime une attaque immédiate du cœur.  Ce poison congelé peut se présenter sous la forme d’une flèche, envoyée à haute vitesse par un pistolet.  Le pistolet était capable de tirer le projectile de glace avec assez de vitesse de façon à ce que la fléchette irait droit à travers les vêtements de la cible pour y laisser seulement une marque rouge minuscule.  Une fois dans le corps le poison fondrait, et serait absorbé dans le sang.  Attaque cardiaque instantanée !  Le poison avait été conçu pour être indétectable par les procédures d’autopsie modernes ».  Voilà qui expliquerait facilement quelques disparitions de l’après 22 novembre, il me semble, non ?

(4) les cubains ne feront pas mieux, puisqu’ils exposeront longtemps dans leur Museo del Aire, à la Havane, au moins jusque dans les années 90 un autre modèle 933 prétendument « capturé » lors de l’invasion (photo ci-contre à droite).  Or cet appareil (le 44-34535) avait derrière lui une toute autre histoire.  Sorti des chaînes de montage de L.B. Smith Aircraft Corp, de Miami (spécialisée dans le « custom » de B-26), le 12 juin, 1959, il avait acheté par l’ USAF pour devenir le N8020E, puis était passé chez Smith Latin Americana Inc, Wilmington, le 29 décembre 1961 et Madden & Smith Aircraft Corp, Miami le 25 janvier 1962, puis chez Hamilton Aircraft Co, Tucson, en Arizona le 5 novembre 1963; et être acheté ensuite par Aero Union Corp, Anderson, Californie, en novembre 1963 … et repartir en Arizona chez Greg Board/Aero Associates le 26 mars, 1965.  En juin, le voici acheté par le Portugal qui l’enregistre sous le numéro 7101; et qui le repeint en olive green, pour l’envoyer dans la « Esquadrilha » “Os Diabos » (ici à gauche).  Envoyé combattre en Afrique il est abandonné à Luanda, en Angola, en novembre 1975 et… récupéré par les forces cubaines sur place… pour se retrouver au Musée de la Havane en 1989 arborant encore un autre 933 !

On peut relire ceci:

http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/les-folies-de-la-guerre-froide-148137

 

Article précédent:

L’assassinat de Kennedy : Oswald, ou le parfait pigeon (2)

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