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L’actuelle crise algérienne et l’islamisme : D’une lettre adressée par Zazi Saadou à Zoubida Assoul

1- L’objet.

Zazi Sadou a été cofondatrice et porte-parole (1993-2004) du RAFD qui signifie, en tant que sigle, Rassemblement Algérien des Femmes Démocrates, et, de façon très significative et une fois traduit de l’arabe, Refus; RAFD est, par ailleurs, une entité dont l’année de naissance, 1993, suffit à prouver qu’il a été fondé, et non sans une témérité certaine, en opposition à l’intégrisme islamiste. Zoubida Assoul, qui –outre qu’elle n’a plus à prouver son opposition à l’islam politique- est présidente du parti l’Union pour le Changement et le Progrès, compte parmi les principaux opposants au régime de Bouteflika.

Dans une lettre ouverte (1) que la première vient d’adresser à la seconde, celle-là se montre scandalisée, indignée, de voir le nom de celle-ci « apposé sur une proposition de sortie de crise aux côtés d’ex-dirigeants du FIS » (Front Islamique du Salut). Quant à nous, et alors que Mme Assoul –maintenant qu’elle a réagi en affirmant qu’elle n’a rien fait de ce qui lui est reproché (et par tant d’intervenants)- n’a plus besoin ni d’être défendue ni d’avoir à se justifier, nous avons transformé un premier texte (2) en ce qui suit.

1- D’un premier argument …

Des législatives de décembre 1991, qui ont fait naitre l’ère des janvieristes et ce qu’on a pu qualifier de « 2° guerre d’Algérie », aux marcheurs du 22 février, l’Algérie a changé dans une proportion qu’il pourrait être regrettable d’ignorer lorsque l’objectif est de se positionner dans la lutte ouverte par les marcheurs du 22 février. Si vingt-sept ans comptent certainement peu dans l’histoire d’une nation, il en est tout autrement lorsqu’il s’agit, mieux encore que d’une toute jeune nation, d’une nation encore en formation.

Tout d’abord, on ne peut correctement comparer entre ces deux instants algériens qu’à la condition d’observer combien, durant l’espace temporel qui les sépare, le processus d’individuation a fait du chemin, et qu’il faut en tenir compte d’autant plus que l’Algérie est l’un des pays où ledit processus a été le plus singulièrement contraint. Or, l’individuation, qui travaille en profondeur toute communauté humaine qui s’en trouverait atteinte, ne saurait se faire sans faire bouger ce qui y domine en matière de rapport au religieux (3). Dit de façon plus explicite et en termes des plus résumés, le projet d’Etat théocratique ne pourrait pas se poser aujourd’hui, pour les algériens que nous sommes, dans les mêmes termes que ceux de 1991 : ni l’électorat ni le reste des conditions dans lesquelles ledit projet pourrait être défendu, à nouveau et à la Une, ne sont tout à fait ce qu’ils étaient à la fin des années 1980.

3- …A un second argument.

Ensuite, et (il est significatif de le relever) abstraction faite de l’argument qui vient d’être proposé, il y a des années que l’islam politique a cessé d’être la principale inquiétude qui pèse sur l’Algérie, et que l’instauration d’un Etat islamique n’est plus le premier risque qui guette le pays de l’Emir Abdelkader. La situation qui a conduit au 11 janvier 1992, en termes plus explicites, est foncièrement différente de celle qui a mené au 22 février 2019.

Aujourd’hui, nous ne faisons pas qu’arriver, tout simplement, au bout de vingt années d’un Pouvoir qui a dramatiquement échoué relativement aux trois principaux engagements qu’il avait pris face à la « nation », à savoir : l’Ecole, la Justice et l’Administration (du pays). En effet, au fond, qui pourrait soutenir, arguments à l’appui, qu’il n’aurait pas été heureux qu’on ne trouve rien d’autre –ou rien de plus profond- que ce triple échec …pour expliquer l’actuelle crise algérienne ?

La réponse est que l’Algérie présente, celle à la construction de laquelle on a consacré ces vingt dernières années, est, d’abord et avant tout, ce pays qui a fini par avoir tout ce qu’il faut pour briller à l’échelle du monde …par le fait d’avoir réussi à élever la corruption au rang de système de gouvernement (gouvernance), de régime politique. A moins, naturellement, qu’on nous réplique qu’il existe bien d’autres fléaux qui, bien plus surement que la corruption, travaillent au péril des Etats. La réponse est, aussi, que cette (brillante) Algérie est, plutôt que la volonté des islamistes, l’œuvre du clan Bouteflika.

Au lendemain du scrutin du 26 décembre 1991, on a pu considérer que l’urgence était de défendre la République …contre le risque de voir triompher un régime totalitaire. Sans rentrer dans tout ce qui pourrait être soutenu à propos de cette époque, et tout en continuant à fermer l’œil sur le caractère extrêmement réducteur du contenu que nous donnions (et continuons à donner) au concept de ‘’République’’, force est de convenir de ceci : On ne pouvait parler de République à défendre, de sursaut républicain, que parce qu’il y avait une certaine république, et il ne pouvait y avoir de république que s’il y avait, préalablement, un minimum d’Etat. C’était l’Algérie d’il y a un peu plus d’un quart de siècle.

Quant à l’Algérie d’aujourd’hui, elle est ce pays où c’est l’Etat lui-même, ce minimum d’Etat, qui –à force d’avoir été piétiné et d’avoir vu son Droit piétiné, par le clan détenant le pouvoir et avec sa bénédiction- a fini par ne plus être que l’ombre de lui-même. Et tout ce que s’y passe depuis le 22 février, dont l’ensemble des derniers messages et contres-message que le Président est censé avoir adressés au « peuple », n’en est qu’une ultime confirmation …tellement il est incontestable que tout le 4° quinquennat, de son début à sa fin, n’aura été, finalement, qu’un mandat présidentiel illuminé par la négation de l’Etat.

En somme, ceux qui considèrent que l’Algérie a été sauvée par un sauvetage de la République, en 1992, ne peuvent pas ne pas comprendre que ce qu’il y a à sauver aujourd’hui –plus de vingt-cinq ans plus tard- est l’Etat le plus basique, ce b.a.-ba sans lequel on ne pourra plus jamais –au cas où la nécessité s’en faisait sentir à nouveau- vivre le luxueux honneur d’avoir un ordre républicain à sauver.

 

Remaoun

 

Notes :
1- https://web.facebook.com/zazi.sadou.1/posts/117590112736777
2- Nous étions entrain d’achever la rédaction d’un papier destiné à défendre Mme Assoul –ou peut-être, pour mieux le dire, à la justifier- face aux nombreuses attaques dont elle a fait l’objet, toujours à propos de cette (supposée) accointance avec les islamistes, quand elle a, elle-même, démenti. Ceci étant, ce premier papier a été modifié pour donner celui ci-dessus.
3- Sauf, naturellement, à parler d’une communauté qui n’entretiendrait aucun rapport avec le Ciel, avec l’au-delà.

 

Le journal citoyen est une tribune. Les opinions qu’on y retrouve sont propres à leurs auteurs.

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