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L’assassinat de Kennedy : Oswald, ou le parfait pigeon (28)

L’image de Jack Ruby n’est donc absolument pas celle que l’on nous a infligé, depuis l’assassinat d’Oswald comme depuis sa mort.  L’homme de boîte de nuit avait un tout autre rôle, apparu dès l’après guerre :  celui d’être à la fois un informateur du FBI et d’organiser deux trafics, qui, on le sait, sont toujours très proches l’un de l’autre :  celui de la drogue et celui des armes.  En même temps, il travaillait en liaison avec les gens de Richard Nixon, dont on découvrira bien après le caractère mafieux dans l’épisode du Watergate qui lui coûtera son poste (ça et ses écarts de langages antisémites).  Tout cela sous le regard d’un Hoover pris à la gorge (ou plutôt par autre chose !) par cette même mafia, qui possédait des clichés compromettants sur lui et en avait fait son jouet.  Un Ruby qui connaissait aussi Oswald, qu’il avait entraîné à plusieurs reprises dans ses trafics d’armes dont un pose aujourd’hui question, celui de la fourniture à Fidel Castro de moyens de lui permettre de renverser Batista, dont Washington ne voulait plus après pourtant l’avoir soutenu.  Bref, nous découvrons (enfin) que l’assassinat de Kennedy, et l’on ira même jusqu’à dire des deux frères Kennedy ne pouvait être qu’une simple affaire de mafieux.  Derrière eux, nécessairement  et obligatoirement se dissimulait un organisme d’Etat… seul capable d’effacer des tablettes le nombre incroyable de témoins ou d’amis de témoins susceptibles de parler un jour… seul capable d’aller modifier des registres, de mettre de grosses balafres de noir sur des documents « classés » ou seul capable de ne pas respecter et d’outrepasser… la loi, celle en particulier qui permet aux citoyens d’avoir le droit d’être informés sur des événements dont ils souhaiteraient avoir quelques éclaircissements.  Le dossier Ruby, fort peut entrouvert, est l’autre clé de l’assassinat de Dallas.

Jack, indic, donc, mais aussi vendeur d’armes

On connaît finalement très mal Jack Ruby, et cela a sciemment été voulu, souhaité et entretenu.  Car de constater ce qu’il a pu faire dans les années 50-60 jette un tout autre éclairage sur ce qu’il a fait en 1963.  Ruby, dans un genre disons particulier, avait en effet commencé tôt sa douteuse carrière… :« Ruby avait fait l’objet d’enquêtes par des agents fédéraux chargés de la lutte contre les stupéfiants dès 1947, soupçonnés d’avoir participé à un projet visant à faire voler de l’opium sur la frontière mexicaine (Scheim 1983: 117).  C’est peut-être à la suite de cette enquête que Ruby est devenu un informateur fédéral.  En 1947, un assistant du FBI au bureau du député Richard Nixon a écrit un mémo demandant à Ruby d’être excusé de témoigner devant le congrès au motif que Ruby «exécutait des fonctions d’information» pour le personnel du Congrès (Marrs, 1989, page 269) ».  Il était donc bien déjà devenu un informateur du FBI !!!  « En 1956, un autre informateur du FBI a rapporté que Ruby était «Mister Big» dans «une grand trafic de narcotiques opérant entre le Mexique, le Texas et l’Est» (Scheim 1983: 117-118).  D’après le rapport de l’informateur, Ruby avait une sorte d’organisation de recrutement pour l’opération qui reposait sur l’immunité des gardes-frontières et des agents des narcotiques.  Cette immunité est probablement due au statut de Ruby en tant qu’informateur du FBI lui-même.  Ce statut est parfois accordé aux criminels de grande influence pour les protéger; quand elle est ainsi conférée, il s’agit souvent d’une carte délivrée par le gouvernement fédéral pour ne « jamais aller en prison-à moins que vous-ne tuez-quelqu’un-devant-une-caméra ».  À partir d’une telle position, Ruby a été en mesure de donner à ses gestionnaires FBI de précieux conseils tout en éliminant sa propre concurrence criminelle en les informant. »  En somme, le fantasque Ruby était bien davantage que ce comment il a été présenté… 

En 1957, il envoyait des armes à Fidel Castro !

« En 1957, Ruby faisait la navette entre Dallas et la banlieue de Houston de Kemah sur la baie de Galveston, où, selon son ami de jeu de poker James E. Beaird, Ruby stockait des fusils et des munitions dans une maison de deux étages près du front de mer.  Beaird a vu Ruby et ses associés charger «de nombreuses boîtes de fusils neufs, y compris des fusils automatiques et des armes de poing» sur les camionnettes, les transportant à «ce qui ressemblait à un bateau militaire des surplus de 50 pieds».  Avec Ruby au commandement, le bateau transporterait les fusils à travers le golfe du Mexique jusqu’à l’armée rebelle de Castro à Cuba ».  On peut raisonnablement penser que le « 50 pieds » était en fait un de ces bateaux auxiliaires comme cet « Underwater Ordnance Research Boat » de bois (ici à droite), ou ce « Mine Diving Tender »  voire un « Noise Measuring Boat », de bois également, revendus comme bateaux de pêche et présentant déjà l’allure d’un bateau civil.  Ces surplus étaient abondants sur la côte Texane, après guerre.  « Chaque fois que le bateau était chargé avec des fusils et des munitions, Jack Ruby était sur le bateau « ; des paroles consignées dans un rapport du FBI.  Or selon la même source, « La Commission Warren en 1964 a enquêté sur de nombreuses allégations de trafic d’armes par Ruby mais a conclu qu’aucune information factuelle n’existait ».  On tient là l’un des nœuds essentiel du problème :  dissimuler le fait que Ruby était bien en cheville avec la CIA, car il trafiquait des armes avant tout, la direction de sa boîte de strip-tease n’étant alors qu’un paravent pratique !!!  Et ce, 7 ans avant l’attentat, au minimum !

« Les surplus de 50 pieds » de Jack

Les bateaux décrits comme étant ceux utilisés par Ruby, à moins d’être ceux que j’ai cités, en rappellent d’autres, décrits en détail dans les préparatifs de la baie des Cochons.  Des barges de débarquement en fait.  Le long document analysant l’échec de l’Opération, rendu public bien plus tard, évoque aussi des « yachts » dont le « Wasp » de 75 pieds, ou le « Tejana » de 110 pieds, mais ils servent alors à amener des armes aux anti-castro sur les « keys « de Floride.  Un autre navire, le « Seagull » est également cité.  Ces navires sont assistés de deux barges (« d’anciennes LCI » en fait des LCM qui font… 50 pieds) appelées « Barbara J » et « Blagar ».  La première a été achetée en octobre 1960 et avait été envoyée sur l’île de Vieques ‘à Puerto Rico) le 31 janvier 1961 pour rater un rendez-vous avec un autre bateau, le rapport faisant état de dissensions à bord.  Les deux barges avaient été achetées 70 000 dollars à un broker de Miami (qui aurait très bien pu être W.I. Marsalis, qui disposait encore de matériel à vendre après sa mésaventure de 1947), mais leur mise à niveau avait coûté la bagatelle de 253 000 dollars !  En tout note le rapport, les navires de l’opération de la Baie des Cochons avaient coûté 2 679 000 dollars ! Leurs capitaines étant payés 2500 par mois, leurs cuisiniers 1000 (sur les cargos recrutés) !!!  Les « surplus » de 50 pieds de Jack étaient-ils eux aussi ces LCM (qui devaient être transportées sur cargo – comme ceux des Lykes Lines– car manquant d’autonomie) ?

Les mensonges de Ruby à la Commission

L’assassin d’Oswald était en tout cas un fieffé menteur, pour sûr : « Ruby avait dit à la Commission Warren qu’il n’avait été à Cuba qu’une fois, en vacances, pendant une semaine à dix jours.  Ce n’est pas vrai.  Selon les enregistrements cubains, Jack Ruby est entré à Cuba depuis la Nouvelle-Orléans le 8 août 1959; il a quitté Cuba le 11 septembre 1959; il est rentré à Cuba de Miami le 12 septembre 1959; il est retourné de Cuba à la Nouvelle-Orléans le 13 septembre 1959.   Mais les dossiers bancaires, les dossiers de la police de Dallas et les enregistrements du FBI montrent Ruby à Dallas les 10, 21, 31 et 4 septembre, jours qui tombent juste au milieu de son séjour supposé continu à Cuba.  D’une certaine manière, Ruby arrivait et sortait de Cuba sans que les autorités cubaines n’en détectent et ne l’enregistrassent. Pourquoi Ruby a-t-il fait plusieurs excursions à Cuba pendant cette période ?  Quelle était la nature de ses visites et pourquoi avait-il choisi de les cacher ? » se demande ici fort justement Lisa Pease, qui pointe sur le détail de choses sur lesquelles Ruby a ouvertement menti.  Pour elle c’est une évidence :  « la réticence des organismes officiels à enquêter sur ces questions a du sens quand on se rend compte que Jack Ruby n’allait pas à Cuba pour des voyages d’agrément.  Le rapport Warren raconte un incident au début de 1959 où Ruby avait fait des «enquêtes préliminaires, en tant qu’intermédiaire, au sujet de la vente éventuelle à Cuba de quelques jeeps excédentaires situées à Shreveport, en Louisiane, et s’est questionné au sujet de la libération possible des prisonniers d’une prison cubaine.  La sœur de Ruby a indiqué que les jeeps auraient pu être des excédents militaires de W.W.II.  Tant l’histoire des jeeps que l’histoire des prisonniers attachent Ruby à quelques intéressantes activités cubaines ».  On peut aussi préciser à ça quel « ami » Ruby voulait donc faire sortir de la prison de Trescornia à Cuba.  Il s’appelait en fait… Santo Trafficante !  Indirectement donc, sous Hoover, la CIA soutenait la Mafia, puisqu’elle s’activait via Ruby pour faire sortir de prison un de ses chefs !  Et elle fournissait bien également Castro en armements !

Un autre témoignage confondant sur les activités de Ruby

Un autre témoignage confirme le rôle de Ruby dans la fourniture d’armes.  « Nancy Perrin Rich (une ancienne employée au Carrousel de Ruby, devenue Hamilton après son remariage- avec un agent de la CIA- et née Nancy Elaine Mathews) a raconté à la Commission Warren une histoire fascinante sur un groupe qui envoyait des fusils Enfield à Castro afin d’expédier (en retour) des réfugiés de Cuba en Floride.  Les fusils devaient traverser le Mexique.  Ruby était évidemment le « bagman » (porteur de valises) pour ce groupe (…)  L’histoire de Nancy Perrin Rich est peut-être le récit le plus largement répandu des épisodes des fusils de Ruby.  Mais il y a un certain nombre d’autres histoires étranges qui portent la diffusion, certains avec plus de justification que d’autres.  Il y a les nouvelles révélations d’Elrod (John Elrod) qui ont mis Ruby au milieu d’un autre scénario de marchand d’armes (1). (ici on peut entendre son étonnante déposition, devant Mark Lane, dans laquelle elle décrit les compromissions de la police de Dallas avec Ruby, qui « arrosait » d’alcool les agents :  » providing girls, gambling and booz » dit-elle :  sidérant !!!.  Dans le montage, on peut voir en séquence intermédiaire le chef de la police de Dallas, Jess Curry – ici à gauche-, nier ouvertement toute relation entre ses agents et Ruby : un autre fieffé mensonge).  On notera surtout que si le témoignage de Perrin ne fixe pas de date, il évoque une période où Castro, en échange d’armes, renvoie déjà chez eux des prisonniers :  on est donc nécessairement APRES l’épisode de la Baie des Cochons et non plus en 1957 !!!

Deuxième témoignage à charge

« Et il y a l’histoire d’Islamorada, en Floride qui mène à des endroits intéressants.  Mme Mary Thompson a rencontré un homme nommé « Jack » accompagné d’une femme, qui n’était pas sa femme, nommée « Isabel » à la maison de Mary Lou et James Woodard à Islamorada, en Floride.  À l’époque, Mary Thompson était accompagnée de sa fille Dolores et du mari de Dolores.  Jack aurait été originaire de Chicago.  Mme Thompson a placé la date de cette rencontre vers la fin du mois de mai 1958.  Fait intéressant, elle a dit que le premier vrai nom de Jack était Léon, mais qu’il était devenu Jack.  Le second prénom de Jack Ruby était bien Léon.  Mary Lou Woodard a dit que Jack avait un coffre plein d’armes et qu’il allait les fournir aux Cubains.  Mary Thompson a déclaré qu’elle avait été informée qu’il y avait des approvisionnements en armes cachées dans les marais qui étaient recueillis par les Indiens dans la région pour être vendus aux Cubains, comme c’était à l’époque de la révolution cubaine.  La fille de Mary Thompson, Dolores, a également vu et décrit ce même Jack, ainsi que Mme W. R. Simons. Dolores a rappelé que l’ami de son mari James Woodard, alors qu’il était ivre une nuit, a déclaré qu’il envoyait des fusils à Cuba avec Jack.  Woodard avait deux ou trois fusils à lui, mais a dit que Jack avait beaucoup plus.  Lorsqu’on lui a montré une photo de Jack Ruby, elle a dit qu’elle ressemblait à l’homme dont elle se souvenait, bien qu’elle ne se souvienne pas de son nom de famille comme étant «Ruby» ».  A noter que dans son témoignage, Nancy Rich évoque aussi la présence d’un « colonel », en « uniforme d’été », assistant aux négociations ; « un chauve, entre 40 et 50 ans »…  « Un contrôle des dossiers du FBI de Knoxville a montré que James Woodard était considéré comme «armé et dangereux», en portant une arme alors qu’il avait un tempérament violent en buvant.  Interviewé par le FBI en septembre 1963, Woodard « d’une manière quelque peu déréglée et incohérente » a parlé de sa participation à une invasion de Cuba avant le régime de Castro, qu’il avait de nouveau participé à la Baie des Cochons et avait fourni des munitions et de la dynamite à la fois à Castro et aux forces exilées cubaines » (cf comme Cummings qui fournissait les deux camps en même temps chez Interarms).  « Le 8 octobre 1963, Woodard a été interrogé à nouveau, cette fois concernant la dynamite trouvée dans sa résidence dans le comté de South Dade, en Floride, car la dynamite avait été volée à une entreprise de construction.  Il a affirmé que la dynamite était utilisée par les exilés cubains qui combattaient le régime de Castro.  Après l’assassinat, la sœur de James Woodard a dit que James était souvent au Texas et qu’elle avait demandé à James s’il connaissait Ruby.  Il a dit « non », mais a rapidement disparu et n’avait plus été vu depuis le 25 novembre 1963.  S’il avait vraiment fourni des fusils avec Ruby aux forces exilées cubaines parrainées par la CIA, on peut sûrement imaginer un motif conséquent pour sa disparition soudaine après que Ruby soit apparu sur la scène publique en tuant Oswald.  Woodard est une autre personne dont les dossiers doivent être examinés par la Commission de révision pour mettre en lumière les contacts de Ruby avec les Cubains et les fusils » conclut l’article.  Le premier a avoir soulevé le lièvre des liens entre Ruby et les vendeurs d’armes était l’infatigable Mark Lane, notamment dans l’interview de Playboy de février 1967.  Selon J.P. Phillips dans le livre  « Act Of Rétribution : The Military-Industrial-Intelligence Establishment And The Conspiracy To Assassinate JFK » , le général contacté par Ruby pour lui fournir les armes ou les jeeps s’appelait le colonel Robert Caston, d’Arlington, et c’était un proche de Edwin A.Walker, l’extrême droitiste sur lequel est censé avoir tiré Oswald (2) ! 

Les amis de Ruby : des millionnaires texans d’extrême droite !

La clé est peut-être bien là aussi :  dans une inquiétante proximité entre le magnat Murchinson, aux idées proches du nazisme, comme on a pu le voir et de… E.J. Hoover en personne !!!  « Le 25 novembre 1963 (trois jours après l’attentat, donc), un individu qui s’est appelé lui-même « M. Miller » a contacté le FBI et a dit au Bureau qu’il était « un ami proche de Jack Ruby. »  En outre, il a identifié Clint Murchison et Johnny Webb comme étant des «amis de Ruby. » Lorsque J. Edgar Hoover a vu un rapport anonyme (avec notamment le  nom de Miller, et l’adresse donnée par l’informateur  déterminé qui devait être fictive) il a ordonné au bureau « de se remuer vigoureusement. Je voudrais vérifier qu’il provenait bien de Clint Murchison, Jr., et non pas Sr.  Je pense que nous devrions en parler à Clint Murchison, Jr. « [FBI 44-24016-197, 198; 62-109060-363; Wash. Poster 14.02.64; Drew Pearson D13; FBI Memo NR 22/01/64 02/06/64; FBI Memo 1.3164 à NR 02.06.64].  Murchinson qui avait aussi comme ami un  sénateur dénommé Joe McCarthy, le forcené de l’anticommunisme.  J. Edgar Hoover était proche de la famille Murchison (ici à gauche) et passait presque toutes ses vacances, chaque année, à leur hôtel Del Charro, situé près de l’hippodrome Del Mar des Murchinson  (Messick, Hank, John Edgar Hoover, McKay, NY, 1972.). « A La Jolla, banlieue nord de San Diego », a rapporté le New York Times le 17 janvier 1954, « un syndicat de Texans prospère a dépensé un million de dollars sur une fabuleuse hôtellerie surnommée l’Hôtel del Charro . » Le lieu avait ouvert pour les affaires moins d’un an auparavant, le 29 mai 1953, et le mot s’était répandu rapidement.  Aucun étranger ne savait jamais qui possédait l’hôtel, car il était détenu par une société du Nevada, Rancho del Charro, Inc. (le nom a été plus tard changé en Hotel del Charro, Inc.).  Mais les vrais propriétaires ont été largement admis être Clint Murchison et Sid Richardson, deux pétroliers de Texas ayant un intérêt dans tout, des hippodromes jusque l’uranium pour l’utilisation dans la bombe atomique ».  On y trouvait du beau linge :  « les invités fréquents étaient tous des personnalités comme J. Edgar Hoover (directeur du FBI), Carlos Mossello (chef de la mafia de la Nouvelle-Orléans), Richard Nixon (qui a perdu l’élection présidentielle de 1960 à Kennedy), Bobby Baker (sénateur des États-Unis et surtout l’homme de main de LBJ impliqué dans un tas de scandales) et un homme riche nommé DH Byrd (le propriétaire du Texas Book Depository !)« .  Du beau linge, ou un beau bouquet d’assassins potentiels ?

Les truands orbitant à Dallas

L’hôtel a une autre particularité assez sidérante à vrai dire :  c’est là aussi que LBJ recevait incognito sa maîtresse, Madeleine Brown, celle-la-même qui sur le tard avouera que la veille de la mort de JFK, Lyndon B lui avait dit que demain il serait débarrassé (Mark, son fils, en photo ici à gauche avec sa mère, est présumé être l’enfant illégitime de LBJ)… Johnson a lui aussi un beau passé d’affaires extramaritales, en fait (3).  « Clint Murchison Jr. a dit au FBI il n’avait jamais entendu parler de Ruby ou d’Oswald avant les événements de novembre 1963.  Tommy Webb a dit la même chose au FBI En 1977, Tommy Webb signait un déposition dans laquelle il avait admis son association avec Clint Murchison Jr. et Allen Dorfman ».  [Déposition signée de Thomas Dougherty Webb Jr. 21/10/77].  Ce Clint Murchison Jr. était un «grand bienfaiteur» de Jimmy Hoffa et de « Pigface » Cohen, truand notoire.. Dorfman sera abattu en plein rue en 1983 :  « il avait aussi une face cachée, une face sombre, celle d’avoir des relations très étroites avec des personnalités importantes de la Outfit dans les années 1970.  A cette époque, la Outfit en relation avec la famille de Kansas City, contrôlait une partie des Casinos à Las Vegas et par l’intermédiaire d’Anthony « Anthony The Hant » Spilotro, elle gagnait des millions de dollars en détournant une grande partie de l’argent provenant des Casinos.  Au début des années 1980, Allen Dorfman était devenu grâce à cette organisation criminelle quelqu’un d’extrêmement puissant, une figure à l’échelle nationale, qui hormis les mafieux de Chicago, entretenait des relations avec des grands chefs d’entreprise et même des politiciens à Washington ».

Les amis de Ruby étaient amis avec… J.Edgar Hoover !

« J. Edgar Hoover et Clyde Toison adoraient passer leurs congés sur les hippodromes californiens (Del Mar, Santa Anita et Hollywood Park). C’est là qu’ils ont fait la connaissance de Sid Richardson et de Clint Murchison, richissimes propriétaires de dizaines d’hippodromes à travers les États-Unis.  Les deux milliardaires texans leur réservent les meilleures loges sur leurs champs de courses.  Un cadeau en entraînant un autre, Clint Murchison met à leur disposition les plus belles suites de son hôtel, le Del Charro.  Les deux dirigeants du FBI sont flattés.  Au bord de la piscine, ils croisent Richard Nixon ou encore le sénateur McCarthy.  Non loin, d’autres amis de Murchison prennent le soleil ou discutent, vautrés dans des transats.  Certains sont des relations d’affaires du milliardaire.  En dépit de leurs chemises hawaïennes ou de leurs maillots de bain, ils n’ont pas l’air de paisibles vacanciers.  Ces grands fauves sont des parrains de la Mafia qui se retrouvent autour du plus terrible d’entre eux, le tout-puissant boss de La Nouvelle-Orléans, Carlos Marcello« .  Bien entendu, Hoover, quand il vient se faire héberger, ne règle aucune note de frais ; en 1971, le chroniqueur Jack Anderson a brisé le silence sur Hoover et Tolson, qui eux-mêmes avaient été invités régulièrement par l’hôtel.  «Ils sont restés dans des suites à 100 dollars par jour à l’hôtel Del Charro près de la piste de Del Mar», écrivait-il. « La paire du FBI n’a jamais payé ses factures, qui ont été réglées par le pétrolier millionnaire du Texas  Clint Murchison, le propriétaire de l’hôtel. »  Selon Anderson, Witwer lui a dit qu’au fil des ans Hoover est allé jusqu’à une note totale de 15 000 dollars ».

Hoover, dévoré par la passion des courses

Le patron du FBI s’était fait piéger de deux façons, celle de son homosexualité, d’abord, mais aussi par un vice connu, celui de la passion immodérée pour les courses de chevaux. « Souvent, J. Edgar Hoover et le fidèle Clyde Toison prenaient leur après-midi en disant qu’ils allaient travailler sur des dossiers.  Au Bureau, personne n’était dupe ; tout le monde savait que la voiture blindée noire qui quittait le Département de la Justice avec les deux hommes à son bord prenait la direction de l’hippodrome de Washington.  Dans les journaux, il n’était pas rare de découvrir des photos de leur directeur en train de faire la queue devant un guichet réservé aux petits paris, ceux qui ne dépassaient pas les deux dollars.  Là encore, tout le monde savait que ce n’était qu’une façade.  Hoover aimait jouer gros.  « Des agents étaient chargés de placer ses vrais paris aux guichets à cent dollars », écrit William Sullivan. « Quand J. Edgar Hoover et Clyde Toison gagnaient, c’était un réel plaisir de travailler avec eux », ajoute-t-il.  Aujourd’hui, on peut se demander si quelqu’un ne donnait pas un petit coup de pouce au hasard et ne facilitait pas les gains du directeur du FBI à son insu.  Hoover recevait parfois d’excellents tuyaux concernant les chevaux à jouer.  C’est son ami le journaliste Walter Winchell qui les lui fournissait.  De qui Winchell tenait-il ses propres informations ?  De Frank Costello, qui avait une source très sûre au sein du monde hippique, son ami Frank Erickson, l’« empereur des parieurs ».  Erickson, était le cofondateur de Nationwide News Service, le service télégraphique à destination des parieurs, convoité par les anciens associés d’AI Capone.. ».

Ruby et les teamsters

Cinq jours à peine après l’assassinat, les liens entre Ruby et des vendeurs d’armes de la mafia étaient connus, pourtant.  Et le FBI les connaissait également.  « Le 27 Novembre, 1963 Daniel Adario, Federal Bureau of Narcotics, Philadelphie, a indiqué à Robert L. Tagg, du FBI S.A. à Newark, qu’il avait reçu des informations d’un informateur confidentiel « (FNU) Cohen (Mickey, un ex boxeur), alias « Pigface » vendeur de voitures d’occasion, et frère de Raymond Cohen, un ancien fonctionnaire de l’Union des Teamsters, de Philadelphie, qui avait dit à l’informateur d’Adario Daniel qu’il était très ami avec Leon Jack Ruby et qu’il savait qu’il était de Chicago (nota : Mickey Cohen était aussi proche du « Rat Pack » de Franck Sina­tra, Dean Martin et Sammy Davis Jr). « Raymond Cohen était un proche collaborateur de James R. Hoffa.  [FBI 44-24016- 1069371]  Le 8 Juin 1965, le FBI a signalé que le Bureau Philadelphie a examiné des copies Xerox ou des lettres anonymes nommant Raymond Cohen comme ayant des informations concernant l’assassinat du président Kennedy, et que le bureau Philadelphie n’avait pas d’informations sur cette thèse.  Le bureau de Philadelphie, obtiendrait certainement de l’information productive grâce à un entretien avec Raymound Cohen, ancien secrétaire-trésorier des Teamsters, au Local 107, à Philadelphie.  Cohen purge actuellement une peine d’emprisonnement de deux ans pour avoir fraudé la section locale, et a fait six mois sur parole.  Il y avait beaucoup de factions de la section locale 107 qui a finalement déchu Cohen (cf ici à droite), et un certain nombre de teamsters dissidents écartés opposés à Cohen auraient très bien pu écrire les lettres tentant d’impliquer Cohen.  [FBI 157-916-319 Phil. 06/08/65] ».

Jeu de pouvoir et billard morbide à Dallas


L’homosexualité évidente de Hoover (il s’affichait constamment avec son « aide » Colson) avait été en fait une aubaine pour la mafia, qui le contrôlait par un moyen classique :  le chantage à la divulgation de son mode de vie toujours scandaleux à l’époque.
  « Dans les coulisses, il y avait une «compréhension».  La mafia avait obtenu des photographies de J. Edgar Hoover s’engageant dans le sexe oral avec son partenaire masculin, Clyde Tolson.  Le patron de la mafia, Mossello, «contrôlait» ces photographies et narguait Hoover à éviter toute action contre la «mafia».  En fait, jusqu’au début des années 1960, le FBI n’avait pas de formation officielle ou de divisions qui s’attaquât au crime organisé.  De haut en bas on savait que c’était les « mains levées ».  Tout cela était sur le point de changer dans la fatale année de 1963.  Le frère de JFK et maintenant le procureur général Robert Kennedy, en tant que nouveau patron d’Hoover, avait déclaré la guerre à la mafia.  Cela a mis Hoover dans une situation extrêmement anxieuse.  Peu à peu, le crime organisé, Hoover et les grands pétroliers ont été frustrés par JFK.  Nixon avait aussi sa haine à broyer, après avoir été battu par Kennedy à l’élection présidentielle de 1960.  Kennedy a non seulement parlé de changement – il l’a fait arriver.  L’indemnité d’épuisement du pétrole devait être réduite, le crime organisé avait commencé à être poursuivi par un ministère de la Justice zélé, même la CIA était bouleversée par Kennedy.  Kennedy avait précisé que la CIA devait rassembler des renseignements tels que décrits dans sa charte, mais ne devait ni proposer ni promouvoir des politiques.  Il était si en colère contre leur performance au Vietnam et à Cuba qu’il a ouvertement parlé de la dissolution de l’organisation.  « Si les États-Unis éprouvent jamais une tentative de coup d’État pour renverser le gouvernement, il viendra de la CIA. L’agence représente un pouvoir énorme et une totale irresponsabilité pour quiconque »JFK ».  Dans la presse, on finira – tardivement- par moquer Hoover pour ses penchants sexuels, notamment de se déguiser en drag-queen avant l’heure… ce qui ne l’avait pas empêché, bien au contraire, d’informer en premier Robert Kennedy, et d’envoyer un étonnant courrier à Sullivan et à d’autres pour dire qu’il « tenait l’homme qui avait tué Kennedy, qu’il avait tué un policier et qu’il était membre du Fair Play Committee, qu’il n’était pas communiste mais qu’il en vantait l’idéologie (?) sans être membre du Parti Communiste ».  Un texte rédigé le lendemain du crime, le 23 à 13h.

Retour sur scène du perdant de 1960 : « Tricky Dicky »

Trafiquant de drogue et d’armes, indicateur du FBI, Ruby a donc un lourd passé interlope.  Mais il a aussi des liens avec la politique, et, curieux hasard, celui en particulier avec le concurrent direct de Kennedy qui n’avait toujours pas digéré sa défaite de 1960 (à « juste » raison comme on le sait, puisque c’est le lien entre le clan Kennedy -père- et la mafia qui a fait « voler » l’élection – en photo Nixon, Hoover et « Bebe » Rebozo (4), en lien avec Jimmy Hoffa, Carlos Marcello, Morris  »Moe » Dalitz, et Mickey Cohen -!!!)  En 1947 un mémo (trouvé en 1975 par un érudit en triant une pile de documents du FBI récemment révélés) soutient l’affirmation de Giancana.  Dans la note, adressée à un comité du Congrès enquêtant sur le crime organisé, un assistant du FBI déclare:  «Ceci est mon témoignage sous serment que cet homme Jack Rubenstein de Chicago … effectue des fonctions d’information pour le personnel des membre du Congrès de Richard Nixon, républicain de Californie.  On est prié de ne pas faire appel à Rubinstein pour le témoignage ouvert aux audiences susmentionnées « .  « (Plus tard, en 1947, Rubenstein a déménagé à Dallas et a raccourci son nom de famille en Ruby). Le FBI a ensuite appelé cette note un faux, mais les services de référence de Facts on File l’estiment authentique.  Le travail d’infiltration pour le jeune député Nixon aurait été conforme à l’histoire de Ruby comme un informateur de la police et un informateur du gouvernement.  En 1950, un témoignage de Ruby à huis clos au comité sénatorial spécial de Estes Kefauver sur une enquête sur le crime organisé, un membre du personnel du Comité Luis Kutner décrit plus tard Ruby comme «un lieutenant du syndicat qui avait été envoyé à Dallas pour servir de liaison pour les gangsters de Chicago. »  En échange de la déposition de Ruby, le FBI dit avoir assoupli sa surveillance du crime organisé à Dallas.  En 1959, Ruby est devenu un informateur pour le FBI ».  Une pègre qui fait ce qu’elle veut, car elle détient des documents fort compromettants sur le patron du FBI, qui n’a rien fait contre elle… et une pègre qui ne peut supporter voir un de ces membres aller déposer à un procès :  « l’ancien patron  de Chicago de Ruby, Giancana, a été assassiné dans sa maison à Oak Park, Illinois en 1975.  Peu de temps avant qu’il ne doive comparaître devant le Senate Committee enquêtant sur l’assassinat (de Kennedy).  Sept balles de calibre .22 ont été tirées dans sa bouche et le cou, un acte symbolique de la mafia pour  signifier « a trop parlé . »

Ruby, élément-clé d’un dispositif et non simple tenancier de boîte de nuit

Jack Ruby était également un homme occupé à Dallas, le 22 novembre 1963.  « Dans les heures avant l’arrivée de Kennedy, l’opérateur de club de strip-tease, criblé de dettes, avait rendez-vous avec le trésorier-payeyr de la Mafia Paul Jones. Peu après que Kennedy ait été abattu, Ruby s’est présenté à l’hôpital Parkland, où le président avait été conduit – mais il a nié plus tard être là à ce moment critique.  Quelques minutes après que Kennedy ait été déclaré mort, Ruby a téléphoné à Alex Gruber – un associé ou un des hauts responsables de Jimmy Hoffa, et un homme avec des connexions connues aux truands qui avaient racketté « Mickey » Cohen.  Ruby et Gruber avaient été vus 10 jours plus tôt à Dallas.  Quand il a été arrêté pour avoir tué Oswald deux jours plus tard, Ruby avait 2000 dollars sur sa personne et les autorités ont trouvé 10 000 dollars dans son appartement » – l’équivalent de 79,418.42 dollars de 2017 (…)  Le soir du 22, Ruby traînait au même étage du poste de police dans lequel Oswald était interrogé.  Il a même été présent à la station de police à la conférence de minuit du bureau de Police, où Oswald a été débité brièvement montré par les policiers.  Ruby avait même corrigé le procureur de district quand il a dit aux journalistes qu’Oswald appartenait au « Comité Cuba Libre », un groupe anti-Castro.  Ruby a souligné que c’était plutôt le «  »Fair Play for Cuba », un groupe pro-Castro (ici à droite)« .  Le jour-même de son arrestation, donc, Oswald avait pu entendre, via cette remarque, qu’il s’était fait pigeonner ! Trahi par celui qu’il connaissait très bien… sans pouvoir le dire, au risque de… se faire tuer.  Ce qu’il lui arrivera, néanmoins, sans je pense qu’Oswald ait pu penser que c’est Ruby qui le ferait. Car, comme le souligne le même auteur, « plus d’une douzaine de personnes affirment avoir vu Ruby et Oswald ensemble pendant les quatre mois précédant l’assassinat de Kennedy.  En 1994, les journalistes de Dallas, Ray et Mary La Fontaine, ont affirmé «que, peu de temps après l’arrestation d’Oswald le 22 novembre, un compagnon de cellule de Ruby a dit qu’il avait assisté à une réunion avec lui dans un hôtel local, quelques jours plus tôt ».  Au cours d’une interview en 1985 à Miami, l’agent de la CIA Morita Lorenz a témoigné que, le 21 novembre, dans un motel de Dallas, elle a vu Hunt, payé par une autre agence opérationnelle – Hunt, le futur cambrioleur du Watergate avec Frank Sturgis.  Elle a soutenu que, peu après qu’Hunt ait quitté la réunion, Jack Ruby est arrivé.  Lorenz est retournée chez elle à Miami cette même nuit, mais Sturgis lui a appris plus tard ce qu’elle avait manqué à Dallas ce 22 novembre 1963:  « aujourd’hui, nous avons tué le président. »  Le témoignage, plutôt suspicieux, est paru dans un texte signé par Hunt dans le magazine controversé de l’aile droite Spotlight, un article de 1978 intitulé «La CIA admet que Hunt a Participé à l’assassinat de Kennedy. »  On a bien tenté d’en avertir pourtant la Commission Warren, restée sourde aux témoignages embarrassants (l’homme étouffant tous ces apports s’appellant Allen Dulles, bien entendu) :  » le 20 mars 1964, les conseillers de la Commission Warren Leon Hubert et Burt Griffin avaient envoyé un mémo au conseiller général J. Lee. Rankin, qui déclarait: «Les liens les plus prometteurs entre Jack Ruby et l’assassinat du président Kennedy sont établis à travers les personnages du monde souterrain (cf la mafia), les Cubains anti-Castro et les Américains d’extrême-droite« .  Ni la Commission Warren ni la HSCA ne semblent avoir poursuivi suffisamment ces pistes ».  Plus étonnant encore, quand l’amie de Ruby, Gail Raven (ici à droite), sera questionnée sur la raison pour laquelle Ruby avait assassiné Oswald, elle avait eu cette phrase étonnante : « Il n’avait pas le choix. Jack avait des patrons, comme tout le monde ».  Raven a dit qu’elle ne savait pas qui étaient ces patrons. »

Et pendant ce temps-là, JFK négociait le tarif…

non pas des prostituées à laquelle il avait recours à tout bout de champ (selon Seymour Hersh dans « The Dark Side of Camelot »)  mais celui des prisonniers de la Baie des Cochons !  Car c’est aussi un des chapitres les plus passionnants de ce livre référence qu’est celui de Ross et Wise. Un chapitre important, qu’ils ont intitulé finement « Une opération grise« , entendez par là un des coups tordus dont les Kennedy ont émaillé leur court règne :  un coup ni blanc, ni noir, celui d’une diplomatie bien tortueuse, en tout cas.  On revient pour cela au problème du tout début, à savoir cela aide la désastreuse opération de la Baie des Cochons qui aura miné tous les mois d’exercice du pouvoir de JFK.  Très tôt, Fidel a tenté de négocier les prisonniers qu’il détenait après l’invasion.  Il les a exhibés aussi, en leur organisant un procès commun (en avril 1961, photo ici à gauche).  En mai, on avait déjà pu voir un film dans lequel Fidel propose de les échanger contre des tracteurs, ou des bulldozers dont le pays a besoin pour se développer. Immédiatement cela avait provoqué un tollé aux USA : pour le sénateur John McClellan, ce sera « non », car les « cubains pourraient les transformer en armes potentielles ».  Pour le  National Review, « ils partiraient aussitôt en Chine« .  Pour le Daily News, plus ouvert « du point de vue humanitaire nous pourrions avoir à faire cette offre malodorante ».  Pour McCarty c’était évidemment une trahison de Kennedy.  Si bien que ce dernier, pressé par les familles des prisonniers, va devoir expliquer pourquoi il a décidé de le faire quand même et malgré tout :  « les partisans de Kennedy font valoir que les réactions latino-américaines au deal de tracteurs seraient en partie hostile à Fidel Castro, et pensent que les États-Unis marqueraient ainsi un coup de pub inattendu.  Mais quelles que soient ces critiques ou ce que ses partisans avaient décidé, Kennedy avait raison d’accepter l’offre. En la dédaignant, il aurait trahi ces hommes venus des États-Unis pour atterrir à Cuba, et aurait donné à Castro encore une autre occasion de rappeler aux Latino-Américains d’un fait qui était bien connu déjà comme quoi le fardeau de la responsabilité de Cuba reposait alors sur les épaules des Etats Unis ».  Mais il faut proposer ce voyage à Canossa-Cuba devant Castro, maître du jeu, autrement, dans la presse.  Dans le Nashua Telegraph on précise ainsi que si Kennedy est d’accord sur le principe, son gouvernement ne devrait pas donner un seul dollar pour l’opération, et que cela devrait se faire de manière privée (avec l’aide de Walter Reuther du syndicat de l’automobile de l’United Auto Workers, ce qui a très certainement facilité le coup des Jeeps !!!).  Encore une fois, Kennedy, pris au piège tendu par Castro, est obligé de louvoyer et de ménager chèvre et chou.  Et c’est donc ce qu’il fait, en acceptant tous les désirs, ou presque, de Fidel Castro.  En juin 1961, ce dernier accepte 500 tracteurs valant 28 millions de dollars contre le millier de prisonniers, alors qu’au départ il avait souhaité plutôt des bulldozers (en photo ci-dessous, les envoyés du Tractor’s  Committee avec à la droite de Castro Duane Greathouse du United Auto Workers) !!!  Les tracteurs, enrôlés dans l’opération du « Tractors for Freedom Committee » sont prêts à être envoyés lorsque Castro se ravise soudainement, et souhaite alors à la place une rançon qu’il évalue alors à 62 millions de dollars.  Un chiffre astronomique à l’époque  (ce qui ferait en effet aujourd’hui pas loin d’un demi milliard de dollars actuels !).

 

 

Un habile négociateur avait été envoyé

Kennedy se devait de réagir.  1113 est le chiffre magique de cette opération pour faire revenir les prisonniers… mais à un coût inférieur, ou sans que l’Etat n’apparaisse trop dans les versements. Une tâche ardue.  1113, ce pourrait être le numéro de la chambre de l’hôtel ou était descendu l’envoyé de Kennedy à Cuba le 20 août 1962, avant de rencontrer Fidel Castro dans le palais dévasté de Miramar, qui avait vu Batista déguerpir.  Mais ce n’est que le chiffre du nombre de prisonniers faits par les castristes en quelques journées de combat ou plutôt celui divulgué par les américains (on verra plus loin qu’un autre décompte est parfois donné !!!).  Plus de 1000 hommes, en tout cas, qui valaient de l’or, et que Fidel n’avait aucune envie de libérer à moins du paiement d’une rançon qu’il vient  alors d’estimer à une somme astronomique.  L’homme qui est chargé de négocier s’appelle James Donovan, et c’est un excellent médiateur, justement choisi :  6 mois auparavant, il a échangé sur le célèbre pont de Berlin Gary Powers, le pilote de l’U-2; contre l’espion soviétique Rudolph Abel (c’est le sujet du film « Bridge of Spies » avec Tom Hanks).  Castro avait fixé un nouveau tarif, de 2 900 000 dollars la somme à verser… pour les 60 premiers, qu’il a fait libérer en avril, déjà, versée par le « Cuban Families Committee for the Liberation of Prisoners of War », organisme créé de toutes pièces pour que le gouvernement US n’apparaisse pas. Désormais, Fidel s’est ravisé et souhaite maintenant des produits pharmaceutiques comme paiement.

 

Pendant la crise des missiles, la vente continue !

La crise des missiles de Cuba a failli tout faire capoter, bien entendu.  Elle dure du  au ‘argent gouvernemental promis tardait à être réuni, et Donovan avait dû se tourner alors vers le privé et l’industrie pharmaceutique, qui en plus de donner des médicaments à Cuba, comme promis lors d’un premier accord passé, a dû aussi mettre une seconde fois la main au porte-monnaie.  Les firmes Pfizer et Merck, Sharp et Dome sont relancées.  La somme des produits de pharmacie offerts à Castro atteint 53 millions de dollars…. au prix de vente, mais en réalité, cela revient seulement à 17 millions en prix coûtant.  L’accord est alors signé.  Les premiers prisonniers sont revenus en avion et en bateau, des avions qui atterrissent sur la base de Homestead, où ils sont reçus avec un cérémonial qui sera invariable tout au long de l’arrivée des prisonniers.  On leur joue même Le Pont de la Rivière Kwaï comme musique d’accueil, à leur retour, précisent Ross et Wise !  A Noël 1962, tous sont de retour.  Kennedy, grâce aux talents de Donovan, a réussi son pari.  Le dernier lot de 107 prisonniers, dont le retour est diffusé à la télévision, prennent un avion de ligne DC-6 de Pan American World Airways.  Il ne s’agit surtout pas de montrer à ce moment les DC-4  de la CIA (alors qu’un voyage a eu lieu au moins avec ce type d’avion) !  Or, encore une fois on a trompé les américains, et d’une autre manière encore : ils n’ont en effet rien su de ces négociations :  Donovan, officiellement avait été envoyé comme « avocat » en « visite privée » à Cuba !!!  Le film de leur arrivée, visible ici, avec envoi de colis en échange, retour du DC-6 sous les caméras à Homestead, files d’autocars et distribution de médailles, analyses médicales rapides dans un hangar est un vrai chef d’œuvre de propagande US (toutes les images ci-contre dans ce chapitre en sont extraites).  On distingue clairement sur une deuxième bobine le bateau qui va emporter les médicaments négociés en échange, qui est le cargo African Pilot affrété par la Croix Rouge.  Certains sont chargés à bord de container de la Fruit Growers Express.  A son retour il ramènera à Fort Lauderdale 923 prisonniers à lui tout seul.

La mise en scène des cargos

Les américains ont été trompés « également par les bateaux utilisés :  « Nous savons que l‘American Surveyor SS (ex-Caswell, ex-Southwind) a fait deux voyages au moins Cuba dans le cadre de la matière portant l’accord conclu pour libérer  les prisonniers de la baie des Cochons.  Un des voyages a eu lieu le 17 avril 1963, quand il a navigué de New York chargé avec 8,499 tonnes de marchandises évaluées à 3,2 millions de dollars.  Le second a eu lieu le 8 mai 1963, il était parti de Philadelphie alors qu’il était chargé avec 7,352 tonnes de marchandises évaluées à 7,5 millions de dollars.  Certains de ces cargos, y compris l’American Surveyor SS (ex-Caswell, ex-Southwind), avait transporté des prisonniers libérés sur le voyage de retour aux États-Unis ».  A noter qu’en version « de guerre », la classe Tolland dont fait partie le Surveyor a pour mission aussi d’emporter des barges de débarquement…

« Ce qui suit est de la première page des Miami News (du 18 mai 1963): « The American Surveyor S.S. sous escorte de l’US Coast Guard Cutter Androscoggi est arrivé à Port Everglades, en Floride, avec 759 réfugiés cubains. »  Plus loin on tombe sur un autre voyage, et surtout un autre chiffre : « Ce que (et sous l’autorité de qui) le SS American Surveyor faisait à La Havane, à Cuba en 1963 n’est pas connu.  Cependant, il semble que le navire a été impliqué dans l’expédition des marchandises à Cuba dans le cadre de la libération des hommes capturés au cours de l’opération de la Baie des Cochons de 1961.  Le négociateur en chef, James B. Donovan, avocat pour le comité des familles cubaines pour la libération des prisonniers de guerre de la baie des Cochons et la Croix-Rouge américaine, ont été les principaux acteurs des efforts pour libérer 2.506 prisonniers… »  D’où sort ce chiffre, on ne le sait.  On notera que l’American Pilot n’apparaît pas, et qu’un avion de la CIA a effectué un vol au moins dans le lot. Officiellement, c’est un cargo civil de la Croix Rouge qui a effectué les voyages.  En réalité ce sont des cargos militaires « démobilisés » quelques mois seulement :  « le 7 juin 1963, l’American Surveyor SS a été retourné à l’Administration maritime pour se mettre en place au sein du National Defense Reserve Fleet, James River Group, de Lee Hall, en Virginie.  Certains navires affectés à la Natinal Defense Reserve Fleet ont connu l’action pendant la guerre du Vietnam (1961-1975).  Aucun enregistrement n’a été trouvé indiquant que le SS American Surveyor a participé à ce conflit. » Les bateaux concernés étaient le S.S. African Pilot; le S.S. Shirley Lykes, le S.S. Santo Cerro, le S.S. Priamos, le S.S. Copan, le S.S. American Surveyor, le S.S. Morning Light et le S.S. Maximus. On aura bien sur repéré dans le lot le SS Shirley Likes (filmé ici !!) :  ce n’est autre que le sister ship du Marion Lykes, le cargo avec passagers avec lequel un dénommé Lee Harvey Oswald avait rejoint la France puis l’Angleterre  pour se rendre en URSS ! 

Les boutiquiers de la libération des prisonniers

Le but du jeu de Kennedy était clairement de ne pas montrer que l’Etat américain avait versé quoi que ce soit pour libérer les prisonniers.  Mais de faire grande publicité de leur retour !  D’où des marchandages de boutiquier, comme par exemple pour la poudre de lait fournie expliquent les deux talentueux auteurs :  « par ailleurs, le Département de l’Agriculture annonça le 8 janvier 1963 que « la Croix-Rouge lui avait fait savoir que le Comité des familles cubaines comptait réunir les fonds nécessaires pour rembourser le Département ».  En d’autres termes, le gouvernement disait qu’il serait remboursé en espèces pour ses denrées excédentaires.  La suite se révéla assez différente.  Le lait en poudre (Gerber ici  à gauche dans le film retrouvé du chargement de l’African Pilot) coûtait au gouvernement 2 505 000 dollars quand il était acheté aux producteurs au titre du programme du soutien des prix alimentaires.  Les autres matières grasses lui coûtaient 3 150 000 dollars.  Par conséquent, le gouvernement céda des denrées pour lesquelles il avait versé 5 655 000 dollars.  Cependant, en calculant la valeur du lait et des matières grasses données à la Croix-Rouge, le gouvernement chiffra sa contribution à un peu moins de deux millions de dollars — au prix le plus bas auquel auraient pu être portés le lait et les matières grasses s’ils avaient été vendus par le gouvernement sur les marchés mondiaux » (ci-dessous l’extrait du livre Negotiator:  The Life and Career of James B. Donovan de Philip J. Bigger ». 

« Normalement, le gouvernement quand il chiffre la valeur d’une contribution charitable en denrées excédentaires inscrit le prix le plus haut qu’il a payé aux producteurs.  En ce cas précis, il chercha évidemment à minimiser l’importance de la donation à cause des conséquences de politique intérieure qu’impliquait son cadeau à Castro ».  Mais le paiement tournera vite à une sorte de « machiavélisme de la poudre de lait » :  les Kennedy sont décidément des gens tortueux, surtout quand il s’agit de leur réputation de ne pas avoir cédé à Fidel Castro, ce qu’ils viennent pourtant de faire !!!  « Le gouvernement ne fut nullement remboursé en espèces pour sa donation de lait et de matières grasses.  Au contraire, par une astuce comptable dont la complexité laisse pantois, le gouvernement accepta comme « remboursement » quatre millions de livres d’un insecticide nommé Sevin » (de « l’Experimental Insecticide Seven Seven » en fait, celui qui a provoqué la catastrophe de Bophal en Inde, ici en publicité en 1957 !!!).  « L’Union Carbide Company avait fait don à la Croix-Rouge d’une quantité d’insecticide évaluée à deux millions de dollars pour apporter sa contribution à l’échange de prisonniers.  Mais le Département du Commerce avait décidé que cet insecticide serait d’une importance économique stratégique certaine pour Castro, parce qu’il favoriserait sa récolte de canne à sucre.  Voici alors ce qu’il advint :  la Croix-Rouge accepta l’insecticide, puis le remit aussitôt à l’Agence pour le développement international, laquelle l’expédia en Inde, au Pakistan, en Algérie.  Le gouvernement accepta que l’insecticide remboursât de cette manière le lait et les matières grasses. Il ne s’agissait certes pas de la même chose que ces « fonds » qui, selon le Département de l’Agriculture, devaient être réunis pour « rembourser le gouvernement ».

La Baie des Cochons, un fiasco à 30 millions de dollars ?

Au final, le coût de l’opération « retour des prisonniers » devint surtout astronomique.  Mais bien en deçà au final des exigences de Castro, pourtant en situation de force  : »un calcul modeste de ce qu’il en a coûté au gouvernement pour se tirer des conséquences de la baie des Cochons atteindrait le chiffre de 29 793 000 dollars.  Chiffre qui comprendrait la perte fiscale de vingt millions de dollars à la suite des abattements consentis aux fabricants de médicaments pour leurs contributions charitables; 5 655 000 dollars en lait en poudre et en matières grasses; 4 000 000 dollars en versements secrets de la C.I.A. à des familles des prisonniers de la baie des Cochons pendant vingt mois; et 138 000 dollars au titre du Département de la Santé, de l’Éducation et du Bien-Être pour le retour des prisonniers (chaque .prisonnier reçut un chèque de cent dollars; les autres dépenses consistèrent en vêtements, logements et vivres) ».

Et comme le chiffre était élevé, l’administration Kennedy fit tout pour le rendre plus attrayant aux contribuables :  en somme, la « grande présidence Kennedy », de pure façade, dissimulera des boutiquiers du remboursement de la prise d’otages :  «  A cause des risques politiques inhérents à toute tractation avec Castro, le gouvernement estima préférable de camoufler sa participation à l’échange des prisonniers en agissant par l’entremise de Donovan et en usant jusqu’à un certain point de supercheries fiscales.  Selon lui, la situation était telle qu’il ne pouvait envisager un acte d’humanité qu’au prix de la plus grande prudence politique.  Néanmoins, Donovan réussit et la vie des prisonniers fut sauvée ».  Mais l’accord aura une faille de taille nous disent Ross et Wise. « Clause imprévue de l’accord :  Donovan persuada Castro de ne pas laisser repartir à vide les bateaux de la Croix-Rouge.  Castro commença alors à se débarrasser de milliers de réfugiés qui se trouvaient auparavant dans l’impossibilité de quitter Cuba, y compris cinq mille membres des familles des prisonniers.  Puis, en mars et avril 1963, Donovan obtint la libération de plus d’une trentaine d’Américains détenus dans les prisons castristes, dont trois membres de la C.I.A.  Le 3 juillet, quand le dernier cargo de médicaments arriva à Cuba, la Croix-Rouge américaine annonça promettre davantage s’il en était besoin.  En tout, le Département de l’Agriculture contribua pour un total de trente-cinq millions de livres, d’excédents alimentaires à l’échange des prisonniers — quinze millions de lait en poudre et vingt millions de matières grasses dont les Cubains étaient à court.  Mais l’administration redoutait d’être l’objet d’attaques politique, pour avoir aidé Castro.  Le contrat pour le lait et les autres matières grasses fut mis en veilleuse ».

Une question demeure avec ses sordides négociations :  les contacts tissés dès 1959 par Jack Ruby avec les cubains ont-ils pu servir à l’administration Kennedy et son envoyé Donovan, malgré l’opposition manifeste entre les soutiens de Ruby et du clan Kennedy  ???  Quelle place exacte Ruby, présenté plus tard comme « fervent admirateur de Kennedy », la « raison » donnée de l’assassinat d’Oswald, avait-il tenu dans le dispositif global de relations avec Cuba ???  N’a-t-on pas là une des clés de l’énigme, Ruby ayant été embarqué dans une opération bien tortueuse, sponsorisée par de très gros moyens financiers ?

Pendant les négociations, l’espionnage a continué

La veille même de l’assassinat, un événement est aussi passé inaperçu.  Une dépêche d’UPI en fait part de façon abrupte : « un avion « espion » U-2 qui serait en mission de reconnaissance au-dessus du Cuba communiste s’est écrasé mercredi dans le golfe du Mexique, à 40 miles au nord-ouest d’ici.  Des sources militaires à Washington ont déclaré que le pilote U-2 n’a pas signalé de problème de radio avant l’accident et que l’avion est probablement tombé à cause de problèmes mécaniques. Cependant, ils ont dit que l’accident aurait pu être le résultat d’une attaque cubaine.  Le pilote de l’U-2 a été identifié comme capitaine Joe E. Hyde Jr., 33 de La Grange ».  L’avion, un U-2 immatriculé 56-6683 du 4080th Strategic Reconnaissance Wing,  Davis-Monthan AFB revenait effectivement d’une énième mission de surveillance de type « Brass Knob » de l’île quand il s’était écrasé au nord ouest de Key West, en Floride.  L’avion (qui était encore tout métal à l’époque, ici à gauche au Panama) était tombé dans une vrille de spirale à plat de décrochage, dont il n’avait pas réussi à sortir.  L’engin qui volait constamment à ses limites de poussée de réacteur en atmosphère limitée, était « susceptible » sur ce point, tout le monde s’accorde à le dire.  Dans l’effervescence de l’assassinat, on a totalement oublié son cas.  On a bien repêché des débris de l’appareil, au siège éjectable manquant, mais le corps de Hyde n’a, lui, jamais été retrouvé.

 

Castro toujours prêt à négocier

Une fois Kennedy mis hors course, et Johnson à sa place à Washington, Castro enverra via l’ambassadeur Stevenson et la journaliste Howard la promesse express de ne rien faire contre ces survols peut-on lire dans « Back Channel to Cuba:  The Hidden History of Negotiations between Washington and Havana »  :  « Dans une note de suivi adressée au président le 24 juin (1964), marquée par le secret et le caractère personnel, l’ambassadeur Stevenson a transmis un message important de Castro sur les survols d’U-2:  «Rien n’arrivera à leurs avions et nous n’avons pas besoin de lui envoyer (cf à Johnson)  d’avertissement « ,  a-t-il déclaré (les avions U-2 survolant toujours l’île comme on vient de le voir).  En effet, Castro a promis que «il n’y aura pas de crise avant les élections de novembre», a déclaré Stevenson (novembre 1964, celle de l’élection de Johnson face au duo Barry Goldwater/William E. Miller).  « Il fera preuve de la plus grande retenue et nous pourrons nous détendre.».  Castro a estimé que «toutes nos crises pouvaient être évitées s’il existait un moyen de communiquer. [Castro] a supposé qu’il pouvait appeler [Lisa Howard] et qu’elle m’appellerait et que je vous conseillerais ».  Pour l’auteur, Castro souhaitait continuer avec Johnson l’apaisement commencé avant son arrivée, alors qu’il avait eu connaissance, pourtant, des multiples tentatives d’assassinat fomentées par les frères Kennedy.  « Au moment de l’entrevue, Howard posa une question à laquelle elle seule, Fidel et quelques autres au sein des gouvernements américain et cubain connaissaient déjà la réponse: «Vous avez dit à un moment après la mort du président Kennedy que vous croyiez que sous Kennedy allait se normaliser les relations entre Cuba et les États-Unis.  Qu’est-ce qui vous pousse à le croire?  En arrêtant de parler anglais, Castro répondit avec une discrétion diplomatique: « après trois ans de président des États-Unis, Kennedy avait beaucoup plus d’expérience qu’il ne l’avait au début, et je crois qu’il avait une meilleure compréhension des problèmes mondiaux et de Cuba.  Mon opinion est qu’il était en train de se persuader de ses erreurs envers Cuba, nous avons eu des preuves que certains changements se sont faits dans l’esprit du gouvernement des États-Unis.  Une nouvelle situation … et nous avions des preuves dont je ne veux pas parler maintenant.  Hors caméra, Castro a conféré en privé avec Howard sur le maintien des communications secrètes avec les États-Unis, qu’elle et lui avait initiées l’année précédente.  Il partage son point de vue selon lequel, à un moment donné, les USA devraient reconnaître la réalité de la révolution cubaine et venir à la table des négociations ».  Johnson enterrera en fait très vite le projet.  La lune de miel ne durera pas.  Quand Castro demandera le départ de la base de Guantanamo, en lui coupant l’eau pour faire pression, Johnson lui répondra indirectement en faisant venir une unité de production d’eau douce sur place. Et il ne reprendra jamais le rapprochement initié sous Kennedy.  Castro subira 74 tentatives d’assassinat pendant son mandat (et 184 sous Nixon, 64 sous Carter, 197 sous Reagan, 16 sous Bush Sr et 21 encore sous Clinton…).  Ceux-là, au moins, mais ce n’est pas une excuse, ne prétendaient pas comme Kennedy vouloir faire la paix AVEC Castro tout en cherchant en même temps à l’assassiner !!!

 

 

(1) c‘est une histoire venue tardivement, racontée par Ray et Mary LaFontaine, qui disent que John Elrod, arrêté comme étant le 4eme « tramp » (vagabond) à Dallas le 22 novembre 1963 à 14h45 aurait été placé en prison avec Oswald et un autre jeune délinquant de Memphis, Daniel Douglas.  Un autre homme les aurait rejoint en cellule, Lawrence Miller, à la tête ensanglantée puisqu’il venait d’avoir un accident de voiture après une course poursuite avec la police.  Dans le coffre de la Thunderbird de Miller, la police avait trouvé des armes :  « Dans la voiture la police a trouvé deux fils de calibre .30, des mitrailleuses, un pistolet calibre. 45″, une mitrailleuse légère  et deux fusils automatiques Browning.  Les armes ont été identifiées comme faisant partie du butin du cambriolage  le mercredi précédent de la boutique de l’armurier de la garde nationale du Texas à Terrell. ».  Oswald aurait alors dit à Elrod et à Douglas qu’il avait déjà vu Miller dans une chambre de motel avec quatre autres hommes, dont l’un étant Jack Ruby.  Oswald ayant raconté que ces hommes y compris Miller, avaient parlé d’argent, pour la négociation d »un  » contrat ».   « Les LaFontaine revendiquent la preuve d’un lien entre Ruby, Miller et Oswald en déclarant qu’Oswald, selon le récit d’Elrod, connaissait le propriétaire de boîte de nuit de Dallas Jack Ruby et un homme (Lawrence Miller) arrêté à Dallas alors qu’il transportait des armes volées le 18 novembre, 1963. Ces armes, selon le témoignage sous serment d’un agent fédéral, étaient destinées à un marchand de fusils de Dallas appelé John Thomas Masen.  Masen est important parce qu’il possédait «Le seul magasin dans la région de Dallas qui a vendu le type de munitions utilisées dans les tirs contre le président Kennedy».  Nous trouvons également que Ruby et Miller ont obtenu leurs armes volées de Fort Hood près de Killeen, au Texas.  Un agent de l’alcool, du tabac et des armes à feu (ATF) nommé Frank Ellsworth a visité Fort Hood en octobre 1963 et a questionné l’armée et les enquêteurs du FBI au sujet des vols.  En 1978, Ellsworth faisait allusion au Comité d’assassinats de la Chambre (HSCA), les enquêteurs «… m’ont dit que quelqu’un cherchait à les tromper ».  Ellsworth a découvert qu’un capitaine George Nonte Jr. était responsable de l’artillerie à la base.  « Nonte, décédé en 1978, avait un secret, et c’était l’un des plus grands experts mondiaux en matière d’armes à feu.  Il a finalement été l’auteur de nombreux livres sur les armes à feu. Il semble donc que Ruby ait été impliqué avec Masen dans une sorte d’opération d’armes à feu.  Ils ont travaillé avec l’aide de Nonte en utilisant des criminels comme Miller pour fournir des armes pour leurs activités néfastes ».

(2) extrait de « ACT OF RETRIBUTION: The Military-Industrial-Intelligence Establishment And … Par J.P. PHILLIPS « :  « le colonel Caston et ses associés gangsters ont proposé un accord au mari de Mme Rich.  Serait-il disposé à faire entrer clandestinement des armes à Cuba à bord d’un bateau qu’il utilisait alors pour faire sortir des réfugiés cubains?  (Rich, à l’époque, était engagé dans le transfert des réfugiés illégalement hors de Cuba vers les États-Unis.  Les armes en question, lui avait-on dit, avaient été «achetées» par le colonel Caston d’un dépôt de l’armée voisine et étaient emmagasinées dans un hangar derrière la maison que les Rich sont allés visiter.  Lorsque la cache d’armes a été ouverte Mme Rich s’était étonnée: «mon Dieu. . . C’était un dépôt d’approvisionnement de l’armée!  Il y avait des fusils; Il y avait un BAR qui restait de la guerre mondiale … Vingt ou trente cas de grenades à main.  Une demi-douzaine de mines terrestres …. Les Perrin-Richs ont exigé un prix élevé en contrepartie de leur participation à la contrebande d’armes à Cuba, d’autant plus qu’il contrevenait à la loi américaine. Une fois que l’affaire avait été conclue avec le Colonel Caston avec Perrin-Rich, ce dernier a téléphoné rapidement.  Quelques minutes plus tard, comme le rappelle Mme Perrin Rich, il y a eu  «un coup. . . sur la porte et qui arrive, mais mon petit ami Jack Ruby ! …. Vous auriez pu me renverser avec une plume.  Je me regardai, je l’ai regardé et nous nous sommes regardés. »Ruby et le colonel Caston ont alors quitté la pièce momentanément.  Mme Perrin Rich a remarqué« un renflement assez large sur l’endroit où était la poche de poitrine de Ruby ».

 
(3) le charretier-président était aussi un tombeur, qui trompait allègrement sa femme timorée jusqu’à l’intérieur de la Maison Blanche (comme Kennedy !!!) :  « L’affaire (avec Alice Glass – ici gauche-, la femme d’un de ses ardents supporters !) a continué jusqu’à la fin des années 1940.  Mais ce n’était pas la dernière de Johnson.  Une fois, il s’est vanté qu’il avait «plus de femmes par hasard que Kennedy n’avait jamais eues».  Quand Johnson est devenu président, il a continué à tromper sa femme, même à la Maison Blanche.  Une fois, après que Lady Bird eut appris  que son mari avait des relations sexuelles avec une de ses secrétaires sur un canapé du bureau ovale, Johnson a demandé au Service secret d’installer un système de sonnerie pour alerter le président chaque fois que sa femme était proche.  Cet incident s’est produit quelques mois seulement après son entrée en fonction.  Un ancien agent des services secrets a déclaré: «si nous voyions Lady Bird se diriger vers l’ascenseur ou les escaliers, nous devions déclencher la sonnerie ».  (Kennedy n’avait donc rien inventé dans le genre !).  « En 1982, une femme nommée Madeleine Brown a tenu une conférence de presse au Dallas Press Club, lors de laquelle elle a affirmé qu’elle était la maîtresse de Johnson pendant 21 ans.  Brown a dit que Johnson l’a installée dans une maison de deux chambres avec une femme de ménage et lui a donné des cartes de crédit et des voitures.  Elle a également décrit Johnson comme «kinky» et a dit que leurs réunions duraient généralement environ 30 minutes (c’est une sorte de Chirac, la douche en moins).  Elle a dit que l’affaire a commencé en 1948 après une fête à l’hôtel Adolphus à Dallas et elle a continué jusqu’en 1967.  Le Dallas Morning News a publié les allégations sous le titre « une femme de Dallas prétend qu’elle était l’amante de LBJ » et l’histoire a provoqué une déclaration des pro- Bird Johnson et de la famille Johnson comme quoi la réclamation était fausse.  Brown a dit qu’elle voulait retirer l’enregistrement, après que des rapports publiés d’une affaire entre Johnson et Glass avaient été faits trois semaines plus tôt ».`

(4)  « connu sous le nom de  » Oncle Bebe  » par les deux enfants de Nixon, « Trisha et Julie, Rebozo a fréquemment offert aux filles – et à la femme de Nixon, Pat – des cadeaux onéreux.  Il a acheté une maison dans la banlieue pour Julie après avoir épousé David Eisenhower.  Le Saturday Evening Post, dans un article de mars 1987, en a fixé le prix à 137 000 dollarsRebozo entrait et sortait de la Maison Blanche à sa guise, sans être suivi par les Services Secrets. Bien qu’il n’ait pas eu de travail au gouvernement, Rebozo avait son propre cabinet et son numéro de téléphone dans le bâtiment exécutif.  Quand il voyageait sur Air Force One, ce qui arrivait fréquemment, Bebe enfilait une veste de vol bleue portant le Sceau présidentiel et son nom. (La propre veste de vol de Nixon était inscrite «Le Président» – comme si personne ne le reconnaîtrait de fait simplement en le regardant).  Les liens entre le crime organisé et Rebozo étaient solides (à gauche l’héliport construit à côté de la propriété de Floride de Nixon à Key Biscayne).  Nixon résidait aussi dans Grand Cay, aux Bahamas, dans une maison bâtie sur une île complète –Walker’s Cay– de 125 acres, appartenant à Marc Abplanalp, l’inventeur de la valve pour aérosols.  « D’une part, il avait des liens juridiques et financiers avec «Big Al  » Polizzi, un gangster de Cleveland et le chef de file de la drogue.  Rebozo a construit un centre commercial à Miami, loué à des membres de la communauté d’exilés cubain de droite, et il a laissé la direction à Big Al, un marchand noir déclaré par le Bureau fédéral des stupéfiants comme «l’un des plus Membres influents du monde souterrain aux États-Unis. ‘ ‘ Nixon et Rebozo ont acheté des lots de terrains haut de gamme de Floride sur Key Biscayne, en obtenant des taux de négociation de Donald Berg, un partenaire d’affaires Rebozo connecté à la Mafia.  Le service secret a finalement conseillé à Nixon de cesser de s’associer avec Berg.  Le prêteur de l’une des propriétés de Nixon était Arthur Desser, qui a fait équipe avec le président des Teamsters Jimmy Hoffa et le gangster Meyer Lansky.  Nixon et Rebozo étaient des amis de James Crosby, le président d’une firme à plusieurs reprises liée à des gangsters de premier plan, et la Key Biscayne Bank de Rebozo était un pipeline soupçonné pour l’argent que la mafia écoulait du casino de Crosby aux Bahamas.  Dans les années 1960, les agents du FBI qui tenaient compte de la mafia avaient identifié le copain cubano-américain de Nixon comme un «associé non membre de la criminalité organisée».  Une boucle bien bouclée, non, avec les amis de « Bebe » !!!  En photo le « porteur de valises » Rebozo lors d’une partie de pêche à Miami en 1953… avec Johnson, et non Nixon (Nixon embarquait plutôt sur un bateau de visites touristiques appelé le Coco Lobo) !!!

 

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L’assassinat de Kennedy : Oswald, ou le parfait pigeon (27)

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