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La strat?gie du confinement (dissident Voice)

William T. Hathaway

Beaucoup d’entre nous se sont faits encercler et bloquer (kettled) pendant des manifestations?: la police nous a enferm?s dans un cordon policier, parqu?s dans un petit espace et emp?ch?s d’aller o? nous voulions aller. Le terme?kettle?est une traduction dekesseln, une tactique militaire allemande consistant ? enfermer l’ennemi dans un mur serr? de soldats et ? l’?puiser progressivement au lieu de l’attaquer directement.

Mais on est aussi encercl? et bloqu? par la police de la pens?e et cela de mani?re plus insidieuse. La strat?gie du confinement est utilis?e sur la sc?ne politique pour emp?cher le d?veloppement et l’expression des ?nergies potentiellement r?volutionnaires. Dans ce cas, ce ne sont pas des cordons de police qui nous emprisonnent, ce sont des institutions qui se pr?tendent progressistes et m?me socialistes. Cette pseudo-gauche d?tourne notre ?nergie vers le soutien du parti D?mocrate alors qu’il faudrait la consacrer ? la formation d’une classe laborieuse militante. Le d?put? d?mocrate du Congr?s, Dennis Kucinich, l’a implicitement reconnu, quand il a dit que sa lutte pour une politique ?trang?re ?tasunienne moins belliciste ?tait une mani?re de garder les militants pour la paix « sous la grande tente » – c’est ? dire le parti D?mocrate. Les D?mocrates aiment bien avoir quelques personnes d’apparence progressiste comme Kucinich dans leurs rangs pour cr?er l’illusion qu’ils sont le parti de changement.

Ils ont aussi des groupes politiques et m?diatiques p?riph?riques qui critiquent souvent leur politique tout en ne cessant d’affirmer que le parti D?mocrate est notre seule chance et qu’en insistant un peu on peut le rendre progressiste. Ils d?pensent toute leur ?nergie ? essayer de convaincre les D?mocrates de se gauchiser. Leur base n’est pas la classe laborieuse mais les professions lib?rales l?g?rement ? gauche qui soutiennent des politiques progressistes parce qu’elles sont dans leur int?r?t. Ils veulent r?duire l’accumulation de richesse op?r?e par les super-riches pour en r?cup?rer le plus possible apr?s en avoir distribu? un peu aux masses pour les faire tenir tranquilles. Comme toute leur classe sociale, ils ont re?u une bonne ?ducation et ont acc?s au pouvoir politique et financier. Ce sont des sp?cialistes de la communication et ils savent se montrer persuasifs. Comme celui du mur de policiers, leur message est clair?: ne bougez pas?! La seule mani?re de changer le syst?me est de l’int?rieur. Il n’y a pas d’alternative.

Pour emp?cher les gens qui sont au bas de l’?chelle de se battre, les bureaucrates syndicaux enferment les travailleurs dans des syndicats pro-capitalistes reli?s au parti D?mocrate. La hi?rarchie syndicale a pour fonction d’emp?cher les travailleurs d’agir de mani?re ind?pendante. Leurs leaders utilisent une rh?torique populiste, mais pour garder leur position privil?gi?e, ils collaborent avec les employeurs pour imposer des conditions de travail toujours plus mauvaises et des salaires toujours plus bas aux travailleurs syndiqu?s.

Le but des groupes politiques et m?diatiques de cette pseudo-gauche et des syndicats est de nous maintenir ? l’int?rieur des institutions capitalistes, ce qui rend nos efforts inutiles. La police nous encercle physiquement et le pseudo-gauche nous encercle mentalement pour nous emp?cher de sortir du syst?me.

« Oeuvrer de l’int?rieur du syst?me » est une strat?gie promue par le syst?me lui-m?me pour d?tourner la demande de changement structurel vers des r?formes superficielles. Mais cette approche graduelle s’est r?v?l?e ?tre un leurre. Les am?liorations dans le domaine des salaires, de la sant? et des retraites obtenues de haute lutte ont ?t? abrog?es autant par des pr?sidents d?mocrates que r?publicains.

Au lieu de parfaire les modestes r?formes de Roosevelt, les D?mocrates les ont sabot?es. Ils ont constamment servi les int?r?ts du capital que ce soit pour des guerres imp?rialistes ou pour exploiter les travailleurs. Quand ils ont laiss? les salaires augmenter dans les ann?es 1950 et 1960, ?a a ?t? principalement pour relancer la consommation int?rieure. Quand ils ont soutenu l’acc?s ?galitaire des femmes et des minorit?s au march? du travail dans les ann?es 1970 et 1980, ?a a ?t? surtout pour permettre aux entreprises d’annuler les augmentations de salaires ant?rieures.

Ce n’est pas seulement la cupidit? qui est ? l’origine des comportements r?pr?hensibles des entreprises. C’est le syst?me qui le veut. Baisser le co?t du travail est la seule mani?re de maintenir une position dominante face ? la comp?tition de la main d’oeuvre bon march? des puissances industrielles ?mergentes comme la Chine ou l’Inde. Les corps constitu?s transf?rent la pression ?conomique sur les travailleurs. Ils ont baiss? les salaires ? tel point que les jeunes travailleurs gagnent moins que leurs parents au m?me ?ge. Le seul « progr?s » est que maintenant nous sommes tous ? ?galit? dans la course pour un job pourri.

les D?mocrates ont men? les attaques contre les travailleurs quand ils ?taient au pouvoir et les ont soutenues quand ils ?taient dans l’opposition. Les leaders syndicaux se sont entendus pour trahir leurs membres. Pendant tout ce processus la pseudo-gauche a caquet? sa d?sapprobation tout en continuant ? soutenir les D?mocrates. Et tout cela continue aujourd’hui.

Mais de plus en plus de gens commencent ? se lib?rer de ces strat?gies de confinement. L’histoire et notre exp?rience quotidienne nous montrent que nous avons ?t? r?duits ? l’impuissance par des mensonges. Il est devenu ?vident que le capitalisme ne peut pas offrir une prosp?rit? durable aux travailleurs. Ses profits doivent toujours augmenter, et il y a trois moyens d’y arriver?: exploiter notre travail en nous payant moins que la valeur que nous avons ajout?e au produit?; inventer de nouvelles mani?res de r?duire les co?ts?; accro?tre sa zone de chalandise. Maintenant que les deux derni?res m?thodes ont atteint leur limite, il faut augmenter l’exploitation des travailleurs pour maintenir les profits.

La prosp?rit? lib?rale a ?t? un aspect de la phase keyn?sienne du capitalisme, une bulle de meilleurs salaires qui a dur? 30 ans en Am?rique du nord et en Europe au moment o? il ?tait n?cessaire de stimuler la consommation. Mais la situation ? chang? sans retour. Le march? mondial a pris le pas sur le march? local et pour vendre ? l’international il faut des prix bas et donc une main-d’oeuvre bon march?.

Nous sommes maintenant dans la phase de consolidation du capitalisme dans laquelle la comp?tition internationale ?limine les pr?dateurs les moins efficaces et la richesse se concentre dans de moins en moins d’organismes gigantesques dont nous devenons tous les esclaves. Il faut renverser ce syst?me barbare et en construire un plus humain ou alors se pr?parer ? une vie de plus en plus dure.

Pour mener cette lutte nous avons besoin d’un programme politique bas? sur les le?ons de l’histoire et d’une strat?gie pour le mettre en pratique. Il nous faut une base de militants appartenant ? la classe laborieuse et capables de d?fendre les travailleurs ind?pendamment des syndicats. Nous devons rompre d?finitivement avec le parti D?mocratique, le cimeti?re des mouvements sociaux. Il nous faut des m?dias qui informent la classe laborieuse au lieu de la tromper. Et il faut faire tout cela au plan international en coordonnant nos efforts avec les travailleurs d’autres pays pour construire un socialisme d?mocratique dans lequel ce sont les travailleurs qui d?cideront de l’organisation ?conomique de la soci?t?. Quand les ressources et les moyens de production de la plan?te appartiennent aux populations, elles peuvent les mettre au services des besoins de l’humanit? au lieu qu’une toute petite minorit? de poss?dants accapare tous les profits.

C’est le d?fi de notre ?poque, une bataille historique pour la lib?ration. C’est un travail ?norme mais l’humanit? est venue ? bout d’autres r?volutions tout aussi probl?matiques. Le meilleur programme que je connaisse pour construire une ?conomie d?mocratique est celui du Parti de l’?galit? socialiste*.

William T. Hathaway

William T. Hathaway a ?crit plusieurs livres dont?A World of Hurt?(Rinehart Foundation Award), CD-Ring,?et?Summer Snow.?Il est professeur adjoint au d?partement des ?tudes am?ricaines de l’universit? de Oldenburg en Allemagne.

Pour consulter l’original?:?dissidentvoice.org

Traduction?: Dominique Muselet

Note du traducteur?:

* William T. Hathaway termine souvent ses articles en faisant la promotion du WSWS. Pourtant ce site n’est pas ? l’abri de collusion avec des puissants de la pseudo-gauche, comme par ex. DSK, ainsi qu’en t?moigne cet ?tonnant article?: ISO ignores every question of principle in Strauss-Kahn affair de David Walsh du 2 Septembre 2011 (wsws.org)

Non seulement l’auteur ignore la victime de l’agression pr?sum?e mais il appelle ? la rescousse de cette oeuvre de blanchiment, tenez-vous bien, notre ?g?rie du parti des salonards, le grand « philosophe » n?ocolonial va-t-en guerre droit de l’hommiste BHL?:

« Le journaliste droitier et philosophe Bernard-Henry L?vy se plaint ? juste titre du traitement scandaleux inflig? ? Strauss-Kahn qui, dit-il, a ?t? ??jet? aux chiens,?? en ajoutant que rien ??ne permet que le monde entier soit invit? ? se repa?tre… du spectacle de sa silhouette menott?e, brouill?e par 30 heures de garde ? vue.??

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