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La tache est immense

Ne gommons pas le réel

Comment peut-on se laisser fourvoyer de la sorte et prendre sa vessie pour une lanterne qui n’éclaire pas même son chemin ? Le jeune premier, l’illusionniste de la campagne, a oublié de préciser que, lorsqu’un lapin blanc surgit, il sort du chapeau. Dans son discours lénifiant du Louvre, l’homme a oublié de retirer l’accent circonflexe sur ce qui se dressait devant lui : une tache immense et détestable, un pavé dans le marigot électoral, une claque sans précédent aux vieux darons de la République.

La tache en question ce sont d’abord ces dix millions de voix pour le vote de la haine, du rejet, de la colère et du mépris des réalités. Bien sûr, il n’est pas question de montrer du doigt les électeurs tentés par les sirènes fascistes. Ils sont dans une telle désespérance qu’ils se tournent naturellement vers les solutions les plus simplistes, vers le discours le plus clivant et le plus primaire qui soit. Mais, en attendant, ils sont exclus de la cité ; ils ne se reconnaissent plus dans cette démocratie qui ne les écoute jamais, et sont tentés par l’effroyable virus du racisme.

À côté de la tache brune, monsieur le funambule, il vous faudra considérer également le vide, le trou béant qui se dresse devant vous : les abstentionnistes et les électeurs qui ont tourné le dos aux deux têtes d’affiche qui leur étaient proposées. Ceux-là n’en peuvent plus de ce système dont vous êtes l’émanation la plus aboutie ; la caricature qui se prétend le contraire de ce qu’elle est véritablement. Ils ne sont pas dupes et ne seront jamais derrière vous, en dépit même de la terreur exercée par les bien-pensants qui voulaient les contraindre à voter pour vous ; parfois avec un couteau sous la gorge.

Et puis il y a les ratures d’une coalition qui n’était que factuelle, hypocrite et fictive. Ces grands partis qui se sont retrouvés derrière votre nom pour faire barrage, dresser un rempart ou simplement miner le terrain qui se présente à vous, n’espèrent que votre victoire pour en faire une défaite prochaine. Car ils n’ont pas attendu que vous gravissiez avec « gravitude » votre pyramide pour vous descendre à coups de mots de combat pour la prochaine bataille.

Ils seront impitoyables ; et ils représentent la France des barons en place, les élus de terrain, les vieux ringards de la politique, les pensionnés à vie de la République qui ne lâcheront rien ; j’en suis persuadé. Le gentil peuple, celui qui docilement a glissé votre nom dans l’urne, se retournera vers ces notables, capables de tous les mensonges, toutes les trahisons, toutes les forfaitures. Et une fois encore, ils seront élus comme les canailles qui sévissent dans mon département et qui passeront, haut la main, devant vos candidats trop naïfs, trop inexpérimentés pour affronter les rouleaux compresseurs de la Réaction.

Alors, monsieur le triomphateur de l’heure, vous allez vous retrouver avec une chambre ingouvernable, avec des alliés de circonstance qui vont exiger de vous reniements et compromissions, cherchant à se refaire une place au soleil, car c’est leur seule raison d’être. Vous allez vous retrouver pieds et poings liés par des combines dignes de la quatrième République. Ce n’est certes pas la meilleure façon de marcher la tête haute !

Mais bon, vous êtes sur le trône et c’est à vous de vous dépatouiller de cette belle anarchie qui s’annonce. La tache est immense et ne cesse d’entacher cette République dépassée, moribonde que votre victoire ne permettra pas de sauver. La seule sortie de crise, du marasme actuel résidait dans la proposition des insoumis. La nécessité d’une « refondation » totale et drastique de nos institutions ; au lieu de quoi nous allons sombrer dans une pagaille sans nom.

Je vous souhaite bien du courage, monsieur le marcheur. Prenez bien garde à vous retourner souvent ; les poignards s’affûtent et vous allez devenir la cible préférée de vos amis d’hier comme de vos adversaires de toujours. Méfiez-vous surtout des premiers nommés ; ce sont les plus redoutables : ils avancent masqués. Et n’oubliez surtout pas qu’avec le jeu des futures triangulaires et quadrangulaires, le Front National risque fort de sortir, lui aussi, de cet autre chapeau. Vous l’avez dit : « La tache est immense et indélébile ! »

Buvardement sien.

C’est Nabum

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