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La sant?, le fric et le bons sens

En 1996, le Gouvernement du Qu?bec a pris la d?cision mal avis?e de pousser vers la porte une partie non n?gligeable des m?decins en exercice. J’ai dit ? l’?poque tout le mal tout le mal que je pensais de cette d?cision. Nous ne nous sommes pas encore remis de ce sabotage de l’excellent r?seau de sant? que l’on avait mis une g?n?ration ? b?tir ? grands frais.

On a r?duit le nombre des m?decins, il y a 10 ans, parce que les m?decins nous co?taient trop cher. Un m?decin pay? ? l’acte fixe sa propre r?mun?ration, puisqu’il peut compenser une baisse du nombre de ses patients par une augmentation des actes m?dicaux par client. L’?tat n’a donc pas de contr?le r?el sur le revenu d’un m?decin.

Pour diminuer les co?ts, au poste de la r?mun?ration des m?decins, l’?tat n’a pas d’autre solution que d’en diminuer le nombre. Diminuer le nombre des m?decins, alors que les progr?s de la m?decine exigeraient plus de ressources, signifie une d?t?rioration progressive des services.

Aujourd’hui, on nous console du d?labrement du syst?me de sant? en promettant une hausse prochaine des effectifs. Bravo, mais penser que l’on va ainsi r?gler le probl?me suppose qu’on a oubli? pourquoi on les avait r?duits, il y a dix ans. Les co?ts de la m?decine vont augmenter et devenir intol?rables.

Devons-nous choisir entre le sous-d?veloppement ou ? la ruine, ou y a-t-il une issu ? ce dilemme ? OUI ! Il y en a une. La solution passe par une rationalisation de la r?mun?ration des ressources m?dicales. Si on veut un syst?me de qualit? au prix que notre soci?t? peut se permettre, il faut proc?der en deux ?tapes.

Premi?rement, pour les omnipraticiens et les sp?cialistes dont l’intervention aupr?s de leurs patients est r?currente ou de longue dur?e et devrait comporter une part de pr?vention, il faut remplacer le paiement ? l’acte par un r?gime de capitation. Ce n’est pas une trouvaille, ce r?gime fonctionne un peu partout. M?me aux USA, o? ce sont les assureurs qui en tirent parti !

Pour mettre en place ce mode de paiement, chaque d?tenteur d’une carte de sant? s’inscrit aux cabinets du g?n?raliste et des sp?cialistes de son choix. Le montant de la capitation, pour chaque type de patient, est fix? par n?gociation et chaque m?decin pay? selon le nombre de ses clients inscrits. Puisque l’on conna?t la population inscrite, le budget de l’?tat est sans surprises.

Il reste des sp?cialistes dont l’intervention est ponctuelle et ils sont encore pay?s ? l’acte, mais ce sont ceux dont les « actes » sont bien identifiables. Les statistiques permettent de fixer le co?t des interventions pour assurer aussi ? ces sp?cialistes le revenu moyen que l’on souhaite.

Ayant rationalis? ainsi avec ?quit? la r?mun?ration des m?decins en place et respect? les droits acquis, on peut, dans une deuxi?me ?tape, se doter pour l’avenir des ressources m?dicales que va exiger une demande pour la sant? que les progr?s de la m?decine et le vieillissement de la population vont faire exploser. Il ne faut pas tenter de r?pondre ? cette demande en cr?ant plus de sp?cialistes ? 200 000 $ par ann?e.

Nous n’en avons pas les moyens et ce n’est pas n?cessaire. Au lieu de sp?cialistes dont la r?mun?ration de 200 000 $ par ann?e est au moins en partie justifi?e par une formation allant de 6 ? 10 ans, il faut cr?er une nouvelle classe d’intervenants qui recevront DANS LE DOMAINE DE LEUR SPECIALIT? une formation identique ? celle des sp?cialistes actuels, mais dont la formation de tronc-commun aura ?t? r?duite ? un an.

On donnera ? ces intervenants sp?cialis?s le titre que l’on voudra, mais, dans l’avenir, ils pourront prendre en charge l’immense majorit? des t?ches des sp?cialistes actuels. Il est bien difficile de croire que psychiatres, ophtalmologues et obst?triciens doivent tous, pour ?tre performants, passer 4 ou 5 ans ? apprendre la m?me chose…

En all?geant ainsi les programmes, on ne r?duit pas seulement les co?ts de formation ; on ram?ne surtout les attentes de revenu des nouveaux sp?cialistes au niveau de celles des autres dipl?m?s universitaires form?s en 4 ans. Si ce nouvel intervenant touche le tiers ou la moiti? de la r?mun?ration d’un sp?cialiste actuel, on peut en avoir deux ou trois fois plus.

On peut en avoir assez pour une m?decine humaine, ouverte ? l’innovation. Les d?lais d’intervention et les listes d’attentes disparaissent. La raret? dispara?t. L’offre devient abondante… c’est une nouvelle dynamique.

Aux USA, o? l’American Medical Association est la PREMI?RE source de financement des partis politiques, songer ? r?duire le revenu des m?decins est une id?e s?ditieuse. Blasph?matoire. Avons-nous ici le m?me probl?me, ou pouvons-nous en discuter sobrement ?

Ne serait-il pas int?ressant, en cette p?riode ?lectorale, que chaque parti nous dise POURQUOI il ne consid?re pas cette approche ?

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3 Commentaire

  1. avatar

    Qu’est ce qu’on peut faire pour qu’ils répondent ? Les politiciens ne repondent jamais aux bonnes questions, PERSONNE avant vous n’a suggere une seule facon de diminuer les couts sans diminuer les services. Merci

  2. avatar

    Enfin quelqu’un qui pose les bonnes questions ! Enfin quelqu’un qui a le courage de rappeler, qu’en santé comme partout ailleurs dans le monde, 2 plus 2 font 4 et rien d’autre.

    C’est le très grand Lulu, et les clair-voyants de son cabinet, qu’il faut remercier du départ précipité à la retraite de tant de médecins, il y a quelques années. Avec pareille sottise à la tête de l’état, comment s’étonner que la sagesse d’un André Arthur et autres ténors de taverne finisse par sembler plus robuste que la symphonie de sottises qu’on profère sur les services de santé ?

    Vous avez tout-à-fait raison de rappeler, que les médecins sont des entrepreneurs qui ont, pour le moment, toute latitude pour s’installer n’importe où et n’importe comment, pratiquer quand et comment ils le veulent, assurés qu’ils sont d’être payés rubis sur l’ongle pour n’importe quel service rendu, que ce soit utile ou pas.

    Ça fait au moins 40 ans qu’on sait qu’il s’agit d’une manière anachronique de concevoir l’organisation des services de santé.

    Les CLSC ont été créés pour faire sortir du Moyen-Âge, l’organisation de la médecine de première ligne, qu’on ne peut plus pratiquer correctement à partir d’un cabinet solo installé au coin de la rue, fût-ce sur le Plateau Mont-Royal.

    Alors qu’un médecin intégré dans une polyclinique fonctionnelle est capable de prendre charge de la totalité des besoins de santé d’environ 3,500 personnes, au Québec, il nous faudra un médecin par 800 personnes pour continuer à offrir le même service bancal, que celui que nous connaissons.

    Au lieu de nous endormir avec des niaiseries sur les files d’attente, lesquelles sont inévitables depuis que nous avons quitté le paradis terrestre, les politiciens feraient bien de se demander si le moment n’est pas venu de sortir le fric des services de santé pour l’investir dans le développement économique, compte tenu que c’est le statut socio-économique qui a la plus grande influence sur la santé de la population.

    Et surtout qu’on cesse de beurrer si épais sur le dos du vieillissement de la population car on le sait maintenant, ce phénomène n’a pratiquement pas d’influence sur les coûts du système de santé. Comment s’en étonner, quand on tient compte de l’abomination des services qu’on rend de si mauvaise grâce, à ce sous-groupe de la population ?

    De grâce, cher monsieur, continuez votre beau travail de questionnement intelligent !

    FWT

  3. avatar

    On m’a demandé quel était  » tout ce mal » que j’avais dit de la mise à la retraite anticipée des médecins. Il ya bien longtemps, mais si vous insistez… Cliquez ici

    Pierre JC Allard