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L’arriv?e du citoyen boulon

 

PARTIE 1

Un boulon cr?e une liaison compl?te, rigide et d?montable, entre les pi?ces qu?il traverse et presse l?une contre l?autre?Wiki

***

Au plus ?lev? tr?ne du monde, on n?est jamais assis que sur son Cul.

Montaigne

***

Dans une lettre ouverte envoy?e aux m?dias, un regroupement de professeurs d?universit? d?nonce le fait que l?on ??n?enseigne plus ? l??tre humain pour ce qu?il est, mais pour ce qu?il fait.??

Il y a longtemps que l?alarme est sonn?e pour l?insidieux mouvement qui fait du citoyen une sorte de boulon pour les grosses machines qui s?arrachent des morceaux de pays ici et l?.

Au d?but des ann?es 90, les ?coles commenc?rent ? utiliser un nouveau vocabulaire?: l??l?ve devint un ??client??, et l?enseignant, un formateur. Puis le directeur, un administrateur. Un vrai. Comme les ?leveurs de moutons?: salaire de base plus commission au rendement.

Comme disait le comique?: ??Un sourd n?est pas un malentendant puisqu?il n?entend pas du tout??.

L??ducation ?a calqu? ?le grand monde de la finance, arrachant l??me de l?humain pour l?int?grer au monstrueux bulldozer de la mondialisation.

Aujourd?hui, tout se r?gle par l?administration. Sorte de panac?e aux maux?qu?elle engendre. Il y a toujours une rang?e de sardines de penseurs agglutin?s dans leur tour ? bureau.

??Je travaille dans une bo?te??? L?expression est inconsciemment consacr?e.

Ils pensent? Ils r?fl?chissent? Ils tricotent des th?ories souvent fumeuses, disjointes de la r?alit?.

Plus ?a va mal, plus on en cr?e pour r?gler les probl?mes.

Le syst?me de sant? du Qu?bec en est sans doute le plus repr?sentatif?:

Depuis 2000, le personnel administratif a cr? de pr?s de 52% et les cadres de 30% dans le r?seau de la sant? qu?b?cois. Pendant ce temps, le personnel soignant n?a augment? que de 6%, r?v?lent des donn?es gouvernementales compil?es par la F?d?ration des m?decins sp?cialistes du Qu?bec (FMSQ).

Si bien que, actuellement, environ 108 000 employ?s du r?seau de la sant? se consacrent aux soins alors que 100 000 occupent des fonctions de gestion ou d?administration. ?C?est quasiment un ratio de un pour un! On est actuellement surencadr?, dans le r?seau, affirme le pr?sident de la FMSQ, le Dr Ga?tan Barrette. On sabre toujours du c?t? des soins aux patients. Il y a beaucoup de confort administratif.?CPAM

?ducation

De fait, depuis 20 ans, la tendance est ? l?utilisation d?un citoyen-rivet, sorte de fondue d?acier qui sert ?? joindre les industries ?parpill?es dans le monde.

Et l??ducation est la base de cette calamit? qui se r?pand jusqu?au point de non-retour.

Dans?L??ducation victime de cinq pi?ges,?Ricardo Petrella avait d?j? not? cette tendance dans les ?ann?es 90.

??Sous l?influence des syst?mes de valeurs d?finis et promus par les ?coles de management, ax?s sur les imp?ratifs de la productivit? et de la performance comp?titive, pr?ch?s par leurs commanditaires ( les entreprises), le travail humain a ?t? r?duit ? une ??ressource??. Pr?sent?e comme un progr?s (?) cette r?duction a eu deux effets majeurs.

En premier lieu, en tant que ressource, le travail humain a cess? d??tre un sujet social. Il est organis? par l?entreprise (?) et par la soci?t?, dans le but prioritaire de tirer de la ressource humaine disponible la meilleure contribution possible, au moindre co?t, ? la productivit? et ? la comp?titivit? de? l?entreprise et du pays.

Deuxi?me effet?: d?poss?d? de sa signification en tant que sujet social et, donc, ??extrait?? de son contexte politique, social et culturel propre, le travail humain est devenu un objet. Comme toute autre ressource, mat?rielle ou immat?rielle, la ressource humaine est une marchandise ???conomique?? qui doit ?tre ??librement?? disponible partout. Les seules limites ? son accessibilit? et sa libre exploitation sont de natures financi?res ( les co?ts).

La ressource humaine n?a pas de voix sociale, pas de repr?sentation sociale. Il n?y a, d?ailleurs, pas de ??syndicats de la ressource humaine??! Elle n?a pas, en tant que telle, de droits civiques, politiques, sociaux et culturels?: elle est un moyen dont la valeur mon?taire d?usage et d??change est d?termin?e par le bilan de l?entreprise. La ressource humaine est organis?e, g?r?e, valoris?e, d?class?e, recycl?e, abandonn?e, en fonction de son utilit? pour l?entreprise.? ( P.13, 14,?L??ducation, victime de cinq pi?ges.).

La boussole de l??cole

Les ??jeunesses hitl?riennes?? repr?sentent un exemple parfait de la prise en charge par un ?tat de l??ducation du jeune, en vue de le rendre totalement soumis et model? ? une id?ologie. Existe-t-il encore aujourd?hui un tel ??lavage de cerveau?? ?ducatif pour poss?der des instruments de pros?lytisme et de conqu?te ??Jeunesse hitl?rienne

L?auteur parle ici des talibans. Mais dans un monde en apparence d?mocratique, avec tous les pouvoirs de manipulation camoufl?s, est-il possible de reproduire un mod?le semblable ?sans que nous en ayons vraiment ??conscience???

On ne sera pas ?tonn?, alors, malgr? les v?ux pieux du ??renouveau p?dagogique?? enclench? il y dix ans, de faire un constat d??chec, comme ce fut le cas pour les passagers du Titanic?: trop tard. Le bateau va trop vite.

On aper?oit le morceau de glace tout en ignorant ce qui se cache dans les? profondeurs.

Il n?y a pas que les ?l?ves ? les clients, dis-je- qui vont couler.

L??cole s?est depuis longtemps affili? et imbriqu? au secteur ?conomique mondialis?.

Le client a raison, l??tat a raison, et tout le monde osant ?protester est trait? d?ignorant ou de r?fractaire. D?o? le parfum de d?sob?issance civile qui en ?mane, ainsi que le grand d?ploiement ? pay? par les citoyens ? pour maintenir l?ordre dans une soci?t??ordonn?e.

600$ millions pour un G, c?est co?teux.

Les ??sp?cialistes?? se pr?sentent comme le petit dipl?me des politiciens. La plupart des gens n?ayant jamais mis les pieds sur le terrain.

Les enseignants, professeurs, ne sont plus de r?le r?el, du moins dans un contexte social ?largi?: c?est l??tat qui ??distribue?? les comp?tences des ??d?cideurs??.

Voil? pourquoi la lettre dont je vous parlais arrive trop tard.

C?est encore un pi?ge des d?mocraties n?olib?rales qui se sont? donn? pour t?che de cr?er le citoyen parfait pour ?entreprises.

Le boulon qui pense ne vaut gu?re mieux.

C?est seulement que le boulon a pour t?che de ??vendre?? la bonne nouvelle sous tous les formats.

Tous les ex?cutants ont de beaux lavabos?

C?est comme ?a qu?on se fait crucifier?

Avec la mont?e des prix des aliments, on est tout pr?s d??tre rationn?s au vinaigre.

La faute est aux ??changements climatiques??.

PARTIE 2

Il y a des gens qui parlent, qui parlent? jusqu?? ce qu?ils aient trouv? quelque chose ? dire.

Sacha Guitry

?ducation?: le rouleau compresseur des comp?tences

La crise ?conomique, historique et culturelle qui traverse nos soci?t?s, sous des modes et formes diff?rentes, structure un paysage de menace autour de l?institution scolaire et des pratiques ?ducatives. Une subjectivit? et un ensemble de politiques de l?imm?diat disciplinent et formatent le champ p?dagogique actuel.

La p?dagogie qu?on nous impose se veut exercice de d?veloppement d?armes pour la vie et le sens de l?humain ? ?duquer tend ? devenir celui d?un homme sans qualit?s sur lequel l??ducateur est convi? ? coller des ?comp?tences cl?s? pour une r?ussite dans la vie essentiellement d?finie par le crit?re de l?employabilit?.

Dans cette ?nouvelle? ?cole, on n?enseigne plus ? l??tre humain pour ce qu?il est, mais pour ce qu?il vaut. La connaissance n?a de valeur que si elle r?pond aux besoins du march?, si on peut lui accorder une valeur marchande.

En provenance essentiellement du monde de l?entreprise et relay?e par une volont? technocratique d?optimiser l?efficacit? des syst?mes ?ducatifs, l?approche par comp?tences dans l??ducation s?introduit dans tous les pays (du nord comme du sud, ? tous les niveaux des syst?mes ?ducatifs, dans l?enseignement g?n?ral comme technique), au m?pris du terrain et vole un temps pr?cieux ? celui d?enseigner et d??duquer.

Se pr?sentant tant?t sous la forme de programmes ou p?dagogies par comp?tences, tant?t sous de nouvelles formes d??valuation tr?s standardis?es (quand ce n?est pas sous les trois), elle impose une logique essentiellement ?valuatrice et normalisatrice du comportement, tendant ? rabattre le sens de l?efficacit? scolaire sur l?efficacit? ?conomique et ? discr?diter les connaissances. Nous pensons que, pour paraphraser Hannah Arendt, on ne saurait ?duquer sans un minimum d??tanch?it? de l??cole aux imp?ratifs de la recherche d?un emploi.

Nos enfants ne marchent pas tous sur le m?me chemin. Leurs qualit?s, affinit?s ?lectives et ancrages socioculturels conditionnent l??tat de ce chemin. Mais cela ne justifie pas que nous les appr?hendions essentiellement sous la forme du manque, comme le veulent les adeptes du mod?le ?ducatif fond? sur les comp?tences.

Lorsque nos institutions d?terminent par exemple, ? travers un ?socle? de comp?tences, ?ce que nul n?est cens? ignorer en fin de scolarit? obligatoire sous peine de se trouver marginalis??, que font-elles sinon ent?riner la fracture sociale et rendre les futurs exclus (et leurs enseignants) responsables d?une exclusion dont les racines sont ailleurs? Comment pouvons-nous instruire et ?duquer sous une telle menace? Les comp?tences cl?s deviendront pour nos ?l?ves un malheureux passeport pour la survie, nous invitant ? faire un tout autre m?tier: construire artificiellement des comportements efficaces professionnellement et utilisables ?conomiquement.

En la mati?re, l?exp?rience qu?b?coise est ?loquente. La r?forme fond?e sur les comp?tences, impos?e depuis maintenant plus de 10 ans, a produit des ravages tels qu?aujourd?hui, ce sont les fondements m?mes de l??cole publique qui sont ?branl?s.

?duquer, nous en sommes convaincus, est autre chose. Non que nous soyons agripp?s aux formes acad?miques du pass?: l??cole doit r?pondre aux enjeux de son temps. L?un de nos d?fis est tr?s certainement de parvenir ? transmettre des connaissances et des savoir-faire qui ?servent? aux ?l?ves, non au sens d?une pure et simple efficacit? ?conomique et individuelle, mais d?une efficacit? multiple, du sens donn? au pass? et au monde, de l?engagement dans la construction de l?avenir de la soci?t??

Mais ce d?fi, aucune politique d?cid?e dans l?abstrait, encore moins depuis des standards ?conomiques et d?efficacit? ? courte vue, ne pourra le relever. Nous revendiquons l?expertise quant ? la n?cessaire invention, quotidienne et soutenue, de notre m?tier, l?enseignement. Et nous exigeons des instances qui nous dirigent de pr?f?rer ? toute logique de pouvoir s?parateur et brutal, l?accompagnement des pratiques, des recherches et expertises du terrain, afin de permettre aux enseignants de potentialiser leur puissance d?agir et de relever les d?fis d?une ?cole qu?ils sont le mieux plac?s pour conna?tre.

* Les cosignataires de la lettre: Normand Baillargeon, professeur et essayiste, Universit? du Qu?bec?? Montr?al (Qu?bec); G?rald Boutin, professeur en sciences de l??ducation, Universit? du Qu?bec?? Montr?al (Qu?bec); Michel Bougard, historien des sciences, Universit? de Mons (Belgique); Fanny Capel, professeure agr?g?e de lettres, membre de l?association Sauver les lettres (France); Robert Comeau, historien, professeur associ?, Universit? du Qu?bec?? Montr?al (Qu?bec); Kaddour Chouicha, enseignant chercheur, Universit? des sciences et de la technologie d?Oran (Alg?rie); Huguette Cordelier, ex-enseignante sp?cialis?e, fondatrice de Sud ?ducation (France); Charles Courtois, historien et professeur au Coll?ge Royal Militaire de Saint-Jean (Qu?bec); Liliana Degiorgis, sociologue, directrice du laboratoire de recherche de EDUCA (R?publique Dominicaine); Ang?lique del Rey, professeure de philosophie et essayiste (France); Joseph Facal, professeur agr?g?, Hautes ?tudes commerciales de Montr?al (Qu?bec); Luis Javier Garc?s, docteur en ?ducation, enseignant-chercheur de l?Universit? Nationale de San Juan (Argentine); Willi Hajek, formateur syndical, TIE (Allemagne); Nico Hirtt, enseignant chercheur (Belgique); Ken Jones, professeur en ?ducation, Universit? de Londres (Angleterre); Sylvain Mallette, enseignant, vice-pr?sident ? la vie professionnelle de la FAE (Qu?bec); Estela Miranda, docteure en ?ducation, directrice du doctorat en sciences de l??ducation de l?Universit? nationale de C?rdoba (Argentine); Rosa Nunez, membre de l?institut Paulo Freire du Portugal et professeure ? la facult? de psychologie et de sciences de l??ducation de l?Universit? de Porto (Portugal); Fran?ois Robert, consultant ind?pendant en ?ducation (France); Juan Ruiz, docteur en ?ducation, enseignant-chercheur de l?Universit? nationale de la Patagonie australe (Argentine); et Pierre Saint-Germain, enseignant, pr?sident de la FAE (Qu?bec).Cyberpresse

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    « Au plus élevé trône du monde, on n’est jamais assis que sur son Cul. »

    Ceci inclue les trois trônes dont l’un à droite et l’autre à gauche du trône de Dieu le père.

    « Dans une lettre ouverte envoyée aux médias, un regroupement de professeurs d’université dénonce le fait que l’on « n’enseigne plus à l’être humain pour ce qu’il est, mais pour ce qu’il fait. » »

    Il est plus que temps que les enseignants se rendent compte de la signification d’assurer la « compétence » au lieu de la « connaissance ».Mrd!

    « Voilà pourquoi la lettre dont je vous parlais arrive trop tard. »

    Parfaitement d’accord.

    « La réforme fondée sur les compétences, imposée depuis maintenant plus de 10 ans, a produit des ravages tels qu’aujourd’hui, ce sont les fondements mêmes de l’école publique qui sont ébranlés. »

    Cette réforme date de beaucoup plus que 10 ans. Elle a débuté quand on a fait disparaître l’enseignement « classique ».

    Le « ravage » qui en a résulté est que l’individu a perdu « l’individualité de son esprit »; il a perdu l’apprentissage qui lui permettait d’apprendre à de « raisonner ». Aujourd’hui, il ne fait « qu’équationner » x = x; ce qui n’apporte rien de plus à l’ensemble.

    « Non que nous soyons agrippés aux formes académiques du passé: l’école doit répondre aux enjeux de son temps. »

    Dangereuse notion. C’est comme de dire que les arbres d’aujourd’hui ne peuvent plus se développer à la façon d’antan pour s’épanouir. La réalité est que les arbres ne peuvent plus s’épanouir.

    La liste des signataires est époustouflante. Espérons qu’ils demeurent conscients que l’enseignement sera toujours la rencontre de deux esprits dont l’un aide l’autre à apprendre à raisonner.

    Pour l’instant, l’enseignement est devenu du simple « élevage » de bétail.

    André Lefebvre