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La r?volution biocentriste

Par?G?rard Charollois

Ceux qui par id?ologie et ceux qui par profession de lobbying s’opposent ? la reconnaissance des droits des animaux et de la nature, d?nigrent le biocentrisme en le pr?sentant comme une r?gression, une n?gation des Droits de l’Homme. Pour eux, notre condamnation de l’anthropocentrisme impliquerait un retour ? un pass? ant?rieur ? la r?volution morale, politique, scientifique issue des ?uvres des 17?me et 18?me si?cles.

Globalement, l’Antiquit? mettait au centre des valeurs le cosmos, au besoin peupl? de dieux multiples assurant la p?rennit? de l’?tre, par la permanence de la mati?re. Les monoth?ismes substitu?rent un dieu unique qui promettait non seulement l’immortalit? de la mati?re, mais mieux la r?surrection des corps, ce qui ?tait plus fort, plus consolateur, plus anxiolytique. Descartes et ses successeurs, sans nier initialement les dieux, mirent l’homme ? la place, au centre des valeurs. Pour faire de l’humain une fin, un centre, l’unique mesure des int?r?ts, il fallait ? ces pens?es l’extraire du reste du vivant, le mettre sur un pi?destal o? il pourrait s’adorer lui-m?me, esp?ce ? part, s?par?e radicalement des autres.

Si le cart?sianisme valorisa opportun?ment la raison, ce n’est nullement par cet attribut que cette philosophie sp?cifia l’humain. Descartes et ses disciples reconnaissaient une amorce de raison chez les animaux. En revanche, ils soutinrent que l’animal ne pouvait pas souffrir, qu’il ?tait d?pourvu de sensibilit? et que les cris ?mis par un chien maltrait? n’?tait que le bruit de l’air dans une tuyauterie?! Cette affirmation qui nous appara?t aujourd’hui bien grotesque devait amener les philosophes ??humanistes?? des 19?me et 20?me si?cles ? rechercher laborieusement, ailleurs, ce qui constitue une fronti?re absolue entre l’homme et le reste du vivant.

Puisque ce n’est point la raison qui fait l’homme sauf ? d?nier la qualit? d’humain aux enfants en bas-?ge, aux vieillards s?niles, aux faibles d’esprit priv?s de raison, puisque, et nul ne conteste que les animaux que chacun fr?quente autour de lui poss?dent la capacit? de souffrir, il convenait de trouver autre chose. Nul ne conteste plus que tout animal dot? d’un syst?me nerveux ?prouve le principe du plaisir d?plaisir. Alors, le n?gationniste des Droits de l’animal proclame, tout aussi stupidement que ses devanciers, que c’est le libre arbitre qui fait l’homme. Quelle superbe illusion que ce libre arbitre?! Les connaissances neurologiques, psychiatriques, g?n?tiques, endocrinologiques contemporaines ?branlent gravement cette noble certitude sur le caract?re du libre arbitre humain.

Bien s?r, cette fiction est indispensable au bon fonctionnement d’une soci?t? et notamment ? la r?pression des crimes et d?lits, car comment punir un homme pour ce qu’il a fait si l’on devait consid?rer qu’il est d?termin? par sa biologie et son acquis?? N?anmoins, laissons, humblement, ? l’avenir et aux avanc?es des connaissances la mission de pr?ciser la part de libre arbitre et de d?terminisme des individus. Quelle que soit cette part, rien ne permet d’affirmer, comme le font les philosophes anthropocentristes contemporains, que l’animal non-humain soit d?pourvu de tout libre arbitre. Toutes les fois que l’homme a cherch? un ??propre de l’homme??, il d?t se d?mentir en d?couvrant chez d’autres esp?ces des formes de ce fameux ??propre??.

Une esp?ce poss?de toujours des caract?res et des aptitudes qui la distinguent des autres. Un homme contemplant un quelconque autre animal per?oit ce qui le s?pare de l’esp?ce observ?e, mais celle-ci poss?de ?galement des caract?res la s?parant des autres esp?ces. Outre des similitudes biologiques, telles un enc?phale dans une bo?te cr?nienne, une moelle ?pini?re dans une colonne vert?brale, des bases composant des brins d’ADN, les esp?ces poss?dent en commun ce que niaient les premiers cart?siens, ? savoir, la capacit? de souffrir. Or, c’est cette capacit? qui fait l’unit? profonde du vivant. N’oublions jamais que la chance, hasard et n?cessit?, fit appara?tre sur la terre non l’humain, mais la vie. C’est elle qui vaut.

?videmment, l’homme participe de la vie et en cela m?rite le respect de sa sensibilit?, de son droit ? vivre selon les imp?ratifs de ses besoins. Le biocentrisme ne retire rien aux Droits de l’Homme, bien au contraire. En subvertissant les communautarismes meurtriers, il assure le triomphe des Droits de l’Homme. Mais, le biocentrisme ?tend ? la nature enti?re ce droit ? ne pas ?tre soumis ? la violence, ? l’exploitation, ? l’an?antissement. La perspective ne vise pas ? abaisser l’humain mais ? rehausser le r?gne du vivant. Le biocentrisme n’est pas une r?gression mais une avanc?e, une ?l?vation de la conscience, une extension du champ de la responsabilit?.

Cette pens?e r?volutionnaire d?bouche sur des politiques concr?tes, car une doctrine s’appr?cie ? l’aune de ses effets?: Puisque l’animal m?rite respect en consid?ration de sa sensibilit?, il convient d’abolir tout acte de cruaut? et de maltraitance ? son encontre. Puisque les esp?ces ont un droit ? vivre sur la terre, un partage de l’espace incluant leurs besoins vitaux s’impose. L’homme doit renoncer ? tout exploiter, dominer, conqu?rir pour son seul profit au d?triment de la nature.

Jusqu’ici, les plus g?n?reux des humains se souciaient de laisser des territoires aux ??peuples primitifs??. Il faut aller au-del? de cette compassion anthropocentrique et ?tendre aux esp?ces de faune et de flore ce droit ? conserver des territoires vitaux.

G?rard Charollois

ecologie-radicale.org

altermonde-sans-frontiere.com

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