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http://www.centpapiers.com/ Le journal citoyen du Québec pour la francophonie
1 novembre 2009 |
3 commentaire(s) |
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Photo : Flickr Luis Fabres
Il est désormais largement reconnu que la production de viande représente un coût écologique au moins aussidésastreux que celui de l’industrie des transports. Une étude publiée par la FAO en 2006 officialisait ce fait en évaluant à 18% la part de la production de viande dans la totalité des émissions de Gaz à Effet de Serre. Une récente publication du [1] révise ce chiffre, le portant désormais à … 51%.
Le rapport de l’ONU
En 2006, le rapport de l’ONU publié par la FAO « Livestock Long Shadow »
[2] avait fait couler beaucoup d’encre. Il officialisait et révélait au monde les conséquences catastrophiques de la production « moderne » de viande sur l’environnement. L’analyse portait sur les émissions de gaz à effet de serre mais également de l’impact sur la biodiversité ainsi que la dégradation des sols, de l’air et de l’eau.
La production de viande se hissait soudainement parmi les 2 ou 3 premiers facteurs les plus destructeurs de l’environnement. A titre de comparaison, les estimations des émissions de gaz à effet de serre induites par l’élevage dépassaient celles de tous les transports réunis (voitures individuelles, camions, cargos, avions etc …).
Constatant qu’avec l’essor des pays émergeant la demande en viande allait doubler d’ici quelques années, les recommandations des rapporteurs incitaient, entre autres, à modifier les animaux et les végétaux génétiquement et à circoncire les derniers espaces naturels qui resteraient après la ruée vers la viande (en supposant qu’il en reste).
Les raisons, par l’exemple des petits lardons
Un premier rapport d’une Worldwatch Institute, dont il existe une , avait d’ailleurs sonné l’alerte en détaillant les raisons qui ne sont pas forcément évidentes au premier coup d’oeil.
Pour l’illustrer, nous pourrions prendre l’exemple de banals et innocents « petits lardons ». Pour pouvoir proposer cet ingrédient à bas prix, il faut tout d’abord nourrir des cochons, pour cela on importe des tourteaux de soja. Cette espèce unique de soja OGM est produite en Amazonie en lieu et place d’une forêt primaire multi millénaire dont la biodiversité est détruite à tout jamais [3]. Cette culture nécessitera des engins agricoles, toutes sortes de pesticides et des millions de litres d’eau. Passons le transport en cargo dudit soja vers les élevages occidentaux où les cochons les attendent, parqués par milliers dans des conditions tout simplement abominables.
Même si la logique économique les réduits à des unités artificielles de production de petits lardons, il s’agit encore d’êtres vivants qui transformeront une grande partie de l’énergie qu’ils ingurgitent pour maintenir leur température interne, créer des os, créer du stress et autres besoins physiologiques non comestibles pour l’homme. Leur triste « vie » supportée à grand renfort d’antibiotiques dans un univers de béton sera un fertile terrain de mutation à virus et générera des tonnes d’excréments qui finiront en algues vertes et autres émissions de gaz à effet de serre.
Après avoir été mis à mort et découpés par des robots de plusieurs tonnes ils finiront enfin sous forme de bons « petits lardons » qui devront être transportés sur de longues distance en respectant une chaine du froid grande consommatrice d’énergie (la viande se conservant beaucoup moins bien que les végétaux) pour devenir enfin disponible au rayon frais de votre supermarché… et avec un peu de chance, il y aura même une promotion …
Contrairement à ce que pourrait laisser croire une analyse de premier degré, l’élevage tel qu’il est pratiqué pour pouvoir fournir en viande les concentrations urbaines ne créer pas de nourriture et ne favorise pas la préservation des espèces. Le rendement thermodynamique de la production de viande est déplorable et au final, cette industrie détruit 7 fois plus de nourriture qu’elle n’en produit. En maintenant artificiellement la survie de quelques espèces domestiques, elle en extermine des milliers de sauvages, pour toujours.
C’est une vérité encore difficile à admettre pour beaucoup d’occidentaux, mais une banale barquette de « petits lardons », de « saussiflard » ou autres « charcutailles » présentés comme des merveilles culinaires par un marketing de masse sont en fait des concentrations de ce que l’humanité sait faire de pire à son envirronement.
La révision des chiffres
Signalons au passage la parution cette année du étudiant à fond le problème et révélant les stratégies mises en place par les industriels de la viande pour cacher des vérités affolantes. Ce livre reprenait les chiffres du rapport de l’ONU concernant les émissions de gaz à effet de serre du secteur, soit 18%.
Il s’avère que la réalité pourrait être bien pire que prévu, la publication par le Worldwatch Institute du rapport de Robert Goodland et Jeff Anhang, anciens experts environnementaux de la banque mondiale (institution de lutte contre la pauvreté de l’ONU): « » élèverait cette estimation à 51%, soit plus de la moitié de la totalité des émissions anthropogéniques de CO2.
Cette révision se base entre autres sur l’inclusion dans l’équation de paramètres ignorés ou sous évalués par le rapport de 2006, notamment:
Au total on atteint le chiffre incroyable de 51%.
Conclusion
Tout le monde ne doit pas forcément devenir végétarien[4], mais quand on sait que 99,5% de la viande consommée en France est d’origine industrielle et qu’il n’y a plus trop de place pour les élevages « bio », une réduction plus que drastique (1 fois ou 2 par mois) de la consommation de viande et autres sous produits animaux est de très loin le geste le plus efficace pour diminuer notre impact négatif sur la nature. Largement devant la voiture électrique ou l’isolation domestique.
Rappelons qu’il existe une très grande diversité de produits sans viande, équilibrés et infiniment moins dommageable pour l’environnement qui n’attendent que l’augmentation de notre demande pour être disponibles.
Une chose est sûre, si l’on regrette le changement climatique et que l’on considère qu’il est en grande partie du à l’activité humaine, on est alors en totale contradiction avec nos considérations dès lors que l’on plantent nos fourchettes dans un morceau de ce qui autrefois fut l’Amazonie.
Notes et références:
Il y a des calculs dans la méthodologie qu’en tant qu’étudiant en génie biologique, je devrais dénoncer comme erreurs intellectuelles.
La déforestation de la forêt amazonienne, par exemple, n’est pas due à la viande, mais à la production de bois d’oeuvre. Le secteur du bois d’oeuvres est donc responsable du carbone non-séquestré, et non les fourrages. La production de fourrages ne sert, en fait, que comme « réclamation » du territoire.
« La respiration des troupeaux, qui n’est pas considérée comme une source nette de CO2 selon le rapport de Kyoto (dans cette optique, un animal peut même être considéré comme un puits de carbone). Simplement, cela met de côté le fait que cette sur-reproduction artificielle d’animaux domestiques remplace dans la plupart des cas une forêt primaire et que les molécules de CO2 issues de leur respiration sont aussi naturelles que celles rejetées par un pot d’échappement. »
La respiration est un phénomène naturel, qu’il vienne d’un animal d’élevage ou d’un être humain. Elle n’est pas incluse dans les calculs d’émissions de GES lorsqu’elle provient d’un animal sauvage; l’appliquer au calcul des animaux d’élevage gonfle la valeur réelle de leurs émissions de GES, et ce même si les conditions dans lesquelles les animaux d’élevage se trouvent font qu’ils émettent plus de GES.
Je ne vois pas la chaîne de la viande être responsable pour 51% des émissions de GES au monde; peut-être que cette valeur est plus élevée que les 20% estimés auparavant, par contre. Mais au global, c’est un bon article; il traite bien des conséquences multiples de la consommation de viande sur l’environnement.
Je tiens à ajouter par contre quelques petits bémols (et là, c’est l’ingénieur alimentaire qui parle): l’apport en viandes apporte des nutriments au corps humain qu’il est difficile d’obtenir par voie naturelle. La vitamine D, par exemple, n’est pas accessible à tous; ses principales sources sont les gras issus du poisson, le lait enrichi artificiellement (avec des cultures d’espèces du règne des mycète pour produire la vitamine D) et les champignons séchés au soleil. Elle est aussi disponible en s’exposant directement au soleil, à condition d’avoir la peau pâle et que le soleil brille à une haute radiation. Une carrence en vitamines D peut mener à l’ostéoporose, à des malformations durant l’enfance qui retardent la croissance et à plusieurs problèmes reliés à la formation des os.
En gros, cet exemple montre qu’il est utile de consommer de la viande, et ce malgré son empreinte environnementale extrêmement élevée. Mais la modération est une vertu qu’il faut apprendre avant tout!
16:19, le Lundi 2 novembre 2009Merci beaucoup pour votre commentaire constructif.
Concernant la déforestation, peut être que le bois et récupéré pour l’exportation mais la majorité des rapport pointent les cultures fourragères et les pâturages comme raison numéro 1. Sans le soja transgénique sud américain, plus de viande (et bcp moins) telle que vous la connaissez.
Concernant la respiration, le calcul me parait honnête. Encore une fois la respiration d’un animal domestique (élevé et reproduit artificiellement) me parait aussi naturel que le co2 d’un pot d »échappement.
51% me parait également énorme … tout comme m’avait paru énorme les 18% annoncé par l’ONU … dans tous les cas c’est colossale… et beaucoup trop.
Concernant vos bémols, (et là c’est quelqu’un qui a écouter beaucoup de médecins, nutritionnistes et autres rapports spécialisés) j’ai peur que vous restiez trop sur le plan théorique. En effet, aucun végétal ne fournit de protéines complètes comme la viande (a part le soja, et encore je sais que ca va se discuter sur des details).
Toutefois l’association entre eux des végétaux permet naturellement et sans aucun problème d’obtenir une diète saine et équilibré.
Une seule carence est possible, la vitamine B12 pour les végétaLiens, mais il existe des substituts.
Je ne remets pas en cause vos compétences, mais par la force des choses j’ai lu bcp de choses sur le sujet, dans différentes langues et une observation honnête de végétariens « normaux » a finis de me convaincre que les fameuses carences* sont un mythe occidental.
Ceci dit, comme vous, j’aurais plutôt tendance à inviter d’abord à une plus grande modération.
*Le problème des médecins propageant ce genre de rumeurs étant qu’il n’hésitent pas à ranger dans la catégorie végétariens des anorexiques et autres personnes ayant des troubles alimentaire.
04:09, le Mardi 3 novembre 2009Je vais rappeler que la respiration d’un être vivant est aussi naturelle que celle d’un autre. Ce qui est naturel chez une vache d’élevage est tout aussi naturel si la vache était en paturage. C’est important de souligner cela; les émissions de GES de nos chats et de nos chiens ne sont pas comptabilisées et c’est tout à fait normal.
Il ne faut pas oublier que la nature émet beaucoup de GES, et que si une source naturelle les émet, elle est comptabilisée dans les calculs du GIEC. D’un point de vue d’ingénieur, je trouve malhonête de dire: « Je base mes calculs en assumant que les animaux d’élevage respirent et émettent des GES, mais que les animaux sauvages ne respirent pas et que donc, ceux-ci n’émettent pas de GES. » C’est assez important; en soufflant 15 souffles par minute, avec une masse de 0.5g par souffle et 4% de CO2, j’émets à moi seul 157.7 kg de CO2 dans l’atmosphère. La respiration n’est pas comptabilisée comme étant une émission de GES à ma connaissance, et tant qu’elle ne l’est pas, on ne peut pas la comptabiliser du côté des animaux d’élevage.
Seconde chose, et là je ne démords pas: on croirait, à entendre les rapports, que la déforestation amazonienne sert à tout, sauf à couper des arbres. Des rapports nous parlent de production de biocarburants au Brésil aux fameux pâturages des Starbucks de MacDonald’s. Depuis mes 21 ans d’existence, je ne connais qu’une raison pour abattre une forêt (ça n’a pas toujours été le cas dans l’histoire de l’Homme, remarque), et ce sont des forestiers, pas des éleveurs ou des agriculteurs, qui les abattent (surtout quand on fait référence à un bois de forêt ancienne; c’est un matériau extrêmement précieux, solide et aux particularités uniques). Le défaut, c’est que lorsque l’agriculture remplace le terrain déboisé, il est impossible d’effectuer une réclamation du territoire.
Dernier point: je suis assistant-chercheur en nutrition et assez bien placé pour avoir lu les études statistiques sur certains nutriments qui sont disponibles dans la viande et dans les végétaux. J’ai de nombreux amis végétariens qui mènent une bonne vie, aussi, et je dois le spécifier. Mais j’ai aussi vu des amis végétariens qui s’achetaient des barres protéinés tout ce qu’il y a de chimique pour compenser une carrence diététique. J’ai aussi lu l’article qui a eu l’effet d’une bombe chez les nutritionnistes du monde entier: « le retour de la maladie de Rickets ». Elle a été publiée il y a 3 ans et citée par 130 articles scientifiques. En gros, elle traite du retour de malformations de l’os dues à des manques en apport de vitamine D. En bonne partie à cause de cet article, un prof dans mon département va lancer un projet de maîtrise sur l’augmentation de la vitamine D dans un aliment de source végétale et je sais que 2 profs dans notre département de diététique consacrent une partie de leurs efforts sur l’étude des effets du manque de vitamine D.
(Je dois spécifier ici: la vitamine D est majoritairement une vitamine de source animale, et c’est très ironique qu’en mangeant de plus en plus de viande, on en ait de moins en moins – c’est en bonne partie du au fait que l’on mange principalement du porc, de la volaille et du boeuf)
Je ne veux pas trop faire de peur non plus: la majorité des végétariens que je connais sont en excellente santé (et se nourissent parfois mieux que les omnivores), mais j’ai vu des cas assez particuliers qui me font dire que de manger de la viande trois ou quatre fois par semaine, je peux vivre avec ça.
20:35, le Vendredi 6 novembre 2009Vous devez être connecté pour publier un commentaire.
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