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L’assassinat de Kennedy : Oswald, ou le parfait pigeon (23)

Rappelez-vous, dans l’épisode 19 de notre saga, je vous ai parlé de Cord Meyer et de l’Opération Mockingbird, celle qui souhaitait prendre le contrôle des journalistes et de leur journaux ou de leurs magazines.  Dans les années 60, l’un d’entre eux a fait figure de phare éclairant le peuple américain:  il s’appelait Ramparts, et on y trouvait de belles signatures (comme celle, française, de Jean Lacouture, par exemple).  Créé en juin 1962 par Edward M. Keating, disparu en 2003, et visant un « lectorat catholique », positionné résolument à gauche (il défendra les Black Panthers !), le magazine se montrera également sous la direction de son rédacteur en chef Warren Hinckle fervent opposant à la guerre du Viet-Nam, et révélera les manigances du pouvoir sous Johnson pour l’entretenir, telle la création du Michigan State University Group (ou Michigan State University Vietnam Advisory Group) en fait un des relais directs de la CIA au sein de l’Université US.  Bien entendu, la publication sera accusée d’avoir été financée par les communistes soviétiques, ce qui était faux bien sûr :  sa surprenante notoriété (400 000 exemplaires vendus au sommet de sa gloire) lui apportait les fonds nécessaires à son développement (c’est comparable au Canard Enchaîné comme fonctionnement !).  Elle fera aussi l’objet d’une enquête du FBI, violant ainsi le National Security Act of 1947.  Chez Ramparts, une enquête approfondie de 3 années, dont il reste une série de superbes articles dont un en particulier, intitulé « Dans l’ombre de Dallas« , plus celui de David Welsh, intitulé « The Legacy of Penn Jones » (1), font le décompte des personnes disparues autour de l’assassinat, prenant dix exemples en particulier.  En voici l’étonnant récit (2), dont France-Soir avait un peu vite expédié le contenu le 28 octobre 1966 en affirmant des faits « qu’ils n’apportent vraiment pas d’éléments nouveaux »…

« Le grand Bill meurt sans comprendre »

« La première victime fut Bill Hunter, un journaliste (ici à droite).  Bill avait trente-cinq ans.  Carré comme un joueur de base ball, toujours vêtu d’une gabardine blanche et coiffé d’un petit feutre mou, il ressemblait un peu à l’acteur Alan Ladd.  Le jour de l’attentat contre le Président, il se trouvait à la rédaction de son journal, le Long Beach Press Telegram, son rédacteur en chef le fit appeler d’urgence: Ça se passe chez vous, dit-il.  Foncez, mon vieux !  Je veux la meilleure enquête... En effet, si Bill Hunter n’était pas véritablement originaire de Dallas, il y avait longtemps travaillé, à la rédaction du quotidien local, le « Times Herald ».  Immédiatement, le reporter téléphona à son vieil ami Jim Koethe, rédacteur au « Times Herald », pour lui annoncer son arrivée.  Puis, il prit l’avion pour Dallas » (…).  Les deux journalistes, qui connaissaient parfaitement la ville, commencèrent aussitôt leur enquête (…) les voici à se rendre dans l’appartement de Jack Ruby : « d’un geste fatigué, une fille lui indiqua l’appartement que les deux associés partageaient.  C’est Georges Senator qui vint lui ouvrir. -Journalistes ?… Entrez. Jim Martin, l’avocat de Jack, est déjà arrivé.  En effet, quelques instants après le crime, nullement étonné, l’avocat se trouvait déjà au domicile du tueur et commençait à parler de sa défense.  Jim et Bill échangèrent un coup d’œil.  Ils étaient sidérés -comment avez vous appris là nouvelle ? questionna Bill. -euh !… La radio, bougonna Senator.  Hunter inspecta l’appartement en désordre des deux célibataires.  Aucun récepteur de radio ne s’y trouvait. Il en fit la remarque » (à droite l’appartement de Ruby montré dans le Dallas Times Heral » du 24 novembre.  Selon Rose, la propriétaire, aucun officier de police présent lors de leur visite n’avait en effet pris de photo dans cette enquête bâclée).  Et ainsi de suite : « ils purent acquérir la certitude qu’aucune des filles du Carrousel n’avait vu Senator pour le mettre au courant du crime » (…).  Sa conviction était faite : Georges Senator et l’avocat Martin savaient tout des projets de Jack Ruby.  Cela malheureusement, il ne pouvait le publier avant les résultats officiels de l’enquête.  Il fallait donc attendre et provoquer un incident pour brusquer les choses.  Bill convint avec son ami Jim d’un artifice très simple :  il demanderait à témoigner devant la Cour… » Ceci pour la première partie des faits.  La seconde est tout aussi renversante sinon sidérante :  « cinq mois plus tard, Bill Hunter était assis dans la salle de presse du commissariat de police de Long Beach, en Californie.  Cet immeuble s’appelle « Maison de la sécurité publique ».  Bill venait témoigner devant un magistrat.  En attendant d’être appelé, il lisait un journal dans ce local, où il avait ses habitudes.  Soudain, deux policiers entrèrent dans la pièce.  Bill, renversé sur sa chaise, leur fit un petit bonjour de la main.  Mais l’un d’eux dégaina subitement son revolver et le braqua sur lui.  « Il veut jouer » pensa le journaliste.  Le grand Bill Hunter mourut sans comprendre.  La balle qui lui troua la tète, juste entre les deux yeux, traversa la cervelle et fit exploser la nuque. – C’était un accident, affirmèrent, sous serment, les deux policiers (à droite l’entrefilet du journal de LONG BEACH évoquant leur simple suspension). – Mon collègue, précisa le second, était en train de me montrer avec quelle rapidité il pouvait dégainer son arme… Le coup est parti. –Mon arme m’a échappé, dit le tireur, interrogé séparément.  C’est au moment où elle a heurté le sol qu’une balle s’est échappée.  La Cour estime ces explications suffisantes », affirmait en effet Ramparts.  Le second exemple est tout aussi sidérant…

« Le cadavre de Jim était roulé dans une couverture »

L’autre  journaliste qui travaillait au Dallas Times Herald a subi le même sort en effet.  La mort de son ami Hunter, tué le 23 avril 1964 par l’officier de police Creighton Wiggins, sous les yeux de son collègue Errol F. Greenleaf qui avait déclaré n’avoir rien vu, « ayant le dos tourné« , l’avait littéralement révolté.  « Jim Koethe (ici à droite) serre les poings en apprenant la mort de son ami.  Pour le venger, il jugea prudent d’attendre un moment propice de témoigner à son tour. Très discrètement, suivant son habitude, il entreprit d’utiliser ses loisirs pour enquêter, dans Dallas, sur toutes les étrangetés du meurtre de Kennedy.  Jim était un garçon solitaire.  Célibataire endurci, jamais personne ne lui rendait visite dans son petit appartement des faubourgs.  Lorsqu’on frappa à sa porte, le 15 septembre 1964, à 22 h -30, il était dans son bain.  D’abord, disent ses voisins, il ne répondit pas.  Puis, sans doute lassé d’entendre les six notes de la sonnerie musicale, il enfila un peignoir, et vint ouvrir (selon certains la date exacte de la visite est le 20 septembre).  Le corps de Jim Koethe ne fut découvert que le lendemain soir, par sa femme de ménage, dont le hurlement ameuta les voisins.  Il était roulé, sur le sol, dans une couverture.  Le studio était jonché de papiers en désordre.  Une grosse chemise cartonnée, vide, portait ce titre : « La vérité sur le meurtre » (ci-contre la photo de sa machine à écrire, au bas de son lit, lors de la perquisition de sa chambre, le papier ayant visiblement été enlevé, les touches encore enclenchées :  il était encore en train de rédiger !). « C’était le titre déjà déposé du livre que Jim voulait publier.  Son manuscrit, bien sûr, demeura introuvable ». Voilà déjà un deuxième témoin d’expédié, et d’une bien étrange manière avait découvert Welsh : « l’autopsie du corps du journaliste révéla qu’il était mort à la suite d’une manchette de « karaté » reçue à la gorge.  La prise avait été portée par un spécialiste de ce sport de combat. L’enquête de police restait sans résultats, quand, quinze jours plus tard, les collègues de Koethe, du journal – Times Herald, apprirent l’arrestation d’un petit voleur nommé Larry Reno. Agé de vingt-deux ans.  Reno ressemblait à tous les bons-à-rien de Dallas : c’était un jeune voyou, ancien « marine » tatoué.  Il avait la réputation d’ être un excellent judoka.  Lorsque la police l’arrêta, il revendait chez un fripier des vêtements qui correspondaient mal à sa petite taille.  Cette vérification de routine serait probablement, passée inaperçue, si un reporter de faits divers du « Times Herald « , dépêché sur les lieux, n’avait remarqué dans le lot un complet appartenant à Jim Koethe.  Malgré la campagne déclenchée par le quotidien, la Justice du Texas ne jugea jamais Reno pour le meurtre de Jim.  C’est pour cambriolage qu’il fut condamné… à la prison à vie.  Si Larry Reno risquait de trahir un maillon de la chaîne.  Il n’existe pas de meilleur moyen pour le réduire au silence ».  Exits l’assassiné et l’assassin !  Certains remarqueront que Karyn Kupcinet était morte le 30 novembre 1964 elle aussi d’un coup violent porté sur le côté gauche du cou (sur l’os hyoïde).  Selon W. Penn Jones, son père, Irv avait connu Jack Ruby dans les années 40 et aurait laissé à sa fille des informations le concernant.  Dans son livre Forgive my Grief, Jones rapporte que « quelques jours avant l’assassinat, Karyn Kupcinet, 23 ans, a essayé d’obtenir un appel téléphonique longue distance à partir de la région de Los Angeles.  Selon les rapports, l’opérateur longue distance a entendu Mlle Kupcinet crier dans le téléphone que le président Kennedy allait se faire tuer « .

« Brusquement l’avocat trop bavard s’affaisse »


« Un autre homme, l’avocat Torn Howard
(ici à gauche répondant aux journalistes), disait en savoir long sur l’affaire Kennedy.  L’avocat Jim Martin, défenseur de Jack Ruby, lui avait curieusement cédé sa place.  Torn Howard était un grand ténor du barreau de Dallas. C’est pourquoi, d’ailleurs, Georges Senator, l’ami de Ruby, fit appeler ce dernier immédiatement après le départ des journalistes, le soir même du meurtre d’Oswald, le 24 novembre 1963.  Howard, c’est le nom que prononcent tous les gangsters du Texas lorsqu’ils se trouvent en état d’arrestation.  L’homme est grassouillet, sous son large feutre blanc.  Mais son regard dur, derrière de fines lunettes, en dit long sur l’astuce qu’il sait déployer quand il prend une affaire en mains.  Sa première consigne au prévenu est toujours : « -Taisez-vous.  Je répondrai pour vous… » Appelé en consultation, chez Ruby et Senator, par Jim Martin, Howard commença par prier son confrère de lui expliquer l’affaire.  Il semble qu’ensuite, les choses se gâtèrent.  Jim Martin voulut-il imposer au grand avocat un système de défense pour Ruby ?  C’est probable.  Les deux hommes, en tout cas se heurtèrent.  Dès le lendemain, l’attorney Howard affichait une mine de dogue en colère, lorsqu’il se rendit au Palais de Justice afin de demander son permis de visite pour assister Ruby à son premier interrogatoire.  Son client lui imposa son propre système de défense.  Le thème, on s’en souvient, était : « J’ai tué Oswald pour venger Kennedy »…  C’est sans doute sur un refus d’Howard qui, peu après, ce dernier fut « remercié » par la famille de Jack Ruby, et dut se démettre de son dossier au profit de Melvin Belli, l’avocat le plus célèbre et le plus cher des Etats-Unis :  le défenseur traditionnel des membres de la Maffia… (ici à droite avec l’avocat Joe Tonahill – à gauche – et Ruby – au milieu).  Belli était surnommé « the King of Torts« , il était partisan de présenter Ruby comme fou et plaider carrément l’acquittement, Tonahill visant deux ans d’emprisonnement seulement).  « Bafoué dans son amour-propre professionnel, Torn Howard ressentit comme une injure intolérable d’être remplacé dans « l’affaire du siècle » par un avocat qu’il méprisait, et jalousait, secrètement.  Le 26 mars 1964, dans les couloirs du Palais de Justice de Dallas, il fit connaître qu’il savait beaucoup de choses, et qu’il n’était plus totalement lié par le secret professionnel ».  Le genre de choses qui le conduira à sa fin, en fait, dans cette affaire qui remonte dans les plus hautes sphères du pouvoir, pas décidées semble-t-il à laisser fuiter quoi que ce soit, notamment en ce cas, en ce qui concerne Ruby.  « Le 27, au poste de police du Palais, les policiers virent venir Torn Howard.  Il s’avançait d’un pas hésitant, en portant fréquemment les mains à son cou, comme s’il étouffait.  Il entra dans la pièce comme  un automate et tenta de dire quelque chose. Puis, brusquement, il s’affaissa.  Le médecin de service, appelé en hâte, ne put que constater, en reposant son stéthoscope -Mort de crise cardiaque, probablement… Si tout ce que Dallas compte de personnalités dans le monde judiciaire se fit un devoir de suivre le convoi du grand avocat, aucune autopsie ne devait être pratiquée pour tenter de savoir à quoi, exactement, il avait bien pu succomber. – Howard n’était pas malade, affirmèrent ses proches« .  A noter un autre fait étrange : c’est en effet grâce à l’avocat Joe Tonahill que Dorothy Kilgallen – voir photo ci-contre- allait réaliser l’interview de Ruby qui allait provoquer plus tard la mort de la journaliste trop bavarde, elle aussi (encore une journaliste de décédée !)… En septembre 1965, dans une fort étrange interview arrangée dans sa prison, Ruby déclarera : «Je suis la seule personne dans le fond qui connaît la vérité concernant tout ce qui concerne ma situation …. Le monde ne connaîtra jamais les vrais faits qui sont survenus … sur mes motivations ……. des gens ont eu beaucoup à gagner, et avaient aussi pesé le motif inavoué de me mettre dans la position que je suis.  Les vrais faits ne seront jamais portés à la face du monde « … une interview qui renforçait fort la thèse de Belli d’un Ruby complètement dérangé  (on peut l’entendre ici à 1h24 du reportage) !!!

« Mind control » ?

La déclaration surréaliste ce jour-là de Jack Ruby pose en effet de sérieuses questions sur son état mental.  Ces mots choisis semblent davantage récités que naturellement exprimés.  Sa gestuelle est aussi surprenante lors de ce discours. L’encadrement également par ses supposés avocats – je n’ai pas réussi à déterminé qui l’assistait ce jour-là-  laisse aussi entendre une présence en tout cas sous contrôle.  Cela sonne étrangement, en effet.  Moins étrangement quand on apprend que Ruby avait été « visité » auparavant dans sa cellule par le Dr. Louis Joyon « Jolly » West pour être interrogé … au nom de la CIA.  Ce sinistre inconnu de la psychiatrie n’en était pas vraiment un quand on découvre qu’il a fait partie d’un obscur « sous-projet 43 », dont les intitulés étaient «Études psychophysiologiques de l’hypnose et la suggestibilité » et « Etudes sur la dissociation, » des axes de recherche en réalité du projet MK Ultra (3), effectués à la Cornell University.  Selon des témoignages;  notre fameux inconnu avait alors déjà « consacré quatre décennies à l’étude, l’écriture et l’expérimentation sur la dissociation, l’hypnose, le contrôle de l’esprit communiste, les hallucinogènes, la privation sensorielle, et les méthodes d’influence sociale », et avait conclu que « les méthodes utilisées par les sectes destructrices donnent lieu à la création de nouvelles identités et des états de dissociation ». Selon l’agence Reuters du 7 janvier 1999 « après avoir examiné (Jack) Ruby, l’assassin de l’assassin du président John F. Kennedy, Lee Harvey Oswald, West a conclu que Ruby souffrait de« maladie mentale grave précipitée par le stress de (son) procès ».  Joyon s’était fait connaître dans les années 50 en examinant 36 soldats sur les 59 capturés et relâchés en Corée qui étaient revenus avec des lavages de cerveau évidents selon les américains, puisque tous avaient signé un texte transmis à l’ONU comme quoi ils avaient commis des crimes contre l’humanité.  Il travaillait alors sur la base de Lackland, à San Antonio au Texas.  L’homme (ici à gauche) était un autoproclamé défenseur des droits de l’homme.  Pour ce qui est de son état mental propre, il faut aussi savoir qu’il s’était fait déjà remarquer l’année précédent l’assassinat, en août 1962 exactement, quand avec deux collègues il avait expérimenté l’injection massive de LSD sur… Tusko, un éléphant du zoo de Lincoln Park à Oklahoma City. La bête, qui avait reçu une dose 3000 fois supérieure à celle destinée à un être humain, en était morte très rapidement !  Selon certains, le médecin aurait plutôt du figurer dans « Orange Mécanique » que dans la prison de Ruby…  car le « score » de Joyon est assez sidérant :  on le retrouvera appelé pour examiner Siran Siran, l’assassin de Bobby Kennedy (un assassinat lui aussi plus que suspicieux, la thèse du second tireur ayant aussi fait son chemin depuis), mais aussi pour s’occuper de Patty Hearst…

La logeuse d’Oswald 

Le texte qui suit dans le magazine cité, ensuite, se trompe de personne, à vrai dire, confondant la logeuse de Ruby avec celle d’Oswald.  Earlene Roberts, logeuse d’Oswald, avait pourtant apporté un témoignage fort important en fait.  Elle avait en effet témoigné devant la Commission Warren sur le fait qu’ Oswald était arrivé chez lui vers 13h00 le 22 novembre 1963, puis  était resté seulement quelques minutes, mais pendant qu’une voiture de service de la police de Dallas était restée garée devant la maison.  Dans la voiture, selon Roberts, il y avait deux policiers en uniforme.  Elle indiquera aussi que le conducteur avait actionné le klaxon de sa voiture deux fois avant de démarrer,  Oswald quittant juste après l’appartement pour prendre le bus, semblant avoir suivi le signal.  Selon elle, le numéro de plaque de la voiture était le 106. Selon certains, elle aurait pu décrire la voiture conduite par J. D. Tippit, qui portait le numéro 10).  Bien entendu, la police de Dallas avait nié avoir eu une voiture dans le secteur à cette heure-là.  En somme, la logeuse avait évoqué un lien entre Tipitt et Oswald.  Earlene est décédée d’une crise cardiaque le 9 janvier 1966 (au Parkland Hospital !).

« Le sosie de Reynolds est abattu à sa place »

Le récit de Ramparts est celui ensuite des circonstances très floues ayant entouré le meurtre du policier Tipitt, une étrange et obscure affaire, incluse dans une affaire qui ne l’est pas moins« la version officielle de l’assassinat du Président Kennedy mentionne qu’après avoir tiré, et avant d’être  arrêté, dans un cinéma, Oswald a tué un agent patrouilleur, nommé Tipitt, d’un coup de pistolet.  Cette scène avait un témoin, du nom de Warren Reynolds.  Warren habitait le « bloc » qui se  trouve à l’angle d’Estside Avenue, sur les lieux mêmes où se déroula  le drame.  C’est un ouvrier, marié et père de famille.  Maigre, et souvent malade, il vivait sans histoires.  Ce 20 novembre, il sortait acheter des cigarettes.  Soudain, il vit un homme qui traversait en courant le carrefour, en dehors du passage réservé aux piétons.  Un policier (…) s’est alors rabattu vers l’inconnu.  Ce policier, c’était Tipitt.  Il s’est arrêté à la hauteur de l’homme pressé, et l’a interpellé.  Il avait une bonne raison d’agir ainsi.  Dès l’assassinat du Président, survenu une heure plus tôt un message-radio avait invité les patrouilleurs de la police à vérifier tous les individus suspects.  Tipitt, Texan à la forte carrure, attendait sur son véhicule que l’homme vint à lui.  Il en parut surpris de le voir s’éloigner, en ignorant son injonction.  Bondissant de son engin, il s’élança vers lui : – Eh, vous ?… Vous êtes sourd ?  II ne put en dire plus.  L’homme avait fait volte-face, un pistolet à la eu main, le coude calé au corps.  Il fit feu.  Tipitt trébucha, fit encore deux enjambées maladroites, et tomba, face contre terre, mort.  Warren Reynolds, de l’autre côté de la rue, n’en croyait pas ses yeux, et machinalement, il suivit parallèlement le tueur, qui continuait sa course en le fixant attentivement.  Puis, il le perdit de vue ».  Voilà pour les circonstances, mais la deuxième partie de l’histoire est encore plus folle :  « dans sa déposition à la police, le soir même, Reynolds affirma, après avoir vu Oswald, qui venait d’être arrêté « Non, ce n’était pas lui.  J’ai suivi l’assassin de Tipitt pendant toute la longueur d’un bloc, je suis formel ! »  Bref en résumé, voici un témoin qui ose contredire la thèse officielle du meurtre de Tipitt par Oswald, absolument nécessaire, rappelons-le, pour appuyer la thèse d’un Oswald capable de tuer de sang froid.  Et là encore, tout individu contredisant cette thèse se retrouve condamné… au silence.  Et effectivement : « c’est le 18 juillet 1964 qu’un accident lui arriva.  A 19 h 55, il montait l’escalier de son immeuble :  l’ascenseur était bloqué.  Des pas derrière lui l’inquiétèrent :  quelqu’un gravissait les marches à la même cadence que lui.  Warren avait peur.  Il n’osait pas se retourner, ni grimper plus vite.  Il faisait sombre.  Un éclair rouge lui brouilla subitement la vue.  La balle, qu’on venait de lui tirer dans le crâne n’était pas mortelle.  Elle avait ricoché sur la boite crânienne, en l’assommant.  C’est l’immobilité qui lui sauva la vie, puisque le tueur jugea inutile de lui donner le coup de grâce.  Cette fois, la police de Dallas fit diligence.  Parce que Reynolds, miraculeusement indemne, pouvait ameuter la presse, déjà « sensibilisée », il fallait faire vite.  Le surlendemain, Darrel Wayne Garder était arrêté.  Darrel, vingt-huit ans, avait un casier judiciaire.  C’était un homme de main turbulent, au front buté.  Il exerçait la profession de rabatteur pour les « boites de strip-tease « , pour le Carroussel de Jack Ruby, entre autres.  Il était en mauvais termes avec sa belle-sœur.  Celle-ci se vengea en apprenant à la police que Darrel se vantait d’avoir tiré sur Warren.  Interpellé, le rabatteur suivit les agents sans murmurer.  Mais il avait un mauvais sourire.  Interrogé, il déclara : -J’ai un alibi en acier : allez donc demander à Nancy Mooney (en fait « Betty », de son vrai nom Nancy Jane MacDonald Mooney), au Carrousel, où j’étais le 18 juillet, à 20 heures… Nancy est une « strip-teaseuse » de la boite de nuit de Jack Ruby (à droite, celle appelée « Tammy True ») C’est une de ces douze filles outrageusement maquillées que l’assassin d’Oswald appelait « ses femmes.  Lorsqu’on la questionna, elle confirma docilement, comme si elle récitait la leçon, qu’effectivement. à l’heure dite, elle se trouvait en « conversation tendre » avec Darrel Wayne Garder.  Sur ce témoignage, l’agresseur de Warren fut libéré.  En apprenant cela, Warren qui venait de quitter l’hôpital, un énorme bandage autour du front, se sentit encore moins courageux qu’à l’ordinaire : – Je viens modifier ma déposition, dit-il aux policiers ébahis.  J’affirme que c’est bien Lee Oswald qui a tiré sur l’agent Tipitt.  Notez-le bien… » visiblement, passé par une belle porte, Warren a compris que son intérêt était désormais d’aller dans le sens de l’enquête officielle, et pas dans une autre direction, mais si lui-même avait vu tout autre chose.  Mais il a failli pourtant mourir une deuxième fois, en réalité, raconte Ramparts : « mais cette rétractation n’arrêta pas l’obscure menace qui pesait sur lui:  trois mois plus tard, son demi-frère Edward Bennavides tombait sous Ies balles, devant le bloc N° 1 d’East Avenue ;  presque à l’endroit même où était mort Tipitt.  Le tueur avait dû confondre.  La ressemblance entre Edward et Warren était un sujet plaisanterie dans le quartier.  Lorsqu’ils étaient gamins, ils s’amusaient même, à inverser leurs rendez-vous d’amoureux.  Le malheureux témoin pleura son cadet, et confirma farouchement : — c’était Oswald.  Je le jure »…

« La jolie girl est trouvée pendue dans sa cellule »

Dans cette affaire, il vallait mieux rester muet, on l’a vu avec les exemples précédents.  Certaines morts, pourtant, surprennent, tant les victimes paraissent si peu renseignées ou au fait de l’ensemble de l’affaire.  Des serveuses ou des strip-teaseuses de Jack Ruby ont ainsi disparu de bien étrange façon parfois :  « Quant à Nancy Mooney,  » strip-teaseuse » du Carousel dont le faux témoignage avait si heureusement tiré Darell Gardner d’embarras, il semble bien qu’elle buvait trop. Longtemps après l’arrestation de Jack Ruby, le Carousel continua de rester ouvert au public, sous la direction de Georges Senator.  Jamais, d’ailleurs, les affaires n’avaient aussi bien marché.  Chaque soir, un public énorme venait visiter l’établissement de l’homme qui avait tué l’assassin du Président.  Les entraîneuses, telles des guides, exaltaient le culte du patron (ici à droite Juanita Dale Slusher alias « Candy Barr », pour un public… texan :  elle écopera à 23 ans de 15 ans de prison pour détention de marijuana, elle n’en effectuera que 3 !).  « Nancy Mooney faisait comme les autres.  Mais, si les clients lui offraient plusieurs verres, elle confiait volontiers : –Tu sais, mon chou, pour Darrel… j’ai menti.  Et lorsque Darrel Wayne Garder qui avait repris ses fonctions de rabatteur, pénétrait dans l’établissement, elle l’apostrophait : -Toi, paye à boire!  Tu me dois bien ça… Nancy Jane Mooney fut arrêtée, en septembre 1964, pour un délit mineur : une bruyante dispute avec un amant de passage, un soir qu’elle était ivre.  Pour ce tapage nocturne, Nancy fut embarquée sans ménagement, à demi-nue sous son vison.  On l’enferma dans une cellule de la prison municipale.  Un gardien la trouva pendue, au petit matin.  L’écharpe qui reliait son cou au montant du lit scellé n’était pas la sienne.  On classa, néanmoins, l’affaire, sous l’appellation de « suicide qualifié ». Des conclusions bien hâtives, comme il y en a eu des dizaines après le 22 novembre 1963.  Elle ne sera pas la seule danseuse tuée :  Marilyn « Delilah » Walle (alias « Miranda » ou Marylin Magyar ou April Walle), sera officiellement tuée par son mari.  Or elle aussi avait témoigné comme quoi Ruby et Oswald s’étaient rencontrés à de multiples occasions et qu’ils se connaissaient très bien.  L’affaire sera classée comme « meurtre domestique », sans aucun rapport avec l’attentat de Dallas, ce qui dans ce cas, est plutôt probable en fait.

« Le mari de la cigarettière se fait égorger dans la rue »

Le cas suivant est tout aussi surprenant, ou plus exactement les explications officielles le sont encore davantage.  « La femme d’Henri Thomas Killian était marchande de cigarettes au Carrousel.  Elle s’appelait Wanda.  Dans le ménage, c’est elle qui avait le dernier mot.  Elle gagnait, d’ailleurs, mieux sa vie que lui, petit homme au regard sournois dont le principal  » métier » était d’être chômeur.  Wanda ne ressemblait pas aux girls de la boite de Ruby, qui sont de grandes des filles blondes ou rousses, aux fortes cuisses, comme les aiment les éleveurs de l’Ouest et les pétroliers du Texas.  C’était une femme petite et boulotte, très brune, probablement d’origine mexicaine.  Témoin entendu par la police, elle déclara qu‘elle n’avait eu connaissance de rien, en ce qui concerne la mort d’Oswald ».  Pourtant, l’enquête de « Ramparts démontre, aujourd’hui, qu’elle connaissait très probablement… Oswald, avant l’attentat contre Kennedy.  « Wanda Joyce Killian connaissait, en effet, de longue date, un nommé John Carter, qui demeure à Dallas 1026 North Beckley Avenue, à l’adresse même de Lee Oswald !  C’est par ce Carter qu’elle avait rencontré Jack Ruby, lorsque ce dernier était arrivé à Dallas, en 1947.  Carter, de son côté, connaissait fort bien son voisin Oswald, et le fréquentait.  Tout incite donc à croire que Wanda connaissait Oswald… Mais Wanda Killian avait décidé de ne rien révéler ».  En somme elle avait compris qu’elle risquait sa peau si elle parlait.  Mais c’était compter sans son imbécile d’époux. « Son mari, lui (les deux sont ici à droite), pensait qu’il pouvait monnayer certaines révélations que lui avait faites sa femme. Il proposait ce marché à qui voulait l’entendre.  Non seulement il ne trouva pas d’amateur, mais il s’aperçut bientôt qu’on le fuyait comme un pestiféré.  Par sa faute, Wanda était de plus en plus souvent convoquée par la commission Warren.  Dès le début du procès Ruby, en mars 1964, Killian quitta Dallas pour la Californie.  Le 16 mars, deux jours après la condamnation à mort de l’accusé, il téléphona à sa femme, depuis Pensacola, en Floride.  « J’ai trouvé du travail, disait-il.  Tout va bien… ».  Mais le lendemain, 17 mars, on le retrouvait mort, au petit matin, dans une rue de Los Angeles.  Il avait la gorge tranchée d’une oreille à l’autre.  La police devait donner une étrange conclusion à la mort de Killian.  Le rapport indique qu’il « aurait pu, en glissant, passer à travers la vitre cassée d’un magasin et, ainsi, s’égorger lui-même ».  C’est très certainement la conclusion la plus sidérante consécutive à ces « éliminations » systématiques !!!   L’homme qui s’était égorgé tout seul !!!

« Le chauffeur mort provoque un accident »

Et ce n’est pas terminé, avec un accident de taxi alors qu’il n’y en n’avait pas eu dans la ville où ça s’est passé depuis 1937…  « Mais la plus discrète disparition d’un témoin de l’affaire Kennedy fut, sans conteste, celle d’un obscur chauffeur de taxi de la compagnie Yellow-Red.  C’est assez tard que l’homme se fit connaître:  fin 1964, alors que la commission Warren était déjà très avancée dans ses travaux.  L’homme avait peur, manifestement, de représailles possibles.  Il vint donc témoigner sous le secret, en demandant que son nom ne soit pas divulgué dans la presse.  Ce qu’il avait à dire était d’importance ; peut-être la clef du mystère : – « Après la mort du Président, j’ai chargé Oswald. Il allait chez… Ruby » !  Le chauffeur de taxi « anonyme » est mort quelques jours plus tard, dans un accident de la circulation, aux portes de Dallas.  Sa disparition serait passée inaperçue si un médecin ne s’était trouvé là, incidemment.  En tentant de porter secours au moribond, le praticien remarqua d’abord que le chauffeur ne mourait pas des suites de son accident, mais que c’est parce qu’il était mourant qu’il venait de provoquer une collision !- « Cet homme a été empoisonné » dit-il…  Sur cette information, un journaliste nommé Penn Jones se rue chez le directeur de la compagnie de taxis Jaunes-Rouges. – « Si vous êtes intelligent », lui répondit ce dernier, « ne posez donc plus de questions« … encore un qui avait été bien trop bavard :  le taxi, de son vrai nom William Whaley, avait en effet été interviewé avant de mourir… un autre taxi témoignera plus tard :  Raymond Cummings, qui lui reliera trois personnages entre eux :  Lee Harvey Oswald et Jack Ruby mais aussi le sulfureux David Ferrie.  Selon son témoignage, relevé en mars 1967, il avait en effet conduit Oswald avec Ferrie, plus un autre homme encore au « Carousel Club » de Jack Ruby !  Encore un témoignage évoquant le fait qu’Oswald et Ruby se connaissaient très bien !

« Le médecin qui pratique l’autopsie meurt à son tour »

Autre disparition, celle du témoin visuel des tirs venus du fameux tertre : « Lee Bowers était un témoin occulaire de l’attentat contre Kennedy.  Il soutenait fermement que les coups de feu du 22 novembre ne venaient pas de la bibliothèque scolaire où se trouvait Oswald, mais qu’il avait vu dans une direction opposée, deux hommes à l’affût derrière un talus.  Homme obstiné, roux et de mauvais caractère, Bowers faisait publier régulièrement dans les journaux de Dallas le récit de son témoignage, assorti d’énergiques protestations contre l’enquête officielle.  Tous les journalistes avaient appris à connaître sa silhouette de bûcheron quand il faisait antichambre dans les salles de rédaction.  Un soir de décembre 1965, un camion fou vint l’écraser contre un mur.  L’enquête conclut qu’un frein mal serré était le coupable.  La veuve de Bowers exigea l’autopsie » (ci-contre le rapport de décès pour « multiples atteintes à la tête et blessures internes »).  « Il en résulta que la victime était dans un état comateux au moment de l’accident.  Huit jours plus tard, le praticien qui effectua cette autopsie fut, lui aussi, victime d’un accident de la circulation. »  Sur ce dernier point, seul Ramparts semble avoir affirmé cela.  En tout cas, aucune autopsie n’a jamais été effectuée sur Bowers dont le corps a été incinéré juste après.  Selon certains, c’est une voiture qui s’était approchée de la sienne et non un camion.  Bowers, encore conscient dans sa voiture juste après l’accident avait clamé qu’on lui avait empoisonné son café à son arrêt précédent…

« La machination est évidente »

Déjà en 1966 le mot « conspiration » était partout à propos de Dallas.  Mais à l’époque on parlait encore de « machination« , plutôt : « ces dix cadavres prouvent qu’il ne peut s’agir d’une simple coïncidence. La machination devient évidente.  Mais qui a intérêt à faire preuve d’une telle détermination pour étouffer à jamais la vérité ?  Non, Oswald seul n’a pas tué Kennedy.  Il y avait un complot : Oswald n’était qu’un rouage, ou, peut-être moins : un outil n’était-il pas lui-même un témoin gênant ?  Le premier de la liste à éliminer?  Un seul homme vivant peut répondre : Jack Ruby, l’homme qui vient de sauver sa tête.  Qui l’assassin d’Oswald veut-il couvrir ?  Les gangs que Kennedy pourchassait ?  La Maffia, qu’il avait décidé de l’anéantir ? Ses ennemis politiques ?  Ou bien encore certains trusts dont il voulait restreindre la puissance ? Maintenant que l’opinion publique est alertée, nous avons une chance de le savoir, un jour ».  A droite, la surveillance du FBI du magazine Ramparts, qui évoque le fameux article sur les « 10 disparus » de l’après Dallas.

La principale disparition selon Ramparts

Chez Ramparts, il y avait également William Weyland Turner, l’éditorialiste de talent, qui rédigera aussi « JFK assassination : the inquest » dans le numéro de juin 1967.  C’est aussi un des meilleurs textes existants sur le sujet.  L’homme avait travaillé de 1951 à 1961 pour le FBI ce qui rend son témoignage encore plus crédible.  Au FBI, Turner était devenu opposé au programme de son patron Hoover appelé « COINTELPRO », qui visait à surveiller par écoutes notamment les Black Panthers, Malcolm X et le Dr. Martin Luther King (4).  Il revient surtout dans son article sur une des morts qui ont suivi qui lui semble la plus représentative :   celle de Gary Underhill.  Et pour cause : c’était un homme du sérail, lui aussi, mais de la CIA !!!  Underhill avait été dans le renseignement militaire pendant la Seconde Guerre mondiale, avant de travailler pour la CIA et de servir en tant que conseiller à l’éditeur LIFE Magazine Henry Luce, celui qui a acheté le film de Zapruder sur l’assassinat de Kennedy pour mieux en contrôler le contenu, et en faire retirer surtout la vue 313 qui montrait très bien la balle qui avait fait exploser la tête du président et surtout d’où elle venait.  Plusieurs jours après l’assassinat de JFK, Underhill avait en effet dit à un ami « qu’il connaissait un groupe lié à la drogue, actif à la CIA qui envisageait d’assassiner Kennedy« , en ajoutant, sinistrement selon lui qu’« ils savaient-ce qu’il savait. »  Underhill sera plus tard retrouvé tué par balle, lui aussi, avec un pistolet sous son bras gauche.  Sa mort étant classée elle aussi ou elle encore en « suicide », en dépit du fait qu’Underhill était droitier !!!  Selon Turner, Underhill, « chercheur et écrivain sur les affaires militaires, possédait une base de données avec un grand nombre de hauts gradés du Pentagone.  Il connaissait parfaitement un certain nombre de fonctionnaires de haut rang de la CIA qui effectuaient des missions spéciales.  À un moment donné, il avait été ami avec Samuel Cummings de Interarmco, le courtier en armes qui comptait parmi ses clients la CIA et, ironiquement, les « Articles de sport » de Klein de Chicago, d’où la commande de Carcano avait prétendument était faite par Oswald.  Après avoir passé tant de temps à aider Garrison sur l’enquête vouée à l’échec de ce dernier de l’assassinat du Président Kennedy – Shaw avait été finalement acquitté de la participation – Turner se trouverait à enquêter sur l’assassinat d’un autre Kennedy, le frère de John, Robert  abattu en juin 1968″.  Le livre que devait sortir Turner sur Bobby Kennedy sera détruit avant sa mise en vente par Random House :  20 000 exemplaires seront broyés, à la suite d’une plainte déposée… par le FBI.

Plus haut placé et même sentence

Tout ceci concerne la « piétaille », à savoir des personnes sans beaucoup d’influence politique.  C’est pourquoi j’y ajouterai un politicien, nommé Thomas Hale Boggs Sr.  Celui-là, on ne l’a tout simplement jamais retrouvé !!!  « Boggs était peut-être le profil de personne le plus élevé reliée à l’assassinat dans des circonstances mystérieuses. Depuis longtemps congressiste de Louisiane il dirigeait son parti lorsque Kennedy a été tué et il en est ensuite devenu chef de la majorité en 1971.  En 1963, il avait été nommé à la Commission présidentielle sur l’assassinat, surnommée la Commission Warren d’après son président, le juge en chef Earl Warren.  La Commission a finalement conclu qu’Oswald avait agi seul, mais trois de ses membres étaient en désaccord -Boggs, le sénateur Richard Russell et Sherman Cooper.  Russell, qui est mort de causes naturelles en 1971, avait déclaré publiquement son «insatisfaction persistante» à propos de l’enquête, tandis que Boggs avait accusé le directeur du FBI J. Edgar Hoover « d’avoir montré des yeux mensongers » pendant les audiences.  Boggs était alors fort critique de la théorie de la seule balle (dite balle « magique »…).  Boggs s’était fortement opposé à la théorie selon laquelle Oswald aurait agi seul, comme pour Ruby pour tuer Oswald.  Comme député « whip » de la majorité (surveillant des votes) ensuite devenu chef du groupe, ses paroles avaient un énorme poids. Le 16 octobre 1972, Boggs effectuait un vol d’Anchorage à Juneau en Alaska avec le congressiste Nick Begich et deux autres personnes « (à bord d’un Cessna 310 comme celui ici à gauche, immatriculé N1812H).  « Ils ne sont jamais arrivés.  La cause de l’accident n’a jamais été découverte, pas plus que l’épave non plus, ni leurs corps.  De nombreux aéronefs civils à cette époque n’avaient pas d’émetteurs d’urgence pour avertir de difficultés.  Ils ont été rendus obligatoires depuis, en conséquence directe de l’incident. Les quatre hommes n’ont été déclarés officiellement morts qu’au début de l’année suivante ».  Des éléments plus récents, découverts par le jeune journaliste Jonathan Walczak, ajoutent à la suspicion :  deux ans avant le crash, le 23 juillet 1970, alors qu’il conduisait, une voiture de type Lincoln Continental avait déjà tenté de le sortir de la route.  Un attentat, véritable, à coup sûr !  Boggs l’avait poursuivie et avait noté sa plaque.  Sans suite, semble-t-il.  Et il avait déposé plainte (ci-contre à gauche).  Un peu plus tard il se plaindra que le FBI avait piraté sa ligne de téléphone.  Choqué, par l’écoute comme par la tentative de l’éliminer, il avait fait cette surprenante déclaration solennelle au Congrès le 22 avril 1971 :  « je l’avais entendu avant, comme chacun d’entre vous l’ont entendu, à propos de divers épisodes relatifs aux membres de la Chambre et du Sénat.  Les épisodes sont trop nombreux, survenant trop souvent, pour être ignorés ou négligés.  Aujourd’hui, comme nous nous engageons au Congrès à récupérer et restaurer la liberté du peuple, nous découvrons que c’est nous-mêmes qui sommes sous surveillance, nous qui sommes prisonniers de la puissance que notre silence a mis en place.  Monsieur le Président, 1984 est plus proche que nous le pensons.  »  Un 1984 bien plus proche qu’il ne le pensait, en effet :  juste après l’accident, un étonnant appel anonyme avait affirmé au FBI que son auteur savait où se trouvait l’avion.  En pistant l’appel, le FBI avait trouvé qu’il appartenait à un mouvement réac anti-avortement, « Right to Life« , fondé en 1969, dont l’adresse était à Palos Verdes Estates, en Californie.  Un des douze fondateurs étant James Francis McIntyre, l’archevêque catholique de Los Angeles, fort ami avec Richard Nixon !  Le FBI interrogera l’homme ayant fait l’appel, qui affirmera avoir entendu sur son équipement radio « sophistiqué » (d’où venait donc cet équipement ?) les appels des personnes disparues, qui évoquaient des survivants, tombés à « 40 minutes de distance de Juneau ».  Etrange témoignage ! Selon Walczack, le lien avec Nick Begich est une des possibilités d’explication plus prosaïque de la disparition :  Pegge Begich, la femme de Nick Begich, avait été la première à appeler pour dire de ne pas s’inquiéter (la femme de Boggs, Lindy, reprenant le flambeau politique à la place de son mari, Begich gagnant de façon posthume son élection !).  Or 18 mois plus tard, la même épousait Jerry Max Pasley, un vétéran de la Navy, mais surtout selon Walczack un individu « ayant des liens avec la mafia et les poseurs de bombes. »  Dans sa jeunesse en Arizona il avait été l’auteur d’un trafic d’armes, et il était lié à la famille mafieuse new-yorkaise des Bonannos… et il était également informateur pour le FBI, auprès du Special Agent David Hale !!!  La veuve Pegge Belgich divorcera en 1976, Pawley étant ensuite envoyé en prison à vie pour meurtre et « assaut aggravé ».  En 1984 et 1986 elle tentera sans succès l’élection au Congrès, étant battue à deux reprises.  A ce jour, pas la moindre trace du Cessna 310 et de ses occupants.  Ils n’ont jamais été retrouvés.  L’un des rares politiciens a avoir rejeté la théorie officielle de la mort de Kennedy, pourtant membre de la commission Warren, qui l’avait scellée de manière grotesque, a lui disparu de l’histoire à tout jamais !

(1) le directeur et rédacteur en chef du minuscule journal Midlothian Mirror, le premier à avoir tenté de recenser tous les morts autour de l’assassinat de Kennedy.  Il en avait recensé à lui seul environ 150… preuve d’un complot nécessairement lié à un pouvoir politique et non à une seule mafia.

(2) c’est en fait déjà un résumé de Ramparts, traduit en français et retrouvé dans un étonnant numéro de « Détective » (le N°1083) du 10 novembre 1966, un des rares en France à s’être penché sur le document original du magazine (Remparts à ma connaissance n’ayant pas été traduit France).  Le site JFK.com, curieux de tout l’a aussi référencé comme source.  Comme quoi, on trouve des documents dans des endroits inattendus parfois !

(3) voir ici :

http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/de-victor-jara-a-guantanamo-la-56885

http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/de-victor-jara-a-guantanamo-la-56887

(4) « À bien des égards, Turner avait de l’avance sur son temps.  Un exemple est un article qu’il a écrit dans le N° de janvier 1967 de Ramparts à propos de la milice d’extrême droite appelé les Minutemen. Dans des mots qui pourraient guère être plus pertinents aujourd’hui, il engueule carrément le FBI pour passer tout son temps à chasser les fantômes du communisme, alors qu’une réelle menace américaine se développait dans notre propre société – des hommes blancs affranchis violemment opposés au changement racial ».

documents à consulter :

http://www.unz.org/Pub/Ramparts-1966nov-00039

https://archive.org/stream/JfkAssassinationTheInquestRampartsJune1967/TheInquest-rampartsJune1967_djvu.txt

https://archive.org/details/JfkAssassinationTheInquestRampartsJune1967

référence sur le livre de Walczack :

https://fr.scribd.com/document/329311913/FourGone-Death-of-Hale-Boggs

l’article de Penn Jones  Jr sur les disparitions (paru dans The Rebel magazine, en janvier 1984)

ici une interview poignante de Penn Jones Jr: le premier exemple qui lui vient à la tête est celui de Jane MacDonald Mooney.

http://www.maebrussell.com/Disappearing%20Witnesses/Disappearing%20Witnesses.html

nota : le livre  « Hit ListAn In-Depth Investigation into the Mysterious Deaths of Witnesses to the JFK Assassination » de Richard Belzer et David Wayne est le répertoire le plus poussé sur les décès liés ou non à l’assassinat de Dallas.  Il est extrêmement troublant, en effet.  Son chapitre 16 fait de la disparition de Gary Underhill un élément-clé de l’événement  » definitevely linked to JFK assassination ».  Le livre « Anatomie d’un assassinat » de Shenon », un journaliste au « New-York Times », parle lui aussi de ses dissimulations trop nombreuses.  Et ce dernier ose un lien avec le 11 Septembre, autre événement où les dissimulations ont été patentes.

Article précédent:

L’assassinat de Kennedy : Oswald, ou le parfait pigeon (22)

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