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La vie ? mains nues

ELYAN ? La possibilit? de porter un enfant fait partie du fait d??tre femme, qu?on le veuille ou non. C?est ce qui semble ?tre le plus difficile ? g?rer sinon ? accepter pour plusieurs d?entre elles. Je ne saurais dire si toutes les femmes ?prouvent une crainte d?s lors qu?elles se savent enceintes, mais j?imagine que oui et cela semble plut?t normal, car il y a beaucoup d?inconnus et que cet ?tat requiert une forme d?acceptation pas toujours facile de tous les changements qui vont s?op?rer, et ce, m?me quand la femme d?sire avoir un enfant.

Il serait donc normal et commun qu?une femme qui ne d?sire pas avoir d?enfant songe ? l?avortement, m?me si les conditions qu?elle vit n?entrent pas n?cessairement en conflit avec la possibilit? de mettre un enfant au monde, comme elle songerait ? recourir au botox ou ? des implants mamaires dans le but de rem?dier ? une situation qui la d?range.

Mais voil?, la notion de plaisir est absente dans le cas d?un avortement. Tout au plus, il y a les peurs et les incertitudes qui sont calm?es, comme lorsqu?on se fait retirer un kyste. Les motivations trouvent parfois peu d?assises.

Qu?a appris la femme d?elle-m?me? Souvent la femme n?aime pas la femme en elle. Les raisons sont multiples, mais il est ?tonnant de constater avec quelle ?nergie elle lutte pour se conformer ? de multiples st?r?otypes, ayant souvent peu de courage pour aimer qui elle est, donc aimer ?tre femme. Elle peut facilement enliser sa vie ? faussement attendre des autres la confirmation audible, tangible et visuelle du r?le qui lui sied le mieux, comme un vague concours de performances. Elle arrive souvent ? se b?tir une image, celle qui plait de pr?f?rence.

Ce qui nuit ? la femme, tant qu?elle n?a pas choisi d??tre elle-m?me et donc d??tre une femme, est ce d?sir toujours pr?sent de plaire avant tout, une vanit? inn?e, doubl?e d?un manque de courage ? reconna?tre ses forces et ses faiblesses, car la faiblesse de la femme ne r?side pas dans son incapacit? ? ?tre courageuse mais plut?t dans sa propre constitution physique et seule cette derni?re devrait ?tre sa particularit? et non sa lacune.

Puisque l?avortement n?est majoritairement plus affaire de solution d?ultime recours, je n?aurais pas aim? dans ces conditions ?tre si mal dans ma peau pour avoir ? prendre une telle d?cision. Je n?aurais pas aim? avoir ? tant manquer de courage. Il faut aussi consid?rer le r?le du p?re qui n?est pas toujours qu?un salaud qui fout le camp ou qu?un esprit laxiste qui compose merveilleusement bien avec la d?cision de la femme. Son r?le est d?autant plus p?nible s?il diverge d?opinion sur l?avortement mais il aurait tort de toute fa?on de se prononcer avec force, son corps n??tant pas sollicit? par la grossesse et dans le pire des sc?narios la femme pourrait aller jusqu?? lui faire douter de sa paternit?. Sois responsable, quand je le d?sire. Sinon ?videmment demeure irresponsable. Il faut parfois pouvoir appuyer sur le bouton on and off pour se lib?rer des miroirs.

La femme a fait des choix qui sont discutables. Au fil de sa lib?ration, elle a emprunt? tous les chemins qu?elle reprochait aux autres humains (pour ne pas dire aux hommes). Il est donc l? aussi difficile de juger, car on est jug? dans la mesure ou on juge. Ce que je sais est que d?s qu?on est bien avec nous-m?mes, dans l?incertitude, comme dans l?abondance, comme dans la gloire,?comme dans le quotidien, on a rien ? prouver ? quiconque. On peut s?aimer d??tre fid?le ? nous-m?mes et c?est d?j? une merveilleuse r?compense que de pouvoir se coucher paisiblement avec nous-m?mes avant tout.

On ne parle plus des mesures que la soci?t? peut mettre en place facilement d?ailleurs pour prendre en charge ces petites personnes dont nombre d?autres femmes (d?hommes aussi) pleurent l?absence. Pour la jeune fille qui est enceinte, les solutions de rechange n?existent pratiquement plus, du moins elles se font deviner. Pour les autres femmes, il y a souvent ce ce-n?est-pas-le-moment-id?al, car j?ose croire encore que si une femme ne d?sire tout simplement aucun enfant, elle aura la d?cence d??tre cons?quente et de ne pas consid?rer l?ensemble de la soci?t? comme ?tant redevable de ce qui deviendrait ? force une lacune pernicieuse.

Ce d?bat fait de l?ensemble des citoyens la partie impliqu?e alors que dans les faits la soci?t? ne peut jouer aucun r?le puisque la femme les lui retire, une sorte de complicit? oblig?e. R?cemment, suite au d?bat de mourir dans la dignit?, un m?decin a fait une d?claration dans laquelle il interpellait la soci?t? en d?clarant qu?il avait des r?ticences ? ce qu?on mette en place un encadrement pour r?pondre ? cette demande car la personne invoquant son droit sur sa propre vie alli?ne ainsi le droit ? la vie que la m?decine a pour mission (si ce mot rev?t encore une signification) de sauver? que le soir en rentrant chez lui, il serait seul ? porter le poids moral de tels actes. Une sorte de d?signation de t?ches qui vient modifier sa profession sans qu?il ait pu choisir de se d?sister, comme un: dor?navant les cuisiniers devront aller chasser et tuer pour pouvoir utiliser la viande (et la comparaison est plus que boiteuse, elle est parapl?gique).

Dans les faits, ce que l?on exige depuis longtemps de toute une soci?t? est qu?elle porte le poids moral de ses lois, ?dict?es pour un ensemble qui n?a pas toujours la m?me motivation, pas plus que le m?me besoin et encore moins les m?mes valeurs. Des d?bats comme la peine de mort, la castration, la d?tention et l?esclavage ont de tout temps heurt? et tous ne sont pas n?cessairement enclin ? y adh?rer de la m?me fa?on. On peut l?galiser ou proscrire une large part des actes et actions qui suscitent un malaise, en prenant acte qu?elles sont souvent le r?sultat d?impuissance ? modeler, pour ne pas dire ? contr?ler l?humain, il n?en demeure pas moins que ces actions et leurs cons?quences prennent toutes naissance dans l?atteinte aux droits humains, quel que soit le bout du baton que l?on tient.

Tuer par droit ne diff?re pas beaucoup de laisser tuer. On entend peu le m?decin qui a les deux mains dans la vie avant la mort r?clamer un r?pit pour son ?me. Qu?en est-il vraiment de ce qu?il porte de responsabilit?, celle qu?on lui a ?dump?e??

 

Le choix moral n?est pas que de condamner ou d?approuver, il est aussi celui de choisir de soustraire son esprit aux formes barbares de tortures morales que lui imposeraient certains actes. Des tortures qui infl?chissent ses valeurs au point de devoir tenir un discours dans lequel le coeur n?y est pas. Des renoncements ? b?tir son ?tre dans la mesure des chemins qu?il emprunte, lesquels de fa?on optimale se devraient d??tre de plus en plus coh?rents avec la destination souhait?e. C?est ce qui construit l?identit?, ce qui nourrit l??me, ce qui permet d?appr?cier et de comprendre, ce qui permet de se balader dans la vie avec un regard meilleur, de sentir la paix et la satisfaction de retrouver en soi les racines qui ont vu cro?tre l?individu que nous sommes capable de tendre la main vers l?infini, vers la grandeur, comme cette ode ? la vie de l??me dont on a trac? l?image dans la chapelle Sixtine. Une ?l?vation au-del? de la d?mence, de la confusion, du v?g?tatif. La naissance d?un esprit qui, si on joue ? aller plus loin, serait probablement le r?le d?une vie. Comment parler de libert? d?s lors qu?on doit mouler son esprit ? ce que non seulement celui-ci juge inacceptable mais qu?il doit accepter faire taire sans autre d?fi que la r?signation?

Dans un monde fait de contenants de plastique, d?avions, de modes et de structures qu?on accepte bon gr? mal gr? incontournables, comment trouver raisonnable de chercher plus que ce qui est offert pour se conformer? Comment refuser de n??tre qu?un acteur sourd et muet? Et pourtant, il se trouvera toujours des rebelles qui refuseront d?avaler pr?t ? dig?rer. Ils auront faim de beaut? et ne seront jamais rassasi?s. Pour le reste, on peut souvent refuser de se d?partir de nous-m?mes et lorsque cela est impossible il nous reste les larmes qui, disons-le, sont le tribut de la conscience. Je parle des larmes qui n?ont pas de mots, celles qui ne portent pas d?opprobre, celles qui ne se tarissent jamais. Un tribut ? l?humanit?.

Pour les plus mod?r?s, lorsqu?il est question de consid?rer le droit moral ? l?avortement avant un calendrier dont le total des jours se substitue au nombre de battements de coeur, comment accepter qu?il y ait un avant possible et un apr?s indigne. Une sorte de jour J qui fera basculer le discours.

Tout aussi troublant de condamner la vie ? coups d?estimations. Je ne sais pas si ce que l?on s?autorise devient plus l?gitime que moral lorsqu?il est clairement encadr?. En fait j?ai ma petite id?e, car la morale doit pouvoir porter des gants blancs et accepter qu?ils se salissent, sinon elle deviendrait aussi cruelle que ce qu?elle d?nonce. On la d?nature en lui inventant des lois qui lui servent de balises, parfois de sauf-conduit.

Toute forme de morale vaut l?exercice d?y consacrer une profonde r?flexion et parfois d?y sacrifier ce qui semblait la d?finir de fa?on trop confortable. Pour ?tre ?tablie elle a besoin de sortir de sa zone de confort. Pour ?tre cons?quente elle a besoin de renoncer au pari de plaire ? qui que ce soit, ? commencer ? soi-m?me.

Pour les causes qui la sollicitent, il y a un bijou de sagesse: ne pas manger de l?arbre de la connaissance du bien et du mal. On pardonne difficilement ? la morale de faire son travail ? moiti? ou de s?inviter dans la mis?re. Parfois ce n?est pas tant qu?elle soit absente qui soit le plus p?nible, mais le fait qu?elle ait choisi de l??tre ou qu?elle ne r?ussisse pas ? s?accompagner d?une lumi?re nouvelle.

Quant aux valeurs, elles requi?rent qu?on s?y adapte en se cognant aux limites infinies qui les nourrissent avant de pouvoir se les approprier belles et gu?ries. Autrement on tra?ne toujours de vagues taches sur les gants que l?on enfile mais ainsi, si on salit d??tre sali, on r?ussit avec une certaine l?chet? ? ne laisser aucune empreinte. Apparemment s?en d?faire, des taches puis des gants, serait l?affaire de toute une vie.

Je remets mes gants. A poings nus la vie est dure.

ELYAN

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    @ Pierre JC Allard

    http://les7duquebec.org/7-de-garde/la-vie-a-mains-nues/#comment-22857

    Votre intervention a-t-elle pour but de détourner l’attention sur le messager plutôt que sur le message.;-(

    @ Elyan,
    (F)