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L’assassinat de Kennedy : Oswald, ou le parfait pigeon (21)

La théorie du complot qui accompagne la mort de JFK veut qu’une bonne centaine de cadavres lui ont succédé, tous d’individus ayant pu avoir été mis au courant de ce qui se tramait.  Liquidés, par les auteurs du crime sur le président US pour qu’ils ne parlent.  Les faits sont là, en effet, tenaces, et un bon nombre de disparus ont suivi JFK peu de temps après sa mort dans la tombe (je vais y revenir bientôt).  Outre ceux déjà cités, en particulier les témoins les plus gênants de Dealey Plaza, il est une disparition sur laquelle j’aimerais aujourd’hui revenir.  Celle d’une des maîtresses de JFK, au profil fort singulier, en raison de son mariage avec un personnage fort discutable, puisque placé à la tête d’une gigantesque organisation de manipulation de la presse et des médias.  Lui aussi, pour sûr, détenait la clé du mystère.  Il n’a hélas jamais rien révélé.  Il est mort en 2001 ; après avoir simplement fait comprendre que ceux qui avaient assassiné son ex-femme étaient les mêmes qui avaient tué Kennedy à Dallas.

Une femme était morte

Le troisième cas de mort suspecte révèle un certain affolement sinon de panique chez les assassins complotistes dans l’année qui suit la mort du président US.  Le sort en particulier d’une dame montre qu’ils craignent n’importe laquelle des révélations à propos du président Kennedy et des liens qu’il aurait pu avoir avoir avec la CIA, lui, ou ses proches.  Le 12 octobre 1964, Mary Pinchot Meyer, femme plutôt jolie et plutôt bien née (son père est un avocat de renom à la tête d’un journal progressiste et sa mère, journaliste, travaille chez The Nation et chez The New Republic), âgée alors de 44 ans, est retrouvée abattue alors qu’elle marchait le long du chemin de halage entre la Chesapeake et l’Ohio à Georgetown, raconte la mine d’information Spartacus Educational, dont cette partie est fortement inspirée.  Jusqu’ici, tout le monde ignorait son nom dans le milieu politique.  Un témoin, un mécanicien de la station Esso toute proche, Henry Wiggins affirme l »avoir entendue crier « aidez-moi, aidez-moi » juste avant d’entendre deux coups de feu et de la retrouver juste après étendue morte.  Le témoin décrira avoir vu « un homme noir portant une veste légère, un pantalon foncé et un chapeau noir, penché sur le corps d’une femme blanche ».  Peu de temps après un noir nommé Raymond Crump Jr est arrêté près de la scène, on l’accuse aussitôt du crime alors qu’il cherchait sa canne à pêche perdue, selon ses dires.  La veste claire est retrouvé dans l’eau, et Crump n’en porte pas (tiens voici le cas d’une veste balance comme preuve de meurtre ?  On en reparlera plus loin).  On pense que son cas est fixé.  Lors du procès qui s’en suit, Wiggins, toujours seul témoin retrouvé, ne reconnaît pas en Raymond Crump l’homme qu’il a vu près de la victime.  En prime, la police n’a retrouvé aucune arme sur la scène du crime.  Un crime de professionnel pourtant :  deux balles ont été tirées, une à la base de la nuque et une en plein cœur.  Crump, faute de preuves, sort acquitté le 29 juillet 1965 ; aujourd’hui encore, certains viennent raconter qu’il aurait très bien pu être l’auteur du crime, étant un homme violent, etc…. sans trop convaincre.

Une décision écourtée

Toujours est-il que le tribunal a vite mis fin à son procès quand il a vu que son candidat à la perpétuité ou à la chaise lui échappait.  L’enquête lisible dans la presse, qui évoque désormais le crime d’un rôdeur, parle de plusieurs cas de harcèlement dans le voisinage, révèle fort peu qui est la victime.  On sait simplement que plus jeune, elle avait croisé un jour William Attwood (un des conseillers de Kennedy, ancien journaliste ayant interviewé Castro, et partisan du rapprochement avec lui) et qu’elle était devenue ensuite elle-même journaliste, plutôt positionnée à gauche version pacifiste, chez United Press, ce qui lui avait d’ailleurs valu d’être fichée par le FBI.  Elle avait épousé en 1944 Cord Meyer, un lieutenant des US Marines qui a perdu l’usage d’un œil au combat et est devenu après un chaud partisan de la paix, opposé aux armes nucléaires, notamment.  Mais les journaux s’arrêtent là et l’affaire sombre très vite dans l’oubli des simples faits divers.  Une chape de plomb s’est en fait très vite abattue sur eux :  interdiction d’en dire davantage.  C’est le juge du tribunal qui menait le procès qui en a décidé ainsi :  or c’est le frère de Tommy Corcoran, un grand ami de Lyndon B. Johnson !  Que vaut à cette obscure journaliste un tel traitement ?  A l’époque, on n’en sait strictement rien.  Car en fait on ignore tout de ce que fait exactement… son mari !  Seule est sortie l’information comme quoi cette « artiste peintre » était aussi devenue « l’amie de Madame Kennedy »…

Drôle de personnage

Des journaux empêchés d’aller fouiner plus loin et de découvrir par exemple combien ce fameux mari Cord Meyer avait changé depuis la fin de la guerre, voilà en fait ce qui explique un procès vite refermé.  Meyer, un homme classé à gauche lui aussi et devenu au milieu de la guerre responsable des United World Federalists (il avait même eu à cette époque pour admirateur Albert Einstein !).  La guerre passée, Cord Meyer avait bien changé :  il était désormais passé à la CIA, et est même devenu très vite un haut responsable des opérations secrètes de l’agence, recruté par Allen Dulles en personne.  Recruté pour un invraisemblable projet somme toute orwellien, à bien y regarder.  Son intelligence et sa fabuleuse compréhension des médias en feront en effet l‘architecte d’un projet fou :  celui de « l’Operation Mockingbird » qui consistait à vouloir contrôler la presse et la télévision américaines, pour qu’elles deviennent les relais de la politique décidée à Washington.  Cela nécessitait aussi de s’occuper de Radio Free Europe et de Radio Liberty, deux stations anticommunistes US aux propos plutôt d’extrémistes de droite, chez qui Cord se rendra à plusieurs reprises.  Parmi les réalisations de Mockingbird, il y avait eu par exemple la National Student Association fondée par la CIA, par exemple, pour tenter de contrôler la jeunesse (sans trop de succès comme on le verra dans les années 1967-1968 et 1969, dates de grandes émeutes estudiantines US !). Philip Agee en dénoncera l’incroyable scandale en 1991.

Une tentative pour contrôler les éudiants

Les faits graves décrits par Agee l’avaient été dès 1967 dans le magazine Ramparts, et avaient perduré néanmoins depuis plus de 30 ans.  Or ils représentaient tout simplement l’application du plan de Meyer, effectué à la lettre.  Etaient concernées la CIA mais aussi la NSA, comme quoi la surveillance des gens n’a jamais cessé dans un pays devenu paranoïaque.  Les procédés utilisés étaient infects, comme le dit Agee : « les fonds donnés à la NSA ont été utilisés pour une variété de projets, préalablement approuvés par les agents de la CIA.  Selon Sam Brown, le président du conseil de surveillance national de l’Association en 1967, les étudiants représentant la NSA à l’étranger devaient compiler des données sur les personnalités des leaders étudiants étrangers et politiques et sur les objectifs des organisations d’étudiants étrangers.  Comme il l’a déclaré au New York Times, » certaines de ces informations étaient apparemment envoyées directement par les employés de la CIA et certaines d’entre elles , dans le cadre normal des affaires, allaient dans les fichiers de la NSA, » pour être accessibles plus tard par des agents clandestins au sein de l’Association.  Les étudiants ayant signé des serments de secret avec la CIA seraient alors tenus, sous peine de sanctions juridiques, de dissimuler leurs connaissances du bienfaiteur ultime au public et au reste de leur organisation D’autres projets incluaient des bourses pour les étudiants algériens prévues juste avant l’indépendance algérienne en 1960, et un séminaire sur les journaux étudiants qui s’est tenu en Afrique du Sud en 1965.  Allen Dulles, pour défense de l’organisme, a été cité comme ayant affirmé : « si nous avons réussi à contenir les communistes et les avons rendus plus doux et plus facile à vivre, c’est parce que nous les avons arrêtés dans certains domaines et le monde estudiantin était l’un d’entre eux « .  Le projet de Cord Meyer consistait donc à faire d’une partie des étudiants de véritables espions, soumis à un contrat de confidentialité le restant de leur vie.  On songe automatiquement aux faux étudiants envoyés en URSS pour ramener des informations.  Et aussi à Oswald, qui avait tâté de la chose avec le manque de réussite que l’on sait… et aussi aux moyens psychologiques mis en œuvre à la même époque pour contrôler les gens, du type Projet MK Ultra, dont les dérives et les abus ont provoqué un bon nombre de suicides, on le sait (voir ici et là, la France n’ayant pas été exclue des « expérimentations » de savants devenus complètement fous).

Orwell débarque sur les Campus US

La CIA allait aussi plus loin encore dans le domaine intérieur, en cherchant même à orienter le contenu des études (c’est bien la préfiguration de la civilisation décrite par Orwell dans 1984 !) : « un ancien président de la NSA, qui a refusé de s’identifier au New York Times, a déclaré que la CIA avait essayé d’influencer la sélection des membres du personnel pour exécuter certains programmes (plutôt que d’autres) et pour obtenir que l’organisation entreprenne également des activités dans certains domaines (et pas dans d’autres ») .  Des réunions régulières veillaient sur le bon fonctionnement des orientations.  « À une de ces réunions qui s’est tenue à Madison, dans le Wisconsin en 1965, les agents de la CIA ont tenté de convaincre l’Association de prendre position sur la guerre du Vietnam.  Alors que les autres associations estudiantines appelaient aux négociations et la cessation des bombardements l’appel gouvernemental est passé par les agents qui ont réussi selon Wood, en appuyant sur une stipulation appelant à la négociation de la part des Nord-Vietnamiens d »abord.  Les subventions de la CIA se traduisaient directement en influence sur les les activités politiques de l’Association ».  Affolant système et affolantes manipulations de la jeunesse !  Il est évident que Cord Meyer se cachait derrière ces pratiques !  Avait-on eu peur que son ex-femme en dévoile dès 1964 les prémisses, le programme se développant surtout dans les années 1965-1967 ?  Il est évident que la révélation de ces manigances torpillerait la carrière d’étudiants alors en poste à l’étranger :  bref, en 1991 on s’attendait à un désastre diplomatique, qui aura lieu, la chape de plomb du rideau de fer faisant son retour sous Reagan !!! Trente années d’erreurs continues !!  En prime, le programme devait faire des ravages dès 1967, les étudiants avaient montré leur détermination lors de la convention démocrate de 1969, phénomène immortalisé par le groupe Chicago dans un impressionnant début de face d’album « Prologue, 29 août 1969 » « The whole world’s watching » crieront les opposants à la guerre avant d’être violemment matraqués par les policiers et l’armée réunis.  L’armée US appelée en renfort faisant tirer à balles réelles sur les étudiants.  La fusillade du 4 mai 1970, sera l’apogée des violences avec les heurts sur le campus de l’université d’État de Kent, dans l’Ohio.  La Garde nationale y tirera 67 trois fois, tuant quatre, et en en blessant neuf.  La manifestation était contre l’extension de la guerre au Cambodge, décidée par Nixon, l’ancien adversaire malheureux de Kennedy.  Orwell, avais-je dit comme programme, voilà ce qui se tramait déjà en 1964 !

Une politique en opposition totale avec Mockingbird

En réalité, ce contrôle des étudiants s’opposait totalement (sur le papier) à une idée à laquelle tenait Kennedy.  Lors de la campagne présidentielle de 1960, John F. Kennedy avait en effet lancé un pari audacieux à la jeunesse lors de sa visite de l’Université du Michigan :  celui de servir la cause de la paix dans le monde en allant vivre dans les pays en développement et leur apporter leur aide et la force de leur jeunesse.  Il tint promesse : dès le 1er mars 1961, trois mois à peine après son investiture, Kennedy créait par un ordre exécutif une agence fédérale, appelée le Corps de la Paix (« Peace Corps ») placée sous la direction de son propre beau-frère, Sargent Shriver,  Les premiers volontaires partiront pour le Ghana et la Tanzanie dès le 28 août 1961.  Les 6 300 volontaires envoyés dans 44 pays en 1963, se retrouveront vite à plus de 10 000 en 1965, et à 7 750 dans 73 pays en 2006.  Depuis 183 000 jeunes américains, sont partis aider l’Afrique (60 000) et en Amérique latine (73 000).  Lyndon B. Johnson sera même obligé, face au succès de l’entreprise d’en créer une version américaine en 1965.  Nixon, qui détestait ce programme lui coupera les financements en 1971, et tentera de le contrôler, ce que Carter détricotera en 1978 en redonnant une totale autonomie au mouvement.

Meyer avait trahi les siens

Pour beaucoup, Meyer (ici à gauche en 1948) avait déjà trahi ses idées de gauche depuis longtemps en enquêtant dès les années 40 sur toute la gauche américaine qu’il côtoyait :  il aurait donc été membre de la CIA bien avant qu’on ne le reconnaisse comme tel.  Ce qui ne l’a pas empêché en 1953 d’être accusé de communisme par Mc Carthy, qui en voyait, il est vrai, partout !  Un paravent peut-être, aussi, pour préserver son appartenance secrète :  du grand art !  Phénomène qui aura une importance comme on va le voir, déménageant à Washington, le couple Meyer s’était lié d’amitié avec le couple James et Anne Truitt, dont le mari travaillait lui aussi à la CIA (alors qu’il était journaliste, le plan était déjà en marche, donc).  Tout le gratin du moment de la CIA déjeunait régulièrement chez eux.  Mary Pinchot Meyer étant obligatoirement au courant des affectations des uns et des autres, voire de leur travail.  Mais de cela, pas un journal n’avait parlé au lendemain du meurtre ou du procès.  Fallait-il qu’on craigne des révélations sur les activités secrètes de la CIA ou sur les personnes vues chez les Meyer pour à ce point imposer le silence, venu de très haut comme on l’a vu.  Parmi les attributions de son mari, il y avait eu la supervision des médias sur le coup d’Etat contre President Jacobo Arbenz Guzmán au Guatemala durant l’Operation « PBSUCCESS« , à laquelle avaient participé un bon nombre de ceux que l’on accuse aujourd’hui de faire partie du complot ayant éliminé Kennedy.  Jusqu’en 1962, le Deputy Director for Plans for Operation n’était autre en effet que Richard M. Bissell, démissionné par Kennedy après la Baie des Cochons.  Il s’était aussi occupé de l’Iran avec l’Operation Ajax… Bref, le mari de l’assassinée trempait depuis longtemps dans une fange douteuse ayant les mains tachées de sang.

Mockinbird avait démarré avec Dan Rather dès le 25 novembre 1963

Le nouveau pouvoir en place avait tout activé tout de suite pour ne faire d’Oswald que le seul responsable de la mort de Kennedy.  A l’évidence, Meyer était aux commandes pour ne présenter que cette version et seulement celle-là.  Le plus bel exemple fut sans conteste le morceau de bravoure journalistique qu’effectua le 25 novembre 1963, jour de l’enterrement de Kennedy, le journaliste de radio et de télévision Dan Rather.  Avec le recul, l’homme qui se se fera berner plus tard par des films censés montrer des combattants d’Al-Qaida alors qu’il s’agissait de faux jihadistes recrutés par Jack Idema, un complet affabulateur (lire ici et les deux épisodes précédents), a réalisé ce jour-là ce qui devrait être montré dans toutes les écoles de journalisme comme le sommet de la propagande à ne pas faire.  Alors qu’il n’est encore que le correspondant de CBS News à Dallas, il vient alors d’être autorisé à voir le film de Zapruder qui a été saisi par la CIA.  Ce qui annonce tout de suite la couleur : il parle donc au nom de cette même CIA, qui a un message à passer : il n’y a eu que trois tirs, et Oswald est le seul tireur.  Son compte rendu, lu à l’aide d’un prompteur qui lui dicte véritablement ce qu’il doit dire, défie l’entendement, quand on le compare aujourd’hui au film qu’il décrit.  Visiblement ; on lui a demandé de convaincre la populace.  De convaincre qu’il n’y a qu’un tireur.  Pour ce faire, il va fabuler, ou oublier des séquences, parlant par exemple d’un geste de la main droite de Kennedy à sa tête, » –pour remettre ses cheveux«  (et non du mouvement des bras levés avec les poings sur le haut du thorax, ce qu’il fait dans les images qui suivent dans le film de Zapruder), ou d’un affaissement vers l’avant seulement de ce dernier, alors que le dernier tir le renverse dans l’autre sens à l’impact, ou d’un mouvement de Connally absolument nécessaire pour que la théorie de la balle isolée puisse être crédible.  Rarther parle de « second tir » à ce moment là (alors qu’il a déjà comptabilisé celui dans le dos et celui de Connally) :  il semble qu’à cet instant la théorie de la balle magique n’ait pas encore été totalement bien élaborée !  Après, il évoque le fait que Jackie monte sur le coffre pour « obtenir de l’aide de son garde du corps » alors qu’elle cherche un morceau de crâne éjecté par la puissance du tir.  Il ne faut pas révéler au public US les incroyables dégâts qu’a subit la tête du président, que l’on embaumera en lui refaisant la moitié du visage (ce que Jackie refusera de présenter au public, selon plusieurs témoins).  Durant tout l’incroyable discours, Rather baisse les yeux constamment pour lire son prompteur et devenir « la Voix de son Maître » (celle de la CIA).  Il deviendra néanmoins le troisième présentateur le plus regardé de la TV US, et terminera sa carrière par une autre prouesse à l’automne 2004 sur les états de service militaires de G.W.Bush, affirmant à juste raison que ce dernier n’avait jamais mis les pieds ou presque dans la caserne « champagne » où son père l’avait casé, mais en utilisant pour le démontrer des documents grossièrement falsifiés.  Un rattrapage de dernière minute, même pas correctement effectué (il récidivera ici sur le cas de Kennedy) !  Le jour de l’enterrement de Kennedy sonnait le glas d’une télévision indépendante du pouvoir aux USA, et son nouveau Dieu s’appelait Dan Rather. Il s’agissait bien d’un coup d’Etat, façon « 4 days in May« , autre film remarquable (sorti AVANT le meurtre, il avait été visionné par Kennedy qui l’avait apprécié !).  Rather, mais aussi Walter Cronkite participeront au lavage de cerveau de l’opinion américaine :  en 1969, l’autre présentateur vedette (de CBS) interwievera Lyndon Johnson qui laissera entendre sournoisement qu’une « puissance étrangère » pouvait être derrière l’assassinat :  « je ne peux pas dire honnêtement que je n’ai jamais été complètement soulagé du fait qu’il pourrait y avoir eu des liaisons internationales « . L’interview ne sera diffusée qu’après sa mort.

Vous avez dit propagande ?

Question documents appréciés par Kennedy, ceux à sa gloire sentaient fort la fabrication éhontée.  Et Cord Meyer devait y être aussi pour quelque chose.  On s’extasiait en Europe sur un Kennedy présenté comme une icône sainte. Ses frasques sexuelles débridées mettront trente ans pour être connues.  Il ne fallait pas briser l’admiration patiemment créée…. de toutes pièces.  Le génial écrivain Kennedy avait même eu un Pulitzer, pas moins, pour un livre, « Profils in Courage ».  Personne n’était allé vérifier à la Bibliothèque du Congrès l’original, fait de bribes pas reliées entre elles : c’était le meilleur conseiller de JFK, Sorensen, qui l’avait entièrement écrit.  Même chose pour ses exploits militaires :  tout le monde connaissait son navire, le patrouilleur PT-109, dont une réplique (c’était le PT-796) avait défilé devant lui lors de sont intronisation.  Selon la légende, JFK avait à son bord attaqué et coulé un bâtiment japonais et avait même sauvé ses marins de la noyade.  On découvrira bien plus tard qu’il avait manœuvré comme un débutant sa vedette lance-torpilles et avait failli tuer tout le monde en se faisant aborder et couper en deux par le destroyer japonais Amagiri qui avait tué ainsi deux de ses hommes.  L’histoire (intitulée « Survival » été née dans le New-Yorker, magazine des branchés New-Yorkais, avec un article fort enjolivé rédigé par John Hersey, qui était un ami de John !!!  On la retrouvera dans le Reader’sDigest, magazine le plus lu aux USA.  On était loin de ce qu’en avait fait Hollywood, tout dédié à sa gloire avec Cliff Robertson en vaillant Kennedy. Personne pour faire remarquer que c’était le propre père de Kennedy, également producteur et directeur de la RKO, qui avait permis au film d’exister.  La Navy elle-même n’y avait pas crû en ne lui accordant que la Navy and Marines Corps Medal pour avoir sauvé des vies et non pour sa bravoure au combat !  L’histoire avait été réécrite à sa gloire.  Heureusement disaient les mauvaises langues.  Un dossier du FBI, épais de 628 pages et soigneusement dorloté par Edgar Hoover, dort quelque part dans les armoires de l’agence.  Il a été ouvert en 1941, et contient des écoutes et des filatures… sur Kennedy, en train de faire une cour assidue à une blonde.  Connaissant l’appétit sexuel de la bête, ce n’est pas une surprise.  A part qu’elle s’appelle Inga Arvad, qu’elle est danoise, et journaliste.  Six ans avant elle avait interviewé Hitler qui l’avait aussitôt invitée…aux Jeux Olympiques qui se tenaient l’année suivante.  Et comme il continuait à la voir à New-York alors qu’il était militaire, son père l’a fait expédier… dans le Pacifique !  A quoi tiennent les carrières militaires, parfois !!!

 

Une manipulatrice de plus : Priscilla Johnson McMillan

Un autre élément corrobore l’établissement d’une machination.  C’est la personne de Priscilla Livingston Johnson, qui, curieuse coïncidence, a elle aussi été inscrite au United World Federalists de Cord Meyer, qui l’aurait ensuite interdit d’intégrer la CIA en raison de cette appartenance (comme lui en fait !) :  or il en fera partie, visiblement (toujours cette notion de dualité entretenue !). Comme par hasard aussi, elle est devenue une assistante de JFK en 1953, l’année où elle avait obtenu son « Master’s Degree in Russian » et juste avant de devenir traductrice de la presse russe (elle parlait et lisait donc le russe couramment). L’année aussi où elle aurait été recrutée par la CIA !  En 1957, on la retrouve même comme traductrice à l’ambassade US de Moscou, la preuve qu’elle n’embarrasse en rien la CIA… tout au contraire.  En 1958, elle avait rencontré dit-on « quelqu’un de Radio Liberty » :  on songe à Cord Meyer. Repartie à Moscou elle rentre rapidement, au moment où Arline Mosby, du FBI, vient d’aller interroger Lee Harvey Oswald (le 13 novembre 1959), qui est donc déjà fiché.  Or auparavant, avant de rentrer, elle a séjourné à Moscou dans le même hôtel où s’était réfugié Oswald à son arrivée en URSS.  Et c’est elle qui l’interrogera à nouveau à son retour, à l’occasion de sa pseudo-défection d’URSS ;  c’est elle aussi qui sera choisie par le gouvernement des États-Unis pour accompagner la fille de Staline, Sevetlana, quand elle fera défection aux États-Unis (elle logera chez son beau-père !), et c’était elle encore qui sera choisie pour assister Marina Oswald à la suite de l’assassinat (en photo Marina Oswald, Jerre Hastings et and Priscilla Johnson).  Voilà qui fait beaucoup !  En prime, c’est elle aussi qui avait écrit The Ruin of J. Robert Oppenheimer, et avait eu pour le faire accès aux secrets de Los Alamos.  « Il convient de noter que l’intérêt de la CIA pour Priscilla Johnson a commencé à une date rapprochée, fondée sur le fait qu’un « fichier 201 » a été ouvert le plus probablement dans le milieu des années 1950.  Selon un quatrième document déclassifié en 1993 intitulé « Revue du fichier 201 sur un citoyen américain, » le dossier de Priscilla n’avait pas été refermé au 28 janvier 1975.  Elle y était répertoriée comme une « collaboratrice en écriture, » bien que la nature de sa collaboration exacte n’était pas décrite.  Or c’est elle aussi qui chargera le plus Oswald… en écrivant après l’assassinat pour le Boston Globe un article où elle décrira Lee Harvey Oswald comme étant « l’exemple classique d’une psychologie d’un aigri solitaire » , ajoutant : « j’ai vite pensé que ce garçon était de l’étoffe dont sont faits les fanatiques.«   Auparavant, elle l’avait trouvé pourtant « intelligent », alors que pour tous là dessus le débat reste plutôt ouvert (il s’est fait avoir à Dallas, tout simplement).  En somme, elle avait repéré chez lui un goût pour les actes extrêmes, avait travaillé pour Kennedy et s’était beaucoup occupé du couple Oswald sans jamais émettre de craintes :  drôle d’agent de la CIA, chargée logiquement de collecter les menaces…  On avait en fait accordé à Priscilla de vivre avec Marina Oswald durant tout le temps où la Commission Warren préparait son dossier !  Alors que l’on doutait du voyage à Mexico d’Oswald, c’est elle qui retrouvera miraculeusement un ticket de bus pour le Mexique « prouvant » qu’il avait bien eu lieu !!!  Lorsque paraîtra le livre sur Oswald et sa femme « Marina and Lee » cette dernière avouera que c’était Priscilla qui avait tout dirigé et tout écrit ! Son mari, George McMillan, est celui qui écrira un livre sur David Belin, juge de la commission, et un autre sur l’assassinat de Martin Luther King, dans lequel bien sûr il suivait la thèse officielle du tireur unique !!!  Décidément, l‘œuvre de Cord Meyer était… parfaite !  Plus tard, en 1993, un auteur de romans, Larry Beinhart. écrira une satire hilarante de cette manipulation possible des populations, avec American Hero, qui deviendra en 2004 un film très réussi « Wag the Dog«  (en france « Des hommes d’influence », décrivant comment on mène les gens par le bout du nez. Ce qu’avait commencé à faire, indubitablement Cord Meyer !!!

La peur de voir tout dévoiler les paralysait

Il faut attendre douze ans après le meurtre pour que la presse retrouve le fil de l’histoire.  En mars 1976, James Truitt, alors séparé de sa femme, Anne, une sculptrice, donne une interview au départ anodine au « National Enquirer », mais qui produit très vite l’effet d’une bombe médiatique :  il y déclare que Mary Pinchot Meyer a eu effectivement une liaison avec John F. Kennedy : jusque là, la presse commence à lever l’oreille, toujours avare de cancans sur les frasques sexuelles des Kennedy (qui ne seront étalées en détail qu’en 1998 par Seymour Hersh, qui brisera – enfin- le tabou sur la question).  En réalité, la nouvelle avait été éventée dès janvier 1963 par un journaliste, Philip Graham, qui l’avait évoquée devant d’autres journalistes à Phoenix, lors d’une convention.  Graham n’était autre que le fondateur et le co-propriétaire du Washingon Post !!!  Malade, il se suicidait six mois plus tard.  Ses confrères n’oseront jamais reprendre la dénonciation (de peur des représailles de la CIA, ou par le fait que l’ensemble des rédactions US était déjà tombée sous son contrôle !).  La liaison datait selon lui de plusieurs années déjà car les Meyers étaient devenus les voisins des Kennedy en 1954, et elle avait elle-même divorcé en 1958 (le décès d’un de leurs enfants ayant beaucoup affecté Cord, qui finira par quitter la CIA) :  c’est Robert Kennedy qui était tout d’abord venu s’installer dans l’ancienne maison de son frère.  Mary n’avait pas fait comme Marylin en partageant les deux frères Kennedy, semble-t-il.  Selon certains, ce n’est pas avant 1960 que JFK avait commencé à rencontrer Mary, qui a été vue à plusieurs reprises aux côtés de Jackie, qui ne se faisait aucune illusion sur les infidélités de son mari, et fermait les yeux (les gardes du corps de Jack passant leur temps à croiser ses maîtresses en ayant reçu l’ordre de ne pas croiser Jackie avec elles).  Mais elle la tend davantage, l’oreille, cette même presse à sensations, quand à la fin de l’interview Truitt lance une deuxième bombe :  selon lui, Meyer avait consigné toute sa relation, dans un petit carnet, sorte de journal intime, qu’elle aurait confié à sa sœur et dont elle avait souhaité qu’il devait être « sauvegardé si elle disparaissait » (sous entendu car il contenait des secrets importants).  C’est alors qu’une scène incroyable s’était passée.

L’étrange rencontre

Peu de temps après l’assassinat, la femme de Truitt, qui était lui-même journaliste à Life et Time magazine (il sera nommé en 1964 vice-président de Newseek), la grande amie de Mary, partie en reportage au Japon, avait demandé à son beau-frère Ben Bradlee, journaliste qui était à l’origine de la découverte du Watergate (il est ici à droite de Bob Woodward et Carl Bernstein) et avait même écrit « Conversations With Kennedy« , de se rendre au domicile de Mary Pinchot Meyer pour retrouver le document.  Au moment du décès, et douze ans avant, donc, Pierre Salinger, intime de Kennedy, avait lui aussi appelé de Paris, pour faire ses condoléances, révélant que Mary lui était connue, et qu’elle avait donc eu une aventure « présidentielle », avait confirmé Bradlee.  Dans l’excellent livre sur Edgar Hoover, de Marc Dugain, le même Salinger aurait eu vent de menaces assez précises à Dallas dont il avait tenté d’informer Bobby Kennedy, sans succès.  Dans cette affaire, Bradlee intervient alors qu’il a déjà aidé le clan Kennedy :  il avait jadis accepté de collaborer avec la Maison Blanche pour en finir avec les rumeurs de premier mariage « secret » de JFK avec Durie Malcolm, qui aurait tant mis en colère le père de John, paraît-il.  Si on était arrivé à le prouver, tout le falbala du mariage avec Jackie Bouvier, l’église, etc, aurait tombé à l’eau et la légende en aurait pris un coup (chez les catholiques surtout !).  Bradlee trouvera la maison close, mais avec dedans, à son grand étonnement, James Angleton, responsable à la CIA, qui lui annoncera sans sourciller que « lui aussi, cherchait là le journal de Marie » !  Le journal intime sera découvert plus tard dans une petite boîte de métal, et transmis à Angleton, qui dira l’avoir brûlé sans vraiment le faire en fait :  c’est lorsqu’il le rendra que Ben le brûlera lui-même !  Deux ans avant ces révélations, un autre scandale avait secoué (en 1974) le landerneau des services secrets :  l’infatigable Seymour Hersh venait alors de révéler avec forces détails les activités douteuses de la CIA sur le territoire américain contre les mouvements pacifiques et d’autres opposants déguisés en opérations de contre-espionnage, ce qui avait entraîné aussitôt la démission James Jesus Angleton, toujours chef du contre-espionnage de la CIA.  Un système venait de s’effondrer.  En 1998, Hersh récidivera en écrivant le meilleur livre sur les frasques de la Maison Blanche sous les Kennedy : « La face cachée du clan Kennedy » (« The Dark Side of Camelot » (au éditions l’Archipel, en Poche depuis).  Selon Bradlee, qui ne dévoilera que fort peu du contenu du journal, on y trouvait surtout le fait que Kennedy prenait aussi de la drogue (du hashish, puis du LSD, Mary étant en contact avec le grand gourou sur le sujet Timothy Leary !) quand il la rencontrait.  En fait, ce que craignait surtout Angleton, c’est que Mary Pinchot Meyer puisse évoquer les actions de la CIA de son ex-mari ou ses contacts avec la pègre, voire les craintes qu’avait Kennedy de la CIA, juste avant sa mort.  Cord lui-même ayant fait beaucoup d’efforts pour que ne paraisse pas en 1972 un livre dévastateur, « The Politics of Heroin in Southeast Asia » remarquable ouvrage d’ Alfred W. McCoy, qui donnait en détail les activités de la CIA dans le trafic de drogue en provenance du Laos, notamment, ou des contacts étroits de la CIA avec la filière française de la dite French Connection… et du recrutement de certains de ses tueurs, dont Sarti, le corse souvent cité comme ayant donné le coup fatal à Kennedy !

Le travail de l’arrière-cour

Truitt travaillait chez LIFE magazine, ai-je dit.  Un des organes de presse qui avait le plus fait pour mettre en place le mythe Kennedy, grâce à Cord Meyer (car la direction même de Life s’opposait à lui) comme le rappelle le précieux ouvrage « Shooting Kennedy : JFK and the Culture of Images » sur la manipulation de la représentation présidentielle, dont l’usage immodéré de son couple et de ses enfants (un certain Sarkozy fera de même en France des années après, à satiété).  Un magazine qui en février 1964, l’année de la mort de Mary, sortait une couverture controversée.  La photo d’Oswald tenant fièrement son fusil, avec bizarrement dans les mains un journal, pour en authentifier la date de la prise de vues.  Une pose assez surréaliste de clichés… retrouvés coincés dans deux revues russophiles (« The Militant et The Worker »), chez Oswald même, paraît-il.  Le hic, c’est que les deux étaient « incompatibles » idéologiquement :  l’une était pro-Staline et l’autre pro-Trostky.  Soit Oswald était un crétin fini, soit ceux qui ont planté ses revues chez lui ne connaissaient rien au communisme !!  Le problème étant que le cliché paraissait un montage éhonté avec un Oswald à la tête et au cou bien trop large et au déhanchement bizarre.  Si la Select Committee on Assassination of the House of Representatives de 1978 dira que non (malgré les lueurs du spécialiste Jack White) la suspiscion demeure.  Car si LIFE avait sorti en une le cliché, le magazine Detroit Free Press aussi.  Et le hic, c’est que les deux éditions ne se ressemblaient pas du tout.  Le retoucheurs du second avaient fait fort en effet, en affaiblissant le décor et en effaçant carrément la lunette de visée de l’arme…. Oswald, à qui on avait montré les photos, avait déjà parlé de « montage« .  Le moins que l’on puisse dire c’est que ça y ressemblait en effet, avec une tête disproportionnée, des angles d’ombres qui n’allaient pas… et des plantes qui ne correspondaient pas à l’époque à laquelle aurait été prise les clichés.  Son « Imperial Reflex » avait beau être un appareil à bas prix, quand même !  En février 1967, le sinistre George de Mohrenschildt « découvrira » un double, ou un original, avec une dédicace soi-disant signée de la main d’Oswald, alors qu’on pense que c’est sa veuve qui l’aurait écrite, plutôt.  En 1976, on retrouve une troisième version dans la maison de la veuve de Roscoe White, policier véreux de Dallas (dont le fils racontera en 1990 qu’il aurait même fait partie des tireurs !).  Que faisait-elle là, énième mystère !  Bref, aucun des clichés d’un Oswald armé ne respirait… la vérité.  Même si le cliché original était vrai, quel besoin avait-on eu d’autant le retoucher ?  Dans l’affaire du « backyard » d’Oswald et du retour trois ans après de sa photo, on pouvait entrevoir ce qu’était le projet Mockingbird, à l’évidence.  Celui d’asséner par tous les moyens une seule version des faits dans le public.  Un Oswald paradant avec l’arme de l’assassinat était l’outil rêvé pour convaincre les masses de sa culpabilité.  « En 1970, le journaliste de Dallas Jim Marrs était à la recherche dans les photos de l’arrière-cour quand il a interviewé Robert et Patricia Hester.  Les Hesters travaillaient au Laboratoire national de photographie de Dallas.  Ils ont dit qu’ils étaient très occupés à traiter un matériau photographique à la fois pour le FBI et les services secrets, la nuit de l’assassinat. En 1970, les Hesters ont à dit Marrs que le FBI avait des transparents couleur des photographies de l’arrière-cour la nuit de l’assassinat, et avait aussi une diapositive avec personne dans l’image.  Cela est très suspect, car c’était la nuit avant que les photos avaient été censées avoir été trouvées pour la première fois…,  Oswald portait par exemple une montre ou un bracelet.  Ce qu’il n’avait jamais eu sur lui.  Sur les trois clichés le montrant armé, Oswald porte deux fois son fusil de la main gauche.  Or il est droitier (un ceinturon portant un pistolet est à sa droite !).

D’où venaient ces photos de Life ?

A ce jour personne n’a été capable de répondre à cette question :  les photos d’Oswald avec son fusil et son pistolet avaient-elles été prises par sa femme ou non ?  Selon John Amstrong, ça s’était passé autrement ; f açon…. « Mockingbird » :  « C’était Roscoe qui aurait facilement pu ajouter une photo d’arrière-cour ou des négatifs de la preuve recueillie par la police de Dallas sur l’après-midi du 22 Novembre .  Et Roscoe peut-être aussi le policier inconnu qui a donné la photo pour Life Magazine.  Après la mort de Roscoe, sa femme a trouvé une autre photo d’arrière-cour parmi ses possessions.  Et en 1991, la police de Dallas a trouvé des photos additionnelles de l’arrière dans ses fichiers.  Ces photos sont un autre  » smoking gun  » et ont été créées dans le but de placer un fusil dans les mains d’Oswald .  Elles sont une preuve supplémentaire qu’Oswald avait été mis en place comme le  » pigeon  » avant l’assassinat.  Enfin, que dire de la caméra Imperial Reflex qui aurait été utilisée par Marina pour prendre des photos à l’arrière ?  Elle n’a pas été trouvée parmi les possessions d’Oswald à sa maison ni dans sa chambre, ni n’a été trouvé dans la maison de Ruth Paine, ni n’a été identifiée par Marina comme appartenant à Oswald quand on lui a présenté pour la première fois l’appareil photo.  En fait, Marina décrit un appareil photo très différent qu’elle a dit avoir utilisé pour prendre des photos à l’arrière de la maison.  L’appareil photo Reflex Imperial est apparu 3 mois après l’assassinat, le 14 février 1964, lorsque Robert Oswald l’a donné au FBI.  Et d’où Robert avait obtenu l’appareil photo ?  De Ruth Paine, qui en quelque sorte a été en mesure de fournir de nombreux éléments de preuves utilisées pour encadrer ou incriminer Oswald dans les mois suivant l’assassinat, longtemps après que les policiers avaient soigneusement fouillé son domicile et son garage... »  Une Ruth Paine qui affirmera qu’Oswald ne parlait que le russe chez elle lors de la commission de 1976.  Histoire d’en faire un envoyé du KGB, sans aucun doute.  Autre point douteux lié à la prise de photo :  « la P.O. Box 2915, la boîte postale que A. Hidell aurait eu pour recevoir l’arme du meurtre de JFK, était donc aussi la boîte postale pour les communications des Oswald à l’ambassade soviétique à Washington du début de 1963, celle de la réception de la carte du 17 mai,  envoyée de la Nouvelle-Orléans.  Toutes les communications et abonnements aux organisations socialistes ont également été reçues dans cette boîte postale.  Comment une carabine envoyée par correspondance, adressée à un A. Hidell, pouvait arriver à une boîte postale qui accueillait également des activités de l’ambassade soviétique et des journaux communistes / socialistes, sans aucune alerte ou préavis, est inexplicable » note ici Jeff Carter.

Cinquante ans que ça dure
Il ne fallait qu’un seul tireur, quatre ans après encore…. et même plus :  en 2010, un enseignant de faculté, Hany Farid, spécialiste des retouches photos, sur ordinateur ou non, revenait déclarer que la photo était bien réelle.  Un de ses détracteurs, Jim Fetzer, affirmera qu’il n’avait étudié que l’ombre du nez, qui semblait la plus douteuse.  Il rappelait la phrase de Robert Blakey, chief Counsel pour le HSCA  : « si [les photos de la cour] sont invalides, la façon dont elles ont été produites pose des questions profondes dans le domaine de la conspiration, parce qu’elles manifestent un degré de sophistication technique qui ferait presque nécessairement évoquer la possibilité que [quelqu’un] a conspiré non seulement pour tuer le président , mais aussi pour faire d’Oswald un pigeon »...  Le Dartmouth College se désolidarisera vite de l’initiative personnelle de Farid.  Selon Fetzer, le spécialiste était trop lié au FBI (il avait travaillé pour lui sur des cas judiciaires comme il l’avouera ici en tant que « consultant ») pour être totalement honnête.  Il n’empêche :  47 ans après les faits, le FBI cherchait toujours à forcer la main sur la thèse du tireur unique… pour tenter encore une fois de faire oublier les liens qu’il avait eus avec l’accusé.  L’homme avait statué récemment encore sur la photo « Gaza Burial », de Paul Hansen prix 2013 de photo, qui avait subi non pas un traitement Photoshop, mais plutôt un vrai massacre chez des imprimeurs, qui en avaient trouvé les tons… trop froids.  La mort faisant moins vendre… qu’une photo d’assassin présumé tenant une arme dans son jardin.

Tuée par peur qu’elle ne parle

On craignait fort alors que Mary Pinchot Meyer, dont JFK semblait réellement tombé amoureux, et ne la considérait pas comme ses passades habituelles (son âge et son intelligence devait y faire) ait été tenue au courant de ce genre de choses, via l’usage qu’elle faisait elle-même de drogues diverses.  On découvrira que la maison de Robert Kennedy avait été mise sous écoute par Angleton, comme il y en avait eu des micros installés sous le lit de Mary dès le début de la liaison avec John Kennedy, en 1961.  Dans sa biographie, le pape du LSD affirmera que Mary lui avait téléphoné juste après l’assassinat en lui disant que « Ils ne pouvaient plus le contrôler davantage.  Il changeait trop vite.  Il apprenait trop … Ils maquillent tout là-haut.  Je dois venir vous voir.  J’ai peur.  J’ai peur. »  Qui étaient ces « ils » qui lui faisaient si peur ?  Mary avait déjà averti la police qu’elle avait vu des rôdeurs autour de sa maison à l’été 1964 et que celle-ci était visitée en son absence (une visite déjà d’Angleton ?).  Pourquoi avait-on tué Mary alors que d’autres maîtresses reconnues qui avaient elles aussi participé à des orgies auraient pu aussi subir le même sort (toutes les jeunes stagiaires de Kennedytelle la ravissante Mimi Alford- y passaient, au point d’affoler les officiers du FBI chargés de la protection du président) ou les prostituées venues d’on ne sait où, certaines étant envoyées par la mafia, d’autres… par la CIA !  La seule raison qui se tenait était bien sûr ce qu’elle avait bien pu apprendre de son mari, dont le silence avait été assuré depuis longtemps comme membre effectif de la CIA.  Lui ne parlerait jamais, c’est sûr.  Elle était la seule maîtresse en effet à en avoir eu un à ce poste, et la seule à avoir fait des confidences à Timothy Leary indiquant que certains très haut placés voulaient en attenter à la vie du président des Etats-Unis (1).  Voilà ce qui pouvait expliquer sa fin tragique.  On n’en avait pas encore fini pour autant avec l’histoire de la pauvre Mary Pinchot :  le 18 novembre 1981, James Truitt se suicidait à San Miguel de Allendeau Mexique.  Sa nouvelle épouse, Evelyn, racontera juste après que tous ses papiers, y compris les copies du fameux journal intime de Mary, avaient été volés aussitôt après son décès par l’officier Herbert Burrows… de la CIA.  Certains cherchaient toujours à savoir ce qu’ils contenaient !  Comme il est dit ici en forum « Il ne serait pas la dernière personne à mourir.  Leo Damore, un journaliste qui a découvert l’affaire tout en faisant des recherches pour son livre, « Senatorial Privilège : The Chappaquiddick Cover-Up » (sur la mort de Mary Jo Kopechne, la secrétaire de Ted Kennedy dans des circonstances troubles), avait commencé à écrire un livre sur la mort de Meyer.  Selon Damore un type proche de la CIA lui avait dit que la mort de Marie avait été un « succès » professionnel.  Damore s’est suicidé en octobre 1995.  Son livre n’a jamais été publié. »

Epilogue, ou épitaphe

En février 2001, peu de temps avant sa mort, son ex-mari, Cord Meyer, interviewé, toujours soumis au secret, selon les règles de l’appartenance à la CIA (c’est un engagement à vie), répondra quand même à la question « qui l’a tuée ? » par un cinglant « les mêmes fils de pute qui ont tué Kennedy ».  Il devait en savoir quelque chose, y ayant fait partie lui-même de ces « fils ».  La presse relèvera qu’elle « aurait été une fervente – et influente – supportrice de la paix auprès du président » ce qui avait suffit sans doute pour signer son arrêt de mort, visiblement, son amant ayant subi le même sort pour les mêmes raisons !  Une année après l’assassinat, ses auteurs, visiblement les mêmes, avaient pris peur de ce qu’elle aurait pu révéler… sur eux-mêmes.

 

(1) L’écrivain Peter Janney en décrira une émouvante version en 2012 : « Après Dallas, au milieu de l’horreur absolue et du choc, Marie avait pris sur elle de découvrir et de comprendre la vérité de la conspiration qui a eu lieu – pour se rendre compte de l’ampleur de la seconde conspiration , une cover-up qu’elle avait étalée devant ses yeux.  C’était sa mosaïque de personnes, d’événements, de circonstances, et l’exploration qui a informé sa compréhension – non seulement du mal qui avait eu lieu à Dallas, mais de l’obscurité crapuleuse qui maintenant enveloppait toute l’Amérique.  Elle avait furieusement confronté son ex-mari, Cord Meyer, et éventuellement Jim Angleton avec ce qu’elle avait découvert, ne réalisant pas pleinement la mesure de leur propre cruauté diabolique.  Le rapport Warren n’était qu’un château de cartes, une fois allumé, il serait la proie des flammes.  Si Marie rendait public courageusement qui elle était et ce qu’elle savait, en précisant sa position dans les dernières années de la vie de Jack, les gens qui ont une influence en prendrait compte, et le feu de suspicion autour de Dallas dégénérerait en une conflagration.  Elle devait être éliminée ( p. 391) . Mary’s Mosaic – The CIA Conspiracy to Murder John F. Kennedy, Mary Pinchot Meyer, and Their Vision for World Peace de Peter Janney (2012).Les visés par l’opération Mockingbird sont décrits ici :  « L’un des premiers journalistes recrutés fut Philip Graham, du Washington Post puis, au fil des ans, des plumes notoires du New York Times, de Newsweek et de CBS.  Au milieu des années Cinquante, le réseau contrôlait l’information de 25 journaux et agences de presse des Etats-Unis.  Dans son article « c » paru en octobre 1977 dans le magazine Rolling Stone, Carl Bernstein cite les « têtes de ponts » de ce réseau.  Il s’agissait souvent de libéraux (la gauche américaine) américanistes : William S. Paley (CBS), Henry Luce (Time and Life Magazine), Arthur Hays Sulzberger (New York Times), Alfred Friendly (managing editor, The Washington Post), Jerry O’Leary (Washington Star), Hal Hendrix (Miami News), Barry Bingham, Sr. (Louisville Courier-Journal), James Copley (Copley News Services), Joseph Harrison (Christian Science Monitor).  Le réseau, salariés compris, est estimé à 3000 personnes par Alex Constantine.  La méthodologie propagandiste était fondée sur la « mise en abîme » de la désinformation par plusieurs journalistes, dont certains faisant partie du réseau.  Les autres journalistes étaient manipulés à leur insu, notamment par l’intermédiaire des agences de presse ».

Note :  ironie du sort, alors que j’achevais la saga et avait écrit il y a un bout de temps déjà ce texte sur Mary Meyer, est paru le livre de Jean Lesieur : « Un meurtre à Georgetown ».  J’avoue ne pas avoir eu le temps de le lire encore.  Son résumé présenté ici sur France-Info corrobore mon texte, avec cette note particulière de l’auteur qui affirme qu’il n’a rien inventé, et que l’ont peut trouver les infos sur ce meurtre, dont il accuse la CIA, facilement si on daigne s’y intéresser un peu, avis que je partage entièrement car cette longue saga n’est que l’expression de la même démarche.

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L’assassinat de Kennedy : Oswald, ou le parfait pigeon (20)

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