Accueil / A C T U A L I T É / L’affaire Benalla et la logique libérale

L’affaire Benalla et la logique libérale

L’affaire Benalla, ou la logique « libérale » poussée à l’extrême

 

L’affaire Benalla n’est pas qu’une petite affaire policière ou de petite politique. Nous sommes en présence d’un individu qui a accompli des tâches de maintien de l’ordre en toute illégalité et qui avait pour mission de repenser le système de sécurité de la Présidence de la République. Ce, dans le cadre d’une destruction de la Fonction Publique, y compris dans ses missions régaliennes, par le biais de la suppression de 120 000 postes et d’une précarisation toujours plus poussée des agents de l’Etat, titulaires ou non.

 

Ce qui étonne la presse internationale, mais assez peu nos grands médias, c’est l’importance qu’a pu prendre, dans le cercle rapproché du président, un type aussi louche que Benalla dès lors que ce même président a écarté, pour sa protection, un recrutement classique et républicain de membres des forces de l’ordre au profit de ce qui tend à ressembler à des Tontons Macoutes. Dans notre Etat de droit, les fonctionnaires chargés de la protection du président sont issus d’un recrutement sélectif au sein de la Police Nationale et de la Gendarmerie. Il ne s’agit pas d’un recrutement de faveur à la tête du client.

Il semble bien, en effet, que le banquier ait demandé à Benalla de supprimer la structure « fonctionnaires » et de lui substituer une police privée parallèle. Le projet devait être concrétisé d’ici septembre 2018.

Après la Deuxième Guerre mondiale,  les hommes politiques français (Maurice Thorez au premier chef) qui ont reconstruit en la développant la Fonction publique ont eu pour préoccupation première de garantir l’indépendance des fonctionnaires dans le cadre des lois républicaines. Le banquier et son affidé Benalla nous ont montré, à leur corps défendant, ce qu’il en sera de la condition des employés de l’Etat recrutés sous contrat de droit privé et soumis, sans aucune indépendance, aux desiderata des caciques de la politique locale ou nationale. Autrement dit, l’affaire Benalla montre ce qui se passera en tout domaine lorsque la plupart des fonctionnaires seront recrutés sous contrat de droit privé et aux ordres des barons politique locaux ou nationaux.

 

Le recrutement dans la Fonction publique, comme, par exemple, dans le groupe de sécurité de la présidence de la République (GSPR), garantit une sélection transparente et au mérite. Dans le système macronien, un protégé peut s’élever au sommet de l’Etat par « copinage malsain », selon le Préfet de police Michel Delpuech. Suite à la mise au devant de la scène du Rastignac Benalla, on peut se demander combien d’autres personnes, sans réelles compétences, ont été nommées depuis l’élection du banquier à des postes importants. Il faut toujours garder à l’esprit que les missions de service public sont accomplies par des agents recrutés sur concours en fonction de leurs compétences et que, dans ce cadre, les promotions sont décernées selon le mérite ou l’ancienneté en fonction de barèmes et d’échelles connus de tous.

 

Benalla assura la protection de partis politiques avant de diriger des forces para-policières. La Justice doit faire la pleine lumière sur ces forces en déterminant leur puissance de pénétration dans l’appareil d’Etat. Sinon, c’en est fini de la démocratie et de l’Etat de droit.

 

 

 

D’un point de vue politique, il est difficile de ne pas souscrire à cette analyse du Front Syndical de Classe :

 » Il y a quelque chose de fascinant pour un sociologue d’assister à la rencontre entre les institutions de la Ve république et  « l’aventurier » Macron, la rencontre entre les caractéristiques séculaires de la société française et ce groupe de technocrates envoyés à l’assaut de l’Etat par un capitalisme qui a prospéré sous la Ve , connu une apogée paradoxale sous Mitterrand et attend les retombées des réformes .

Un viol permanent après le coup d’Etat permanent… Nous sommes à l’acte I, mais cela se jouera peut-être comme l’a dit Alain Minc dans l’insurrection ou en tous les cas dans une de ces mobilisation dont la France paraît avoir le secret, la France vieux pays de la lutte des classes décrit par Marx. En attendant Macron s’escrime à tenter d’utiliser le communautarisme, les avides du lumpen prolétariat et les pseudos élites des start up pour leur faire barrage. La guerre est déclarée , l’individu est puéril, capricieux et se prend pour un surdoué à force de s’entourer de quelques produits excentriques de l’ENA, le cercle véritablement rapproché, dont Benalla n’est que le groom prêt à tout.  »

Très préoccupant que tout cela.

Commentaires

commentaires

A propos de Bernard Gensane

avatar

Check Also

MH-370 (15) : de la Bosnie aux cartels mexicains, en passant par… Roubaix

C’est un document implacable paru il y a vingt ans ou un peu plus (le ...