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« L’ange de la mort » à un visage, et c’est… celui d’une femme !

Le bombardement de l’hôpital de Kunduz, dans la nuit du 3 au 4 octobre dernier est bien un crime de guerre, et MSF a eu raison de le répéter à plusieurs reprises, déjà. On a abusivement parlé de « bombardement  » à son égard, or c’est erroné. L’hôpital n’a pas été « bombardé », au sens premier du terme, comme on a plu le dire, en effet. C’est un engin de mort fort particulier qui s’est chargé de le réduire en cendres, lui est ses occupants, un engin dont le curriculum contient d’autres exemples d’horreurs similaires que l’on s’est bien efforcé, côté américain de ne pas rappeler. Comme j’ai aussi la mémoire des actes à dénoncer, quel que soit le temps passé, je vais donc vous raconter ce qui s’est effectivement passé en une autre sinistre nui, celle du 22 août 2008 en Afghanistan, à Azizabad exactement.  Un massacre oublié, un de plus, commis par un engin dont les militaires américains n’ont eu de cesse ce vanter les mérites… et ceux de ses pilotes. Et oh, surprise, parmi l’un d’eux, une femme. Venue raconter tout sourire le 25 mars 2013 ses exploits de déchiqueteuse d’enfants sur la base d’Hurlburt Field, en Floride, après l’avoir fait deux ans avant à Washington, devant des vétérans de l’American Légion…  le soir de l’attaque d’Azizabad, la plus jeune victime, parmi les 95 décomptées, était en effet un nourrisson de quatre mois à peine ! Surnommée depuis « l’Ange de la mort », un surnom assumé, revendiqué et même vanté, la navigatrice du 16th Special Opérations Squadron, une major devenue depuis lieutenant-colonel et commandant du 319th Special Opérations Squadron, arbore régulièrement un sourire qui en dit long sur le peu de cas qu’elle peut faire de ses missions passées. Dans une de ses biographies, elle a écrit combien c’était « amusant » de penser que « c’était une femme qui pouvez ainsi tuer des Talibans« .

c130-1pic_ac-130specsL’avion qui a servi à perpétrer le massacre est en effet un C-130 Hercules Spectre, le descendant d’une lignée apparue au Viet-Nam, le jour où on a greffé des mitrailleuses à canon rotatif de type Gatling sur un vieux DC-3 Dakota (AC-47). Surnommé « Spooky », ou « Puff the Magic Dragon«  l’appareil, quoi que vétuste, avait fait les preuves dès 1967 du concept d’armes embarquées capable de tenir un feu soutenu sur des troupes au sol. Un autre film de propagande US montre en détail l’aménagement intérieur de l’engin (et en profite pour montrer les capacité du C-123 Provider qui servira aussi à transporter l’héroïne à la CIA, comme le montre le film « Air America« . Plus loin on peut voir les bombardements, via des « Canberra » américanisés. On a appris récemment que Nixon avait menti aux téléspectateurs US, sur l’efficacité de ses bombardements. Le Viet-Cong gagnera la guerre en se terrant dans des tunnels.

 

AC-47_gunship_-_one_Gatling_gun_points_out_the_cargo_door,_and_one_each_points_out_of_the_two_windows_forward_of_the_doorSi l’idée de mettre des canons à bord d’avions, le plus souvent dans l’axe de l’appareil pour en faire des tueurs de chars n’était pas nouvelle, celle de transformer un bimoteur de transport en forteresse volante l’était. Les militaires US en voulant toujours plus, c’est sur un C-130 Hercules que l’on va ensuite greffier les mêmes canons rotatifs, et même un plus gros, un Bofors à obus de 40 mm, et tant qu’à faire, allez, un énorme canon de 105 mm, le M102 Howitzer. En somme, le C-130 rebaptisé « Spectre », transporte ça, sans son affût…  l’engin se charge de la même façon, comme on peut le voir ici sur la photo de droite. Ses effets sont dévastateurs (ici une de ses missions nocturnes, et là un tir sur des véhicules après un long échange radio avec les contrôleurs au sol et l’attend de l’ordre de tir, agrémenté des « good shots » habituels). Et ici un autre souvenir atroce de « l »efficacité » de l’engin : celui de « l’Autoroute de la mort« ,  la N°80 entre Koweit City et Safwan, lors de l’opération Desert Storm, ou des véhicules en majorité militaires mais dans lesquels s’étaient mêlées des engins civils avaient été détruits par des Spectre..  (et des A-10) le 26 août 1991. Un massacre gratuit.

aircraft gunsCette action avait faites effet l’objet de débats aux Etats-Unis : force est de constater qu’alors les forces irakiennes se retiraient du Koweït en conformité avec la résolution 660 du 2 Août, 1990 de l’ONU; et la colonne incluait des otages koweïtiens et des réfugiés civils, dont des femmes et des enfants membres de la famille de militants palestiniens proches de l’OLP, parmi les 200.000 Palestiniens ayant dû quitter le Koweït. Selon l’ancien procureur général Américain Ramsey Clark , cette attaque de Spectre avait violé l’article 3 des la Convention de Genève, qui interdit de s’en prendre à des soldats déclarés « hors de combat. » L’avion semble donc  abonné aux crimes de guerre !!! Des soldats ayant cherché à fuir l’enfer des tirs des Spectre étaient en plus tombés face à face avec la la 1ère Brigade, 24ème Division d’infanterie US qui avait elle aussi ouvert le feu sur eux, comme l’avait violemment dénoncé le journaliste Seymour Hersh, sans être suivi par ces collègues à l’époque. HG Bush avait déclaré l’arrêt des combats au lendemain de la découverte de ce gigantesque charnier, dont une image avait fait la une des journaux, celle du cadavre calciné d’un conducteur de camion resté au volant. Le cessez-le feu au moment du massacre avait déjà été prononcé !

Habitué aux crimes de guerre ? Assurément, le Spectre et ses équipages, féminin ou pas, le sont. Le 22 août 2008, ce n’était pas une colonne armée en retraite qui avait été visé, mais un village de terre battue, sur lesquel les obus perforants des canons du Spectre avaient pénétré comme dans du beurre. A Azizabad, près de la frontière iranienne, dans le district de Shindan ou l’armée US possédait une base. Le lendemain, l’armée américaine avait alors parlé « d’opération réussie ». Un « key taliban leader » avait été tué lors des opérations, selon l’Etat Major US : un franc succès ! On n’en n’aura pas le nom, hélas. L’opération avait été l’œuvre des forces spéciales US, sous le vocable ordinaire de « Operation Enduring Freedom », à savoir les opérations en Afghanistan. On avait en fait relevé le lendemain sur place 95 morts, tous civils, dont 61 enfants. A l’époque, notre pilote féminin était toujours d’active semble-t-il.  Que s’était-il passé ce soir là ? Nul ne l’a su le jour même. Une frappe aérienne d’une sauvagerie monumentale, bien entendu, mais qui n’avait pas pour autant fait bondir la communauté internationale : faute dimages à montrer, tout simplementLe responsable local de l’ONU, le norvégien Kai Eide s’était pourtant officiellement ému et inquiété… sans que le monde ne bouge pour autant et demande l’arrêt de ces frappes inutiles et dévastatrices.Un site avait répertorié la liste la plus exacte possible des victimes : il y en avait 95, de civils tués (dont 61 enfants). Le plus jeune des enfants, Shafi Abdul Hakeem, avait… 4 mois à peine. Le village, la aussi, n’avait en fait pas été bombardé, mais avait été passé au Hellfire, les missiles destructeurs des hélicoptères Apache et au C-130 Spectremuni à bord d’un canon de 105 un engin dévastateur comme il peut en exister dans l’arsenal américain. bombing villageL’opération s’était faite de nuit, les pilotes d’Apache et ceux du Spectre étant munis de leurs jumelles à augmentation de lumière. De nuit, sans réellement voir l’ennemi, et sans avoir la possibilité d’avoir quelque remords. Le nom du fameux « key taliban leader », mort soi-disant ce soir là, n’avait jamais été révélé. Mais il fallait bien trouver une justification à cette boucherie sans objectif militaire véritable. L’avion et les hélicos avaient tiré dans le tas, à l’aveugle, visiblement aiguillés par une dénonciation indiquant la présence d’un leader taliban dans le village. Le président Karzai, au lendemain des faits s’était montré fort remonté contre les américains, qui par leur inconséquence, alimentaient un désir de vengeance parmi la population afghane. Les vestiges restés debout montrant les mêmes impacts que ceux relevés sur les murs de Kunduz, sept ans après. Pour ajouter à l’idiotie d’une attaque décidée avec aussi peu de vérifications, le New-York Times, le 7 octobre 2010, a révélé que ce soir-là, 8 « contractors » à savoir huit mercenaires (certains parlent de 22 !) travaillant pour les USA (chez Armor Group) avaient aussi été massacrés à l’occasion. D’anciens talibans reconvertis, passés de l’autre côté de la barrière. A noter qu’aujourd’hui, quasiment tous les liens évoquant cette tragédie dans Wikipedia ont été consciencieusement effacés…. on veille à la réputation de l’armée US, à l’évidence !!!

balukLe 16 mai 2009, c‘est à Bala Boluk, près de Farah, que l’on relevait cette fois plus de 140 victimes, avec toujours à la base de l’attaque l’US Marines Corps’ Special Operations Command, or MarSOC, dont les membres se surnomment eux-mêmes « Téskforce Violence ». De vrais »cow-boys » affirmaient ceux qui les avaient croisés sur leur route : « la semaine dernière, les troupes du MARSOC ont appelé pour  frappes aériennes à Bala Baluk pour sauver une patrouille de la police afghane qui avaient été prise en embuscade dans la campagne dans les provinces de Farah. Les fonctionnaires Us ont envoyé deux jets de chasse F18 et un bombardier B1 pour tout raser. Parce que les hommes sur le terrain étaient submergés. Mais les villageois ont dit que  les bombes les plus dévastatricess ont été larguées sur des habitations à une certaine distance des combats, longtemps après que la bataille soit terminée, et quand les forces talibanes se retiraient. Selon les autorités afghanes jusqu’à 147 personnes ont été tuées, y compris 90 femmes et enfants »... Encore une fois, aucune enquête n’avait été diligentée et aucune remontrance faite sur les responsabilités d’une telle bavure. Cette fois-là, pas de Spectre, mais un tapis de bombes façon opération Linaire au Viet-Nam. Le B1 pouvant emporter à lui seul en effet 34 tonnes en interne.

 

MSF153782Oh, certes, pour Kunduz, il y en a déjà aux Etats-Unis pour venir déclarer que le bâtiment n’avait pas de croix-rouges peintes sur le toit… comme pendant les conflits du siècle passé.  C’est le reporter Richard Pollock qui ose le rappel de l’article 38 de la Convention de Genève... de 1949, qui précise seulement que lepersonnel médical doit afficher des « signes distinctifs indiquant des unités médicales » et qu’ils doivent être « nettement visibles aux forces ennemies terrestres, aériennes ou navales, afin d’écarter la possibilité de toute action agressive », sans évoquer de peindre pour autant les toits de croix immenses. MSF ayant déjà répondu en disant que des drapeaux et des signes distinctifs avaient été affichés à l’extérieur. La méprise ne tient pas debout, surtout, quand on examine une vue aérienne des lieux (ici à gauche) dans laquelle l’immeuble lui-même… est en forme de croix (ici à gauche c’est ce qui est en bleu clair, bien dégagé des immeubles l’entourant, avec ses coordonnées satellitaires par GPS qui avaient été transmises aux américains : avec tout cela, il était impossible de se tromper, à moins d’avoir introduit dans le logiciel de tir les coordonnées de l’endroit… à éviter ! C’est impossible pour se tromper, même de nuit, avec des lunettes à augmentation de luminosité : le bâtiment ne peut absolument pas être confondu avec un autre alentour !!! MSF avait appelé à faire cesser l’attaque dès les premiers tirs : 30 minutes après, le Spectre tirait toujours sur l’hôpital !

bombs herculesEt comme ça ne suffit toujours pas, chez les militaires US, ces derniers ont aussi doté le fameux Spectre de réelles capacités de bombardements, nous explique ici un blog spécialisé, ou plutôt ont transformé un membre de sa famille proche en bombardier : le MC-130W Dragon Speer (ou le Stinger II, voisin) pour les « spécial operations » doté d’un kit modulaire appelé « Precision Strike Packages » (PSP), en fait des bombes ailées, des GBU-176 « Griffin » ou des GBU-44 « Viper Strike« , une bombe de 250 kilos guidée par GPS et une centrale à inertie interne (Inertial Navigation System ou INS), à 50 000 dollars l’unité, de quoi largement engraisser son concepteur Raytheon. La technologie au service de l’horreur ? Cela aussi date, à vrai dire : lors de la guerre du Golfe, Rumsfeld était venu présenter un chef d’œuvre de bombardement « sans pertes collatérales » : un F-117 avait réussi à bombarder un bunker souterrain en envoyant sa bombe guidée en plein dans une de ses cheminées d’aération. En fait de « bunker », on découvrira plus tard qu’il s’agissait d’un parking souterrain dans lequel s’étaient réfugiés des civils, littéralement vaporisés par l’explosion. La scène du largage avait été montrée en boucle sur CNN. Dans « Daydream Believers: How a Few Grand Ideas Wrecked American Power », Fred Kaplan avait démontré qu’un nombre énorme de bombes soi-disant « de précision » avaient en fait carrément raté leur cible.

alison_blackTout cela ne semble en rien faire sourciller nos militaires américains : le 13 juin 2007, notre vaillante commandante Allison Black (ici à droite), recevait une toute nouvelle médaille (la  « Combat Action Medal »)  pour ces hauts faits d’armes à bord de son engin de mort : une décoration dont le design reposait sur ce qu’avait peint l’insubordonné capitaine Billy Mitchell sur son avion lorsqu’il avait survolé Saint-Mihiel, en France durant la première guerre mondiale, selon Susan Gamble, sa créatrice. La dame glosant sur le net sur « le ruban à dessin en diagonale » alors comme étant à part du dessin habituel de médailles.. C’était à l’époque où on ne se saluait plus à bord des avions, mais que l’on se tirait déjà  dessus. La suite, on la connait. Dans son allocution de 2011 devant les vétérans, on avait été cité ce qu’un général afghan (1) avait dit à propos de ses exploits: «regardez ce que l’Amérique permet à leurs femmes de faire », a déclaré le général. « Un jour, notre pays aura des libertés similaires. »  La libération de la femme, qui passerait par le massacre d’enfants ??? L’intitulé même de la nouvelle médaille décernée portant à confusion : « la médaille a été créée pour reconnaître les aviateurs engagé au combat en l’air ou au sol », »en dehors du fil» (venu d’un camp extérieur, en fait) dans une zone de combat. Cela comprend les membres qui sont sous le feu direct et hostile ou qui sont personnellement engagés contre des forces hostiles avec une force directe et mortelle ». A savoir si notre commandante a participé ou non à des tirs de nuit sur des villages en pisé… sans opposants réels sur place… pour Kunduz, c’est sûr, en tout cas, ce n’était pas elle. Mais bien son avion de prédilection…

(1) il s’agît du général Abdul Rachid Dostom, qui s’y connait en massacres : selon l’ONG Physicians for Human Rights, il est lui-même responsable du massacre de Dasht-i Leili (survenu entre novembre et décembre 2001), où au moins 2 000 prisonniers talibans avaient été tués, laissés enfermés dans des containers à bateaux laissés plusieurs jours en plein soleil… une scène vue par des soldats américains (mais pas dénoncée). Il est aujourd’hui vice-président de l’Afghanistan…

PS : à Kunduz, l’Otan avait aussi commis un massacre, relaté ici :

http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/le-merdier-afghan-maj3-61180

les photos de l’intérieur de l’hôpital ravagé :

http://foreignpolicy.com/2015/10/13/inside-msf-hospital-kunduz-afghanistan-taliban-us-attack/

on peut également relire (les sommes dérisoires accordées aux victimes par les américains) :

http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/mille-euros-le-prix-d-une-vie-71669

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4 Commentaire

  1. avatar

    l’attitude américaine est…. incompréhensible, ou relève d’une inconséquence grave et dramatique :

    http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2015/10/16/97001-20151016FILWWW00100-kunduz-les-usa-forcent-l-entree-de-l-hopital-bombarde.php

    incroyable attitude !

  2. avatar

    On décore et ensuite le président présente ses condoléances… Tuer avec « politesse », ce doit être le progrès. Et après on va à la messe le dimanche.
    Merci pour ces rappels… Mais on n’en fera pas un film. À se demander si parfois les « scripteurs » d’Holywood n’ont pas un peu de poudre blanche dans le nez.
    Supergirl…
    https://www.youtube.com/watch?v=HgfZlcUOs_o
    Mais ça ne bat pas Cowboys VS Aliens. 🙂

  3. avatar

    À se demander si parfois les « scripteurs » d’Holywood n’ont pas un peu de poudre blanche dans le nez.

    eu ils en ont, et c’est le thème ici de ma série Coke en Stock, qui va vous présenter d’autres trouvailles sidérantes…