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Centpapiers

  • La transformation du paysage rural québécois

    21 décembre 2007 | 1 commentaire(s) | vu 2 353 fois

    L’agriculture a eu un rôle indéniable dans le processus d’appropriation de l’espace habité. Les phénomènes modernes d’expansion urbaine et industrielle font maintenant ombrage au monde agricole. Le paysage québécois a été façonné selon une structure agraire singulière. En effet, le rang est la forme d’implantation par excellence au Québec. Ce système découle directement de l’organisation territoriale seigneuriale propre à la Nouvelle-France. La réalité du monde rural est maintenant marginalisée par le caractère moderne de notre société. Peu à peu, les terres agricoles de qualité sont soumises à une pression spéculative et immobilière et finissent par changer de vocation.

    Nous pouvons nous interroger sur la pertinence de protéger nos campagnes contre l’urbanisation étendue et la parcellisation des zones agraires. Il est possible de constater que ce nouvel aménagement du rang québécois est une tendance forte. Dans ces conditions, il va devenir difficile de déterminer une différence et de tracer une limite entre les zones rurales et urbaines tellement que celles-ci vont être entremêlées. Une crise du monde agraire est à prévoir. Le rang est le témoin privilégié de cette appropriation progressive de la ville sur la campagne. Les repères d’autrefois identifiant cet espace spécifique tendent à disparaître et à se substituer à une nouvelle réalité. Pour illustrer ce phénomène, l’analyse du changement du paysage rural de l’ancien canton de Brompton (Estrie, Québec) de 1950 à aujourd’hui à été effectuée. L’objectif étant de déterminer les transformations de la propriété foncière dans le processus d’urbanisation et de modernité. L’examen d’un cas type de rang québécois situé en périphérie d’un centre urbain permet de mettre en évidence la valeur du rang comme outil d’accélération de l’urbanisation.

    Le rang VI du canton de Brompton en Estrie : un paysage en constante évolution

    Examinons la création du rang et de son éventuel aménagement. L’arpentage étant nécessaire dans le processus d’appropriation des terres, il est donc normal de retrouver les arpenteurs de la Couronne comme étant les premiers individus ayant l’intention de façonner le paysage à la manière européenne. Le rang VI fait partie d’un ensemble complexe plus large soumis à des règles cadastrales incluses dans les chartes administratives de l’exploitation des terres.

    Ce rang faisait partie du Canton de Brompton une entité qui était encore à développer. Les terres à proximité de la rivière St François ont connu un développement plus rapide que celle contenu dans le futur rang VI qui est contenu entre la paroisse de St-François Xavier de Brompton et la paroisse de Bromptonville sur un axe Nord-Sud. La composition générale des terres sur plusieurs kilomètres peut s’apparenter à une grande côte dont le versant tombe vers l’est. La forêt mature parsemée d’éclairci caractérisait le rang avant son développement. Une fois l’arpentage réalisé, il était maintenant possible pour les colons cultivateurs de tenter d’établir des exploitations agricoles.

    Les premiers à tenter une telle entreprise sont des immigrants anglophones dont notamment la famille Wakefield qui s’est implanté à la croisé de l’actuel rang VI et du chemin Blais. Nous pouvons retrouver la mention Wakefield Hill dans certaines cartes d’époque. L’aménagement des familles anglophones en terre agricole se fait habituellement à moitié du lot. Nous pouvons encore aujourd’hui observer les vestiges de ces habitations situées à l’écart du rang VI à environ 500 mètres de l’actuel rang. À cette époque, le chemin devait être encore bien rudimentaire formé du passage répété des humains et des animaux. L’empattement des carrioles utilisées à l’époque détermine la largeur du chemin qui ne devait pas dépasser 5 pieds de largeurs. Les minutes de l’histoire de Bromptonville mentionnent le départ volontaire de la famille Wakefield en direction de États-unis. Les quelques familles anglophones vont continuer à parsemer le paysage du rang VI mais elles vont devoir composer avec une nouvelle vague d’immigration d’origine francophone. Les nouveaux arrivants provenant des basses terres du St-Laurent vont prendre les lots laissés vacant pour les occuper tel qu’il le faisait dans leur hameau d’origine. Des hommes vont avoir la tâche d’ouvrir le rang et de permettre l’implantation de fermes familiales.

    Le défrichement qu’a connu le rang va connaître une accélération. Le paysage rural subira une transformation qui est encore visible aujourd’hui. Les champs cultivables sont pour la plupart issus de cette période d’appropriation de la terre. Le rang est simple dans la mesure où tous les occupants bâtissent leur résidence du coté ouest du rang car la partie est appartient au cadastre suivant. Le rang est maintenant plus achalandé ce qui permet d’observer une voie carrossable continue.

    Le chemin est uniquement composé du va-et-vient des utilisateurs. Aucun matériel extérieur n’est encore utilisé ni même quelconque apport pour permettre une utilisation continue durant les saisons sensibles où la neige et la boue abondent. Au niveau des bâtiments, nous pouvons constater que les maisons sont bâties selon un modèle simple de forme carrée (vernaculaire américain). Ces maisons sont construites à une distance réduite du rang en comparaison aux familles anglophones qui s’établissaient plus en profondeur dans leur lot. Ce changement d’aménagement viendra colorer le paysage rural de manière nouvelle. Les bâtiments de ferme vont être érigé selon une architecture rectangle et commune à un ensemble dépassant le canton. Il n’y a pas d’entrepreneur dans le rang. Cependant, un menuisier assisté du voisinage a permis l’élaboration de la plupart des bâtiment des fermes. L’apparition de nouveau chemin perpendiculaire au rang va faire partie de cet aménagement du territoire permettant au agriculteur d’étendre leur exploitation du terrain.

    L’arpentage administratif de l’État, la colonisation anglaise et francophone selon une approche différente et le défrichage progressif des terres seront les premières transformations visibles du paysage. Le rang bien sur va connaître une existante réelle dépassant le relevé cadastral. Il va tout d’abord être un relevé exécuté sur le terrain. Le rang va se développer progressivement au fur et à mesure que les lots vont être occupés. Sa composition et sa définition vont changer au gré de son utilisation de plus en plus intensive. L’empattement des carrioles et l’utilisation de chevaux va marquer davantage la surface aménagée par les individus se déplaçant à pied. La terre battue caractérise le sol parcourant le rang. Les fossés creusés vont s’avérer nécessaire éventuellement pour éviter les dégâts causés par l’eau et les débordements. L’entretien de ce tracé va se faire selon la nécessité et par les usagers eux-mêmes (Le conseil municipal du Canton de Brompton va veiller plus tard à l’entretien sporadique du rang) . On doit ajouter qu’il prenait près de trois heures pour se rendre à l’un ou l’autre des paroisses situées aux extrémités du rang VI. Le rang a donc connu la forme de sentier pédestre jusqu’à une forme plus ou moins continu de chemin praticable selon les efforts de particuliers d’ouvrir la voie. Plus tard, l’aménagement de calvette sera nécessaire pour permettre au surplus d’eau de circuler librement vers son axe de circulation naturelle et éviter ainsi les débordements du printemps. Sur les cartes topographiques de 1921 (Richmond), nous pouvons observer de nombreux symboles indiquant des ponts sur le rang VI. Il s’agit en fait des aménagements souterrains (calvette) citer précédemment.

    Le transfert d’un société pré industrielle vers la modernité

    Le rang VI du canton de Brompton va être témoin tout comme les rangs périphériques à un changement de paysage drastique. L’industrialisation que va connaître les Cantons de l’Est et en particulier Bromptonville va avoir un impact certain sur l’aménagement territorial et le façonnement du rang en tant que tel. Les lots exploités vont faire l’objet d’une utilisation de plus en plus orientée vers le marché local. En effet, une beurrerie va faire son apparition sur le coté sud du rang. Une école sera bâtie à l’intersection du chemin Blais et du rang VI dans les années 1900. Une preuve de plus que le rang fait partie d’un réseau vaste connecté vers un monde industriel orienté vers la productivité des individus Un magasin général, un bureau de poste, et aussi un moulin à scie vont apparaître progressivement dans le rang. Les agriculteurs vont écouler les surplus de récolte aux marchés de Bromptonville.

    Les exploitations agricoles vont connaître des succès variables selon les capacités humaines, la qualité du sol et les efforts à le rendre cultivable. Des fermes de différentes envergures vont parsemer le décor du rang. À ce moment de l’histoire, nous pouvons apercevoir l’arrivée d’outillage plus performant pour effectuer le labour et effectuer les tâches agricoles. Le sol est progressivement purgé des souches et des amas de roches géantes qui pouvaient gêner la culture efficace. Les cheveux sont utilisés pour exécuter les tâches trop exigeantes. Le rang va devoir subir un élargissement pour permettre aux carrioles de circuler librement. Il est à spécifier que le rang simple était parsemé de voie de coté permettant à deux carrioles se rencontrant de s’éviter.

    La 2e Guerre Mondiale

    Cet événement bien connu de notre histoire contemporaine laisse encore aujourd’hui des traces sur le paysage du rang VI. Le terrain d’aviation permettant l’entraînement des pilotes canadiens et anglais servant contre la Luftwaffe situé sur le coté nord du rang à proximité de St-Francois de Xavier en est la preuve. Cette époque correspond aussi à l’arrivée des premiers véhicules tracteurs et des machineries mécanisées. Les fermiers n’auront pas tous accès à l’obtention de ce précieux outil de travail. Il semble possible que les agriculteurs puissent louer les services auprès du propriétaire ou en échange de service ultérieur.

    Il est maintenant possible de circuler entre les terres par le rang a une vitesse supérieure et cela malgré le mauvais état de la voie. Les traces de véhicule laissées dans les champs et la voie publique du rang seront en contraste avec les pas humains et animaliers. De plus, les herses utilisées lors du laboure auront maintenant des têtes multiples rendant plus efficace le travail sur la terre. Ces marques dans le paysage sont synonymes de progrès et d’avancée technologique. Du même coup, l’industrialisation va amener de nouveau changement dans la panoplie de bâtiment agricole. Les réservoirs à essences et les ateliers de soudures seront nécessaires pour effectuer la maintenance convenable des engins. La réfrigération est l’avancée majeure qui va faire disparaître davantage les techniques de conservation d’autrefois (Le menuisier du rang VI va même se convertir en vendeur de « frigidaire » pour arrondir sa retraite).

    Les fossés qui accompagnent le rang VI seront désormais creuser à l’aide d’outil mécanisé et plus performant. La route en soi va devenir l’objet d’une préoccupation plus apparente. Les rénovations et l’entretien de celle-ci seront prise en charge par les élus municipaux qui vont déléguer les ordres nécessaire pour la garder dans un état convenable. Il apparaît que le monde municipal intervient avec plus d’insistance dans l’aménagement de son territoire. À mesure que les véhicules automobiles vont se développer, le rang va devenir une voie de circulation plus adaptée au nouveau mode de transport que quelques uns peuvent utiliser. L’automobile, le tracteur et les véhicules tirés par force animale vont se côtoyer pendant une bonne période de temps (1940 à 1965 environ)

    Cette époque transitoire causera bien sur des désagréments auxquels les usagers du rang devront s’adapter. L’automobile va permettre une accélération des échanges et voir l’apparition de commerçant ambulant. Les individus résidents à la campagne vont pouvoir se déplacer plus rapidement ou tout de moins avoir la possibilité de se rendre à la ville de manière plus facile. (La bateau vapeur reliant Bromptonville-Sherbrooke dans les années 1870-1900, le train dans les années 1890-1950, la charrette 1880-1965, le taxi et les circuits autobus 1950-1965, il semble que l’automobile se soit répandue suffisamment pour dépasser tous les autres types de transport vers 1965).

    Nous observons que la grande majorité des individus préfèrent circuler en direction de Bromptonville pour la simple et bonne raison que cette ville constitue leur paroisse d’appartenance. La ville est aussi un pôle administratif car la mairie du canton de Brompton est située à Bromptonville. De plus, les services bancaires, médicales et législatifs se trouvent tous à proximité dans cette ville. Il est donc normal de voir un développement plus rapide du rang provenant de cette direction en opposition à la partie qui se dirige vers St-François Xavier de Brompton. L’accélération des communications va mettre en relief un aspect nouveau qui fait de la modernité un passage vers de nouvelles solutions et aussi de nouveau problèmes. L’agrandissement du rang doit nécessairement s’accompagner d’une amélioration de l’état de la route. De terre battue, le rang va graduellement subir une transformation lui permettant d’être une surface plus praticable et continue. Nous sommes loin encore du pavé citadin ou des chemins asphaltés (Macadam). En réalité, le rang VI ne sera pavé qu’en 1976 où il va connaître la forme qu’on lui connaît aujourd’hui. Pour terminer ce point, nous ne pouvons ignorer le processus d’électrification des campagnes mené sous l’époque de Duplessis. Ce changement majeur conjugué à la motorisation des véhicules et la mécanisation de l’industrie agricole viennent sceller le passage vers l’agriculture moderne. L’acheminement de l’électricité est rendu possible par l’existence d’une infrastructure viable pouvant être l’objet d’amélioration continue.

    L’occupation territoriale et la pression urbaine

    Le rang VI a connu comme c’est voisin, une construction certaine et progressive du point vue de sa nature même, de sa composition et des aménagements dépendants de lui. Qu’en est-il de l’occupation même des terres ? Tout d’abord, nous observons la formation d’une route liant des entités déjà existante. Ensuite, un défrichement et une appropriation des lots est visibles sur le versant ouest du rang. Progressivement, les terres cultivables vont s’élargir. Les bâtiments de fermes vont se multiplier et dominer le paysage local. Des terres seront achetés dans le coté opposé du rang. En effet, le versant est fera l’objet d’une appropriation successive des terres disposées en face des leurs. Le rang simple devient alors un hybride car des bâtiments agricoles font bientôt occuper la face opposée du rang (Les cartes topographiques d’aujourd’hui démontrent toujours une grande occupation privilégiant la partie ouest du rang VI, ce qui correspond à la partie habituellement occupé dans les lots). Nous pouvons constater qu’avec les années le nombre d’agriculteur tend à se maintenir. Par contre, la superficie de certaine terre elle prend de l’expansion. Le nombre d’hectare prend de l’expansion et cela dès les années 1940. Certaines fermes semblent vouées à une production nécessitant une plus grande superficie de terre notamment les productions laitières. Le terrain en pente rend difficile l’exploitation uniforme des terres d’où la dispersion de zones cultivées vis-à-vis des zones incultes ou laissée en friche. En général, les champs dominent le paysage et nous pouvons apercevoir l’orée d’une forêt à la limite de l’aménagement agricole. Une autre forme régulière est bien présente dans l’environnement du rang est la clôture et les tas de roches accumulés par des années de travail au champ. Les techniques d’arpentages nouvelles via satellite a mis en lumière certaine lacune des méthodes de localisation d’autrefois. La terre était souvent mieux décrite par un tel qui avait connu monsieur X qui avait fait l’achat d’une parcelle à un dénommé Y.

    Toutes ces transactions sont bien sûr manuscrites et notariés mais la description d’une terre tient souvent du folklore que d’une science exacte. La clôture est ce qui se retrouve dans l’ensemble du rang de campagne. Le rang VI n’échappe pas à cette règle. L’importance de garder le bétail bien à sa place et aussi de ne pas empiéter sur la terre d’à coté à toute son importance. L’imagerie satellite a permit de reconsidérer la situation des balises et de transférer des parties de terres occupées par défaut ou par habitude. Pour ce qui est des amas de roche, nous pouvons les retrouver entre deux champs cultivables ou tout simplement largué directement à l’entrée d’un bois. La terre parfois argileuse peut être la cause de grand problème lorsque celle-ci réussit à sortir de son lit et dévale une pente ou une cote. D’immense amas de terre viennent à l’occasion ensevelir des parties complètes de routes lors de pluie très forte. La ville ayant une certaine responsabilité envers le monde rural de sa localité doit veiller à aménager et sécuriser des endroits pouvant être sujet à ce genre de désastre. L’hiver est aussi une époque pouvant démontrer l’implication du monde urbain à la campagne. Les terres libres font des surfaces idéales pour les grands vents qui rapidement ensevelissent le rang de grand banc de neige. La voirie municipale a l’obligation de garder ouvert ces routes secondaires dont fait partie le vent.

    Finalement, dans le processus d’appropriation du territoire, une seconde génération d’agriculteur va souvent bâtir une seconde maisonnée sur la terre pour débuter une nouvelle famille. Des entrepreneurs divers vont s’établir sur les terres de leur parent et y ouvrir des entrepôt ou des ateliers de travail qui sont connexes au monde agricole (mécanique, électricité, serres). Les terres vont être rapiécée et vendu à des fermiers avoisinant faisant des terres de plus en larges ou très exigus. Des fermes vont aussi subir des phases de transitions passant de fermes laitières, à ferme d’élevage, à terre à céréales pour finalement être loué à des agriculteurs locaux ou bien vendu à des fermiers immigrants. En résumé, le rang est l’extension de la ville, il est témoin de la dynamique entre monde urbain et rural et il dispose de sa propre spécificité. Ce que nous observons dans les campagnes québécoises n’est que le reflet d’un monde en constante évolution.

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  • Un commentaire

    Bonjour !

    Splendide blancheur de l’esprit et du coeur telle que le veut dame nature avec son agriculture qui inspirent les savants à faire déduire qu’il y a lieu de disposer d’une culture.

    Joyeux Noël !

    Larbi dit Ahmed Salah

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