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L’Argentine encore en ligne de mire (partie 1/2)

Depuis le 18 janvier dernier, un nouveau scandale ébranle l’Argentine : la Présidente Christina Kirchner a été mise en cause dans la mort du procureur Alberto Nisman. Ce dernier instruisait depuis vingt ans le dossier de l’attentat de Buenos Aires du 18 juillet 1994 contre l’Association mutuelle israélo-argentine faisant 85 morts et des dizaines de blessés. Depuis cette époque, les investigations judiciaires et policières se sont orientées vers l’Iran et ses soi-disant réseaux installés en Amérique du sud. Dès 2002, Nisman s’est inscrit dans cette logique : l’Iran a orchestré cet attentat contre les intérêts juifs en Amérique latine. Pour qui travaillait vraiment ce procureur ? La question mérite d’être posée tant ce feuilleton judiciaire, dont voici une rétrospective, tournait au ridicule.

Christina_Kirchner

Nisman accumulait les mensonges et ses manœuvres destinées à déstabiliser le pouvoir sont restées vaines. Deux événements récents remettaient en cause son honnêteté intellectuelle : en effet, des plaintes de haute trahison contre les intérêts de l’Etat avaient été portées à son encontre. Il se retrouvait acculé et certaines révélations étaient attendues, particulièrement orientées vers ses commanditaires Jaime Stiusso, Elisa Carrio ou Elena Bullrich. Pour ces deux dernières, députées de l’Argentine, une plainte a été déposée au motif qu’elles étaient à la solde des Etats-Unis dans un vaste plan de déstabilisation des gouvernements sud-américains refusant les diktats de Washington. Quant à Stiusso, il a été écarté de son poste de chef des services de renseignement argentins étant suspecté d’être à l’origine des fausses accusations de Nisman lancées contre le pouvoir. Il s’est volatilisé depuis. Etant en relation avec les services de renseignement israéliens et américains entre autres, il ne devait pas être difficile pour lui de se faire exfiltrer.

Le discours de Kirchner aux Nations Unies

La pantomime vise spécifiquement Christina Kirchner, organisée autour du décès du procureur, notamment la manifestation aux cris de « Je suis Nisman », initié sur la vague « Charlie ». La liste des réels griefs est longue et donne une idée de l’origine de ses initiateurs :

– réformes des lois sur la presse, afin de favoriser l’émergence de journaux moins serviles aux intérêts états-uniens ;

– résistance au chantage financier des « Fonds Vautours » ;

– voyage à Pékin en urgence pour négocier une protection militaire efficace ;

discours à l’ONU dénonçant les risques qu’encouraient son pays et elle même.

Dans cette intervention, elle dénonce les fonds de pension qui ruinent les pays en utilisant l’arme de la dette, stigmatise la guerre contre le terrorisme, ses financements et ses trafiquants d’armes.

Par delà ces interrogations légitimes, Mme Kirchner nous renvoie à ce monde, géré par une superpuissance, qui l’organise pour l’intérêt exclusif de ses multinationales et de ses financiers.

Les accusations contre les fonds vautours 

La Présidente argentine insiste sur le fait que les financiers internationaux ont pillé son pays :

« Aujourd’hui, l’Argentine, avec la complicité du système judiciaire de ce pays (Angleterre), est harcelée par ces fonds vautours. De qui s’agit-il ? Il s’agit en fait de 1 % de ceux qui n’ont pas participé à la restructuration que nous avons négocié en 2005. Ils ne pouvaient pas participer, parce qu’ils avaient acheté des valeurs en 2008. Vous le savez, ce sont des fonds spécialisés dans le rachat de valeurs ou de titres souverains en défaut de paiement ou risquant de l’être sous peu. Leur objectif n’est pas d’obtenir le règlement par le pays, mais de les poursuivre en justice, dans diverses juridictions, afin d’obtenir des gains exorbitants.

Je ne parlerais même pas de « gains » dans ce cas, car ces 1% qui réclament un procès dans la juridiction de New York, ont obtenu un taux de 1608% sur 5 ans, en dollars. Dites-moi si vous connaissez une compagnie, une entreprise, un investisseur qui parvient à avoir une rentabilité de plus de 1600% en à peine 5 ans ? ». Cet apophtegme vaut plus qu’un long discours. 

Ces « Hedges funds » avaient décidé de racheter les bons du trésor argentins au plus fort de la crise, ils déboursèrent 48 millions de dollars. A ce jour, ils exigent 1,3 milliards et même 1,6 milliards avec les intérêts ! Cet été, une cour de justice américaine a rendu un jugement sans appel : l’Argentine doit payer. C’était sans compter sur la pugnacité de la Présidente et de son Ministre de l’économie, Axel Kicillof qui s’opposèrent à cette condamnation et n’hésitèrent pas à dénoncer ces manœuvres à l’ONU.

Malheureusement, le combat n’est pas gagné : Paul Singer, à la tête du fonds d’investissement spéculatif Elliott Management Corporation n’en est pas à son coup d’essai, il a déjà spolié le Pérou et le Congo avec la bénédiction des Républicains et de la justice américaine. Le juge Griesa a rendu son verdict : les argentins devront rembourser toutes les dettes selon les modalités définies par les fonds vautours. La situation devient irréaliste : l’Argentine, acceptant de payer une partie de ses dettes, devient par ce jugement inique en état d’insolvabilité. une décision doit être rendue prochainement dans le litige opposant l’Argentine, le juge Griesa et les fonds vautours.

La destruction par les financiers

La ruine de l’Argentine continue, elle a commencé bien avant 2001. Ce pays est depuis longtemps le cobaye des oligarchies mondialistes. Jusqu’à la guerre des Malouines, l’Argentine était considérée comme un pays exemplaire tant au niveau de la gestion de ses ressources que de la maîtrise de sa dette. Ses déboires avec la perfide Albion, sur fond de pétrole, ont-ils été retenus en griefs par les financiers de la City ? Les années Peron avaient permis une croissance bénéfique aux différentes strates de la population, particulièrement pour le monde agricole et les petites exploitations. Dans des terres riches, les paysans vivaient sans aucune subvention d’Etat, ni dette. La production alimentaire permettait à l’Argentine de nourrir trois fois sa population, particulièrement sa production bovine, considérée comme l’une des meilleures du monde. Les crises successives organisées par les banquiers internationaux allaient détruire ce pays riche.

Les racines du mal

Le premier coup porté au pays fut la prise du pouvoir par la junte militaire en 1976, supervisée par les américains et financée par la Chase Manhattan. Pour casser la dynamique du pays impulsée par Peron, les financiers avaient besoin d’un pouvoir tout autant totalitaire que servile à leur égard. Il ne manquait que le mobile. La lutte contre le communisme en Amérique du sud allait permettre aux Etats-Unis de placer leurs sbires aux quatre coins du continent, les Rockefeller considéraient également ce territoire comme leur sphère privée. En Argentine, les militaires, formés par le Pentagone, allaient faire exploser la dette à des conditions infamantes pour financer des programmes inutiles. Les Rockefeller et Kissinger vont redistribuer les cartes en faisant imposer le musellement de toutes formes d’opposition, quitte à recourir aux assassinats. Ainsi, « au moins quinze mille intellectuels, dirigeants syndicaux et personnalités d’opposition disparurent pendant la période dite de la guerre sale » (Engdhal W., OGM semences de destruction massive, p150.). Un homme servait leur dessein dans ce cadre économique : Martinez de Hoz, Ministre de l’économie, premier propriétaire foncier, et accessoirement ami personnel de David Rockefeller. Il organisa sciemment la dérégulation économique, afin que le gouvernement s’enfonce dans une crise monétaire, et un dérapage des déficits. L’arme fatale des financiers était en place : la dette. Elle permit aux banques américaines, dont la Chase Manhattan, de s’installer en Argentine à coup de rachat d’entreprises et de terres. Tous les ingrédients décrits par John Perkins dans ses confessions d’un assassin financier ont été utilisés contre les Argentins à l’exception de la guerre.

Malheureusement, le pire était à venir…

Extrait de la lettre d’analyses et d’informations libre n°2 (avril 2015)

www.agenceinfolibre.fr

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