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L’assassinat de Kennedy : Oswald, ou le parfait pigeon (29)

Si l’on commence à mieux cerner les divers protagonistes ayant pu mener à Dallas, il demeure des interrogations sur certains pans de la politique de JFK pouvant expliquer sa fin rapide au bout d’à peine trois années de mandat, ce qui est peu pour se faire détester au point d’être victime d’un attentat très organisé à l’accomplissement parfait.  Et parmi ces choses ignorées ou mal connues, je vous en ai retrouvé une qui mérite toute votre attention.  Une autre Baie des Cochons avait été préparée et avait elle aussi échoué, mais elle était restée secrète.  La légende de Kennedy veut qu’il était devenu « pacifiste », grâce à l’influence d’une personne que nous nous avons vu à l’épisode 21.  Une légende fort écornée à voir les préparatifs placés sous la seule responsabilité de son frère Bobby, des préparatifs destinés à en finir avec Fidel Castro, alors qu’officiellement, le propos présidentiel consistait à évoquer des discussions avec le leader marxiste cubain.  JFK aura été l’un des présidents les plus pervers en politique, à découvrir cette incroyable mise en place d’une attaque militaire organisée de l’île de Cuba alors qu’il prônait officiellement être pacifiste .

Avant de faire du bateau, revenons d’abord sur la Dealey Plaza.  Ce qui est sidérant dans l’affaire d’Oswald, c’est la vitesse à laquelle un commissariat composé pour l’essentiel de policiers véreux, ou incapables, comme on a pu le voir, où croupissent un bon nombre de policiers profitant des largesses d’un Jack Ruby qui a tout compris à comment se faire oublier quand il le faut (et le montrera avec brio quelques heures plus tard) a réussi en moins de deux heures à conclure l’affaire, sans même, rappelons-le boucler le quartier et protéger la scène du crime.  Oswald, en résumé, est très vite sorti du chapeau des policiers de Dallas… pour la simple raison que son rôle avait été écrit ainsi depuis longtemps.  Quels qu’aient été les tireurs, et quels qu’aient été les endroits d’où ils auraient pu tirer, le but était de désigner et au plus vite un coupable idéal, et un seul.  Pour des gens désireux d’engager un conflit mondial, un communiste avéré et déclaré devant les caméras de télévision, rôle que l’on avait demandé à Oswald de tenir quelques mois auparavant pour mieux pouvoir infiltrer certains réseaux ou contre-réseaux, était le « plus » amené sur un plateau.  Tout était écrit depuis longtemps et Oswald aurait dû être supprimé tout de suite dans le scénario prévu à l’avance.  Car, à bien regarder comment on a si vite fondu sur lui, on découvre vite un procédé et un plan élaboré de longue date.

Plus de services secrets que de civils
Dealey Plaza affiche alors la superficie record en nombre de petits chapeaux noirs, « pork-pie hat » ou autres, qui distinguent les inspecteurs de la police de leurs collègues en uniforme.  La gabardine de l’armée est aussi fort courue sur cet espace, où, à bien regarder au moment des tirs, il n’y avait que fort peu de monde.  On le rappelle, c’est la fin d’un circuit de visite présidentielle, Elm Street n’est qu’une bretelle échappatoire pour se rendre via l’autoroute au repas annoncé avec 2600 invités de la bonne société texane, celle qui vient en Stetson et bottes applaudir habituellement Johnson comme on applaudit le champion du rodéo (la scène de l’Etoffe des Héros ou Johnson offre aux cosmonautes un spectacle d’effeuillage résume parfaitement l’atmosphère de comice agricole géant que devait rejoindre Kennedy, : en fait c’était un hommage à Sally Rand, et sa célèbre danse de l’éventail, rôle joué par Peggy Davis).  Parmi cette floraison tardive de feutres, des hommes se distinguent des autres. Ainsi James Powell, un agent de renseignement de l’armée alors impliqué dans la surveillance des dissidents nationaux, habillé ce jour-là en civil et que l’on retrouve tout en haut du Texas School Book de Dallas, à peine 10 minutes après les tirs.  L’homme n’est même pas en service, il est venu là sur sa journée de congés, et n’est pas officiellement au travail, donc.  Un véritable badaud.  Du moins c’est ce qu’il clamera partout ce jour-là, et ce qu’il répétera aux policier de Dallas et à la commission Warren.  Juste avant de se retrouver en haut du dépôt, il avait été vu du côté du monticule du grassy knoll, ajouteront plusieurs témoins.  L’homme fait partie d’une unité de l’armée, le 112e Intelligence Group.  Il a beau être ce jour-là incognito, il a gardé de bons réflexes :  il a d’abord sorti son appareil photo Minolta 24×36 (à focale normale) pour prendre le dépôt de livres, dès le premier tir, puis s’est dirigé vers le tertre, et là il à fait savoir haut et clair au public qu’il était « l’agent spécial Powell« , phrase que retiendra un journaliste vite expulsé de l’endroit par ses soins, un gars de « The Washington Spectator » venu faire son reportage à Dallas. D’autres témoins se verront interdire l’accès à cet endroit par des policiers ou des agents des services secrets.  Puis il est retourné en haut de la bibliothèque.  En civil, mais jouant les militaires en mission, voilà bien une situation particulière chez notre homme.

Oswald était suivi de près, très près

Interrogé plus tard par l’ARRB, par A.Wray, il donnera des éléments fort importants sur ce pourquoi il était là, finalement.  C’était bien pour le travail, en fait.  « Eh bien, je suis membre du Groupe 112e INTC (Intelligence Corps).  Je réalise les enquêtes de sécurité pour les autorisations de sécurité sur le personnel militaire et civil qui travaillent par exemple, sur des bases de missiles ou ailleurs.  Tant qu’ une partie de leur vie est dans notre région :  Dallas, Texarkana, Amarillo, ce genre d’endroits.  Je suis responsable de la vérification de leur identité ; avec la vérification, éventuellement, de leurs dossiers de police.  Je vais interviewer les références qu’ils ont apportées, sur leur moralité et j’ajoute des références de caractères supplémentaires provenant des données amenées par les gens à qui nous avons donné le feu vert de sécurité ».  Wray : « Vous avez également eu une formation spéciale dans une enquête photographique ?  Oui, des enquêtes photos », répondra-t-il sobrement.  Notre homme avait démarré selon ses dires son reportage photo dès la descente d’avion de Kennedy, au Love Airport et avait suivi tout le trajet (étrange pour un « touriste » de passage à Dealey Plaza) … pour se retrouver ensuite en face de la fameuse bibliothèque, où il était monté pour faire la toute première photo de l’étage n°6 :  avouez qu’il avait du flair, notre fameux touriste !  Un premier interrogateur, A. Wray, de l’ARRB, pourtant chief Analyst for Military Records n’arrivera pas à lui faire pour autant redire la phrase entendue par d’autres de sa bouche ce jour-là… signifiant qu’il n’était pas venu en touriste mais qu’il était bien en mission.  Il n’empêche, lors de son premier interrogatoire il n’avait pas reconnu avoir chassé le journaliste du Grassy Knoll.  Pas couru jusque là, mais il avait entendu… trois tirs selon lui, comme il a pu le dire sans qu’on ne s’en émeuve trop à la commission tardive de l’ARBB de 1996  (en distinguant deux sortes de bruits différents sur les trois tirs laissant entendre… deux armes différentes ) :

POWELL:  Mon impression est  qu’il y a deux coups, peut-être trois.  Encore une fois, c’est un truc, si vous ne l’écoutez pas (attentivement), vous n’êtes pas sûr.  Mais en même temps, nous avons été formés pour être très attentifs et ainsi de suite, donc je … Le plus j’y réfléchis et à parler après ça,  je me souviens deux tirs assez rapidement ensemble, puis une pause, puis un troisième .  Ou une explosion – encore une fois, à ce moment-là je ne me suis pas rendu compte que c’étaient des coups de feu.  Vous ne voulez pas entendre des coups de feu dans une situation comme ça, vous voulez que ce soit autre chose.  Donc, c’est difficile, un peu difficile de vraiment l’enregistrer jusqu’à ce que je sois monté là-bas et entendu ce qui s’était passé et réalisé que c’étaient bien des coups de feu.
WRAY:  Avez-vous eu le sens de la direction à partir de laquelle les coups de feu sont venus?
POWELL:  Pas moyen de savoir cela, parce que de mon point de vue quand je l’ai entendu, vous savez, je n’étais pas à Dealey Plaza même, je m’approchais de Dealey Plaza.  C’est très ouvert, les choses peuvent faire écho là-dedans, il n’y a aucun moyen de savoir exactement la direction de laquelle ils sont venus.  Donc, jusqu’à ce que je suis arrivé là-bas et j’ai vu quelqu’un pointer dans le bâtiment, je n’avais aucun moyen de savoir ».

En changeant d’interrogateur, le 20 avril 1978, pour une autre audition du House Select Committee on Assassinations, c’est son patron, le colonel Jones qui était devenu un peu plus bavard sur les activités de ce fameux « Groupe 112e INTC » :

M. G. :  colonel Jones, je voudrais clarifier plusieurs points.  Combien de personnes du ministère de la Defense Intelligence ont-elles eues comme mission d’aider les services secrets à Dallas le jour de l’assassinat ?

MJ :  J’estime entre huit et douze.

M. G. :  Combien de ces personnes auraient été en civil ?

MJ : Toutes l’étaient.

M. G. :  Est ce que ces personnes de renseignement militaire avaient sur eux des autorisations des services secrets dans le cadre de leur travail de liaison avec eux ?

MJ :  Ils n’ont pas les pouvoirs des services secrets.  Ils étaient identifiés avec un certain type de signe, ou quelque chose sur leurs revers ;  ou avec un code de communication qui pouvait être identifié facilement dans la foule.  C’était pris en charge par les Services Secrets qui conseillaient le type de signal à utiliser, et ils n’ont pas les pouvoirs des services secrets .

MG :  J’ai plusieurs autres noms sur lesquels je voudrais vous poser une question. Est-ce que James W. Powell était l’un de ces agents de liaison ?

MJ :  Oui, il était capitaine et portait aussi des vêtements civils et avait été affecté à la Région 2 du Groupe 112 .

MG :  Etait-il, en fait, de service le jour de l’assassinat ?

M. J :  Oui, il l’était.

Bref, un agent en mission avait encore ouvertement menti lors de ses premières auditions et son propre chef l’avait reconnu !  En somme, Dealey Plaza, ce jour-là, était truffé de services d’espionnages divers :  il y avait plus d’espions et d’officiers de police de Dallas au mètre carré que de simples spectateurs !  Et comme le fait remarquer Prouty dans plusieurs reportages, pas une fenêtre de fermée par ses mêmes services secrets dans le coupe gorge de l’entrée d’Elm Street ! En somme, l’endroit était truffé d’enquêteurs mais aucun n’avait pris l’initiative de se poster sur les toits, ou de veiller à ce que personne n’y soit, comme auraient dû le faire des services secrets normaux.  Tous venus sur place pour rassembler le maximum de preuves de l’assassinat mais pas pour l’empêcher, à bien y regarder.  Etonnante attitude !  Le juge Garrisson avait bien compris le système, évoquant la piste d’un Oswald plutôt espion de l’ONI qu’autre chose, pris dans la tourmente de rivalités entre services secrets et le secret sur les opérations d’assassinat de Castro envisagé par les frères Kennedy alors qu’à l’extérieur ils parlaient à qui voulait l’entendre qu’ils voulaient faire la paix avec lui.  Powell n’était pas le seul du groupe à s’intéresser à Oswald.  Le dénommé Don Stringfellow, du bureau des mœurs du Bureau des services spéciaux du Département de la Police de Dallas, très en cheville avec le FBI, avait envoyé lui aussi au 112e Groupe INTC des informations obtenues d’Oswald dans lesquelles il avait parlé de sa défection pour Cuba en 1959 et le fait qu’il faisait partie du Parti communiste (il en avait la carte), ce qui en faisait obligatoirement quelqu’un à surveiller aux USA.  Un autre membre du FBI, Robert Barrett, qui recevait les rapports de Stringfellow au FBI, surveillait lui Dolan, un ami de Jack Ruby.  Or ce même Barrett fera partie de l’équipe qui est allée arrêter Oswald au Texas Theater.  Selon Dale K. Myers, dans « With Malice : Lee Harvey Oswald and the Murder of Officer J.D. Typait » Barrett aurait surpris Westbrook, autre officier du Département de la Police de Dallas, portant le portefeuille d’Oswald sur le site du meurtre de J.D. Tippit (Dale K. Myers, « With Malice : Lee Harvey Oswald and the Murder of Officer J.D. Typait »).

 

Récapitulatif de l’après Dealey Plaza

Car si on remonte un peu l’écheveau, que constate-t-on ?  Que l’on a un vice-président vite reparti déjà dans le Boeing présidentiel en n’oubliant pas d’emporter une personne qui peut lui faire prêter serment, la juge Sarah T. Hughes, une vieille amie, alors que le cercueil emmené à bord du quadriréacteur était donc… vide, comme on a pu le voir et le démontrer.  En somme, notre vice-président, qui se montrera ostensiblement fort stressé, et qui téléphonera aussi plusieurs fois en pleine opération d’Oswald (au Parkland Hospital !) pour obtenir au bout une version qui se tienne d’un seul tireur qui s’est envolé alors qu’au départ, le tireur aurait déjà dû être pincé, et cela sembla même passablement l’ennuyer à bord d’Air Force One (il téléphonera effectivement le lendemain au docteur en train de soigner Oswald en lui demandant qu’il obtienne ses aveux comme quoi il était seul tireur !).  Un élément du plan avait donc eu une ratée :  le coupable désigné à l’avance n’avait pas tout de suite été arrêté, ou même abattu.  Un policier Tippit abattu plus tard et on le tenait enfin, notre client potentiel rêvé, un communiste en prime, surveillé par beaucoup de gens comme on vient de le voir, que les policiers de Dallas allaient ramener et exhiber comme un trophée, devant une nuée de photographes arrivés on se demande encore comment sur place, le cigare aux lèvres !  Il avait réussi à s’éclipser du bâtiment (la Bibliothèque dans laquelle il travaillait) où il devait être cueilli et même abattu tout de suite, selon le plan d’origine.  Oswald se sentait déjà piégé, ce qu’il dira très vite lui-même lors de son arrestation en se qualifiant lui-même de « patsy » (pigeon).  Le long trajet effectué par Oswald après l’attentat pose aussi problème, en fait.  Cela ressemble plus à une errance d’un mec en proie à un sérieux doute sur comment se sortir d’un pétrin plutôt qu’un plan organisé (une errance conduisant cependant à un point de rendez-vous fixé, celui du cinéma) :

Un coup de fil d’une importance primordiale

Et c’est là qu’entre à nouveau en scène notre E.Jones.  Car celui qui était monté si vite au 6eme étage, sûr d’y trouver un assassin tout fait l’avait raté de peu, Oswald ayant senti le vent mauvais venir semble-t-il et s’était éclipsé, vraisemblablement dans le break de Clay Shaw accouru à toute vitesse, selon le procès Garrison.  Car c’est c’est ce même officier, comme par hasard, venu de Fort Sam Houston, au Texas, qui a contacté les bureaux du FBI à San Antonio et Dallas et leur a donné des informations détaillées concernant Oswald et « AJ Hidell », son alias présumé (Alex James Hidell), à partir des fichiers de renseignement de l’armée qu’il détenait (et qui était tout prêts à servir, visiblement !).  A partir de là, c’est l’agent Hosty du FBI, dont le numéro de téléphone secret sera retrouvé dans le carnet d’adresses d’Oswald, un Oswald qui était on l’a vu employé à la fois par le FBI et par la CIA, qui apportera sur un plateau au commissariat de Dallas les éléments nécessaires à la recherche du suspect.  Le 112 eme bataillon et le FBI travaillaient donc ensemble.  C’était en tout cas ce jour-là l’enquête la plus rapide du monde ou presque, puisque 2 heures et demi après le crime on avait à la fois coffré l’assassin présumé, retrouvé l’arme du crime et même…modifié le corps du trucidé pour qu’il corresponde parfaitement à ce qu’on allait raconter ensuite au public, une histoire prévue à l’avance, avec quelques accommodements ajoutés à la version originale !!!  Oswald n’était rien d’autre, dans l’histoire, qu’un agent dormant piégé.  Le pigeon parfait.  Quelqu’un qui travaillait pour le FBI (ou la CIA), mais qui s’était fait piéger !  « Patsy » avait-il clamé, car pigeon, il l’était.

Oswald travaillait bien avec le FBI

Le juge Garrison était arrivé à la même conclusion sur Oswald :  « J’étais intrigué par l’image d’Oswald laissant une note au secrétaire du Bureau.  Je me rappelais, de mon bref passage au F.B.I. à Seattle et à Tacoma comment les indicateurs communiquaient avec leur agent-contact.  Ils apportaient les renseignements dans une enveloppe cachetée, à son nom.  Les informateurs étaient modérément mais régulièrement payés.  Leur identité était protégée.  Ils étaient identifiés par un code, même dans les fichiers du Bureau.  Bref, je commençais à me demander si, dans les semaines précédant l’assassinat du Président, Oswald avait été un indicateur confidentiel du F.B.I., faisant ses rapports à l’agent spécial James Hosty.  Cette possibilité avait été évoquée dès 1964 par Waggoner Carr, alors procureur général du Texas, un homme d’une haute intégrité et d’une excellente réputation.  Il avait dit à la commission Warren au cours d’une audience secrète le 22 janvier 1964 qu’il avait acquis la preuve, par Allan Sweatt, chef de la division criminelle au bureau du shérif de Dallas, que Lee Oswald avait été employé par le F.B.I. comme agent confidentiel, sous le matricule 179 avec un salaire de 200 dollars par mois, en commençant plus d’un an avant et continuant jusqu’au jour même de l’assassinat du Président Kennedy.  Il y avait eu des fuites et cette choquante nouvelle avait paru dans la presse, notamment dans des articles de Joe Goulden du Philadelphia Enquirer le 8 décembre 1963, de Lonnie Hudkins du Houston Post le 1er janvier 1964, et de Harold Feldman dans The Nation du 27 janvier.  Après de considérables discussions, la commission Warren jugea nécessaire d’enquêter sur cette affaire.  Finalement, elle n’en fit rien.  Les trois journalistes ne furent même pas appelés à témoigner, pas plus que leur source, le chef de la division criminelle du shérif.  Avec le temps, les allégations de Waggoner Carr se perdirent dans le raz-de-marée d’informations et de spéculations sur l’attentat ».  La presse avait subodoré quelque chose que l’on avait vite enterré.  Et il n’y avait pas eu que le Philadelphia Enquirer, le Houston Post, et The Nation à avoir découvert le pot aux roses.  L’autre personne qui allait citer Oswald comme membre du FBI n’était autre que Clare Booth Luce.  Et elle va nous mener à un autre personnage intéressant…

La directrice de Life avait eu vent de l’affaire

Vous vous souvenez, je suppose, du couple Luce, et de ses liens avec les opérations anticastristes (et de l’inimitié de Clare Booth sinon sa haine envers Kennedy, elle est ici à droite en 1944 avec le De Lattre de Tassigny, alors général et futur Maréchal de France, indiqué bizarrement dans sa bio comme étant Jacques Phillipe Leclerc).  Et bien elle aussi savait qu’Oswald travaillait pour le FBI.  Et elle l’avait appris de source sûre :  des réfugiés cubains eux-mêmes, qu’Oswald avait tenté de rejoindre.  Ce qu’elle semblait ignorer, c’est que les frères Kennedy avaient aussi les leurs, d’anti-castristes !!!  « Durant la nuit de l’assassinat du président Kennedy, Clare Booth Luce, la femme de l’éditeur de Time-Life, Henry Luce, a reçu un appel téléphonique de Julio Fernandez, un membre d’équipage d’un bateau d’attaque contre Castro qu’elle avait financièrement co-parrainé avec William Pawley.  Luce avait accepté de parrainer un bateau et son équipage de trois hommes, dont l’un d’entre eux était Julio Fernandez.  Elle avait rencontré ses commandos cubains à New York à trois reprises et avait publié un article à leur sujet dans le magazine Life.  Elle se référait à eux comme étant« mes garçons », mais jusqu’à ce que la nuit de l’assassinat, elle n’avait plus vu ou entendu parler d’eux depuis octobre 1962, lors de la crise des missiles, quand les raids avaient été abandonnés. La nuit de l’assassinat, Julio Fernandez a appelé Luce au téléphone et lui a dit qu’il avait des informations sur Lee Harvey Oswald, l’assassin présumé du président.  Selon Luce, Fernandez lui aurait dit qu’Oswald avait approché le groupe anti-cubain auquel Fernandez appartenait et avait offert ses services en tant « qu’assassin potentiel. »  Les Cubains n’avaient cependant pas confiance en Oswald,  » poursuit le rapport, ils le soupçonnaient d’être un communiste, et ils ont décidé de garder un œil sur lui.  Ils ont finalement pénétré la « cellule » d’Oswald et ont gardé des bandes enregistrées de ses entretiens, y compris ses vantardises comme quoi il pouvait tirer sur toute personne, même le secrétaire de la Marine. Fernandez a dit à Luce qu’Oswald avait pris de l’argent, et s’était rendu à Mexico, puis à Dallas.  Fernandez a dit qu’il avait toujours les enregistrements d’Oswald ainsi que des photographies de lui, et des échantillons des tracts qu’il avait distribués dans les rues de la Nouvelle-Orléans.  Luce a dit plus tard qu’elle avait conseillé à Fernandez de contacter le FBI immédiatement, et qu’elle n’avait pas plus pensé à l’incident de nouveau jusqu’à l’enquête Garrison en 1967.  Elle a à ce moment-là recontacté Fernandez, qui lui a dit que l’un des membres de son groupe avait depuis été brusquement expulsé et que l’autre avait été assassiné.  Lui-même, n’avait rein à voir avec l’assassinat de Kennedy.  »  Or l’homme va rester dans l’ombre de toutes les enquêtes menées :  « quand l’enquêteur du Congrès Gaeton Fonzi a essayé de traquer Fernandez, Luce a dit que  » Julio Fernandez était  » peut-être  » un nom de guerre,  » des Cubains comme ceux utilisés par les visiteurs de Sylvia Odio ,  » Angelo  » et  » Leopoldo ,  » et le rapport du Congrès a conclu, que  » rien sur un tel individu n’a été trouvé.  » Mais il y a pourtant un Julio Fernandez, un suspect d’une enquête par la police de l’État de la Pennsylvanie et du FBI et dont les dossiers sont publiés parmi les pièces de la Commission Warren.  Ce Julio Fernandez était un professionnel cubain qui pouvait avoir eu connaissance d’une association entre Jack Ruby et Lee Oswald avant l’assassinat ».  Ce qu’il y a de plus étonnant dans cette affaire c’est que Luce, qui avait tout fait pour acheter le film de Zapruder (cf à gauche sa caméra) pour ne pas le diffuser et ainsi maintenir l’idée d’un tireur isolé qui aurait été Oswald, n’aurait donc rien fait pour entrer en possession d’enregistrements qui auraient eux aussi nui à la thèse d’un Oswald non téléguidé !  A l’évidence, elle a dû négocier ses enregistrements de Fernandez, quitte à les détruire après, tant ils auraient mis en pièces la thèse officielle.  Le fait de laisser entendre que le fameux Fernandez ait pu être un pseudonyme montrait qu’elle ne souhaitait pas qu’il soit retrouvé.  Car ce personnage menait aux mêmes conclusions que le film de Zapruder :  Oswald n’avait pas agi seul.

 

Qui était donc ce « Julio Fernandez » ?

Car derrière le fameux Fernandez, c’était bien tout une organisation militaire secrète, derrière laquelle se cachaient en effet… les deux frères Kennedy.  Pendant que John faisait de beaux discours se paix, son frère, sur ses ordres, rencontrait des leaders anticastristes qui fomentaient des attaques militaires ou des projets d’assassinat de Fidel Castro.  Avec des opérations militaires déguisées dont une utilisant d’anciens bateaux de guerre américains.  John Kennedy avait eu beau freiner l’exécution du plan ourdi pour la Baie des Cochons, un plan concocté par la CIA, il préparait en douce un plan similaire, à l’insu de tous ou presque (mais peut-être pas de Richard Nixon, son grand rival qui était très proche des anticastristes !).  On a dit Allen Dulles machiavélique, mais les deux frères l’étaient pire encore (ce qui explique aussi leur fin tragique !).  « Bradley E. Ayres, dans son livre Zenith Secret, identifie Julio Fernandez en tant que chef d’équipe dans la maison des réfugiés de Point Mary, avec Karl, un agent de la CIA, lui-même directeur du projet Elliot Key.  Peu de temps après l’assassinat, Clare Booth Luce dit qu’elle a reçu un appel téléphonique de Julio Fernandez.  Un projet nommé à partir de la Zenith Technical Enterprises, le nom d’emprunt de la station JMWAVE de la CIA, dissimulée au milieu de du campus de l’University of Miami South, juste à côté de la base navale abandonnée de Richmond. Rip … nous a expliqué tous les détails des bateaux V-20 (des Wellcraft) utilisés dans les attaques de commandos.  Leur coque en forme de V de 20 pieds (dessinée par Ray Hunt Design) avaient été largement modifiée et renforcée, à un coût de plus de 30 000 dollars chacun.  Ils étaient faits de fibre de verre de double épaisseur pour résister à de grandes vitesses élevées sur les mers ouvertes et ne pas s’endommager sur le corail et des objets immergés dans l’eau peu profonde.  Le blindage avait été incorporé dans la fibre de verre afin de protéger les réservoirs de carburant et les occupants.  De la mousse plastique et du caoutchouc, installés dans des endroits critiques, une protection supplémentaire contre les balles offraient à l’équipage un peu de sécurité dans le cockpit ouvert.  Equipé de moteurs de cent chevaux Greymarine, des moteurs internes jumeaux avec hélices relevables, les bateaux pouvaient voyager à 35 miles par heure, alors que les moteurs ne dépassaient même pas 75 pour cent de leur pleine puissance …. je me suis rappelé Bob nous dire que la « société » a été à la recherche de ce qui se faisait de mieux, de l’artisanat costaud, et s’efforçait d’améliorer la performance de la V-20 ….  »  En notes, le document précise l’usage d’un autre navire, beaucoup plus grand :  « Inconnu de Bradley Ayers, au moins jusqu’au 1er novembre 1963, où le New York Times a dévoilé une photo du Rex sur sa première page, et le fait que le navire avait été emprunté par la CIA à Anastasio Somoza au Nicargua (resté au pouvoir jusque 1956, date de sa mort par assassinat) », l’un des parrains de la Baie des Cochons et employé par la compagnie pétrolière Belcher et loué « comme une couverture » par Collins Radio, de Richardson, Texas (avec comme capitaine Captain Alejandro Brooks et soi-disant pour faire de « l'(electronic and oceanographic research !, » ).  Ce qu’ignorait aussi Ayers est le fait que Collins avait collaboré avec la CIA dans l’Opération Paperclip, et utilisé l’un des anciens scientifiques nazis dans le développement des bateaux rapides pour les commandos cubains en collaboration avec General Dynamics (Collins est ici à gauche avec son ami… Curtis le May).  Comme les automobiles et les avions, les bateaux utilisés par les commandos anticastristes ont laissé une trace papier qui mène aux gouvernement et de la défense de l’entreprise des entrepreneurs qui ont participé à ces opérations« .  Les autres bateaux utilisés étant des Duratech en aluminium à moteurs hors-bord Mercury, qui seront photographiés sur le pont du Barbara J, un cargo de l’US Navy qui sera touché lors de l’invasion de la Baie des Cochons (photo ici à droite).  Les navires de la CIA étaient sous la direction de Gordon Campbell de la CIA. Mais deux autres navires démontraient le côté pervers des deux frères Kennedy :  deux vaisseaux lourdement armés déguisés en bateaux de recherche océanographique avaient été préparés en grand secret pour tenter de renverser Castro (les américains étant persuadés qu’ils provoqueraient une révolte du peuple à la Havane) ! Collins fera fortune avec la guerre du Viet-Nam, en devenant le principal fournisseur de l’armée de postes émetteurs sophistiqués, destinés surtout à l’espionnage, comme le modèle ici présenté en photo, un offert par un membre de la 101st Airborne Division Association, ceux qui faisaient partie de US Army’s 265th Radio Research de la 101st Airborne Division au Vietnam, entre 1967 et 1972.  L’engin avait dit-on été classé Top Secret pendant des années tant il était sophistiqué (et donc coûteux).  Et comme c’est un petit monde, de comploteurs toute cette affaire on constate sans trop de surprise, ma foi, « qu’il sera plus tard révélé que la société Collins Radio avait non seulement loué le Rex et fourni l’équipement électronique utilisé dans les raids sur Cuba, mais aussi fourni les radios utilisées par le Strategic Air Command US Air Force (SAC), Air Force One et la flotte présidentielle d’avions (Missions Air Special – SAM), et qu’elle employait également Carl Mather, l’ami du policier tué à Dallas JD Tippit, dont la  voiture avait été vue sur le site de l’assassinat de Tippit avec Lee Harvey Oswald, l’assassin présumé du président, derrière le volant » nous apprend ici JFKCountercoup.

Le Rex, le Leda, et la proximité des Kennedy

On a vu dans les épisodes précédents un bon nombre de bateaux sillonner le Golfe du Mexique et les Keys de Floride bourrés d’armes destinées à Fidel Castro.  D’autres navires étaient au rendez-vous, pour s’attaquer à lui, plutôt.  Et parmi eux, deux navires bichonnés par les frères Kennedy, des bateaux dont a mis beaucoup de temps à révéler l’existence.  Les deux fleurons de la flotte concoctée par Kennedy étaient en effet le Rex et son « sister ship » le Leda.  Le Rex appartenait auparavant  à Bluefields, au Nicaragua, la firme du dictateur Somoza. « Avec un équipage de quarante exilés cubains, le Rex naviguait sous le drapeau bleu et blanc du Nicaragua, Ancien patrouilleur hors des États-Unis dans la Marine en 1940, l’ancien chasseur de sous-marins avait été sorti de la naphtaline à Green Cove (c’est en Floride, photo ici à gauche) et repeint en bleu foncé.  Remis à neuf avec des projecteurs surdimensionnés, un appareillage électronique complexe et un pont arrière et une grue pour abaisser les hors-bords de 20 pieds, les moteurs diesel de 3600 chevaux jumeaux du Rex lui donnaient une vitesse respectable de 20 noeuds. On a dit qu’il avait coûté à la CIA 500 000 dollars par an pour le maintenir en fonctionnement avec son sister ship le Leda, un des quatre autres navires et des dizaines de plus petits bateaux qui composaient la flotte de la CIA, apparemment supervisée par Gordon Campbell. »

Bref, c’était bien une mission militaire secrète, avec de grands moyens (1 million de dollars pour les deux chasseurs de sous-marins !); observée de très près par les deux frères Kennedy, Bobby se chargeant des relations directes avec les exilés, afin de ne pas montrer de proximité présidentielle avec eux (ça expliquera son silence pesant après l’assassinat, car il aurait dû révéler ses liens douteux !).  « Le navire-jumeau du Rex, le Leda, de Greytown, au Nicaragua, était enregistré chez Lake Cay Company, Inc., qui était censée être engagée dans des « campagnes océanographiques « .  Son capitaine, Gasper Brooks, était le frère du capitaine du Rex.  Un autre navire de la CIA, l’Explorer II, était détenu par Explorations Inc., de Miami Shores.  De petites embarcations motorisées avec moteurs à bord, appelées bateaux Swift (ou Patrol Craft Fast (PCF), ont été enregistrés chez Marine Survey Ace, présidée par un homme de relations publiques de la Nouvelle-Orléans qui travaillait pour ces groupes sponsorisés par la CIA comme « les amis pour un Cuba démocratique » .  On retrouvera trace bien plus tard du modèle de bateau qui avait été retenu par les anticastristes dès son apparition, alors qu’il n’est apparu qu’en 1965 seulement dans l’armée US.  Les Swift boats (ou Patrol Craft Fast (PCF), étant ces bateaux rapides conçus par Stewart Seacraft Inc, à Berwick, en Louisiane, dans lesquels John Kerry tissera sa gloire pendant le Viet-Nam (on créera tout une polémique à ce propos), et dont on retrouvera un reportage plus de cinquante ans après d’un journaliste appelé Jim Nickless, de NBC News, dans lequel on pouvait voir notamment le leader Manuel Artime à l’été 1964, visitant Monkey Point, la base navale au Nicaragua du MRR.  Tout corrobore le fait que ce qu’avaient concocté les frères Kennedy était une organisation d’ampleur. Sur le cliché, l’homme derrière Artime semblant bien être… Rolando Masferrer !!!  Les anti-castristes en ce cas n’utilisaient pas de vieux rafiots, mais de tous nouveaux engins qui serviront de tests à ceux partant pour le Viet-Nam, deux ans avant leur introduction !!!  En réalité, il faut le rappeler, les Swift existaient déjà auparavant, car ils n’étaient que la militarisation d’un petit bateau d’assistance pour les plate-formes pétrolières du golf du Mexique (cf photo ici à droite).  Faisant eux aussi 50 pieds, ils auraient très bien pu être aussi les fameux engins de transport utilisés par Ruby pour approvisionner Castro (en ce cas le même engin aurait servi les deux camps opposés et encore une fois ce n’aurait pas été des « surplus », comme pour les jeeps !!!).

 

 

La CIA aux commandes, ou les Kennedy ?
Tout avait été organisé au départ sous le contrôle de la CIA précise ici « educationforum » :  « Les marins cubains du Rex étaient payés 300 dollars par mois, » rapportent Turner et Hinckle dans « Deadly Secrets:  The Cia-Mafia War Against Castro and the Assassination of J.F.K » :  « leurs dossiers d’inscriptions ont été écrits sur le compte d’une société de pêche commerciale.  La plupart de l’équipage avaient de l’expérience dans la marine commerçante cubaine.  Ils avaient été recrutés par une équipe de l’ancien équipe navale de Batista, pour la CIA.  La confiance politique était autant une exigence de l’emploi que le matelotage, et l’équipage a été soumis à des tests polygraphiques conçus pour chercher s’ils auraient ou avoir des sentiments pro-Castro rampants … naviguant entre West Palm Beach et Miami, l’équipage cubain s’occupait des canons des ponts inférieurs et sécurisait l’artillerie lourde du Rex – deux canons de marine de  40, le canon sans recul de .57, deux canons de 20 mm et deux mitrailleuses de calibre .50 – montés sur le pont supérieur du navire de recherche océanographique qui était maintenant devenu un navire de guerre « … les frères Kennedy, à ce moment là travaillaient donc toujours avec la CIA, et inversement.  Mais n’auraient-ils pas essayé de jouer avec le feu en reprenant l’opération à leur seul compte, c’est là tout le débat qui subsiste.

Du lourd

Deux anciens chasseurs de sous-marins à l’origine, reconnaissables à leur coque au pont droit et a leur cabine arrondie à hublots circulaires presque jointifs.  Un de ces chasseurs rapides d’U-Boot, des engins redoutés, capables aussi d’accélérer très vite tout en se permettant de circuler en haut-fonds, des temps où la meute allemande avait infesté le Golfe du Mexique et qu’il fallait naviguer vite pour les attraper.  Lors de l’Operation « Roulement de tambour »  (Paukenschlag ou DrumBeat aux USA) dont j’avais parlé ici.  L’un d’entre eux (le PC-1265) était basé en 1944 à Guantanamo, c’est à dire sur l’île de Cuba même !  Le 1265 est un bon candidat au rôle de « Leda » : « décommissionné le 1er mai 1946, transféré à la gestion du War Shipping Administration le 3 décembre « son sort est inconnu » indique ici sa fiche.  Car quant à savoir de quel modèle exactement ce type de chasseur de sous-marins rapide était devenu le Leda, la piste du PC-1173 semble fort plausible également, sinon davantage encore (ci-dessus sa photo, montrant l’emplacement de l’emport de canaux de sauvetage).  L’engin avait participé au débarquement en Méditerranée en 1944 dans la Task Force 84.  Lancé le 26 juin 1943, rebaptisé l’Andalusia en 1956, décommissionné le 1 juillet 1960, on remarque qu’il a été sciemment détruit le 23 novembre 1965 par un tir d’avion provenant de l’USS America (CVA 66), à 200 miles à l’est du Cap Charles (en Virginie).  Or officiellement,  il avait été vendu à la ferraille.  Mais dans le journal de bord du porte-avion on ne trouve rien à cette date avant qu’il ne parte en Méditerranée.  Etait-ce l’un des deux qui aurait été repeint de ses couleurs originales avant d’être coulé ?  C’est une possibilité !  D’autres encore sont possibles, tel le PC-1125, atterri en Floride à Cove Springs dès 1947 et rebaptisé Cordele en 1956, dont le sort est lui aussi « inconnu ».  La ressemblance en tout cas est frappante avec la seule photo dont on dispose de son jumeau le Rex (la comparaison va jusqu’au radar resté inchangé !  De toute façon, les frères Kennedy avaient le choix :  on en a construit 362 du même modèle pendant la guerre.  Quant à savoir s’il avait choisi comme nom le Rex comme allusion au Casino flottant de Roselli (voir épisode 8) le débat reste ouvert :  son père, ancien bootlegger devait le savoir en tout cas !).

Car c’était bien cela qui se préparaît

Changer d’apparence, on l’a vu, avait été leur lot.  L’opération d’envergure recourait également à des méthodes de camouflage administratif que l’on retrouvera plus tard, hélas (chez les avions dits de rendition de l’ère Bush).  « Le Rex était détenu officiellement par la Compagnie pétrolière Belcher, qui travaillait principalement dans le secteur de ravitaillement des navires de croisière.  Turner et Hinckle (dans « The Fish is Red ») écrivent que les livres de compte de Belcher ont montré qu’il a acquis le navire d’occasion de la société de Paragon Somza, le parent pauvre de la Paragon Air Service, Inc., une autre société fictive de la CIA. Belcher, à son tour, a loué le Rex à Collins Radio International de Dallas pour de la « recherche électronique et océanographique ».  Collins étant une division de Collins Radio de Cedar Rapids, Iowa. ; un homme de Miami qui était membre d’équipage sur le Villar, (le Pilar étant le yacht d’Hemingway !) avait remarqué l’étrange comportement du navire « c’était un drôle de navire.  Il changeait de couleurs tout le temps. Parfois, la coque était bleue avec un pont vert.  D’autres fois, il était gris avec un pont orange.  Mon ami m’a dit qu’il travaillait dans l’exploration pétrolière ».  Au siège de la Garde côtière à Miami, il n’y avait pas d’inscription pour aucun des navires de ces sociétés.  Le système consistant à repeindre les navires et à ne pas laisser de traces de leur enregistrements connaissant plus tard une grande expansion dans le domaine de l’aviation, comme on à pu le voir sous l’ère Bush père, Clinton, et Bush fils.  Les deux engins étant pourtant visibles :  ils faisaient plus de 50 mètres de long !  Les Kennedy avaient mis en place un système qui allait perdurer, hélas !  Quand à savoir si des navires de guerre pouvaient devenir des yachts, ce n’est pas un problème :  celui d’Onassis, le Christina, n’était en fait que la vieille frégate River Class HMCS Stormont (K327), bateau canadien lancé en 1942, devenu « Argo » avant d’être racheté par le futur mari… de la veuve de Kennedy (qui y a ajouté 4 millions de dollars de frais, un second acheteur grec, le milliardaire Yannis Papanicolaou, en ajoutant 50 pour le remettre en état au décès de Jackie Onassis).

Le « yacht » d’Alberto

Dans le livre « The Great Game in Cuba: CIA and the Cuban Revolution » de Joan Mellen, on découvre un autre aspect de ces manipulations de bateaux avec le cas d’Alberto Fernandez (ici à droite), qui avait rencontré Michael J.P. Malone (1) à Key Biscayne pour s’engager auprès de la CIA.  Idéaliste, il avait demandé à le faire sans compensation financière, au contraire de ses compatriotes cubains exilés, largement arrosés de milliers de dollars par Allen Dulles.  A Cuba, l’homme travaillait à l’Institut du Sucre, « pour protéger ses fonds de Castro », il était le fondateur de Unidad Revolucionaria, mouvement d’opposition à Batista, conçu en novembre 1960, avec Humberto Sorin Marin, lui aussi déçu de l’attitude progressive de Castro.  A la CIA, le mouvement apparaît sous le nom de code de PBRUMEN.  Contre Batista, Alberto a déjà effectué à l’époque de nombreux voyages clandestins pour apporter des armes sur place, sans jamais se faire prendre.  Pour cela il va utiliser l’ILMAFE (la contraction des prénoms de ses 3 enfants), un yacht qui s’avérera vite trop petit pour approvisionner les anti-Batista.  Vint ensuite le Real, un vieux Chris Craft retapé.  Aidé par Dulles et financé par Michael Haider de la Standard Oil et les sucriers américains écartés par Castro, Fernandez achète 70 000 dollars un ancien chasseur de sous-marin de 116 pieds de type WAVR numéroté SC-1339 (décommissionné en 1947 appelé Air Swan et revendu à un Texan sous le nom de Tejana III)… dont 38 000 dollars fournis par la CIA.  Mais désormais, c’est pour approvisionner les anti-Castro. Pour déguiser la provenance, des fonds avait été créée « l’Inter-Key Transportatin Company« , une société écran dont le patron s’appelle Georges M.Kappes.  Le navire (en photo ci-dessus le sister ship Air Lapwing) sera conduit par Armando Rodriguez Alonso, un officier de la marine cubaine rebaptisé Robert Clark Stevens Jr dans les documents de la CIA.  Et son port d’attache sera la Nouvelle-Orleans.  Mais c’est ce qu’Alberto va découvrir comme « cadeau » à bord, offert par la CIA qui reste étonnant écrit Joan Mellen, :  « La CIA a fait savoir à Alberto que l’Agence fournirait plusieurs caisses d’armes à cet effort inaugural.  Plutôt méfiant, comme le craignait la CIA, Alberto a hésité avant de charger ces caisses sur le Tejana. – Voyons ce que nous faisons, dit Alberto. Ils avaient chargé le soir, éteignant toutes les lumières.  Alberto a consulté son capitaine cubain Armando Rodriguez Alonso et ils ont décidé d’ouvrir quelques paquets.  En découpant l’étanchéité, Alberto a découvert des boîtes de fusils Springfield datant de 1903.  Ils avaient été utilisés à l’origine par le général Pershing dans ses batailles avec Pancho Villa.  Les culasses de ces fusils étaient si décrépites qu’elles bougeaient rien qu’en les secouant. »  Historiquement, c’est le  M1 Garand qui avait remplacé le vieux Springfield dans l’armée US.  Détail surprenant à savoir :  après l’échec de la Baie des Cochons, Alberto a cherché un autre havre de paix pour préparer sa propre guerre :  « déterminé à conserver son indépendance vis-à-vis de la CIA, Alberto a formé des agents dans les deux Carolines et en Géorgie, ainsi qu’en Floride.  Voyageant sur la côte de la Floride à la recherche d’endroits d’entraînement, il a emmené quatre personnes du Tejana, et aucune de la CIA.  Un emplacement prometteur était «la clef d’Adam», possédée, cependant, par la relation de Richard Nixon, Bebe Rebozo.  Rebozo confia à Alberto qu’une nuit Nixon avait perdu 12 000 $ à l’Hôtel National de La Havane, puis dit avec hauteur qu’il leur enverrait un chèque ».

Une seconde Baie des Cochons tentée et restée méconnue

Le 21 octobre 1963, soit à peine un mois avant l’assassinat de Kennedy, on avait en fait assisté à un nouvel échec retentissant du plan Kennedy, un échec soigneusement camouflé aux médias.  Une sorte de sous expédition de la Baie des Cochons-bis, en quelque sorte !   » le Rex devait faire une mission spéciale dangereuse qui le porterait un demi-mile de la côte cubaine, bien dans la zone rouge de la défense côtière de Castro.  « Une fois avoir quitté Elliot Key, ils ont rencontré deux radeaux de caoutchouc noir, avec douze hommes vêtus de noir qui sont montés à bord du Rex.   » Ils étaient membres des « Commandos mambises« , l‘élite des commandos anticastristes de la CIA.  Ils avaient emprunté leur nom à des guérilleros déterminés qui avaient combattu la guerre d’indépendance de Cuba contre l’Espagne » (le nom venant de Juan Ethnnius Mamby).  « Leur emblème était le Lone Star de Cuba.  Ils étaient les Bérets verts de la guerre secrète.  Les Commandos mambises ne comptaient aucun homme de plus de cinquante ans, la plupart des hommes n’avaient pas de famille qui aurait pu leur manquer.  Leur chef était le major Manuel Villafana, une sorte de Général Patton cubain connu pour sa sévérité et pour jurer comme un polonais, qui avait commandé l’aviation lors de la Baie des Cochons. (il est ici en photo, à l’extrême droite, au Nicaragua, à Puertos Cabezas, la base aérienne des cubains de Happy Valley, d’où étaient partis les B-26 pour combattre à la baie des Cochons, ici à droite).  Le Major Villafana avait insisté pour que la CIA paie peu ses hommes, car il voulait qu’ils soient motivés par la haine, pas par l’argent « .  Les ordres qu’ils avaient reçus pour la mission de la nuit du 22 octobre 1963 disaient que leur objectif était Pinar del Rio, à l’extrémité ouest de l’île, près du phare du cap Corrientes.  Le phare du cap Corrientes était inexplicablement éteint cette nuit-là.  Le raid se ferait avec deux bateaux à moteur en fibre de verre de 20 pieds avec des moteurs internes de 100 chevaux munis de silencieux, et à double fond de coque pour les opérations amphibies avec, montés à l’arrière, les moteurs orientables servant de gouvernails.  Appelé  » moppies », (le surnom des bateaux de course off-shore en fibre de verre) «  ils avaient chacun deux mitrailleuses Browning de calibre 0.30 et une radio (nota :  c’étaient les mêmes engins qui avaient été photographiés sur le cargo « Barbara J » se rendant à la Baie des Cochons).  Pour cette mission, des fusils de forte puissance et des explosifs C-4 avaient été transférés du Rex sur les bateaux rapides qui sont partis vers le rivage cubain dans l’obscurité . »  Ils se sont déplacés dans l’embouchure d’une rivière de la côte où ils avaient au rendez-vous avec deux « mambises » qui y avaient été infiltrés une semaine plus tôt.  Une fois près de la rive, ils ont gonflé des radeaux en caoutchouc noir équipés de moteurs hors-bord au fonctionnement silencieux, signalés entre eux par un feu clignotant infrarouge.  Au moment où un code erroné à été donné, ils ont alors reconnu être tombés dans un piège et ont ouvert le feu sur les rives au M-30.  « Le rivage s’est instantanément allumé de tirs de mitrailleuses rouges et bleues sur la rive comme sur les radeaux gonflables.  Un radeau a été déchiré par des balles traçantes, déversant ses morts ou les laissant mourants dans l’eau.  Les autres radeaux réussiront à atteindre la haute mer, et en fonçant,  les moppies étaient de retour vers le Rex avec des bateaux de patrouille cubains les poursuivant.  Les commandos abandonnés étaient restés vers la rive, où la milice de Castro les attendait  » . 

L’arrivée surprise d’un patrouilleur russe qui fait tout rater

L’opération tournant vite au fiasco, les Cubains s’étant équipés de matériels militaires soviétiques performants que les américains ne s’attendaient pas à voir débouler aussi vite dans les hauts du Golfe du Mexique.  « Dans le moppie plombé, le volant avait été rabattu.  Le quartier maître Luis Montero Carrazana, blessé, tenait toujours la colonne de direction d’une poigne ferme.  Il avait été soudainement encadré dans le projecteur d’un patrouilleur Russe P-6, et pour lui la guerre secrète était terminée.  L’autre moppie sétait dirigé en mer profonde et cherchait la place où était le Rex dans la nuit noire.  Le pilote du moppie gardait l’accélération jusqu’à ce qu’il atteigne les eaux internationales, dans lesquelles il s’arrêtera aux côtés un navire marchand pour être secouru après avoir annoncé être en détresse.  Le Rex s’était évanoui ».  Le capitaine Brooks était à la recherche des moppies, grâce à ses projecteurs.  Deux hélicoptères cubains ont largué des fusées éclairantes en grappes pour éclairer la mer où le Rex s’était dirigé vers le large.  Pepe : « Comme nous avons franchi la frontière, j’ai vu les balises lumineuses du cargo , et je savais tout de suite ce qui allait se passer.  Le cargo a couru droit dans la lumière des torches.  Les Cubains pensaient que c’était nous.  Ils ont ouvert le feu sur lui. Le navire était le J. Louis, de 32 500 tonnes de propriété américaine (appartenant à Daniel Ludwig, ici à droite) un cargo battant pavillon libérien.  Il emportait une cargaison de bauxite de la Jamaïque, et se dirigeait vers Corpus Christi, au Texas.  A 00h40, cinq MiG-15 cubains l’ont mitraillé bien que personne n’a été blessé.  Le capitaine a communiqué par radio un SOS, « cargo sans armes sous attaque de Mig au large des côtes de Cuba ».  Des jets F – 4 Phantom partis de Key West, en Floride ont répondu, mais ont été rappelés avant d’atteindre Cuba.  Le Rex a été poursuivi par deux canonnières cubaines , et a rompu silence radio à la demande des conseils de Zenith Tech, qui lui a répondu : « Faites ce que vous avez à faire. »  Les Migs 15 étaient récents, ils étaient arrivés fin mai 1961, après l’épisode de la Baie des Cochons.  Castro avait reçu 20 Mig15 et 5 Mig UTI (sa version d’entraînement), des Mig-17 suivant les arrivées, le premier volant en décembre 1961 à partir de Cuba.  Deux Migs 21 avaient suivi en 1962 et 1963, voici le second sortant de son hangar de San-Antonio à Cuba.  Le Rex risquait gros.  Les cubains avaient aussi installé comme engins de défense anti-navire des missiles dérivés du Mig 15 :  l’AS-1 Kennel :

 

Castro rend l’affaire publique début novembre

Bref, on avait échappé de peu, encore une fois au déballage médiatique d’une Baie des Cochons bis.  Le New York Times, le 3 novembre, 1963 (19 jours seulement avant l’assassinat !!!) déballera une partie de l’affaire :  « les exilés cubains à bord du Rex ont avoué que le bateau avait été utilisé pour acheminer des armes à Cuba, et que « la CIA a organisé toutes les livraisons d’armes ».  « Luis Montero Carrazana a dit qu’il avait« auparavant débarqué douze infiltrés sur la côte nord de la province Matazzas d’un yacht qui avait un équipage d’agents de la CIA américaine. Le gouvernement américain n’a pas nié les accusations de Castro.  La mission Rex n’était pas la première pour laquelle Collins avait fourni une couverture pour les opérations de la CIA.  Deux semaines après la mort de Kennedy, le Rex et un autre navire mystérieux appelé Leda avaient encore quitté leurs ports de la Floride », reprenant en fait un journal de Floride.  Il faudra attendre pour que l’on sache ce qu’il était advenu exactement du Rex.  Comme le précise l’Ocala Star Banner du 14 mai 1964 (ici à gauche), on n’avait plus vu à quai le navire de 174 pieds de long (43 mètres) depuis octobre 1963 (voir coupure de journal ici à gauche).  C’est Fidel Castro qui avait rompu le silence, en montrant à la télévision trois personnes capturées :  Clemente Incian, Robert Lizano Rodriguez et Luis Montero, les trois ayant avoué travailler pour la CIA.  Ironie du sort, le Rex avait été mis en fuite par l’arrivée d’une vedette rapide russe, qui ressemblait fort au modèle de patrouilleur PT-109 qui avait fait la réputation de combattant de JFK :  une « Project 183 Bolshevik« , appellée aussi « P-6 » en Russie.  Vedette rapide dont venait juste de s’équiper Cuba, qui en achètera douze aux russes dans les années qui suivront.  Construite en contreplaqué imprégné de résine avec ossature en aluminium, elle était le développement de la P-4, engin de référence chez les vedettes rapides.  Les Kennedy avaient sous-estimé les forces cubaines, pour la deuxième fois :  finalement, l’échec de la Baie des Cochons ne leur avait visiblement pas suffit !!!  Castro venait de leur infliger une humiliation de plus !!!

Amarrage indélicat
L’expédition avait été un raté de plus pour les Kennedy.  Une anecdote  révèle en tout cas leur côté pervers en politique.  La famille Kennedy avait son pied à terre… en Floride, à West Palm Beach.  Dans une maison achetée en 1933 par Joseph P. Kennedy Sr, et située au 1095 N. Ocean Boulevard. à Palm Beach.  Devenue la « Maison Blanche d’Hiver », elle sera mise en vente 7 millions de dollars en 1995.  A côté, sur Peanut Island, il y avait même un bunker anti-nucléaire, pour le président qui descendait du Boeing présidentiel sur le tarmac de West Beach même.  A West Palm Beach, les Kennedys faisaient du bateau à voiles, où préféraient se promener à bord d’Honey Fitz, le yacht familial baptisé ainsi du nom du grand père.  Joe possédant un autre navire de 52 pieds, le Marlin.  Un bateau qui lui servait aussi à flirter avec sa « secrétaire » Janet Des Rosiers, qui était aussi sa (jeune) maîtresse connue de tous. L’exemple venait du père, chez les Kennedy !!!  Un jour que JFK envisageait de faire un tour en Honey Fitz, surprise…. à quelques pas de là, on avait amarré le Rex, venu jouer les yachts incognito, son armement dissimulé dans les cales.  JFK éclatera d’une colère noire, lorsqu’il constatera que le Rex était là pendant que lui aussi y était…. cela ne devait pas se savoir, cela ne devait pas être révélé.  Les préparatifs du Rex et du Leda ne devaient être connus de personne.  C’était bien ça le secret des Kennedy : pendant qu’officiellement ils faisaient répandre l’idée d’un accord possible avec Castro, ils préparaient son assassinat !

(1) « Pour la gestion du ranch à Cuba de Kleberg il y avait un autre personnage aussi peu connu de l’histoire qu’il ne le devrait:  Michael J. P. Malone. Malone était vice-président de la société de courtage de sucre Czarnikow-Rionda basé à Wall Street à New York.  Il avait servi plus tôt en tant qu’assistant principal de l’archevêque de New York, Francis, le cardinal Spellman, et était un homme si proche de la CIA qu’il avait au moins cinq « manipulateurs » de la CIA derrière lui. Malone était également proche de J. Edgar Hoover et de Frank O’Brien au bureau de New York du FBI, qui louait une maison à Key Biscayne.  Malone est le James Bond de cette histoire puisqu’il fait évaporer les gens des prisons de Fidel Castro ».

 

 

témoins visuels sur Dealey Plaza

Known Amateur Cameramen and Photographers in Dealey Plaza

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L’assassinat de Kennedy : Oswald, ou le parfait pigeon (28)

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