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La Syrie, centre de la guerre du gaz au Proche-Orient

par Imad Fawzi Shueibi

L?attaque m?diatique et militaire ? l?encontre de la Syrie est directement li?e ? la comp?tition mondiale pour l??nergie, ainsi que l?explique le professeur Imad Shuebi dans l?article magistral que nous publions. ? un moment o? la zone euro menace de s?effondrer, o? une crise ?conomique aigu? a conduit les ?tats-Unis ? s?endetter ? hauteur de 14 940 milliards de dollars, et o? leur influence s?amenuise face aux puissances ?mergentes du BRICS, il devient clair que la cl? de la r?ussite ?conomique et de la domination politique r?side principalement dans le contr?le de l??nergie du XXIe si?cle : le gaz. C?est parce qu?elle se trouve au c?ur de la plus colossale r?serve de gaz de la plan?te que la Syrie est prise pour cible.

? Les guerres du si?cle dernier ?taient celles du p?trole, mais une nouvelle ?re commence, celle des guerres du gaz. ?

Avec la chute de l?Union sovi?tique, les Russes ont r?alis? que la course ? l?armement les avait ?puis?s, surtout en l?absence des approvisionnements d??nergie n?cessaires ? tout pays industrialis?. Au contraire, les USA avaient pu se d?velopper et d?cider de la politique internationale sans trop de difficult?s gr?ce ? leur pr?sence dans les zones p?troli?res depuis des d?cennies. C?est la raison pour laquelle les Russes d?cid?rent ? leur tour de se positionner sur les sources d??nergie, aussi bien p?trole que gaz. Consid?rant que le secteur p?trolier, vu sa r?partition internationale, n?offrait pas de perspectives, Moscou misa sur le gaz, sa production, son transport et sa commercialisation ? grande ?chelle.

Le coup d?envoi fut donn? en 1995, lorsque Vladimir Poutine mis en place la strat?gie de Gazprom : partir des zones gazi?res de la Russie vers l?Azerba?djan, le Turkm?nistan, l?Iran (pour la commercialisation), jusqu?au Proche-Orient. Il est certain que les projets Nord Stream et South Stream t?moigneront devant l?Histoire du m?rite et des efforts de Vladimir Poutine pour ramener la Russie dans l?ar?ne internationale et peser sur l??conomie europ?enne puisqu?elle d?pendra, durant des d?cennies ? venir, du gaz comme alternative ou compl?ment du p?trole, avec cependant une nette priorit? pour le gaz. ? partir de l?, il devenait urgent pour Washington de cr?er le projet concurrent Nabucco, pour rivaliser avec les projets russes et esp?rer jouer un r?le dans ce qui va d?terminer la strat?gie et la politique pour les cents prochaines ann?es.

Le fait est que le gaz sera la principale source d??nergie du 21?me si?cle, ? la fois comme alternative ? la baisse des r?serves mondiales de p?trole, et comme source d??nergie propre. Par cons?quent, le contr?le des zones gazi?res du monde par les anciennes et les nouvelles puissance est ? la base d?un conflit international dont les manifestation sont r?gionales.

De toute ?vidence, la Russie a bien lu les cartes et a bien retenu la le?on du pass?, car c?est le manque de contr?le au niveau des ressources ?nerg?tiques globales, indispensables ? l?injection de capital et d??nergie dans la structure industrielle, qui fut ? l?origine de l?effondrement de l?Union Sovi?tique. De m?me la Russie a assimil? que le gaz serait la ressource ?nerg?tique du si?cle ? venir.

Historique du grand jeu gazier

Une premi?re lecture de la carte du gaz r?v?le que celui-ci est localis? dans les r?gions suivantes, en termes de gisements et d?acc?s aux zones de consommation :

  1. Russie : Vyborg et Beregvya
  2. Annex? ? la Russie : Turkm?nistan
  3. Environs plus ou moins imm?diats de la Russie : Azerba?djan et Iran
  4. Pris ? la Russie : G?orgie
  5. M?diterran?e orientale : Syrie et Liban
  6. Qatar et ?gypte.
carte des gisements de gaz et de p?trole, des infrastructures ainsi que des gazoducs et ol?oducs du Moyen-Orient

Moscou s?est h?t? de travailler sur deux axes strat?giques : le premier est la mise en place d?un projet sino-russe ? long terme s?appuyant sur la croissance ?conomique du Bloc de Shanghai ; le deuxi?me visant ? contr?ler les ressources de gaz. C?est ainsi que furent jet?es les bases des projets South Stream et Nord Stream, faisant face au projet ?tasunien Nabucco, soutenu par l?Union europ?enne, qui visait le gaz de la mer Noire et de l?Azerba?djan. S?ensuivit entre ces deux initiatives une course strat?gique pour le contr?le de l?Europe et des ressources en gaz.

Pour la Russie :

Le projet Nord Stream relie directement la Russie ? l?Allemagne en passant ? travers la mer Baltique jusqu?? Weinberg et Sassnitz, sans passer par la Bi?lorussie.

Le projet South Stream commence en Russie, passe ? travers la la mer Noire jusqu?? la Bulgarie et se divise entre la Gr?ce et le sud de l?Italie d?une part, et la Hongrie et l?Autriche d?autre part.

Pour les ?tats-Unis :

Le projet Nabucco part d?Asie centrale et des environs de la Mer Noire, passe par la Turquie o? se situent les infrastructures de stockage, puis parcours la Bulgarie, traverse la Roumanie, la Hongrie, arrive en Autriche et de l? se dirige vers la R?publique Tch?que, la Croatie, la Slov?nie et l?Italie. Il devait ? l?origine passer en Gr?ce, mais cette id?e avait ?t? abandonn?e sous la pression turque.

Nabucco ?tait cens? concurrencer les projets russes. Initialement pr?vu pour 2014, il a d? ?tre repouss? ? 2017 en raison de difficult?s techniques. ? partir de l?, la bataille du gaz a tourn? en faveur du projet russe, mais chacun cherche toujours ? ?tendre son projet ? de nouvelles zones.

Cela concerne d?une part le gaz iranien, que les ?tats-Unis voulaient voir venir renforcer le projet Nabucco en rejoignant le point de groupage de Erzurum, en Turquie ; et de l?autre le gaz de la M?diterran?e orientale : Syrie, Liban, Isra?l.

Or en juillet 2011, l?Iran a sign? divers accords concernant le transport de son gaz via l?Irak et la Syrie. Par cons?quent, c?est d?sormais la Syrie qui devient le principal centre de stockage et de production, en liaison avec les r?serves du Liban. C?est alors un tout nouvel espace g?ographique, strat?gique et ?nerg?tique qui s?ouvre, comprenant l?Iran, l?Irak, la Syrie et le Liban. Les entraves que ce projet subit depuis plus d?un an donnent un aper?u du niveau d?intensit? de la lutte qui se joue pour le contr?le de la Syrie et du Liban. Elles ?clairent du m?me coup le r?le jou? par la France, qui consid?re la M?diterran?e orientale comme sa zone d?influence historique, devant ?ternellement servir ses int?r?ts, et o? il lui faut rattraper son absence depuis la Seconde Guerre mondiale. En d?autres termes, la France veut jouer un r?le dans le monde du gaz o? elle a acquis en quelque sorte une ? assurance maladie ? en Libye et veut d?sormais une ? assurance-vie ? ? travers la Syrie et le Liban.

Quant ? la Turquie, elle sent qu?elle sera exclue de cette guerre du gaz puisque le projet Nabucco est retard? et qu?elle ne fait partie d?aucun des deux projets South Stream et Nord Stream ; le gaz de la M?diterran?e orientale semble lui ?chapper inexorablement ? mesure qu?il s??loigne de Nabucco.

L?axe Moscou-Berlin

Pour ses deux projets, Moscou a cr?? la soci?t? Gazprom dans les ann?es 1990. L?Allemagne, qui voulait se lib?rer une fois pour toutes des r?percussions de la Seconde Guerre mondiale, se pr?para ? en ?tre partie prenante ; que ce soit en mati?re d?installations, de r?vision du pipeline Nord, ou de lieux de stockage pour la ligne South Stream au sein de sa zone d?influence, particuli?rement en Autriche.

La soci?t? Gazprom a ?t? fond?e avec la collaboration de Hans-Joachim Gornig, un allemand proche de Moscou, ancien vice-pr?sident de la compagnie allemande de p?trole et de gaz industriels qui a supervis? la construction du r?seau de gazoducs de la RDA. Elle a ?t? dirig?e jusqu?en octobre 2011 par Vladimir Kotenev, ancien ambassadeur de Russie en Allemagne.

Gazprom a sign? nombre de transactions avec des entreprises allemandes, au premier rang desquelles celles coop?rant avec Nord Stream, tels les g?ants E.ON pour l??nergie et BASF pour les produits chimiques ; avec pour E.ON des clauses garantissant des tarifs pr?f?rentiels en cas de hausse des prix, ce qui revient en quelque sorte ? une subvention ? politique ? des entreprises du secteur ?nerg?tique allemand par la Russie.

Moscou a profit? de la lib?ralisation des march?s europ?ens du gaz pour les contraindre ? d?connecter les r?seaux de distribution des installations de production. La page des affrontements entre la Russie et Berlin ?tant tourn?e, d?buta alors une phase de coop?ration ?conomique bas?e sur l?all?gement du poids de l??norme dette pesant sur les ?paules de l?Allemagne, celle d?une Europe surendett?e par le joug ?tasunien. Une Allemagne qui consid?re que l?espace germanique (Allemagne, Autriche, R?publique Tch?que, Suisse) est destin? ? devenir le c?ur de l?Europe, mais n?a pas ? supporter les cons?quences du vieillissement de tout un continent, ni celle de la chute d?une autre superpuissance.

Les initiatives allemandes de Gazprom comprennent le joint-venture de Wingas avec Wintershall, une filiale de BASF, qui est le plus grand producteur de p?trole et de gaz d?Allemagne et contr?le 18 % du march? du gaz. Gazprom a donn? ? ses principaux partenaires allemands des participations in?gal?es dans ses actifs russes. Ainsi BASF et E.ON contr?lent chacune pr?s d?un quart des champs de gaz Loujno-Roussko?? qui alimenteront en grande partie Nord Stream ; et ce n?est donc pas une simple co?ncidence si l?homologue allemand de Gazprom, appel? ? le Gazprom germanique ?, ira jusqu?? poss?der 40 % de la compagnie autrichienne Austrian Centrex Co, sp?cialis?e dans le stockage du gaz et destin?e ? s??tendre vers Chypre.

Une expansion qui ne plait certainement pas ? la Turquie qui a cruellement besoin de sa participation au projet Nabucco. Elle consisterait ? stocker, commercialiser, puis transf?rer 31 puis 40 milliards de m? de gaz par an ; un projet qui fait qu?Ankara est de plus en plus inf?od? aux d?cisions de Washington et de l?OTAN, d?autant plus que son adh?sion ? l?Union europ?enne a ?t? rejet?e ? plusieurs reprises.

Les liens strat?giques li?s au gaz d?terminent d?autant plus la politique que Moscou exerce un lobbying sur le Parti social-d?mocrate allemand en Rh?nanie-du-Nord-Westphalie, base industrielle majeure et centre du conglom?rat allemand RWE, fournisseur d??lectricit? et filiale d?E.ON.

Cette influence a ?t? reconnue par Hans-Joseph Fell, responsable des politiques ?nerg?tiques chez les Verts. Selon lui quatre soci?t?s allemandes li?es ? la Russie jouent un r?le majeur dans la d?finition de la politique ?nerg?tique allemande. Elles s?appuient sur le Comit? des relations ?conomiques de l?Europe de l?Est ?c?est-?-dire sur des entreprises en contact ?conomique ?troit avec la Russie et les pays de l?ex Bloc sovi?tique?, qui dispose d?un r?seau tr?s complexe d?influence sur les ministres et l?opinion publique. Mais en Allemagne, la discr?tion reste de mise quant ? l?influence grandissante de la Russie, partant du principe qu?il est hautement n?cessaire d?am?liorer la ? s?curit? ?nerg?tique ? de l?Europe.

Il est int?ressant de souligner que l?Allemagne consid?re que la politique de l?Union europ?enne pour r?soudre la crise de l?euro pourrait ? terme g?ner les investissements germano-russes. Cette raison, parmi d?autres, explique pourquoi elle traine pour sauver l?euro plomb? par les dettes europ?ennes, alors m?me que le bloc germanique pourraient, ? lui seul, supporter ces dettes. De plus, ? chaque fois que les Europ?ens s?opposent ? sa politique vis-?-vis de la Russie, elle affirme que les plans utopiques de l?Europe ne sont pas r?alisables et pourraient pousser la Russie ? vendre son gaz en Asie, mettant en p?ril la s?curit? ?nerg?tique europ?enne.

Ce mariage des int?r?ts germano-russes s?est appuy? sur l?h?ritage de la Guerre froide, qui fait que trois millions de russophones vivent en Allemagne, formant la deuxi?me plus importante communaut? apr?s les Turcs. Poutine ?tait ?galement adepte de l?utilisation du r?seau des anciens responsables de la RDA, qui avaient pris soin des int?r?ts des compagnies russes en Allemagne, sans parler du recrutement d?ex-agents de la Stasi. Par exemple, les directeurs du personnel et des finances de Gazprom Germania, ou encore le directeur des finances du Consortium Nord Stream, Warnig Matthias qui, selon le Wall Street Journal, aurait aid? Poutine ? recruter des espions ? Dresde lorsqu?il ?tait jeune agent du KGB. Mais il faut le reconnaitre, l?utilisation par la Russie de ses anciennes relations n?a pas ?t? pr?judiciable ? l?Allemagne, car les int?r?ts des deux parties ont ?t? servis sans que l?une ne domine l?autre.

Le projet Nord Stream, le lien principal entre la Russie et l?Allemagne, a ?t? inaugur? r?cemment par un pipeline qui a co?t? 4,7 milliards d?euros. Bien que ce pipeline relie la Russie et l?Allemagne, la reconnaissance par les Europ?ens qu?un tel projet garantissait leur s?curit? ?nerg?tique a fait que la France et la Hollande se sont h?t?es de d?clarer qu?il s?agissait bien l? d?un projet ? europ?en ?. ? cet ?gard, il est bon de mentionner que M. Lindner, directeur ex?cutif du Comit? allemand pour les relations ?conomiques avec les pays de l?Europe de l?Est a d?clar?, sans rire, que c??tait bien ? un projet europ?en et non pas allemand, et qu?il n?enfermerait pas l?Allemagne dans une plus grande d?pendance vis-?-vis de la Russie ?. Une telle d?claration souligne l?inqui?tude que suscite l?accroissement de l?influence Russe en l?Allemagne ; il n?en demeure pas moins que le projet Nord Stream est structurellement un plan moscovite et non pas europ?en.

Les Russes peuvent paralyser la distribution de l??nergie en Pologne dans plusieurs pays comme bon leur semblent, et seront en mesure de vendre le gaz au plus offrant. Toutefois, l?importance de l?Allemagne pour la Russie r?side dans le fait qu?elle constitue la plate-forme ? partir de laquelle elle va pouvoir d?velopper sa strat?gie continentale ; Gazprom Germania d?tenant des participations dans 25 projets crois?s en Grande-Bretagne, Italie, Turquie, Hongrie et d?autres pays. Cela nous am?ne ? dire que Gazprom ? apr?s un certain temps ? est destin?e ? devenir l?une des plus importantes entreprises au monde, sinon la plus importante.

Dessiner une nouvelle carte de l?Europe, puis du monde

Les dirigeants de Gazprom ont non seulement d?velopp? leur projet, mais ils ont aussi fait en sorte de contrer Nabucco. Ainsi, Gazprom d?tient 30 % du projet consistant ? construire un deuxi?me pipeline vers l?Europe suivant ? peu pr?s le m?me trajet que Nabucco ce qui est, de l?aveu m?me de ses partisans, un projet ? politique ? destin? ? montrer sa force en freinant, voire en bloquant le projet Nabucco. D?ailleurs Moscou s?est empress? d?acheter du gaz en Asie centrale et en mer Caspienne dans le but de l??touffer, et de ridiculiser Washington politiquement, ?conomiquement et strat?giquement par la m?me occasion.

Gazprom exploite des installations gazi?res en Autriche, c?est-?-dire dans les environs strat?giques de l?Allemagne, et loue aussi des installations en Grande-Bretagne et en France. Toutefois, ce sont les importantes installations de stockage en Autriche qui serviront ? redessiner la carte ?nerg?tique de l?Europe, puisqu?elles alimenteront la Slov?nie, la Slovaquie, la Croatie, la Hongrie, l?Italie et l?Allemagne. ? ces installations, il faut ajouter le centre de stokage de Katrina, que Gazprom construit en coop?ration avec l?Allemagne, afin de pouvoir exporter le gaz vers les grands centres de consommation de l?Europe de l?ouest.

Gazprom a mis en place une installation commune de stockage avec la Serbie afin de fournir du gaz ? la Bosnie-Herz?govine et ? la Serbie elle-m?me. Des ?tudes de faisabilit? ont ?t? men?es sur des modes de stockage similaires en R?publique Tch?que, Roumanie, Belgique, Grande-Bretagne, Slovaquie, Turquie, Gr?ce et m?me en France. Gazprom renforce ainsi la position de Moscou, fournisseur de 41 % des approvisionnements gaziers europ?ens. Ceci signifie un changement substantiel dans les relations entre l?Orient et l?Occident ? court, moyen et long terme. Cela annonce ?galement un d?clin de l?influence ?tats-unienne, par boucliers antimissiles interpos?s, voyant l??tablissement d?une nouvelle organisation internationale, dont le gaz sera le pilier principal. Enfin cela explique l?intensification du combat pour le gaz de la c?te Est de la M?diterran?e au Proche-Orient.

Nabucco et la Turquie en difficult?

Nabucco devait acheminer du gaz sur 3 900 kilom?tres de la Turquie vers l?Autriche et ?tait con?u pour fournir 31 milliards de m?tres cubes de gaz naturel par an depuis le Proche-Orient et le bassin caspien vers les march?s europ?ens. L?empressement de la coalition OTAN-?tats-unis-France ? mettre fin aux obstacles qui s??levaient contre ses int?r?ts gaziers au Proche-Orient, en particulier en Syrie et au Liban, r?side dans le fait qu?il est n?cessaire de s?assurer la stabilit? et la bienveillance de l?environnement lorsqu?il est question d?infrastructures et d?investissement gaziers. La r?ponse syrienne f?t de signer un contrat pour transf?rer vers son territoire le gaz iranien en passant par l?Irak. Ainsi, c?est bien sur le gaz syrien et libanais que se focalise la bataille, alimentera t-il Nabucco ou South Stream ?

Le consortium Nabucco est constitu? de plusieurs soci?t?s : allemande (REW), autrichienne (OML), turque (Botas), bulgare (Energy Company Holding), et roumaine (Transgaz). Il y a cinq ans, les co?ts initiaux du projet ?taient estim?es ? 11,2 milliards de dollars, mais ils pourraient atteindre 21,4 milliards de dollars d?ici 2017. Ceci soul?ve de nombreuses questions quant ? sa viabilit? ?conomique ?tant donn? que Gazprom a pu conclure des contrats avec diff?rentes pays qui devaient alimenter Nabucco, lequel ne pourrait plus compter que sur les exc?dents du Turkm?nistan, surtout depuis les tentatives infructueuses de mainmise sur le gaz iranien. C?est l?un des secrets m?connus de la bataille pour l?Iran, qui a franchi la ligne rouge dans son d?fi aux USA et ? l?Europe, en choisissant l?Irak et la Syrie comme trajets de transport d?une partie de son gaz.

Ainsi, le meilleur espoir de Nabucco demeure dans l?approvisionnement en gaz d?Azerba?djan et le gisement Shah Deniz, devenu presque la seule source d?approvisionnement d?un projet qui semble avoir ?chou? avant m?me d?avoir d?but?. C?est ce que r?v?le l?acc?l?ration des signatures de contrats pass?s par Moscou pour le rachat de sources initialement destin?es ? Nabucco, d?une part, et les difficult?s rencontr?es pour imposer des changements g?opolitiques en Iran, en Syrie et au Liban d?autre part. Ceci au moment o? la Turquie s?empresse de r?clamer sa part du projet Nabucco, soit par la signature d?un contrat avec l?Azerba?djan pour l?achat de 6 milliards de m?tres cubes de gaz en 2017, soit par l?annexion de la Syrie et du Liban avec l?espoir de faire obstacle au transit du p?trole iranien ou de recevoir une part de la richesse gazi?re libano-syrienne. Apparemment une place dans le nouvel ordre mondial, celui du gaz ou d?autre chose, passe par rendre un certain nombre de service, allant de l?appui militaire jusqu?? l?h?bergement du dispositif strat?gique de bouclier antimissiles.

Ce qui constitue peut-?tre la principale menace pour Nabucco, c?est la tentative russe de le faire ?chouer en n?gociant des contrats plus avantageux que les siens en faveur de Gazprom pour North Stream et South Stream ; ce qui invaliderait les efforts des ?tats-Unis et de l?Europe, diminuerait leur influence, et bousculerait leur politique ?nerg?tique en Iran et/ou en M?diterran?e. En outre, Gazprom pourrait devenir l?un des investisseurs ou exploitants majeurs des nouveaux gisements de gaz en Syrie ou au Liban. Ce n?est pas par hasard que le 16 ao?t 2011, le minist?re syrien du P?trole ? annonc? la d?couverte d?un puits de gaz ? Qara, pr?s de Homs. Sa capacit? de production serait de 400 000 m?tres cubes par jour (146 millions de m?tres cubes par an), sans m?me parler du gaz pr?sent dans la M?diterran?e.

Les projets Nord Stream et South Stream ont donc r?duit l?influence politique ?tasunienne, qui semble d?sormais ? la tra?ne. Les signes d?hostilit? entre les ?tats d?Europe centrale et la Russie se sont att?nu?s ; mais la Pologne et les ?tats-Unis ne semblent pas dispos?s ? renoncer. En effet, fin octobre 2011, ils ont annonc? le changement de leur politique ?nerg?tique suite ? la d?couverte de gisements de charbon europ?ens qui devraient diminuer la d?pendance vis-?-vis de la Russie et du Proche-Orient. Cela semble ?tre un objectif ambitieux mais ? long terme, en raison des nombreuses proc?dures n?cessaires avant commercialisation ; ce charbon correspondant ? des roches s?dimentaires trouv?es ? des milliers de m?tres sous terre et n?cessitant des techniques de fracturation hydraulique sous haute pression pour lib?rer le gaz, sans compter les risques environnementaux.

Participation de la Chine

La coop?ration sino-russe dans le domaine ?nerg?tique est le moteur du partenariat strat?gique entre les deux g?ants. Il s?agit, selon les experts, de la ? base ? de leur double v?to r?it?r? en faveur de la Syrie.

Cette coop?ration ne concerne pas seulement l?approvisionnement de la Chine ? des conditions pr?f?rentielles. La Chine est amen?e ? s?impliquer directement dans la distribution du gaz via l?acquisition d?actifs et d?installations, en plus d?un projet de contr?le conjoint des r?seaux de distribution. Parall?lement, Moscou affiche sa souplesse concernant le prix du gaz, sous r?serve d??tre autoris? ? acc?der au tr?s profitable march? int?rieur chinois. Il a ?t? convenu, par cons?quent, que les experts russes et chinois travailleraient ensemble dans les domaines suivants : ? La coordination des strat?gies ?nerg?tiques, la pr?vision et la prospection, le d?veloppement des march?s, l?efficacit? ?nerg?tique, et les sources d??nergie alternative ?.

D?autres int?r?ts strat?giques communs concernent les risques encourus face au projet du ? bouclier antimissiles ? US. Non seulement Washington a impliqu? le Japon et la Cor?e du Sud mais, d?but septembre 2011, l?Inde a aussi ?t? invit?e ? en devenir partenaire. En cons?quence, les pr?occupations des deux pays se croisent au moment o? Washington relance sa strat?gie en Asie centrale, c?est-?-dire, sur la Route de la soie. Cette strat?gie est la m?me que celle lanc?e par George Bush (projet de Grande Asie centrale) pour y faire reculer l?influence de la Russie et de la Chine en collaboration avec la Turquie, r?soudre la situation en Afghanistan d?ici 2014, et imposer la force militaire de l?OTAN dans toute la r?gion. L?Ouzb?kistan a d?j? laiss? entendre qu?il pourrait accueillir l?OTAN, et Vladimir Poutine a estim? que ce qui pourrait d?jouer l?intrusion occidentale et emp?cher les USA de porter atteinte ? la Russie serait l?expansion de l?espace Russie-Kazakhtan-Bi?lorussie en coop?ration avec P?kin.

Cet aper?u des m?canismes de la lutte internationale actuelle permet de se faire une id?e du processus de formation du nouvel ordre international, fond? sur la lutte pour la supr?matie militaire et dont la cl? de voute est l??nergie, et en premier lieu le gaz.

Le gaz de la Syrie

Quand Isra?l a entrepris l?extraction de p?trole et de gaz ? partir de 2009, il ?tait clair que le bassin M?diterran?en ?tait entr? dans le jeu et que, soit la Syrie serait attaqu?e, soit toute la r?gion pourrait b?n?ficier de la paix, puisque le 21?me si?cle est suppos? ?tre celui de l??nergie propre.

Selon le Washington Institute for Near East Policy (WINEP, le think tank de l?AIPAC), le bassin m?diterran?en renferme les plus grandes r?serves de gaz et c?est en Syrie qu?il y aurait les plus importantes. Ce m?me institut a aussi ?mis l?hypoth?se que la bataille entre la Turquie et Chypre allait s?intensifier du fait de l?incapacit? Turque ? assumer la perte du projet Nabucco (malgr? le contrat sign? avec Moscou en d?cembre 2011 pour le transport d?une partie du gaz de South Stream via la Turquie).

La r?v?lation du secret du gaz syrien fait prendre conscience de l??normit? de l?enjeu ? son sujet. Qui contr?le la Syrie pourrait contr?ler le Proche-Orient. Et ? partir de la Syrie, porte de l?Asie, il d?tiendra ? la cl? de la Maison Russie ?, comme l?affirmait la Tsarine Catherine II, ainsi que celle de la Chine, via la Route de la soie. Ainsi, il serait en capacit? de dominer le monde, car ce si?cle est le Si?cle du Gaz.

C?est pour cette raison que les signataires de l?accord de Damas, permettant au gaz iranien de passer ? travers l?Irak et d?acc?der ? la M?diterran?e, ouvrant un nouvel espace g?opolitique et coupant la ligne de vie de Nabucco, avaient d?clar? ? La Syrie est la cl? de la nouvelle ?re ?.

Imad Fawzi Shueibi

Source: m?canoblog

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