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L’arrêt pression

La seule réponse civile

Les transgressions se multiplient dans l’indifférence générale. Les braves gens constatent, se désolent mais surtout en appellent avec véhémence à la fameuse Répression, celle qu’ils aspirent de leurs vœux quand elle frappe les autres. Le spectacle des pleureuses s’étale sur les réseaux sociaux, monsieur Jambon-Beurre et madame Barre-Chocolatée sont d’accord sur une seule réplique qu’ils répètent en boucle : « Mais que fait la police ! »

Les autres, ceux qui fautent sans vergogne, ceux qui passent outre les interdits, ceux qui se montrent honteusement inciviques devraient être impitoyablement pourchassés par des hordes de policiers, le carnet d’amende dans une main et éventuellement une matraque dans l’autre. Car pour ces braves gens, seule la sanction financière est à la mesure de l’en-sauvagement constaté et déploré dans notre société.

Si ces braves délateurs en puissance ont raison c’est sur la montée chronique des gestes détestables sur l’espace public. De la souillure manifeste et ostentatoire, à l’irrespect des autres ou des règles, de la diffusion fracassante d’une musique agressive à l’obstruction d’un espace par un groupe indifférent aux perturbations qu’il engendre, les exemples tout comme les sujets d’exaspération peuvent se décliner à l’infini.

Mais le plus remarquable c’est le silence assourdissant des victimes comme si elles consentaient à leur sort sans la moindre plainte, la plus petite remarque. Tourner les yeux, faire semblant de ne rien voir avant que de se précipiter sur son clavier pour hurler à la face du monde sa colère et son désir de répression est la seule réponse admise par les pleutres et les geignards, le grand escadron des futurs délateurs anonymes.

Ils ne veulent surtout pas prendre le moindre risque en exprimant leur colère, leur gène, leur refus d’accepter toutes ces dérives. Ils ont sans doute raison, le risque est grand d’une riposte agressive de ces trublions qui désormais se croient tout permis. À force de laisser faire, les adultes ont abandonné leur rôle, le déléguant à des forces de l’ordre qui en paient les pots cassés. Ils ont ainsi laissé émerger des générations dans la toute puissance et le refus du moindre interdit.

Si la transgression fait partie du développement normal d’un futur citoyen, elle passe nécessairement par le retour à la norme, la sanction quand le débordement est trop grand, la désapprobation de la société quand la faute est bénigne. Je me souviens qu’enfant, tous les adultes de mon village était en mesure de me rappeler à l’ordre, ce qui suffisait à construire un code de conduite adapté à la vie sociale. Désormais, les mômes n’ont plus ce retour d’adultes devenus lâches et indifférents.

Ce comportement multiplié à l’infini a donné le résultat affligeant qui s’impose à nous. Plus aucune règle ne vaut, plus aucun interdit ne tient si la répression n’est pas au rendez-vous. La loi de la jungle ou la loi martiale, voilà l’alternative d’une société dont les membres ont renoncé à leur rôle de régulateur. On peut supposer que l’usage immodéré du téléphone portable dans la rue a inconsciemment sans doute transformé l’espace commun en bulle privée dans laquelle beaucoup ont le sentiment de pouvoir faire ce qu’ils veulent. Interrompre cette folie pure est devenu un impératif de survie pour notre civilisation.

Et si au lieu de se laver les mains de toute responsabilité, chacun d’entre-nous cessait d’attendre de la maréchaussée ce qu’il peut faire lui-même, de manière discrète, calme mais néanmoins ferme : un petit arrêt pression, une remarque aimablement formulée précisant que ce qui passe là devant vous est tout bonnement interdit. Un rappel à la règle car la vie collective suppose ce type de médiation.

Je m’applique ce principe pour le plus grand étonnement des autres usagers de l’espace public. Je suis même surpris que mes remarques soient mieux perçues par les fautifs que par ceux qui lâchement acceptaient de ne rien dire, comme si j’apportai là la preuve de leur complicité tacite.

Ce n’est pourtant qu’ainsi que nous arrêterons tous cette spirale infernale qui fait de l’espace public une zone d’insécurité et d’irrespect.

Fermement vôtre.

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