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3 février 2011 |
2 commentaire(s) |
vu 2 128 fois Chronique : Échos de la Nouvelle-France
Pierre Biron
L’AMIRAL DU LAC CHAMPLAIN
Tel était le surnom de Joseph Payant dit Saint-Onge
Pourquoi vous raconter cette parcelle de l’histoire du lac Champlain ? Parce que durant 150 ans ce lac était Français et son histoire, c’est aussi la nôtre.
Premier habitant de Saint-Jean-sur-Richelieu
Il signait Joseph Payant. Fils de Jacques Payan soldat des troupes de la Marine devenu cordonnier & Louise MORIN, baptisé Joseph-Jacques le 19.1.1700 à Québec, élevé rue des Pauvres face à l’Hôtel-Dieu, marié à Québec le 2.11.1721 à Marie-Geneviève dite Marie-Jeanne Legris décédée à Québec le 2.3.1753, maître de barque durant 17 ans (1743 à 1760), il appartient à la petite histoire du lac Champlain parce qu’il en fut le premier pilote commercial sous Régime français et participa bravement à la Guerre de Sept Ans.
À ses débuts le fort Saint-Frédéric (auj. Crown Point NY) était ravitaillé seulement par des chaloupes depuis le fort Sainte-Thérèse[1] sur le Richelieu mais en 1742 les frères Corbin de Québec, charpentiers et constructeurs du roi construisirent au fort Saint-Frédéric la goélette Saint-Frédéric de 45 tonneaux pour relier Saint-Jean au fort Saint-Frédéric.
Premier et unique pilote
Saint-Onge en fut le premier et unique pilote, surnommé aussi « l’amiral de la barque du roi » et il venait aussi, comme sa barque, de Québec.
De 1746 à 1754 il fait partie des résidents du fort Saint-Frédéric à Crown Point[2]; il manque donc le mariage en mai 1746 de son fils aîné à Québec parce qu’il est déjà présent à Crown Point pour la saison de navigation, bien qu’il réside à Québec l’hiver.
Il transporte le naturaliste finno-suédois Pehr KALM
En 1749 le 19 juillet vers 11h00 au fort Saint-Frédéric c’est Saint-Onge qui embarque l’illustre naturaliste suédois Pehr KALM[3], qui raconte que: « Le yacht qui navigue tout l’été entre les forts Saint-Jean et Saint-Frédéric… qui nous a conduit à Saint-Jean est le 1er qui ait été construit ici et qui ait jamais navigué sur le lac Champlain, car autrefois en n’employait que des batteaux[4] pour transporter les provisions. Le capitaine était français d’origine mais né dans ce pays; il avait lui même (sic) bâti son yacht et fait les sondages pour trouver une route sûre entre les forts Saint-Jean et Saint-Frédéric »
Il joue un bon tour aux Anglais
L’été 1759 est celui de la débandade des français sur le lac.
Après avoir abandonné le fort Carillon (Ticonderoga) et le fort Saint-Frédéric (Crown Point) aux troupes anglaises, on se dirige vers l’Île-aux-Noix et vers le fort St-Jean pour y trouver refuge.
Le 12 octobre Saint-Onge commande les 70 tonnes de La Vigilante, goélette à voiles latines et 10 canons, bâtie par Nicolas René Levasseur à Saint-Jean en 1757. La veille il mouille pour la nuit entre South Hero Island (Grand Isle) et North Hero Island aux Vermont, abrité derrière une pointe. Au point du jour il aperçut heureusement à travers les Sister Islands (alias Îles-au-Bois-Blanc) un brigantin[5] de 20 pièces de canon, le Duke of Cumberland, et un seneau[6], le Boscawen, aussi fort que sa goélette, dont les commandants anglais s’apprêtent à attaquer. Saint-Onge s’enfuit immédiatement dans le chenal[7] de Grand Isle qui le mènera à la baie Mississisquoi.
Le brigantin lui donna la chasse et s’en serait emparé mais il s’échoua, ce que Saint-Onge souhait, il avait déjà sondé les endroits stratégiques du lac et savait que les capitaines anglais n’étant pas des habitués des hauts-fonds entourant les deux petites Sister Islands, c’est en les frôlant qu’ils s’échouent et doivent attendre un vent favorable.
Ce qui permit à sa goélette de filer rondement vers la baie de Mississiquoi toutes voiles dehors longeant la côte Est de North-Hero Island. Le brigantin et le seneau anglais durent attendre un vent nord-est pour finalement se dégager.
Laissons la parole aux historiens
Voici comment Nicolas des Meloizes relate l’événement : « Il arriva dans la nuit du 12 au 13 octobre 1759 deux matelots qui dirent à Mr de Bourlamaque que la barque commandée par St Onge avoit été poursuivie par un senault anglois et une esquif à canon, qu’elle auroit été prise infaïblement si le senault ne s’étoit point échoué. St-Onge entra dans la rivière Missisquouë où il est encore. C’est lui qui a tiré tout le canon entendu hier pour nous avertir et [avertir] les chébecs[8] au cas qu’ils ne soient pas pris. »
Et voilà la version de l’historien Philippe Demers : « Au point du jour, Saint-Onge aperçut heureusement à travers les Îles au bois blanc (maintenant Sisters Islands), un brigantin[9] de vingt pièces de canon de 18 et un senau aussi fort que sa goélette lesquels se préparaient à l’attaquer; il s’engagea immédiatement dans le chenal de la grande île. Le brigantin lui donna la chasse et il s’en serait emparé, lorsqu’il s’échoua, tandis que la goélette filait vers la baie de Missisquoi, toutes voiles au vent…
Tous croyaient, à l’Île-aux-Noix, que la goélette de St-Onge était prise ou brulées; elle attendait tranquillement depuis trois jours au nord de l’Île-à-Lamothe un vent favorable et elle fut la seule à rentrer au port. L’expérience du vieux pilote valait mieux que la science de l’officier de la marine »
La perte de l’Île-aux-Noix… et de la goélette de Saint-Onge
En 1760 les Anglais veulent attaquer le fort de l’Île-aux-Noix. Le lieutenant-colonel William Haviland dirige 3 400 hommes, Rogers commande 400 miliciens (les Rangers) qui assiègent du 16 au 20 août. Le 25 aout la goélette de Payant St-Onge est prise par Rogers ; le 28 août à minuit le commandant Bougainville[10] abandonne le fort, y laisse 40 hommes, marche sur la rive est du Richelieu vers Saint-Jean.
Le 29 août Bougainville brûle Fort Saint-Jean, s’enfuit vers Chambly que capturent Rogers et Darby sans coup de feu, juste avant que les 17 000 hommes de Amherst, Haviland et Murray entourent Montréal et fassent capituler le gouverneur Vaudreuil.
C’est le temps de la retraite
Les Anglais gagnent la Guerre de Sept-Ans. Le lac Champlain passe au Régime anglais après 150 ans de Régime français, soit de 1609 à 1759
Payant, âgé de soixante ans, comprit que sa carrière était finie. Le drapeau qu’il avait servi avait repassé les mers; le beau lac qu’il avait défendu était abandonné à l’état de New-York par cette malencontreuse proclamation que fut le traité de Paris de 1763. Il se contenta désormais du titre d’ancien marinier et se retira à Chambly.[11]
Pierre Biron
[2] Alias Pointe-à-la-Chevelure
[3] Déjà présenté dans un article paru dans centpapiers, Les Belles du Québec
[4] Ancien terme Nord-Américain adopté par les Anglais – batteau, au lieu de shallop ? désignant une longue chaloupe à rame à fond plat aux extrémités effilées maniée par 6, 8, 10 hommes ou plus, parfois à voile, aussi à l’aise dans le Richelieu que le lac Champlain et capable de porter de petits canons
[5] Type d’ancien navire à voile
[6] Type d’ancien navire à voile
[7] The Gut, pour les plaisanciers d’aujourd’hui
[8] Type d’ancien navire à voile
[9] Type d’ancien navire à voile
[10] Assigné au secteur du Richelieu
[11] Plusieurs St-Onge au Québec descendent de lui, dont le philosophe et socio-économiste Jean-Claude St-Onge, auteur de L’envers de la pilule, un best-seller chez Écosociété
Merci pour ce très bon article M. Biron.
Encore un de nos héros « canayen » qui mérite d’être connu.
Amicalement
André Lefebvre
09:34, le Mercredi 2 février 2011Thank you for your paper on Joseph Payant!
« le beau lac qu’il avait défendu était abandonné à l’état de New-York par cette ». « l’état » = state ?
No?
Technically the lake was not abandoned to the state of New York. Rather it was abandoned to the British colonial province of New York. New York did not become a state until July 9th , 1776.
Is there a monument to Payant anywhere?
19:18, le Vendredi 18 février 2011Vous devez être connecté pour publier un commentaire.
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