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L’Algérie retiendrait-elle son souffle, en attendant l’annonce d’un nouveau Gouvernement ?

Etant donné que la rentrée sociale est déjà bien entamée et que la prochaine compagne présidentielle (celle d’avant avril 2019) est de plus en plus proche, il est assez probable que l’imminence de l’annonce d’un nouveau Gouvernement, dont les médias ont parlé durant une bonne partie de l’été qui s’achève, ne soit plus d’actualité. Pour beaucoup, la radicalité allait en être d’autant plus grande que même le Premier Ministre devait, très probablement, être remercié –ce qui n’a pas été le cas lors du changement effectué en septembre 2013, à quelques mois de la fin du 3° mandat du Président Bouteflika.

Ceci étant, la question que nous aimerions poser, ici, consiste à savoir si on peut, en suivant l’exemple d’un média comme Maghreb Intelligence, affirmer que dans l’attente de ladite annonce, l’Algérie –« Toute l’Algérie » (1)- aurait vécu en retenant son souffle. A notre humble sens, l’essentiel des éléments et des faits à prendre en considération, pour qui veut en traiter non sans arguments, militent en faveur d’une réponse négative. Ci-dessous, nous en donnons quatre des plus importants.

Primo : Y répondre par l’affirmatif risquerait, avant tout, de témoigner d’une surestimation -pour le dire plus franchement : d’une excessive surestimation- de l’intérêt que l’Algérie, celle entendue en tant que peuple (2), porte à la chose politique. Des pages et des pages devraient être noircies, à propos des rapports qu’entretient ledit peuple avec ladite chose ; mais contentons-nous de remarquer que, par ailleurs, une telle estimation sous-entendrait, entre autres, l’absence de tout lien entre les difficultés incontestablement éprouvées par l’opposition politique (en Algérie), quant au fait de se faire entendre et d’émerger plus efficacement, et l’importance accordée par le citoyen algérien à ce qui relève de la gestion de la cité.

Secundo : Pour que l’Algérie puisse être amenée à retenir son souffle quand elle s’attend à un changement de gouvernement, il aurait fallu, peut-être, préalablement, que son Premier Ministre soit Chef du Gouvernement …au sens propre du terme. Or, pour constater que la réalité en est très distante, la chose n’est-elle pas si évidente qu’il n’est même pas nécessaire de faire appel aux considérations qui, en termes de Droit public, en traitent ? Pour se faire une idée du pouvoir qu’un Chef de gouvernement peut détenir, on peut se contenter de citer l’exemple de la Chancelière qui vient d’effectuer une visite officielle en Algérie. Le fait est que le moins que l’on puisse dire, ici, est que « la dame de fer, au grand cœur », tout en n’étant qu’un Premier ministre, compte parmi les dirigeants politiques dont la parole est la plus scrutée dans le monde.

 

Quant à la Dame de fer originale, feue Margaret Thatcher, qu’on l’admire ou qu’on ne lui voue que de la haine, force est de reconnaître qu’elle demeure l’une des personnalités politiques les plus imposantes de toute la seconde moitié du XX° siècle. Qu’on honore sa mémoire en soutenant qu’elle a réussi le grand sauvetage de la vieille fabrique du monde -devenue « l’homme malade de l’Europe »- ou qu’on prie afin que, dans l’au-delà, elle soit entrain de payer le mal qu’elle aurait causé à la classe ouvrière, voire au Royaume-Uni, il est incontestable qu’aucune de ces deux considérations, de ces deux extrêmes, n’aurait été possible si la concernée n’avait pas détenu le pouvoir exécutif dans son pays. Quel est la part du même pouvoir, si l’on tente une comparaison, détenue par M. Ahmed Ouyahia, en Algérie ?

On peut, certes, relever qu’il reste, toutefois, que c’est avec la France que l’Algérie vit dans une grande proximité, et dans une proximité autre que celle spatiale, à laquelle elle s’ajoute. Et il s’avère, précisément, que dans cette France, où la situation est bien différente, le Chef de l’Etat détient un pouvoir beaucoup plus grand que celui détenu par la Reine d’Angleterre ou par le Président allemand. Tout ceci est certain, mais, et sans transiter par les explicitations que le Droit constitutionnel offre, gardons-nous de donner trop de signification, par exemple, à l’effacement –dont on a tellement parlé- du Premier ministre Fillon derrière le Président Sarkozy.

D’une part, le mandat présidentiel de Sarkozy est marqué par l’image d’un Chef d’Etat très présent, trop même, trop visible. D’autre part, c’est dans ce même régime politique français que les législatives ont imposé à Chirac de nommer Jospin à l’Hôtel de Matignon, et de composer avec lui durant presque cinq ans. Et c’est le même Chirac qui, un peu plus de dix ans plus tôt, et alors qu’il était, lui, à Matignon, s’imposera à Mitterrand, y compris, dans les questions de politique étrangère –ce domaine traditionnellement réservé, exclusivement, au Président, dans la France de la V° République.

Tertio : Doit-on rappeler qu’en l’espace de dix-huit ans, entre son accession à la magistrature suprême et aout 2017, le Président Bouteflika a procédé à la nomination de dix-neuf gouvernements ? Doit-on faire remarquer que cette fréquence donne une moyenne de plus de Un par an ? A moins qu’il nous faille admettre qu’un tel turnover, même en supposant que notre discussion porte sur le peuple le plus politisé de la planète, n’est point de nature à contrer les risques de stress collectif –retenir son souffle, ici, est du stress- qui ne serait induit que par la simple éventualité d’un changement de gouvernement.

Quatro : Etait-il nécessaire de raisonner comme il vient d’être fait, et d’opposer les trois arguments qui précèdent, lorsqu’on sait tout ce que l’Algérie a connu depuis la saisie des quintaux de cocaïne, faite en mai passé ? A quel changement de gouvernement faudrait-il que les algériens s’attendent, afin que l’événement soit à même de leur faire retenir leur souffle, après tout ce que cette historique affaire a fait sortir en plein jour ? Il est peu aisé d’imaginer un nouveau gouvernement qui puisse être plus sidérant que certains des limogeages effectués depuis juin passé, au sein des directions des trois corps de sécurité …dont, donc, l’Armée elle-même –et ce, d’autant plus que cette « purge » a été suivie par des interdictions de quitter le territoire national, des retraits de passeport, des convocations devant le Tribunal militaire de Blida ainsi que des perquisitions opérées dans des domiciles, le tout touchant des généraux-majors !

Maintenant, si on ne se concentre que sur les algériens qui rationalisent le plus, combien sont-ils à pouvoir continuer à retenir leur souffle …après que de hauts magistrats ont dû être radiés de la magistrature ou incarcérés, à force de preuves les inculpant dans le multiple scandale dit de « Kamel le boucher ». Le fait, ici, est qu’il est essentiel de relever que ces radiations et arrestations ont fini par avoir lieu dans un Etat dont le Ministre de la Justice est très peu enclin à faire sanctionner les magistrats qui ne rendent la « justice » qu’en déshonorant l’institution judiciaire elle-même ! Ce dernier détail, à lui seul, ne suffit-il pas …à celui qui veut deviner combien le vase a dû déborder, et combien on ne pouvait plus continuer –dans ce cas précis- à fermer les yeux, avant qu’on ne se décide à sévir ?

 

Remaoun

 

Notes :
1- https://www.maghreb-intelligence.com/exclusif-bedoui-vs-ouyahia-les-dessous-dun-match-decisif-qui-bouleverse-la-rentree-sociale-en-algerie/
2- Pour le dire vite et simplement.

 

Le journal citoyen est une tribune. Les opinions qu’on y retrouve sont propres à leurs auteurs.

 

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