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Centpapiers

  • La Russie : grande médiatrice du monde musulman et chrétien ?

    3 août 2006 | 1 commentaire(s) | vu 659 fois

    Du 3 au 5 juillet 2006 a eu lieu en Russie le premier Sommet mondial des leaders religieux. Se déroulant à quelques jours du Sommet du G8 à Saint-Pétersbourg et initié par le Conseil interreligieux de Russie (CIR), cette rencontre réunissait une centaine de responsables des Églises du Christianisme, de l’Islam, du Judaïsme et du Bouddhisme. « Il ne s’agira pas de questions théologiques ou de tentatives pour unifier les religions » (« Pas d'unification des religions au Sommet de Moscou (…)), a expliqué le chargé des relations extérieures du patriarcat de Moscou, « l’objectif du sommet est de donner la possibilité aux leaders religieux d’examiner leurs positions sur les problèmes contemporains les plus importants, voire le terrorisme, l’extrémisme, la xénophobie et l’intolérance, pour que ce point de vue religieux soit présenté au G8 » ( « Le premier Sommet mondial des leaders religieux s'est ouvert à (…)).

    Selon Vladimir Poutine, une telle rencontre trouve son importance dans les événements violents se perpétuant en Iraq et au Moyen-Orient qui, selon de nombreux analystes politiques, augmentent les tensions entre les mondes musulman et chrétien. « Des tentatives sont faites pour diviser le monde sur une base religieuse et ethnique, et pour creuser un fossé d’incompréhension entre les communautés chrétiennes et islamiques » a affirmé le Président russe Vladimir Poutine à l’ouverture du forum. Il a poursuivi en disant qu’« un conflit de civilisations est virtuellement imposé à travers le monde » ( « Putin Warns of Clash of Civilizations », The Moscow Times, (…)), sans toutefois spécifier qui est à blâmer dans ce dangereux processus de propagande. Rappelons ici que le terme « Conflit de civilisations » est devenu populaire grâce à la thèse controversée de Samuel Huntington voulant que la confrontation Est-Ouest entre les deux super-puissances est remplacée, depuis 1991, par une confrontation entre le monde civilisé (l’Occident, la liberté et la démocratie) et le monde barbare (la tyrannie islamiste opprimant le monde arabo-musulman).

    Est-ce que Vladimir Poutine a raison de nous alarmer ? La grande division du monde est-elle religieuse ? Peut-on affirmer que la théorie d’Huntington est en voie de devenir réalité ? Certains diront que les attentats terroristes perpétués dans plusieurs grandes villes occidentales, les situations politiques houleuses au Moyen-Orient ou encore, la polémique entourant les caricatures du Prophète Mahomet et celle entourant le port du kirpan et du voile, sont tous des symptômes de ce grand conflit des civilisations. Quoi qu’il en soit, en organisant un Sommet interreligieux, la Russie de Poutine a cherché à se présenter à la communauté internationale en tant « qu’État multinational ayant une expérience unique des relations interethniques ainsi que celle de médiation en cas de conflits interethniques ou interconfessionnels. » ( LÉVESQUE, Jacques et Andreï Minatchev. 2004. « L'identité et la (…)) La légitimité de ce rôle de médiation se trouverait dans l’importance démographique de la communauté musulmane russe (environ 20 millions sur 143 millions d’habitants) et de la coexistence entre les cultures russo-chrétienne et musulmane depuis le VIIe siècle.

    Vladimir Poutine tente donc de convaincre le monde entier du rôle de conciliation pouvant être joué par la Russie dans le contexte international actuel où l’islamophobie d’un côté et la haine envers l’Occident de l’autre semblent gagner de l’importance dans les foyers des deux camps concernés. Toutefois, une question doit être posée : tenant compte de l’interminable conflit tchétchène, la Russie est-elle crédible dans un tel rôle ? Certes, la guerre de Tchétchénie n’est pas à la base une guerre de religion, mais les Tchétchènes sont aujourd’hui identifiés comme des islamistes extrémistes ou encore, Vladimir Poutine le déclarait en 1999, comme des terroristes qu’il faut « buter jusque dans les chiottes » ( AVIOUTSKII, Viatcheslav. 2005. « La Russie et l'Islam »,Politique (…)). De son côté, l’Église orthodoxe de Russie donne son appui à la guerre, accentue ses relations avec les forces militaires et décore les chars blindés russes d’effigies religieuses… Par ailleurs, le chef d’État russe a beau répéter l’importance de ne pas mettre un signe d’égalité entre les musulmans dans leur ensemble et les islamistes fanatiques, mais l’amalgame de ces deux termes semble tout de même se faire au sein de la communauté tant russe qu’internationale.

    Bref, depuis son arrivée au pouvoir, Vladimir Poutine tente de faire oublier le conflit tchétchène et de faire de la Russie un acteur incontournable dans les grands dossiers internationaux de sécurité. En ce sens, même si la déclaration conjointe adoptée par les différents chefs religieux se veut apolitique, l’organisation d’un tel sommet à quelques jours de celui du G8 constitue un geste hautement politique de la part de l’administration de Poutine qui cherche, par un tel moyen, à améliorer la position des pions russes sur le grand échiquier de la scène internationale.

    Source : The Moscow Times

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