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La r?vision de la r?vision par les pairs

Depuis la moiti? du 20e si?cle, la r?vision par les pairs s’est impos?e comme m?canisme de contr?le de l’int?grit? et de la qualit? dans le cas des publications scientifiques. Elle se r?sume au processus par lequel un article propos? ? un journal scientifique est soumis ? l’?valuation d’experts du domaine inh?rent ? l’article afin d’en juger la pertinence et le respect des standards de la discipline.

Dans la derni?re ?dition du magazine Wired, Adam Rogers rapporte que depuis juin, le prestigieux journal Nature exp?rimente une nouvelle fa?on de d?terminer les articles qui seront publi?s dans ses pages : « Pendant que l’article subit l’habituel processus de r?vision par les pairs, une version num?rique est publi?e sur le Web. Tout le monde – m?me vous – peut commenter, dans la mesure o? vous enjoignez votre nom, appartenance et adresse de courriel ». Cette tentative d’implanter une nouvelle mani?re de faire vient en r?ponse aux critiques faites ? la r?vision par les pairs, un m?canisme qui ne parviendrait pas ? r?glementer infailliblement la recherche. Selon le journaliste de Wired, de mauvais textes sont publi?s et d’autres plus avant-gardistes sont rejet?s, favorisant ainsi un certain conservatisme.

Les lacunes de la r?vision par les pairs sont peut-?tre plus ?videntes dans le cas de domaines tr?s sp?cialis?s o?, justement, les pairs se font rares. Comment s’assurer qu’aucune erreur ne s’est gliss?e lorsque seuls quelques r?viseurs, qui n’ont ?videmment pas pu lire tout ce qui s’est dit sur le sujet, se penchent sur un texte ? Plusieurs exemples d?montrent que la r?vision par les pairs n’est pas sans faille. R?cemment, le lecteur du livre « Les ?glises du Qu?bec, un patrimoine ? r?inventer » de Lucie K. Morisset et Luc Noppen ( NOPPEN, L. et MORISSET, L. (2005), Les églises du Québec, un (…))] aura peut-?tre not? un cas illustrant bien cette situation. ? un point du chapitre « Entre l’?tat et l’?glise » du livre, o? il est question de la fracture entre espace cultuel et bien culturel, les auteurs s’int?ressent ? « l’affaire » de L’Ange-Gardien, un des seuls cas o? des objets d’art collectionn?s furent restitu?s ? l’?glise.

Or il s’av?re qu’au cours de leurs recherches pour la r?daction de ce livre, la vigilance de Morisset et Noppen a mis au jour une irr?gularit? dans un article que Beno?t Pelletier, actuel d?put? de Chapleau et ministre des Affaires intergouvernementales du gouvernement du Qu?bec, avait r?dig? sur cette « affaire » en 1993 pour l’International Journal of Cultural Property ( PELLETIER, B. (1993). "The case of the treasure of L'Ange-Gardien 🙂 alors qu’il ?tait professeur de droit ? l’Universit? d’Ottawa.

Dans une note en bas de page, les auteurs pr?cisent que la conclusion du texte en anglais de Pelletier ressemble ?trangement au passage d’un article de Robert Derome paru en 1984 dans la revue Continuit? (DEROME, R. (1984), "L'art sacré, une étude des gestes", (…)). Comme le notent Morisset et Noppen, Pelletier n’indique pas la r?f?rence bibliographique de l’article de 1984 de Derome, mais cite juste apr?s un autre des textes de l’historien d’art paru dans Mus?ogramme en 1987 (voir le document joint ? cet article pour la note compl?te). Dans une version plus longue et en fran?ais de l’article de Pelletier publi? dans « M?langes Germain Bri?re » sous la direction d’Ernest Caparros (PELLETIER, B. (1993). L'affaire des trésors de l'Ange-Gardien), le ministre offre une version diff?rente de sa conclusion.

Mis au fait de cette note par l’entremise de son directeur de cabinet adjoint, M. Pelletier dit ne pas comprendre ? quel moment cette erreur ? pu se produire, pr?cisant qu’il r?digeait ses articles en fran?ais avant de les soumettre ? la traduction, et que c’est sans doute au cours de ce processus que l’erreur s’est produite. De plus, le directeur de cabinet adjoint souligne que le ministre Pelletier conna?t bien le cas de l’Ange-Gardien puisqu’il a lui-m?me plaid? cette cause devant les tribunaux, et que le passage qui fait l’objet de la note est relativement anodin et n’aurait pas justifi? sa r?cup?ration.

?videmment, il n’est pas dit qu’un syst?me tel qu’exp?riment? par Nature aurait permis de noter cette erreur avant sa publication, mais sortir des cercles ferm?s de l’expertise dans un domaine pointu pourrait favoriser le ciblage de ce genre de probl?me. Les plus prometteuses perspectives engendr?es par la d?mocratisation d’Internet d?coulent certainement de cette possibilit? de travailler collectivement sur la diffusion de l’information qui devait auparavant se soumettre, avant ou apr?s la publication, ? un r?seau de distribution limit? et souvent co?teux. Les journaux scientifiques peuvent d?sormais subordonner une partie de la s?lection des articles afin d’en r?guler l’int?grit? et de favoriser la propagation des connaissances et de l’information.

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    De l’excellent boulot, Monsieur Niquet, pour cette exclusivité ! J’aurais aimé être une mouche dans le bureau du Ministre ces derniers jours…

    D’autre part, de plus en plus de journaux scientifiques examinent de telles possibilités, à preuve le McGill Journal of Education. Siégeant sur le comité éditorial depuis peu, nous en sommes à envisager des méthodes dites plus ouvertes quand à la révision et aussi à la distribution des manuscrits soumis au MJE… Une tendance qui semble promise à un bel avenir, donc.