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L’assassinat de Kennedy : Oswald, ou le parfait pigeon (2)

Si l’on cherche l’origine de la mort de Kennedy, la rancœur des militaires et du responsable de la CIA limogé, l’omniprésent Allen Dulles, les deux jouent un rôle très important.  Durant la campagne électorale Nixon-Kennedy, les deux leaders joueront au chat et à la souris avec ce qu’il savaient des opérations en préparation pour renverser Fidel Castro, ce que tous deux souhaitaient ardemment, mais à condition d’en tirer avantage personnel.  Les voilà donc à s’espionner mutuellement pour savoir ce que l’autre va dire à la télévision sur le leader cubain, Dulles fournissant les informations au compte-gouttes aux deux partis… mais en tablant semble-t-il sur l’élection de Kennedy davantage que sur celle de Nixon, directement renseigné par la frange extrémiste de son parti, proche des anti-castristes.  Les téléspectateurs verront débattre pour la première fois sur leurs écrans deux leaders qui dissimuleront ce qu’ils savaient réellement de ce qui se tramait pour Cuba.  Présenté souvent comme une victoire de la démocratie, ce genre de débats biaisé fut en fait l’entrée de plein pied dans le monde de la parfaite duplicité électorale !  Une forme de surréalisme, à bien réécouter ce qui a pu être dit par les deux candidats ; les deux dissimulant habilement aux téléspectateurs et à leur adversaire ce qu’ils savaient vraiment !

La Baie des Cochons, le dilemme des républicains, et le boulet des démocrates

life 10 mai 63On ne comprend pas non plus le cheminement à l’élimination de Kennedy si on n’étudie pas la déception considérable qu’avait causée l’expédition ratée de la Baie des Cochons, véritable humiliation que Kennedy devra avaler et subir à peine débarqué à la Maison Blanche (l’événement à lieu le 17 avril 1961, et Kennedy a prêté serment le 20 janvier).  L’embarras est à la une des journaux et des magazines, et il durera tout au au long du mandat de Kennedy.  Deux ans encore après les faits, le magazine LIFE, fort peu amène avec JFK, malgré les « unes » vantant le nouveaLe-Gouvernement-secret-des-USAu style présidentiel façon pré-people, faisait encore le 10 mai 1963, deux éditos ainsi libellés : « c’était la Baie des Cochons : les hommes qui ont combattu.  Récit vu sur place de l’histoire de la protection intégrale prévue dans une bataille où tout va aller mal et qui révèle les erreurs de calcul choquants qui ont produit le Fiasco.  Par John Dille. Washington recherche dans sa mémoire pour les réponses.  Par Tom Flaherty ».  Le plus méconnu de l’affaire du débarquement raté de la Baie des Cochons, c’est l’enjeu qu’elle avait pu auparavant représenter, lors de l’élection de 1960, où s’opposèrent vivement Kennedy et Nixon, le second perdant ses débats télévisés en raison d’un manque de charisme flagrant, JF Kennedy ayant joué sur le « look » et l’allure en préfigurant le côté « people » qui est devenu la marque de fabrique de tous ses successeurs ou presque.
Eisenhower, un républicain, ayant promu l’invasion en fournissant armes et matériels à des exilés revanchards, les deux candidats en lice à sa succession se disputaient à la télévision à l’avance la paternité d’une éventuelle intervention qui ne devait être qu’une formalité, mais que le manque de préparation des exilés avait hélas retardée. Dans l’indispensable « Le gouvernement secret des USA » de Robert Wise, on en apprend de belles en effet sur le combat feutré entre Kennedy et Nixon.  Par exemple, avec un fax balancé par JFK à quelques heures du 4eme débat télévisé (celui qui fera verser l’opinion en faveur de Kennedy dans l’élection la plus serrée de toute l’histoire des USA, gagnée on le sait à l’aide de l’influence de la mafia et des dollars du père de Kennedy). John Kennedy, plus « télégénique » que Nixon, tentait alors de prendre de vitesse son adversaire sur son propre terrain, les républicains étant par principe proches des initiateurs du projet d’invasion.  Et ce terrain, c’est celui des exilés cubains désireux de revenir vainqueurs à la Havane.

debat nixon-kennedy

JFK ne tablait pas que sur son look de jeune premier.  Tous les coups ont été en effet tentés entre les deux opposants politiques lors des débats télévisuels, premiers du genre.  Un conseiller de Kennedy, William Atwood, était chargé de surveiller attentivement les préparatifs de l’invasion des anticastristes, faits par des gens plus proches des républicains que des démocrates. « Attwood appelait St George pour avoir des renseignements sur le degré d’entraînement des exilés cubains.  Selon St George, Attwood exprima la crainte que les républicains ne tentassent de lancer l’invasion de Cuba avant le jour de l’élection.  Toujours selon St George, la question que le collaborateur de Kennedy avait en tête, ce n’était pas s’il y aurait une invasion, mais quand elle aurait lieu.  St George répondit à Attwood que les chances en faveur d’une invasion imminente lui paraissaient minimes, à en juger par le degré d’alors de l’entraînement des exilés.  Cette information fut communiquée à Robert Kennedy, qui servait de manager à la campagne de son frère.  A un moment donné, les stratèges de Kennedy avaient âprement discuté de la possibilité que le candidat prononçât un discours anticipant l’invasion qui semblait très proche, et neutralisant par là son effet politique.  L’idée d’un discours officiel fut cependant abandonnée quand l’enquête d’Attwood révéla que, selon toute vraisemblance, l’invasion n’aurait pas lieu avant le jour de l’élection ».  L’enjeu de qui récupérerait une opération que tous les camps politiques estimaient immanquable était considérable en effet.  Qui rejetait alors Castro à la mer était certain de faire deux mandats !  L’image en revanche de prisonniers américains, en cas d’échec, serait un désastre !  Et c’est hélas la seconde image que l’on allait avoir, plombant dès le départ le mandat de Kennedy

La presse, et le magazine Life, prennent parti

clare_henry_luce_w_7jul07_2Derrière cette guerre des nerfs s’en cachait une autre.  Celle qu’alimentait la presse partisane, et spécialement le magazine LIFE, aux mains d’un couple aux idées (très) larges dans les années trente, capable d’aider à la fois les insurgés espagnols contre le franquisme, ou pour le mari d’avoir soutenu au départ Hitler, mais devenu violemment anticommuniste après guerre.  « Clare Boothe Luce et Henry Luce étaient forts adversaires de Fidel Castro et son gouvernement révolutionnaire à Cuba.  Ils se sont joints à Hal Hendrix , Paul Bethel, William Pawley (on reparlera de lui ici), Virginie Prewett, Dickey Chapelle, Edgar Ansel Mowrer, Edward Teller (le faucon de la bombe atomique, inventeur de la bombe H), Arleigh Burke, Leo Cherne, Ernest Cuneo Sidney Hook, Hans Morgenthau et Frank Tannenbaum pour former le Comité des Citoyens de Cuba libre (FCMII) .  Le 25 Mars 1963, la FCMII avait publié une déclaration : « Le Comité est non partisan.  Il estime que Cuba est une question qui transcende les différences de parti, et que sa solution exige l’unité nationale, celle que nous avons toujours manifestée dans les moments de grande crise… cette croyance se reflète dans la composition large et représentative de la commission « .  Une belle profession de foi, mais suivie d’actes un peu moins idylliques, le soutien effectif à des groupes armés, dont un en particulier : « la famille Luce a également financé Alpha 66.  En 1962, Alpha 66 a lancé plusieurs raids sur Cuba.  Cela comprenait des attaques sur les installations portuaires et les navires étrangers ». L’auteur de « Deadly Secrets : The CIA-Mafia War Against Castro and the Assassination of JFK (1981) « soutient que Clare et Luce Boothe ont financé l’un des bateaux utilisés dans ces raids :   » La blonde anti-communiste a pris une participation maternelle pour les trois hommes d’équipage , elle les a adoptés … elle les a amenés à New York trois fois pour les materner « .  On comprend soudain mieux la couverture de ce début d’épisode, ou le nombre important de reportages sur les lieux d’entraînement… qu’indirectement le magazine versé très à droite désormais finançait !  Parmi les relations du couple, on note aussi Arlen Dulles, le responsable de la CIA.  On peut voir ici en photo Henry Robinson Luce, Allen Dulles, Clare Boothe Luce (alors ambassadrice en Italie) et Billie Cassady, à bord du yacht « Niki ».  Le couple gravitait constamment dans les sphères du pouvoir, elle, en tant qu’ambassadrice ou ex-ambassadrice, se prenant pour une star de l’écriture théâtrale (ses premières pièces seront des échecs) reconvertie en prêtresse de la mode et de condition féminine, lui en chevalier d’une croisade catholique en Orient, et de la prééminence des USA dans le concert mondial.  Leur influence sera catastrophique dans les médias, car ils manipuleront et leurs lecteurs et les hommes politiques qui avaient le tort de leur prêter une oreille.  Il haïssaient ouvertement les Kennedy, vécus par eux comme des pervers, sans morale, et des arrivistes (ce qu’ils étaient aussi !)

Le retour des Flying Tigers 

boatClare Booth Luce, donc, et William Pawley, un multi-millionnaire de Miami, ancien de la Curtiss-Wright Corporation, devenu ambassadeur d’Harry Truman au Pérou en 1945 et au Brésil en 1948 (où il était informateur du FBI), et ancien propriétaire des bus de La Havane et des compagnies aériennes cubaines avant Castro (il était proche de Fulgencio Batista), un homme qui avait surtout un beau passé militaire.  C’est en effet lui qui avait aidé le général Claire Chennault, alors rejeté par l’armée, ami de Chiang Kai-shek, de former les « Tigres Volants » d’origine pendant la Seconde Guerre mondiale pour aller se battre en Chine contre les japonais.  Il avait aussi organisé les transports à base de DC-2 et de C-46 vers la Chine avec Tommy Corcoran.  Il a également été ambassadeur des États-Unis au Brésil et au Pérou.  Proche de la CIA partisan de « l’Executive Action« , pour tuer les responsables étrangers jugés gênants, ami d’Allen Dulles (et d’Eisenhower), c’est lui qui en fait avait persuadé Clare Booth Luce de financer une flotte de bateaux à moteurs pour attaquer Cuba…. un peu comme les Flying Tigers avaient combattu les Japonais : on reverra des symboles similaires (crânes de pirates ou dents de requins) sur les bateaux des exilés  !  La blonde intriguante à la plume d’acier (en photo ici à droite avec Eisenhower) avait ses entrées en effet, et jusqu’au fin fond des services secrets :  on raconte qu’elle aurait vu les photos prises par l’U-2 au dessus de Cuba, montrant les missiles, au Centre national d’interprétation photographique des armées, avant même qu’elles ne soient révélés au président Kennedy ! Fait à ne pas oublier durant la lecture de toute cette série :  le couple Clare Boothe Luce et Henry Luce était viscéralement opposé à JFK :  or ce sont eux qui achèteront plus tard pour LIFE  le film de Zapruder… pour finalement ne pas le montrer, ou quand ils accepteront qu’il puisse être vu, ce sont eux qui charcuteront la scène où le président recevait une balle… tirée en plein front, de face.  Avaient-ils perçus tout de suite que la divulgation immédiate du film intégral ruinait le rapport Warren ?  Sans aucune hésitation !  Quelle était en ce cas leur degré d’implication pour désirer autant falsifier l’histoire ???

Le document du 5 novembre 1963 qui dit le contraire de la télé

Kennedy l’avait bien compris, semble-t-il, cette importance cruciale des préparatifs de l’invasion de Cuba.  Mais cela c’était pour la façade : en secret, il tablait déjà sur une autre option… située à l’inverse de ce qu’il prônait alors à l’extérieur ou en meeting !  Car Kennedy jouait constamment sur les deux tableaux.  On découvre tous les jours des documents étranges, lorsque l’administration US veut bien les lâcher.  Celui obtenu en 2003, par Peter Kornbluh, un analyste du National Security Archive à Washington est un joyau véritable, qui évoque un tout autre rôle pour son envoyé Attwood. Selon ce document, en, effet, Kennedy envisageait l’inverse même de l’opération de la Baie des Cochons en 1961 et ce, au même moment !  « Les recherches de Kornbluh vont à l’encontre d’une opinion récente comme quoi JFK aurait été un conservateur. En fait, Kennedy s’est approché plus près de la normalisation des relations avec le gouvernement communiste de Castro à Cuba que n’importe quel président américain depuis Jimmy Carter à la fin des années 1970.  Sur la bande enregistrée, JFK discute de la possibilité d’envoyer un haut diplomate américain, William Attwood, à La Havane pour une réunion secrète avec Castro.  L’ordre du jour de la réunion était : parler  » des termes et conditions d’un changement dans les relations avec les Etats-Unis .  » Selon le chercheur « l’assassinat de JFK a tué les efforts d’escalade vers des négociations en 1963 qui, en cas de succès auraient pu changer les décennies qui ont suivi d’hostilité perpétuelle entre Washington et La Havane. « 

Le journaliste français Jean Daniel (directeur du Nouvel Observateur), approché par Pierre Salinger, participera lui aussi à ces tentatives de rapprochement, il ira même rencontrer Castro à l’hôtel Riviera photo Marc Riboud de Magnum) pour lui proposer de rencontrer Kennedy, mais la mort de ce dernier mettra fin à la proposition.  Kornbuch décrivant plus loin le frère de Kennedy qui en avait fait part à l’Armée et à la CIA, ce qui n’était peut-être pas très judicieux :  « Kornbluh cite le procureur général Robert Kennedy, qui a dit à un groupe de haut niveau de responsables de la CIA et du Pentagone au début de 1960, que « la priorité absolue dans le gouvernement des États- Unis – tout le reste est secondaire – nous de devons pas épargner de temps, d’argent, ou d’efforts, pour le faire » à savoir de trouver une« solution » au problème de Cuba.  L’avis du président, selon le compte-rendu de la CIA à la réunion, était que  » le dernier chapitre (à Cuba) n’avait pas encore été écrit.  »  L’auteur révèle aussi qu’en face, contrairement à l’opinion perçue habituellement, on n’y était pas opposé :  « Castro est également apparu intéressé.  Dans les journaux télévisés de mai 1961 sur ABC, dans une émission spéciale sur Cuba, Castro avait dit à la correspondante Lisa Howard qu’il considérait un rapprochement avec Washington « possible » si le gouvernement des Etats- Unis le souhaitait.  Dans ce cas, a-t-il dit, « nous serions d’accord pour chercher et trouver une base pour l’amélioration des relations »…  Robert Kennedy ayant donc averti dès 1962 l’armée et la CIA que c’était la normalisation des relations qui était prévue…. se mettant automatiquement à dos les deux organismes, envahis par des anticommunistes virulents.  De quoi signer un arrêt de mort, quand on a affaire à un gars comme Curtis LeMay !

Une âpre bataille Kennedy-Nixon

Pour l’instant, en 1960 on en est encore loin de cet espoir de paix.  Le problème des exilés cubains, baptisés pompeusement « Combattants de la Liberté » par les américains anticommunistes, alors qu’ils n’étaient souvent que des mercenaires ou des repris de justice, et de ce qu’ils allaient faire ou non, était en effet devenu un enjeu crucial de l’élection de 1960.  Autant ne pas chercher à décevoir à ce moment là l’opinion publique qui était alors favorable en masse à une invasion de l’île : et c’est exactement ce que firent les deux candidats.  Mais ce soir là on eut droit aussi à une belle joute, dans laquelle Nixon fut plus que méritant : il roula même Kennedy dans la farine !  « Mais le problème cubain n’en fut pas pour autant laissé de côté.  Le 20 octobre, les pistes de Kennedy et de Nixon se croisèrent à New York, où tous deux se préparaient pour leur quatrième et dernier débat télévisé du lendemain soir.  Dans l’après-midi, les journalistes accrédités auprès du candidat démocrate apprirent qu’il leur serait remis un important communiqué de Kennedy.  La distribution de ce texte subit quelque retard, et quand les exemplaires ronéotypés finirent par arriver dans la salle de presse du Biltmore Hotel, il était plus de dix-huit heures.  Sur la dernière page, les journalistes lurent ces phrases essentielles :  « Nous devons nous efforcer de raffermir les forces démocratiques non-Batista et anti-Castro en exil, et à Cuba même, qui offrent l’espoir final de renverser Castro. « Jusqu’ici, ces combattants pour la liberté n’ont pratiquement reçu aucun soutien de notre gouvernement », disait solennellement Kennedy.  L’heure était toujours à une solution militaire, donc, pour Nixon comme pour Kennedy, les deux marchant alors dans le sens du vent de l’opinion américaine, et Kennedy avait choisi ce soir là de tenter de dynamiter son adversaire en s’appropriant carrément les efforts en douce de Nixon, qui n’aurait plus qu’à contenir sa rage, ce qu’il fit très bien d’ailleurs.  « Au Waldorf-Astoria, à huit blocs de là, l’effet sur Nixon fut immédiat et explosif.  Un an et demi plus tard, dans son livre « Six Crises », Nixon écrivit que, lorsqu’il lut la déclaration de Kennedy au Biltmore, il devint « fou » l’entraînement clandestin des Cubains en exil par la C.I.A. était, pour une partie substantielle au moins, la conséquence de ses efforts, cette politique avait été adoptée à la suite de son intervention personnelle.  « Maintenant, estimait Nixon, Kennedy essayait de se prévaloir d’une politique que le Vice-Président proclamait sienne ».  Nixon raconte qu’il ordonna à Fred Seaton, secrétaire à l’Intérieur et conseiller de Nixon pour la campagne, d’appeler immédiatement la Maison Blanche sur la ligne de sécurité et de découvrir si oui ou non Dulles avait informé Kennedy du fait que, depuis des mois, la C.I.A. non seulement avait soutenu et aidé les Cubains en exil mais les entraînait réellement dans le dessein de les lancer dans une invasion de Cuba. «  Seaton vint me rapporter la réponse une demi-heure plus tard : Kennedy avait été informé de cette opération « . Kennedy, continua Nixon, se faisait donc l’avocat de « ce qui était déjà – secrètement – la politique du gouvernement américain et Kennedy avait été informé… Kennedy était en train de compromettre la sécurité de toute l’opération… »Je ne pouvais faire qu’une seule chose.  Il fallait que l’opération clandestine fût protégée à tout prix.  Je ne devais même pas suggérer par des sous-entendus que les États-Unis accordaient leur aide aux forces rebelles dans et hors de Cuba ». « En fait, je devais aller à l’autre extrême : attaquer comme nuisible et irréfléchie parce qu’elle violerait nos engagements diplomatiques la proposition Kennedy visant à fournir une aide pareille ».  Le lendemain soir, au cours de leur quatrième débat dans le studio de télévision de la chaîne ABC à Manhattan, Nixon sauta sur la proposition Kennedy qu’il qualifia de « dangereusement irréfléchie ».  Il déclara qu’elle était en contradiction avec « cinq traités » entre les États-Unis et l’Amérique latine ainsi qu’avec la charte des Nations Unies.  Le camp Nixon fut aux anges.  Toute la journée du lendemain, tandis que le candidat républicain effectuait sa tournée électorale dans la Pennsylvanie orientale, des membres de l’état-major de Nixon laissèrent percer leur sentiment qu’en fin de compte Kennedy avait commis une grave erreur. »  Toute cette effervescence était plutôt adroite de la part de Nixon, qui entraînait Kennedy sur la pente glissante d’avoir à révéler d’où provenaient ses informations :  Kennedy entretenait des relations suivies avec la CIA depuis toujours, comme le notera Hersh.  Le petit milieu New-Yorkais des personnes influentes que fréquentait sa famille avait tissé des liens depuis longtemps, initiés par le père dont l’hostilité à Roosevelt avait valu quelques amitiés dans la frange droitière de la CIA.  A peine si on avait noté dans cet incroyable jeu de billard politique ou celui qui devait supporter le plus l’invasion reprochait à son adversaire de la préparer en secret, et de mensonges réciproques, le rôle trouble d’un homme :  Allen Dulles, qui avait déjà choisi de jouer sur les deux tableaux, en travaillant toujours pour Eisenhower, toujours son président…. et en informant en douce l’adversaire de son successeur désigné… au cas où celui-ci gagnerait les élections !  du machiavélisme ?  oui, car Dulles l’était bien, machiavélique !  Ce qu’il ignorait, c’est que Kennedy l’était tout autant, machiavélique !!!

Nixon, bien plus au courant qu’on ne le croyait

Lors des débats télévisés, chacun des adversaires avait soigneusement caché à l’autre ce qu’il savait de l’adversaire.  Et Richard Nixon en savait beaucoup, c’est évident.  Le vice-président du moment était en effet à l’origine du « Groupe des 40« , qui rassemblait des exilés cubains et des mercenaires désireux de renverser militairement Castro. « Tricky Dicky » le surnom qu’il gagnera lors du Watergate était déjà l’œuvre, en manigançant en douce une intervention dans laquelle la CIA était directement impliquée.  Le groupe était présidé par Richard Nixon et incluait l’amiral Arleigh Burke, Livingston Merchant, du Département d’Etat, le conseiller à la sécurité nationale Gordon Gray, et bien entendu Allen Dulles, de la CIA.  A la tête du mouvement, côté CIA, on trouvait « Tracy Barnes (qui) a fonctionné en tant que chef de la Task Force cubaine (c’est un ancien de l’Office of Strategic Services ou OSS, l’ancêtre de la CIA).  « Il a convoqué une réunion le 18 janvier 1960, dans son bureau à Quarters Eye , près du Lincoln Memorial à Washington, qu’avait prêté la Marine à la CIA tandis que de nouveaux bâtiments étaient construits à Langley.  Ceux qui se sont réunis, il inclut l’excentrique Howard Hunt, futur chef de l’équipe du Watergate et un écrivain de romans policiers et égocentrique, Frank Bender, un ami de Trujillo, Jack Esterline, qui était venu tout droit du Venezuela où il a dirigé un groupe de la CIA; l’expert psychologique de la guerre David A. Phillips , et d’autres participants (…) L’équipe responsable des plans pour renverser le gouvernement de Jacobo Arbenz au Guatemala en 1954 était reconstituée, et dans l’esprit de tous ses membres ce serait donc une répétition du même plan.  Barnes a parlé longuement des objectifs à atteindre.  Il a expliqué que le vice-président Richard Nixon était « le responsable du dossier cubain », et qu’il avait réuni un groupe important d’hommes d’affaires dirigé par George Bush [Snr.] et Jack Crichton, deux pétroliers texans, pour recueillir les fonds nécessaires à l’opération.  Nixon était un protégé du père de G.W. Bush, qui en 1946 avait soutenu la candidature de Nixon pour le congrès. En fait, Prescott Bush était le stratège de la campagne qui avait porté Eisenhower et Nixon à la présidence des États-Unis.  Avec de tels clients, Barnes était certain que l’échec était impossible… » 

La CIA à côté de la plaque à propos de Cuba

L’ouvrage  indispensable « Des cendres en héritage » de Tim Weiner a presqu’autant d’importance que celui de Ross et Wise quand on étudie la période.  Son analyse de la situation d’alors est plutôt… cinglante envers la CIA :  « les élections de 1960 approchaient, plus il devint clair aux yeux du président Nixon que la CIA n’était pas encore prête, et de loin, à attaquer Cuba.  Fin septembre, Nixon, très nerveux, ordonna au corps expéditionnaire :  « Ne faites rien maintenant, attendez que les élections soient passées. »  Ce délai rendit un précieux service à Castro.  Ses espions lui dirent que le débarquement soutenu par les Américains pourraient être imminent et il renforça ses troupes et ses services de renseignement en frappant sans pitié les dissidents politiques dont la CIA espérait qu’ils serviraient de troupes de choc pour l’opération.  Cet été là, la résistance intérieure à Castro commença à s’affaiblir, mais il est vrai que la CIA n’attacha jamais grande importance à ce qui se passait sur l’île. Tracy Barnes (ici à gauche) fit discrètement procéder à un sondage d’opinion à Cuba qui montra qu’une proportion écrasante de la population soutenait Castro.  Ce résultat ne lui plaisant pas, il n’en tint aucun compte.  Les efforts de l’Agence pour parachuter des armes aux rebelles se soldèrent par un fiasco.  Le 28 septembre, une palette de mitraillettes, de fusils et de Colt 45 pour équiper une centaine de combattants tomba sur Cuba d’un avion parti du Guatemala.  Le parachutage rata la cible de douze kilomètres. Les forces de Castro s’emparèrent des armes, capturèrent l’agent cubain de la CIA qui devait les réceptionner et le fusillèrent.  Le pilote se perdit sur le trajet du retour et se posa dans le sud du Mexique où la police locale saisit l’appareil.  Il y  eut trente missions de ce genre : trois au plus réussirent.  Au mois d’octobre, la CIA se rendit compte qu’elle ne connaissait  vraiment rien des forces anti-castristes à Cuba. «Nous n’étions  pas certains qu’elles n’avaient pas été infiltrées » par les espions de Castro, dit Jake Esterline (ici à droite).  Il était maintenant convaincu que ce ne serait que par une subtile subversion qu’on réussirait à renverser Castro. »  Les armes gratuites fournies par mégarde par la CIA… ce ne sera pas la première fois de son histoire : en Afghanistan aussi elle récidivera… ce n’est pas toujours l’adresse qui a caractérisé les actions de la CIA!

Les mercenaires de Nixon

Pour superviser les mercenaires installés en plein Bayou de Louisiane, Nixon avait en effet fait appel à John Alston Crichton, appelé « Jack Crichton », (ici à droite) un personnage fort impliqué dans le monde de l’espionnage et admirateur de Huey P. Long (il est ci-dessous en photo au milieu dans son groupe d’aviation appelé « 487eme Groupe », qui donnera son nom au groupe suivant de Chrichton) :  cet ancien de l’OSS, à l’origine de la CIA, lui aussi, comme Barnes, était devenu après guerre un industriel florissant, grâce aux revenus du pétrole texan et ses sociétés San Juan Oil Company, une des premières à avoir foré au Texas, ou Nafco Oil & Gas, Inc.  Politiquement, il avait été recruté par Everett DeGolyer, ancien de l’équipe Roosevelt mais surtout très en cheville avec les plus gros industriels du pays, dont Bronfman (le créateur de Seagram) ou la famille DuPont (les chimistes fort tentés par l’hitlérisme, eux aussi). Parmi les dirigeants des multiples sociétés créées par Chrichton, on trouve aussi D. Harold Byrd, le proprétaire du Texas School Book Depository building (l’immeuble duquel aurait tiré Oswald, quel « curieux » hasard !).  Juste après guerre, Chrichton avait négocié avec une de ses sociétés, Delta Drilling, dirigée par Joe Zeppa, des concessions de forage avec le gouvernement franquiste, en Espagne, en association avec DeGolyer et le pétrolier néo-nazi Clint Murchison.  Obsédé par la sécurité, Chrichton avait formé sa propre agence de gardes du corps et de surveillants, en association avec l’Empire Trust Company.  Celle-ci avait passé des accords avec General Dynamics, où Chrichton était actionnaire.  Ses mercenaires prirent le nom de 488th Military Intelligence Detachment, placés sous la direction du Colonel George Whitmeyer, alors responsable de l’Army Reserve du Texas, qui fournissait le plus gros contingent des policiers de Dallas. De tout cela, Nixon n’en avait rien dit devant les caméras, bien sûr.  Et Chrichton ne sera jamais non plus interrogé par la commission Warren.

Beaucoup plus en effet…

Nixon n’avait rien dit sur ses informateurs, lors des débats.  Comme il n’avait rien dit de ses financiers.  Pour mettre en place l’organisation de mercenaires de Louisiane, Richard Nixon avait fait aussi appel à un ami, le dirigeant de Pepsi-Cola, firme qui avait mal pris l’arrivée de Castro à Cuba :  l’une des premières décisions de Fidel ayant été, en plus de chasser les pétroliers, de demander à la firme de payer un « prix décent » pour les montagnes de sucre de canne qu’elle exploitait à Cuba.  L’éviction de la firme, devant son refus, avait entamé les bénéfices de Pepsi-Cola, dont les contrats d’exploitation cubains avaient été signés par Fulgencio Batista… le 30 novembre 1956, et ce n’était pas rien :  ils portaient au total sur 15 millions d’hectares de terrains.  On trouvait à l’origine de la signature un homme dont on reparlera un peu plus loin ici :  « une figure clé là-bas fut George de Mohrenschildt, qui à l’époque travaillait pour une société appelée Société fiduciaire cubano-vénézuélienne d’huile (CVOVT) qui avait été établie par William Buckley Sr ».  Notez bien ce nom, car le dénommé de Mohrenschildt (en photo ici avec sa femme Jeanne) reviendra plus loin en bonne place dans notre enquête.  Castro avait mis les propriétaires US en fureur lorsqu’il avait limité à 20 000 hectares les parts de sol cubain que pouvaient désormais détenir des sociétés étrangères, au grand dam des sociétés US, principalement représentées dans le pays.  Mais Chrichton avait d’autres liens inquiétants, notamment dans son fief de Dallas.  Outre son 488th Military Intelligence Detachment, il était aussi à la tête du Dallas Civil Defence, un groupe anticommuniste virulent d’extrême droite, dont Chrichton fera un mouvement purement activiste, déclenchant en 1961 une campagne « Know Your Enemy », dirigée à partir d’une sorte de bunker installé au Dallas Health and Science Museum, censé continuer à « diriger le pays en cas d’attaque communiste ».

Vendeur de bunker anti-attaque soviétique

Un fêlé de plus de la clique des constructeurs de bunkers souterrains, un agitateur de la peur du communisme à la Curtis LeMay ou à la Hoyt Sanford Vandenberg.  « Au début de 1961, Crichton était la force motrice derrière un programme de préparation de la guerre froide appelée « Know Your Enemy », qui mettait l’accent sur l’intention communiste de détruire le mode de vie américain.  En octobre 1961, le maire de Dallas, Earle Cabell (ici à gauche, retenez bien aussi ce nom !) avait présenté un court documentaire sur « l’encerclement communiste ».  Par la suite, le journal Dallas Morning News a écrit que le Canal 8 a été « inondé d’appels de téléspectateurs applaudissaient le programme, qui traitait ouvertement de l’infiltration communiste ».  Si grande était l’alarme qu’à la Texas State Fair de Dallas, 350 personnes par heure sont venues de loin pour visiter l’abri d’un exposant. »  Mais c’est autre chose encore que l’on découvre et qui est beaucoup plus inquiétant chez cet ami de Richard Nixon.  Charles Cabell, devenu général, il faut le noter, était devenu directeur adjoint de la CIA sous Allen Dulles (il est ici à droite aux côtés de Dulles, entre le général Ed Lansdale, et Nathan Twining).  Il sera forcé de démissionner par le président Kennedy, le 31 janvier 1962 à la suite de l’échec de la Baie des Cochons.  Or son propre frère, Earle Cabell, était aussi le maire de la ville quand Kennedy a visité Dallas et qu’il y a été assassiné, le 22 Novembre 1963 (écoutez ici sa déposition d’après les tirs, qui sonne particulièrement faux – il récidivera plus tard en annonçant qu’il a reçu des appels téléphoniques de menaces de mort par téléphone) !!!  Earle passera son temps sur les plateaux TV pour disculper fort maladroitement sa ville, alors qu’il était responsable de la préparation du trajet dans une voiture ouverte, malgré les menaces…  Dans cette affaire, car c’est fou le nombre de « coïncidences » qu’il peut y avoir !!!

Un autre homme-clé : le faucon William Pawley

Un site passionnant décrit l’attitude d’un autre homme un peu oublié dans l’affaire de la Baie des Cochons. « More Ruthless Than The Enemy » décrit en effet la vie d’un homme au moment de l’arrivée au pouvoir de Kennedy.  C’est de William Douglas Pawley qu’il s’agi (ici à droite), et qui s’est suicidé en 1977 .  Sa carrière d’homme de droite US, un « faucon », obnubilé par les communistes, est entièrement liée à la CIA (voici le résumé de l’excellente page internet qui lui est consacré) :  après guerre, et la co-fondation des Flying Tigers, il réussit tout d’abord « à transporter des tonnes d’uranium hors de l’Inde afin qu’elles ne tombent entre les mains des communistes de Russie ou de Chine ».  Il devient ensuite assistant spécial du Secrétaire de la Défense Robert Lovett, s’occupant « de la création des terrains d’aviation tactiques en France et en Allemagne pour le soutien des forces terrestres de l’OTAN ».  « La CIA s’intéresse alors de près à l’investissement de Pawley dans le transport aérien civil qui commence fournir une couverture pour les opérations de la CIA en Asie du Sud-Est, ce qui deviendra Air America ».  C’est aussi Pawley qui préparera l’intendance du coup d’état au Guatemala contre Abenz dans l’opération PBSUCCESS.  Eisenhower l’appelle alors à la tête du Doolittle Committee, chargé de surveiller les opérations clandestines de la CIA (ou plutôt de ne rien laisser fuir de ses opérations).  Doolittle, a auparavant été l’un des pilotes de Pawley.  Ce dernier a investi alors dans le pétrole et la bauxite en République Dominicaine, et averti Batista de la montée en puissance de Castro, lui demandant même de démissionner pour éviter qu’il ne prenne plus d’importance.  « Le 29 décembre, 1959 Pawley reçoit à nouveau une autorisation de sécurité secrète pour les contacts avec le programme de la CIA JM WAVE et anti-Castro, il est est impliqué dans la planification de la baie des Cochons.«  Dans l’équipe figure Maj. Pedro Diaz Lanz, qui travaille avec Frank Fiorini (alias Frank Sturgis (ci-contre à droite), le futur plombier du Watergate avec E. Howard Hunt !).  Nixon ne peut donc alors ignorer les préparatifs de la baie des cochons ! (Pawley lui a aussi versé 100 000 dollars pour sa campagne électorale) !  Pawley aide aussi le Dr. Juan Antonio Rubio Padilla, à s’exiler aux States pour préparer le renversement de Castro.  Pawley est en effet un grand partisan de l’Exécutive Action que prône Allen W. Dulles : celui de supprimer tous les dirigeants d’Amérique du Sud s’opposant aux USA…

Une violente diatribe anti-Kennedy

En septembre 1960, Pawley s’en prend violemment à Kennedy, continue l’excellent « More Ruthless Than The Enemy »: « la perte de la Chine, constitue pour moi ce que je crois être l’une des plus grandes pertes et qui, à mon avis pourrait être la cause inévitable de la troisième guerre mondiale. » Pauley blâme ensuite les fonctionnaires du Département d’Etat, Roy Rubottom et William Wieland pour favoriser selon lui « obliquement » Castro.  Pawley blâmera plus tard «la pensée brumeuse des ultra-libéraux, des utopistes à tête cotonneuse et des radicaux, sans parler des communistes clandestins, qui continuent à présenter Castro dans le rôle d’un visionnaire et d’un champion issu du peuple» et il cite John F. Kennedy parmi eux ».  L’autre homme visé étant le journaliste Herbert L. Matthews du New York Times; trop conciliant selon lui avec Castro.  Pawley soutient alors le plan d’invasion cubain d’Eladio del Valle Gutierrez, le supporter de Fulgencio Batista (il avait été un de ses députés) qu’on retrouvera mort le 22 février 1967, tué d’une balle en plein cœur et le crâne fendu en deux d’un coup de hache, trois jours avant que le juge Garrisson ne le convoque !). Gutierrez étant en cheville avec Fabian Escalante, des services secrets cubains… il connaissait Ferie (on verra plus loin qui est-ce), et était aussi soupçonné de travailler pour le FBI. Kennedy élu, Pawley regardera la cérémonie d’investiture à la télévision, chez le couple  Henry et Clare Boothe Luce… dont il est très proche, donc.  En photo, la remise de médaille à Pawley en 1946 par le président Truman, en présence de Clare Booth (encore elle !!!).  Pawley prépare toujours de son côté l’invasion de Cuba.  La CIA, elle, contacte au même moment la mafia pour tuer Castro. L’invasion de l’île mal préparée, rate, faute du soutien aérien qu’avait pourtant requis avec insistance Pawley.  Reçu après coup par Kennedy, il lui demande à nouveau 10 000 hommes pour envahir Cuba : « Kennedy le jette alors dehors de la Maison Blanche », selon le site.  Pawley s’investit après  financièrement pour la libération des 1 113 prisonniers de l’expédition ratée.  Ayant appris par la bande (la CIA ?) l’arrivée des missiles russes, il réclame aussitôt que Cuba soit immédiatement bombardé !  On le retrouvera bien plus tard… en Inde.  Un faucon, décidément, qui ne voit que la solution guerrière.  Mais aussi un industriel de l’armement : c’est lui qui sera à l’origine de l’usine d’aviation indienne de Bangalore (créée effectivement par l’Intercontinental Aircraft Corporation de Pawley après avoir déjà créé auparavant Aircraft Manufacturing Company Central (CAMCO) en partenariat avec le gouvernement nationaliste chinois en Chine).  Pawley avait réussi à obtenir un grand nombre de machines-outils et d’équipement des États-Unis pour que l’Inde construise son premier chasseur à réaction, signé Hindustan Aircraft Company devenue Hindustan Aeronautics Limited (HAL). L’avion était le HF-24 Marut, dessiné par l’allemand Kurt Tank (le créateur du le chasseur Fw 190, entre autres !

Une autre expédition ratée

L’activisme  anticommuniste de Pawley ira très loin.  Lors de l’hiver de 1962, un événement ravivera les tensions.  Eddie Bayo (le pseudonyme à la CIA d’Eduardo Perez), un americano-cubain, agent des services secrets, prétend que deux officiers de l’Armée Rouge basés à Cuba voudraient faire défection aux États-Unis.  « Les deux hommes selon lui pourraient fournir des détails sur les ogives et de missiles atomiques à Cuba » qui y étaient encore semble-t-il encore après la crise passée, selon ses renseignements. B ayo avait initialement lutté contre Fidel Castro, Fulgencio Batista et il s’était installé à Miami dans le groupe Alpha 66; on le trouvait parmi les anti-Castristes notoires tels que Gerry P. Hemming, John Martino, Felipe Vidal Santiago et Frank Sturgis. Pawley, convaincu qu’il était d’une importance vitale d’aider à sortir ces officiers soviétiques de Cuba prend l’initiative de tenter une opération isolée personnelle, dans un but bien précis qui n’est pas l’extraction des deux russes seule, car il a une arrière pensée derrière la tête :« son yacht personnel avec lequel il navigue, le Flying Tiger II,  s’approche de la côte cubaine pour un raid dont le but est de prendre en otage deux techniciens de missiles russes hors de l’île communiste.  En cas de succès, le président Kennedy sera publiquement humilié avant la prochaine élection par ses techniciens qui prouveront qu’il y a encore des missiles à Cuba.  Au sein de la CIA, Les gens sont pleinement au courant du projet et lui ont donné le nom de code TILT et utilisent le nom « QDDALE » comme nom codé pour Pawley.  Les rédacteurs du magazine de Luce  sont impliqués dans le projet ainsi que John Martino, un individu avec des contacts avec la Mafia de l’époque car il  faisait partie de la sécurité cubaine dans un casino.  C’est Jay Sourwine du Comité de la sécurité intérieure du Sénat [dirigé par le sénateur Eastland] qui avait demandé que « QDDALE » participe à l’opération. Le raid de Pawley ne parvint pas à revenir… » Bayo, lui; ne reviendra jamais de l’expédition et nul ne sait ce qui lui est arrivé (en photo ci-dessus Martinez, Martino, Bayo et Gonzalez).  Dans l’affaire, on notera que la CIA avait clairement aidé Pawley pour humilier Kennedy  (aidé par le couple Luce, prêt à rédiger sur le thème) !!! … un Kennedy assassiné, on le sait, en novembre 1963, à peine un an plus tard.  Or il faut noter une chose : alors que le nom de Lee Harvey Oswald venait tout juste d’apparaître, Pawley, Clare Boothe Luce et leurs associés clamaient déjà à qui voulait l’entendre qu’Oswald travaillait pour Castro… Clare Booth le déclara même en personne au FBI. A peine Kennedy refroidi, toute la sphère droitière autour du couple Booth s’activait déjà pour noyer les médias avec la thèse d’un assassin pro-communiste ayant agi seul !!!  Des gens retrouvés aussi ailleurs : un site référencie de bien étranges photos d’anti-castristes semblant bien avoir été présents sur Dealey Plaza, à Dallas.

Une attitude bien particulière

Plus étonnant encore (ou pas surprenant pour certains !) Clare Luce (toujours elle) et Pawley seront même à la base de la création de la (si décriée) commission Warren : « plus tard, la même Booth tentera d’expliquer au directeur de la CIA (Colby) la façon dont elle avait su immédiatement reconnaître  les tendances politiques d’Oswald en affirmant qu’un ami de la DRE (pour Directorio Revolucionario Estudiantil) anti-castro lui avait dit.  Elle déclare en effet: « que vous le sachiez  ou non, c’était moi qui ai fourni ses missiles à Keating.  Je connais un certain nombre de ces dirigeants de la DRE : ils circulent dans et dehors de Cuba, et j’ai payé pour l’un de leurs moteurs de bateaux. Bill Pawley l’a fait aussi. Nous avons pensé que nous aurions ou faire un autre « Flying Tiger ». D’autres personnes autour de Pawley et le CCFC  vont faire des déclarations similaires sur Oswald.  Le magazine Life de Luce achètera le film de Zapruder.  L’ami de Pawley, le sénateur Eastland, qui par la loi était destiné à enquêter sur l’assassinat du président Kennedy, selon le président Johnson, était prêt à «montrer que cet homme [Oswald] était l’assassin. » L’enquête d’Eastland a été remplacée par la création de la Commission Warren, dont des membres comprennent les amis de Pawley, le directeur de la CIA Allen Dulles, et l’associé d’affaires John J. McCloy, dont le principal partenaire, Morris Hadley, était un membre de Pawley au Comité Doolittle. le directeur du FBI Hoover, qui avait remercié Pawley pour son amitié deux ans plus tôt, a fourni les éléments de preuve pour prouver qu’Oswald avait agi seul ».  Plus tard, Pawley choisira Goldwater comme champion politique.  Il réussira ensuite dans les affaires en fondant Talisman Sugar Corp., un des plus grands groupes industriels de Floride, dont Mike Cervera, sera le manager ; or c’était aussi un ancien participant de la Baie des Cochons !  En 1968 il soutiendra Nixon en espérant un poste gouvernemental.  Le Watergate montrera que les plombiers E. Howard Hunt et Frank Sturgis travaillaient aussi pour la CIA. Et on les soupçonnera eux aussi d’être impliqués dans l’assassinat de Dallas !

Une fin minable qui en dit long…

La fin de Pawley sera moins glorieuse.  La presse révèle sa mort en 1977 après avoir précisé des choses fort troublantes à son sujet :  « Des bombes explosent à Miami alors qu’un des vétérans la baie des Cochons appelle le secrétaire d’Etat américain « l’ennemi public n °1 » Des apports apparaissent dans le Washington Star et Soldat of Fortune selon lesquels Pawley aurait été impliqué dans « The Bayo-Pawley Affair. »  Il contient des détails de l’opération pour détruire la réputation de Kennedy, mais aucun des documents classifiés de la période de l’opération TILT.  Clare Boothe Luce répond à l’appel du directeur de la CIA William Colby et tente d’expliquer pourquoi elle avait été si rapide à identifier le pro-Castro Oswald et lui révèle alors comment elle et ses amis, dont Pawley, ont mené des missions contre Cuba.  En décembre, le Miami Herald rapporte que William Pawley va être cité à comparaître par le Sénat et ses enquêteurs et que des appels téléphoniques arrivent au sein du Comité du renseignement de Frank Church. Il est également signalé que «Mme Luce ne presse pas Pawley pour avouer le nom [de l’exilé cubain qui savait qu’Oswald était pro-Castro] au panel du Sénat, parce que, dit-elle, Bill est en train d’écrire ses mémoires ».  En réalité, Pawley ne témoignera jamais ni ne rédigera ses mémoires : on le retrouve suicidé, le 7 janvier 1977, « et d’autres impliqués dans ses activités de JMWAVE meurent en quelques années de lui de crises cardiaques, des blessures par balles, d’attentats à la voiture, et ou sont frappés ou poursuivis. » Selon des proches, « il souffrait le martyr d’un herpès » et c’est pourquoi il avait mis fin à ses jours. Il n’empêche : la thèse d’un Oswald pro-communiste ayant agi seul a bien été l’objet d’une manipulation médiatique dans lequel le couple à la tête de LIFE et l’ancien Flying Tiger se sont énormément démenés. Dans quel but, voilà bien tout le mystère.  En tout cas une chose est sûre : ils avaient pleinement l’aval… de la CIA !  Pawley craignait-il d’avoir à témoigner de cette fabrication de la thèse si pratique de l’assassin unique téléguidé par Castro ?  L’a-t-on empêché de parler ???

 

documents à consulter :

http://nsarchive.gwu.edu/bayofpigs/

le dossier à consulter sur la Baie des Cochons

http://www.combatreform.org/airbornebayofpigs.htm

Article précédent:

L’assassinat de Kennedy : Oswald, ou le parfait pigeon (1)

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