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La t?te ? Toto

J?attends, la boule au ventre, de d?couvrir l?affiche ultime?: Kad Merad ou Clovis Cornillac dans le r?le de J?sus, Deneuve en Vierge Marie d?ment gain?e, lift?e et botox?e, Arielle Dombasle en Salom? de quatorze ans dans une combinaison en latex. La derni?re Madeleine en vogue ? l?in?luctable M?lanie Laurent par exemple ? viendrait nous baragouiner un cantique R&B tout pourri pour la bande originale. Bref, je me pr?pare au pire ? qui ne saurait tarder – pour me brouiller d?finitivement avec le cin?ma fran?ais.

La liste est longue de ces courts ou longs m?trages qui nous infligent de mani?re? r?currente un J?sus touristique, d?barqu? d?un camping-car et buvant son coca light entre deux prises. Le matin, s?ance de p?dicure et raccord des sandales, ? midi, rail de schnouf pour une mise en jambes avant de bricoler une charpente ou parcourir la Jud?e. Sans oublier que le lendemain, le Messie d?hier se retrouve dans la peau d?un gigolo ou d?un serial killer. Vous lui tendriez un sucre d?orge qu?il se transformerait en Lolita.

Pour un chr?tien qui a la foi, qu?il soit protestant, catholique ou orthodoxe, incarner le Christ sur sc?ne ou ? l??cran est un concept un peu bizarre oscillant entre inconscience et sacril?ge. L?incarnation de Dieu, annex?e par un autre corps (celui d?un saltimbanque) et projet?e dans un contexte contraire ? l?originel (celui du divertissement) provoque un certain embarras. Ce moment de flottement se dissipe, une fois trouv?es, le temps du spectacle, ses nouvelles marques, mais il laisse toujours une impression d?arnaque, de personnage cuit et recuit, d?usurpateur assum? et sans-g?ne. Fourrer le Roi des rois, la Lumi?re de lumi?re, dans le corps d?un com?dien – c?est-?-dire d?un simulateur rompu ? toutes les singeries qu?on exige de lui – est comme introduire la puissance d?un laser atomique dans une mini-ampoule de porte-cl?s publicitaire. Va donc trouver le chef ?lectro conciliant?

Chaque chr?tien qui a la foi ? et m?me celui qui ne l?a pas, ou ne l?a plus ? s?est fa?onn? son propre Christ. Sa relation personnelle ? lui, quoique partiellement construite sur des conventions qu?il aura plus ou moins maintenues, reste unique, irrempla?able, bas?e sur des habitudes culturelles, une vie int?rieure montante ou au point mort, des degr?s de sensibilit? divers, des exp?riences physiques, psychiques et sentimentales ? m?me de nourrir ou d??teindre une ineffable et inexplicable confiance en l?immortalit? de l??me et la r?surrection de la chair. Le Christ universel se d?multiplie suivant le nombre de ses disciples sur terre et se conforme ? chacun d?eux?: soit environ deux milliards et demi de variantes, sans oublier celles que l?on trouve en p?riph?rie, imagin?es par les non-chr?tiens. Et comme personne ne sait ? quoi il ressemblait au d?part, il est permis de se l?cher.

Les fresques au kilom?tre et les tonnes d?ensembles sculpt?s – cette ??Bible des pauvres?? charg?e d?instruire ceux qui n?avaient pas acc?s aux textes ? d?corent des ?glises et des cath?drales et s?inscrivent dans un corpus plus ou moins r?glement? si l?on tient compte des nombreuses controverses et remaniements sur les ?uvres (gueule d?ivrogne ou type pl?b?ien parmi les ap?tres, n?gre, mongolien ou avorton autour de l?agneau pascal, organes g?nitaux un peu trop en relief sur une descente de Croix, saintes suggestives aux yeux de merlan frit, etc.). Si la repr?sentation physique du Christ s?impose au d?but comme une forme de cat?ch?se, elle offre de plus en plus ? l?artiste un support ? son inspiration et au d?veloppement de ses techniques. Nombre de peintres s?emballeront, essuyant maints scandales mais faisant avancer le schmilblick par des audaces, des innovations et parfois des truquages qui deviendront un style, puis une ?cole, avant de finalement s?embourgeoiser ? l?Acad?mie, pour le meilleur et pour le pire.

J?sus a donc commenc? sa carri?re picturale au d?but du III?me si?cle de notre ?re, sous la forme d?un poisson [1]. Il ?tait inenvisageable, pour les premiers chr?tiens, de lui donner une t?te et des jambes comme n?importe quel zozo crois? ? l?agora ou au souk. Les Evangiles ne mentionnent jamais son apparence physique et les premiers P?res de l?Eglise, impr?gn?s de juda?sme, r?pugnaient ? repr?senter la forme humaine par peur de verser dans l?idol?trie (l?adoration d?un totem). Seuls comptaient la Parole, le Verbe, le Logos, la Bonne Nouvelle r?volutionnaire. Mais le prurit de repr?senter co?te que co?te l?incarnation de Dieu balaya l?abstinence?: on dessina timidement, du fond des catacombes, un jeune homme ? l?allure d?Herm?s [2], figure famili?re des populations pa?ennes et permettant de faire habilement le lien entre les uns et les autres. Mais le temps b?ni du martyre et du secret ne dura pas. Le christianisme remonta de sa cave et devint religion officielle de l?Empire au IV?me si?cle, inaugurant ainsi un nouvel arsenal iconographique pr?t ? faire flor?s. Les images devaient impressionner, servir la souverainet? du c?sar comme insister sur la puissance christique, en laissant, pour lier la cause ? l?effet, un trait d?union s?inscrire entre eux. J?sus devint alors une esp?ce de prince imp?rial au teint mat et aux longs cheveux bruns que l?on agr?menta par la suite d?une barbe et d?un peu d??ge, ? la mani?re d?un philosophe antique. Besoin d?avoir une assise plus solide, d??tre vraisemblable sans susciter le moindre soup?on, d?affirmer sa domination terrestre et c?leste? Les Christs pantocrator [3], en gloire et en majest?, t?moignent en tout cas d?un go?t certain pour l?autorit? et le tr?ne. Ce profil gardera ces caract?ristiques qui subsisteront jusqu?? nos jours aussi bien dans le monde de l?art que dans les repr?sentations mentales des fid?les nourries au culte des images. Et ce n?est pas peu dire.

Tant que J?sus restait fig?, on pouvait encore s?en donner ? c?ur joie?: ? partir d?une immobilit?, on tirait ses propres ficelles pour faire bouger la marionnette, la transformer et lui donner un souffle, une pr?sence, une voix qui n?appartiennent qu?? soi. L?, on d?frisait des poils, on bridait un ?il, ici, on fron?ait une tunique et le tour ?tait jou?, nous ?tions projet?s dans un espace m?ditatif vivant et substantiel, parfaitement adapt? ? notre petite zone de confort. Mais quand le cin?ma s?est introduit dans notre p?plum personnel, quand il nous a d?pouill? de notre portion congrue, superpos? ses visions arbitraires sur les n?tres pour nous embrouiller davantage en y ajoutant une bande son, il n?y eut plus d??chappatoire. Un principe totalitaire s?est mis alors ? juguler notre imagination pour nous contraindre ? souffrir celle d?un autre, parfois jusqu?au supplice.

En dehors des technicolors hollywoodiens programm?s ? No?l et ? P?ques ? Benhur, Barabbas, La plus grande Histoire jamais cont?e, etc. ? il existe quelques perles sur la question qui valent d??tre visionn?es, histoire de ne pas mourir idiot. Il y en a pour tous les go?ts?: du plus raisonnable au plus d?jant?, du plus sinistre au plus cocasse, du plus orthodoxe au plus d?viationniste. Comment s?y retrouver entre un Nazar?en godichon d?boulant d?un fourr? en plastique, et celui, incorporel et totalement abscons, d?un maniaque de la gnose?? Entre un Christ si antipathique qu?on lui ficherait bien une claque au petit J?sus-santon, hi?ratique dans ses bandelettes, fra?chement sorti d?une bo?te de Mako moulage ?

Golgotha de Duvivier (1935) participe de ce folklore. Au cin?-club de mon coll?ge, il y a environ trente ans, une fois par mois, nous avions LE film qui devait OBLIGATOIREMENT ?tre vu. Le r?pertoire ?tait vari? mais on y trouvait surtout des classiques – que nous prenions ? l??poque pour des nanards tant le choix de la programmation divergeait de nos int?r?ts imm?diats. C?est ainsi que nous nous retrouv?mes un vendredi, bloqu?s dans la salle de projection, ? l?heure de l??tude, face ? une vie de J?sus en noir et blanc qui nous partagea entre exasp?ration (la cacophonie des trompettes) et ennui mortel, et ce jusqu?au premier gros-plan du h?ros. D?un grand maigre un peu flou ?non?ant d?une voix macabre des paraboles hors de propos, nous d?couvr?mes tout ? coup une trogne impossible qui provoqua en nous un ricanement lib?rateur. Nous ?tions g?n?s, incr?dules devant cette mine patibulaire lorsqu?un plaisantin du dernier rang se mit ? hurler dans le noir?: ??EH?! MAIS C?EST LA T?TE ? TOTO?!??, sorti tel un cri du c?ur et nous faisant ?clater de rire, ? bout de nerfs. De ce J?sus spectral et anorexique, au bord de la perfusion, le cheveu filasse graiss? ? la gomina et l??il fixe hallucin?, qu?avions-nous ? esp?rer sinon une bonne partie de rigolade?? L?hilarit? persista apr?s l?exclusion du farceur puis alla crescendo lors de la crucifixion, quand Robert Le Vigan, dans sa blondeur hirsute de Christ celte, nous infligea son impayable allure de gourou toxico en perruque synth?tique. Les huiles du cin?-club avait fait une erreur de casting?: nous ?tions trop jeunes pour un film trop vieux.

D?autres moments du cin?ma, tout aussi ?tranges, nous perchent ? des cimes vertigineuses, sans filets ni cord?e. En soi, l?extravagance a ses bienfaits, elle ajoute un peu de sel dans la p?t?e ambiante. Mais lorsqu?on assiste, impuissant, ? cette Love Parade sous ecstasy p?rim? qu?est Jesus Christ Superstar (Jewison, 1973), le d?vissage n?est pas loin.

http://www.youtube.com/watch?v=kK4VImbHxAc

Si le sc?nario ob?it ? la mode de l??poque et fait all?geance aux imp?ratifs hippie, on se demande toujours, perplexe, ? qui peut bien s?adresser une com?die musicale. Comme s?il ?tait impossible de raconter une histoire sans devoir tortiller des fesses ou l?cher une trille. Sans compter qu?une sourde angoisse nous ?treint ? l?id?e que la chose soit mont?e par Kamel Ouali au Palais des Congr?s, avec Garou ou Patrick Fiori, et qu?elle abreuve de son jus gluant une foule en transe d?adolescentes ob?ses, fanatis?es par la culture de pointe de la t?l?vision fran?aise.

Mais il faut de tout pour faire un monde. La Passion du Christ de Gibson (2004) par exemple, est l??uvre la plus bouleversante de la s?rie, n?en d?plaisent aux ignares et aux pourfendeurs de cur?s. Trait? sur un mode grandiloquent, ? la mani?re anglo-saxonne, il reste cependant l?un des rares films qui ait su construire un Chemin de Croix cr?dible tout en permettant au chr?tien spectateur de le vivre de l?int?rieur. En bonus, un peu de bonheur?: l?aram?en et le latin (le vrai, avec l?accent) sont utilis?s dans les dialogues ? la place de l?angliche. Moi qui serais pr?te ? tuer pour que les langues mortes (surtout le grec et le ragusain) soient enseign?es d?s la maternelle ? et m?me d?s l?ut?rus – j?exulte. S?ils pouvaient inspirer de nouvelles vocations pour la philologie classique, voire l??pigraphie s?mitique, Gibson et ses linguistes auront fait d?une pierre deux coups?: fabriquer un tr?s beau film tout en rabattant le caquet d?un ramassis de pr?tentiards.

Au-del? de son c?t? m?lo, c?est une ?uvre catholique romaine (et pr?conciliaire) dans le fond et la forme, dans son dolorisme r?dempteur, sa focalisation sur l?expiation des fautes et le rachat par l??preuve. Il emm?ne le public averti dans la pri?re et la m?ditation, dans une intimit? avec Lui impossible ? d?savouer. Il y a des gestes et des regards qui nous rappellent les cartes d?enfants du Vendredi Saint ??? si j?avais ?t? l?? ? pour chacune des quinze Stations, pour les chutes, pour Simon de Cyr?ne et le linge de V?ronique, dirig?s avec justesse par un r?alisateur qui conna?t son sujet. Pas de bavardages conceptuels, de th?ologie incompr?hensible et de rage dogmatique, non plus de ces grenouilleries pudibondes qui parasitent le tableau, mais une relation directe et vivante de l?homme charnel, imparfait mais sinc?re, nourri par sa foi en son rabouni ador?, humain jusqu?? y passer, divin jusqu?? sortir du tombeau comme une fleur au soleil. L?interpr?te de J?sus est ici conforme ? l?iconographie d?usage ? cheveux longs, barbe, nez droit ? ? ceci pr?s qu?il est toujours aga?ant de voir un inconnu forcer les portes de son sanctuaire. Les femmes y sont belles sans pose (Monica Bellucci est une Madeleine ?poustouflante de v?rit?), Satan, androgyne et lunaire, personnifi? par une gr?ce ambigu? tirant vers l??pouvante, rappelle les assauts du doute et de l?angoisse illustr?s ? Geths?mani [4]. L?hyper-violence de quelques sc?nes fr?le parfois le grand guignol mais le parti-pris de montrer un Christ aux outrages, tortur? et agonisant, ne peut faire l??conomie d?un certain r?alisme. Rappelons que se faire crucifier n?est en rien une s?ance de r?flexologie plantaire ni une figure de style jouant les fausses pudeurs. Quant ? la sempiternelle accusation d?antis?mitisme ? le gimmick r?flexe servant d??pouvantail – nul besoin d?en discuter tant elle se r?v?le anachronique, grotesque et us?e. Mais passons?

? pour aller directement au pinacle, au chef-d??uvre, au diamant brut?: L?Evangile selon saint Matthieu (1964) de Pasolini.

Quelqu?un qui ?crit?: ??Une bonne partie de l?antifascisme d?aujourd?hui, ou du moins ce qu?on appelle antifascisme, est soit na?f et stupide soit pr?textuel et de mauvaise foi. En effet, elle combat ou fait semblant de combattre un ph?nom?ne mort et enterr?, arch?ologique, qui ne peut plus faire peur ? personne. C?est en sorte un antifascisme de tout confort et de tout repos. Je suis profond?ment convaincu que le vrai fascisme est ce que les sociologues ont trop gentiment nomm? la soci?t? de consommation ? [5] ne peut qu??tre digne d?estime, et de la plus haute. Voil? un v?ritable chercheur de v?rit? qui n?eut pas besoin de slogans pour se faire entendre. Ne nous arr?tons pas ? son dernier film, Sal? ou les 120 journ?es de Sodome – que j?ai mis plusieurs ann?es ? dig?rer – ni ? son assassinat ? coups de planche de palissade sur une plage pr?s d?Ostie. (Enfin si, nous pourrions nous y arr?ter, mais une autre fois.) La question qui nous int?resse est ce que Pasolini a fait de J?sus – en qui il ne croyait pas ? et comment il a su rapprocher l?int?r?t soutenu d?un public disparate et la validation de l?Eglise officielle (le film est d?ailleurs d?di? au pape Jean XXIII, au grand dam des gauchistes fran?ais de l??poque). La contemplation des hommes et du monde impr?gne chaque plan, chaque visage, chaque regard jusqu?au tr?fonds de chaque ?me par le biais d?un zoom grand angle, utilis? ici pour la premi?re fois et d?o? perce un amour profond, compatissant pour l??tre humain, pour ses faiblesses, ses paradoxes, son imperfection. L?on se prend ? les aimer, ces inconnus, la gorge nou?e par ce qu?ils sont, uniques, pr?cieux et vuln?rables et cette pouss?e nous pique au c?ur de notre foi et nous ram?ne vers sa source et son sommet?: l?amour du prochain avant tout le reste. Ath?e, Pasolini, en bon po?te frioulan, regardait la foi comme l?extension de la po?sie, saluait sa manifestation sinc?re et spontan?e, m?prisait celle convenue, pharisienne et bourgeoise d?une maison qui se respecte. Cette qu?te de la v?rit? dans et par le r?alisme, la difformit? physique, la crudit? profane, rejoint une forme de transcendance proche du mysticisme. Pasolini p?trit la mati?re jusqu?? la purifier, la sublimer. Ce qui nous rebuterait au coin d?une rue ? un goitre, un bec-de-li?vre, des dents g?t?es – nous envahit d?attendrissement dans un fauteuil de cin?ma. Il parvient, par son rejet de l?illustration d?vote, ? nous faire toucher du doigt la v?rit? de la vie, le myst?re de l?incarnation et les voies du salut, loin de toute th?ologie sp?culative. La beaut? et la laideur s?entrem?lent, partagent les m?mes desseins, font v?ritablement corps, au sens litt?ral du terme. Le Christ est non seulement d?une beaut? t?n?breuse, d?un ?clat sombre, mais aussi d?une force tendre et vindicative. Le choix d?acteurs non professionnels accentue le propos du cin?aste?: Enrique Irazoqui dans le r?le d?un J?sus r?volt? est extr?mement troublant, beau, ac?r??; la Vierge mature est jou?e par Susanna Pasolini (la propre m?re de l?auteur) et rappelle, dans sa douleur, les traits grimaciers des personnages de Goya?; l?ange magn?tique aux yeux clairs et aux boucles flottantes s?inscrit dans la tradition picturale du Quattrocento (je pense particuli?rement aux Lippi), la puret? m?tallique de son regard souligne son autorit? malgr? sa jeunesse. Quant aux ap?tres, pratiquement rel?gu?s au rang d?anonymes au m?me titre que la foule, leur tournure de paysans pauvres, charnels et pragmatiques, attach?s ? la terre, n?emp?che pas une vigueur surnaturelle de p?tiller dans leurs yeux.

http://www.youtube.com/v/MSIYaVM234E&fs=1&source=uds&autoplay=1

Autrefois, les myst?res sacr?s ?taient jou?s sur le parvis des ?glises par des paroissiens regroup?s en confr?ries de com?diens b?n?voles. Le r?le de J?sus, de Judas ou de saint Jean se transmettait de g?n?ration en g?n?ration dans les familles d?artisans. Les tableaux successifs constituant les Evangiles ou les vies de saints permettaient d?impliquer les croyants dans une forme d?engagement missionnaire (repr?sentation vivante et didactique), sorte de prolongement de la pri?re personnelle. Le com?dien de m?tier, appoint? pour tous les r?les, et principalement les figures profanes, ?tait d?valoris? au m?me titre que les prostitu?(e)s, exclus des sacrements ? cause de sa pente pour la simulation transform?e en commerce. L??quivoque permanente entre l?individualit? du personnage et celle de son interpr?te [6] est encore plus manifeste lorsqu?il s?agit de profils religieux, v?n?r?s, culturellement int?gr?s jusqu?au plus profond des ?tres. Le Christ au cin?ma n??chappe pas ? cette logique – ?aujourd?hui dans l?inconscient collectif des fid?les – et poursuit cette ambigu?t? malgr? tout le talent des acteurs et le g?nie de ceux qui les dirigent.

 

[1] ICHTHUS d?signe en grec le mot ??poisson?? (cf. p?che miraculeuse) et constitue l?acronyme de ??J?sus Fils de Dieu Sauveur?? (Iesous Christos Th?ous Uios S?ter). La repr?sentation graphique du poisson s?est impos?e chez les premiers chr?tiens.

[2] Herm?s est un dieu de la mythologie grecque, messager et conducteur des ?mes. Le th?me artistique du Bon Pasteur, nom donn? au Christ en r?f?rence au berger des paraboles ?vang?liques, rappelle les repr?sentations d?Herm?s ? l??poque o? l?Eglise ?tait encore clandestine?:? http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/c/c6/Good_shepherd_01_small.jpg Peinture murale, 2nde moiti? du III?me si?cle, catacombes de Sainte-Priscille, Rome.

[3] Le Christ pantocrator (??tout puissant??), abondamment utilis? dans l?art byzantin, le repr?sente dans son corps glorieux apr?s le jugement dernier?:? http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/5/54/Meister_von_Cefal%C3%B9_001.jpg Mosa?que de la cath?drale de Cefal?, Sicile, v. 1150.

[4] L?agonie de J?sus au jardin de Geths?mani : http://passionduchrist.blogspot.com/2005/01/lagonie-de-jsus-au-jardin-de-gethsmani.html

[5] Pasolini, P. P., Ecrits corsaires, Flammarion, 1976).

[6] Voir ? ce sujet Diderot, D., Paradoxe sur le com?dien, Dodo Press, 2009.

Photographies :

William Dafoe dans La Derni?re Tentation du Christ (Scorsese, 1988) et Robert Le Vigan dans Golgotha (Duvivier, 1935).

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2 Commentaire

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    (Y) (Y) Je ne commenterai pas plus, car je n’aurais que du bien à dire et le texte parle par lui-même. Au plaisir de vous lire ici souvent.

    Pierre JC Allard