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L’Am?rique en crise : L’institutionnalisation de la tyrannie

Dr. Paul Craig Roberts

Les r?publicains et les conservateurs ?tasuniens sont toujours en train de combattre l’?tat tout-puissant (Big Government) sous sa forme d’?tat-providence. Ils n’ont apparemment jamais entendu parler de sa forme d’?tat policier militaris? et, s’ils en ont entendu parler, ils sont ? l’aise avec celui-ci et ne s’y objectent pas.

Les r?publicains, incluant ceux de la Chambre des repr?sentants et du S?nat, sont satisfaits du gouvernement qui initie des guerres sans les d?clarer ou sans m?me l’accord du Congr?s et assassine avec des drones des citoyens de pays avec lesquels Washington n’est pas en guerre. Que les agences de « s?curit? » f?d?rales espionnent les citoyens am?ricains sans mandat et enregistrent chaque courrier ?lectronique, site internet visit?, ?crit sur Facebook, appel de t?l?phone mobile et chaque achat par carte de cr?dit leur importe peu. Les r?publicains du Congr?s ?tasunien ont m?me vot? pour le financement de cette gigantesque structure dans l’Utah o? les informations sont emmagasin?es.

Mais il ne faudrait surtout pas que l’?tat tout-puissant fasse quoi que ce soit pour un pauvre.

Les r?publicains ont combattu le concept de s?curit? sociale depuis que Franklin D. Roosevelt l’a promulgu? dans les ann?es 1930 et ils ont combattu le Medicare depuis que le pr?sident Lyndon Johnson l’a promulgu? en 1965 dans le cadre des initiatives de la?Grande Soci?t?.

Les conservateurs accusent les lib?raux d’ « institutionnaliser la compassion ». Dans le num?ro de F?vrier 2013 de?Chronicles,?John C. Seiler Junior, voue aux g?monies cette?Grande Soci?t??de Johnson comme ?tant « une force majeure pour transformer une nation ayant encore un brin de libert? r?publicaine en ?tat centralis?, bureaucratis?, d?g?n?r? et en banqueroute que nous subissons aujourd’hui. »

Il ne vient pas du tout ? l’esprit des conservateurs qu’en Europe, d?mocratie, libert?, avantages sociaux, personnes riches et services nationaux de sant? coexistent, mais que quelque part la libert? am?ricaine est si fragile qu’elle peut-?tre mise sens dessus-dessous par un programme limit? de sant? publique qui n’est accessible du reste qu’aux personnes ?g?es.

Il ne vient pas non plus ? l’esprit des r?publicains conservateurs qu’il est bien pr?f?rable d’institutionnaliser la compassion que d’institutionnaliser la tyrannie.

L’institutionnalisation de la tyrannie est le r?sultat des r?gimes Bush/Obama de ce d?but de XXI?me si?cle. Cela, et non pas la?Grande Soci?t?, constitue la grande rupture avec la tradition am?ricaine. Les r?publicains de Bush ont d?truit presque toutes les protections constitutionnelles de la libert? ?tablies par les p?res fondateurs. Les d?mocrates d’Obama ont codifi? le d?mant?lement organis? de la Constitution par Bush et ont enlev? aux citoyens la protection emp?chant leur gouvernement de les assassiner sans autre forme de proc?s. Il n’a fallu qu’une d?cennie ? deux pr?sidents pour faire des ?tasuniens les citoyens les moins libres des pays d?velopp?s, voire peut-?tre m?me de la plan?te. Dans quel autre pays le chef de l’ex?cutif a-t-il le droit de tuer ses propres citoyens sans aucune proc?dure l?gale?

Cela rend malade d’entendre les conservateurs geindre sur la destruction de la libert? par compassion tandis qu’ils institutionnalisent la torture, la d?tention pour une dur?e ind?termin?e en violation de l’habeas corpus, l’assassinat de citoyens uniquement sur la base de soup?ons et d’accusations infond?es, la violation totale et compl?te de la vie priv?e, l’interf?rence avec le droit de voyager en raison de listes injustifiables d' »interdiction de vol » et de postes de contr?le routiers, la brutalit? polici?re envers des citoyens et de ceux qui exercent leur droit de manifester, les coups mont?s pour faire taire les critiques et la r?duction de la libert? d’expression.

En?Am?rike?aujourd’hui (NdT:?Roberts utilise volontairement l’ortographe « Amerika » afin de germaniser le mot), seule la branche ex?cutive du gouvernement f?d?ral b?n?ficie d’une certaine vie priv?e. La vie priv?e est institutionnelle et non pas personnelle, demandez ? l’ancien directeur de la CIA David Petraeus. Tandis que la branche ex?cutive d?truit la vie priv?e de tout le monde, elle insiste sur le privil?ge de la sienne. La s?curit? nationale est invoqu?e pour masquer les activit?s criminelles de la branche ex?cutive du gouvernement. Les procureurs f?d?raux m?nent des proc?s contre des accus?s o? les preuves contre eux sont classifi?es et ne sont pas divulgu?es ? leurs avocats. Des avocats comme Lynne Stewart ont ?t? emprisonn?s pour ne pas avoir suivi les ordres des procureurs f?d?raux de violer le secret professionnel.

Les conservateurs acceptent le monstrueux ?tat policier qui a ?t? ?rig?, croyant que cela les prot?ge du « terrorisme musulman ». Ils n’ont m?me pas la pr?sence d’esprit de voir qu’ils sont d?sormais ouverts au terrorisme de leur propre gouvernement.

Consid?rez par exemple le cas du soldat Bradley Manning. Il est accus? d’avoir fuit? des informations confidentielles qui r?v?lent des activit?s criminelles du gouvernement, ses crimes de guerre et ce malgr? le fait que tout militaire a le devoir de r?v?ler des crimes de guerre. Pratiquement tous les droits constitutionnels de Manning ont ?t? viol?s par le gouvernement des ?tats-Unis. Il a ?t? tortur?. Afin de le forcer ? admettre les accusations falsifi?es port?es ? son encontre et ? impliquer Julian Assange de Wikileaks, le droit de Manning ? un proc?s rapide a ?t? viol? par pr?s de 3 ans de d?tention pr?ventive et des ajournements de proc?s impos?s par les procureurs. Maintenant la juge, colonel Denise Lind, qui donne plus l’impression de faire partie de l’?quipe de procureurs que d’?tre une juge impartiale, a d?cr?t? que Manning ne peut pas utiliser comme preuve le propre rapport du gouvernement stipulant que l’information coul?e n’a pas port? atteinte ? la s?curit? nationale. Lind a aussi jet? par dessus bord le principe l?gal du?mens rea?(NdT, l’intention criminelle) en jugeant que le motif de Manning pour fuiter l’information au sujet des crimes de guerre des ?tats-Unis, ne peut pas ?tre pr?sent? comme preuve ? son proc?s. (Judge limits motive evidence in Wikileaks case)

Le Mens Rea?dit qu’un crime requiert une intention criminelle. En faisant fi de ce principe l?gal, Lind a emp?ch? Manning de d?montrer que son motif ?tait de faire son devoir en vertu du code militaire et de r?v?ler des preuves de crimes de guerre. Cela permet aux procureurs de transformer un acte conforme ? la d?ontologie en un crime?: avoir aid? l’ennemi en r?v?lant des informations classifi?es.

Bien entendu, rien de ce que Manning a r?v?l? n’a aid? l’ennemi en quoi que ce soit, car l’ennemi, ayant souffert de crimes de guerre, ?tait d?j? parfaitement au courant de leur existence.

Les d?mocrates d’Obama ne sont pas plus perturb?s que les r?publicains conservateurs ? l’id?e qu’un jeune soldat am?ricain faisant son devoir, se retrouve au banc des accus?s ? cause de sa conscience morale. Dans le proc?s Manning, la d?finition de victoire du gouvernement n’a absolument rien ? voir avec une quelconque id?e de victoire de la justice. Pour Washington, la victoire signifie pi?tiner la conscience morale et prot?ger le gouvernement corrompu afin que ses crimes de guerre ne soient pas divulgu?s au grand jour.

Paul Craig Roberts

Article original en anglais?:America in Crisis: The Institutionalization of Tyranny, publi? le 21 janvier 2013.

Traduction?:?R?sistance 71

mondialisation.ca

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