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La R?publique des larbins

Vingti?me jour d?j? de notre gr?ve du z?le en soutien au mouvement pour les retraites : voici plumedepresse-Jour.

Lanc? par Jean-Luc M?lenchon ? l?adresse de David Pujadas, le mot est ? la mode : ??larbin??. L?affaire est bien r?sum?e sur son blog par le Conseiller de Paris du Parti de gauche, Alexis Corbi?re : ??mon camarade?Jean-Luc M?lenchon r?agit ? la fa?on dont, lors d?un journal de 20h00, le journaliste de France 2,?David Pujadas, m?ne une interview de?Xavier Mathieu, responsable syndical des travailleurs de l?usine Continental de Clairoix dans l?Oise. Cette interview date du 21 avril 2009, les 1120 salari?s de l?usine viennent d?apprendre que leur demande de plan de sauvetage a ?t? rejet?e par les pouvoirs publics. Les locaux de la Pr?fecture de l?Oise ? Compi?gne font les frais de leur col?re. D?un cot?, plus de mille personnes viennent de perdre leur emploi. De l?autre, quelques ordinateurs sont renvers?s, des vitres sont bris?s. Devant des millions de spectateurs, qu?est-ce qui indigne M. Pujadas, d?apr?s vous?? Ce n?est pas le sort de plus de mille personnes. Non, non. C?est le mat?riel de bureau d?truit et les tables renvers?es. Alors que?Xavier Mathieu est un h?ros, il est pr?sent? comme un d?linquant.?? La m?me logique aboutira, le 15 octobre dernier, ? son licenciement, permis par l?autorisation sp?ciale ? d?l?gu? syndical oblige ? d?livr?e par Eric Woerth pour ch?tier le meneur des ouvriers en lutte. ??Le gouvernement s?en prend ? moi, car je suis devenu un symbole??, analyse le syndicaliste. Qui entre parenth?ses, sur l?affaire Pujadas-M?lenchon, d?clare 😕??J?ai ?t? tr?s touch? par la r?action de M?lenchon dans le sens o?, sans avoir eu de contact avec lui, il a parfaitement r?sum? la pens?e qui ?tait la mienne au moment de cette interview. J?ai eu l?impression, de la part de David Pujadas, qu?il me prenait pour un voyou. Que je devais avouer ? la France enti?re que j?avais fait quelque chose de mal et que je devais m?excuser.?? Pujadas, larbin d?un syst?me qui autorise ? jeter ? la rue plus de mille ouvriers mais pas ? casser trois ordinateurs, Woerth, larbin du patronat qui ne supporte pas les grandes gueules syndicales coupables de se d?fendre.?Voil? ce que sont les UMPistes : des larbins des puissances de l?argent. Au d?triment de l?immense majorit? de la population. L??conomiste iconoclaste Fr?d?ric Lordon signe un long article, parfois ardu mais ? combien passionnant, qui d?monte toute l?hypocrisie des larbins lib?raux. En voici des extraits (les intertitres sont de notre cru).

Via le contre-r?forme de la droite, les march?s et les financiers font la loi contre le peuple

??Les int?r?ts fondamentaux du corps social ont ?t? subordonn?s ? ceux des op?rateurs des march?s.?Ainsi par un monstrueux d?r?glement dont aucun des habituels cur?s de la ?d?mocratie? ne semble s??tre aper?u, nous assistons ? cette situation proprement ahurissante dans laquelle un gouvernement pr?tendument l?gitime tente de s?adresser simultan?ment ? deux communaut?s parfaitement h?t?rog?nes et dont les int?r?ts sont radicalement antagonistes, ? savoir la communaut? politique nationale des citoyens et la communaut? extra-politique (quoique politique elle le soit mais ? sa mani?re bien ? elle) et extra-nationale des cr?anciers internationaux, le comble du d?r?glement venant de ce que, de plus en plus, les arbitrages des politiques publiques sont rendus en faveur de la seconde de ces communaut?s et contre la premi?re. Dans cette affaire, le spectacle guignolesque d?un pouvoir qui s?aplatit en fait devant les forces qu?il ne menace qu?en mots est quantit? n?gligeable compar? ? cette configuration in?dite de la politique moderne dans laquelle nous a fait entrer la lib?ralisation financi?re internationale. Car on croyait le peuple souverain la seule communaut? de r?f?rence de l?Etat, son ayant-droit exclusif, l?unique objet de ses devoirs, et l?on aper?oit comme jamais ? l?occasion de la r?forme des retraites que, contrairement ? de stupides id?es re?ues, le pouvoir politique ne gouverne pas pour ceux dont il a re?u la ?l?gitimit?? ? mais pour d?autres. Il y a donc un tiers intrus au contrat social et l?on d?couvre que, litt?ralement parlant, c?est lui qui fait la loi ? et tous nos v?ux accompagnent les justificateurs de la ?l?gitimit? du mandat? et de ce que ?ce n?est pas la rue qui gouvernera?, car on se demande bien quelle autre solution il reste, ? part la rue ? prendre, pour objecter ? cette sorte de scandale.??

Par la baisse des pensions, forcer ? cotiser (ceux qui peuvent) dans le priv?

??Il y a d?abord que la r?forme apparente cache (mais si mal) une r?forme furtive, et que la r?forme v?ritable ne s?en tient nullement ? la r?forme plaid?e. On admirera donc l?habilet? de la man?uvre qui donne pour une d?fense et illustration de la retraite par r?partition une entreprise de promotion particuli?rement insidieuse de la retraite par capitalisation. Quelques d?cennies d?apprentissage ont enseign? aux lib?raux la contre-productivit? de la ?prise de front?. D?sormais bien ?tablie, la strat?gie de la paup?risation pr?alable et d?lib?r?e des services publics (lato sensu) se montre autrement plus efficace puisqu?il n?est en effet pas de plus s?r moyen de jeter les usagers dans les bras des op?rateurs priv?s que d?avoir auparavant m?thodiquement d?grad? les prestations des op?rateurs publics. Apr?s le service de l?emploi, le transport ferroviaire, la poste, bient?t l??ducation et puis la sant?, la retraite n??chappe pas ? cette unit? de vue strat?gique, peut-?tre m?me lui donne-t-elle sa plus consid?rable illustration, mesur?e en tout cas ? l?aune de ses enjeux financiers ? 230 milliards d?euros au bas mot en 2006 tout de m?me, 420 ? l?horizon 2030 dixit le COR. Et en effet?: pourquoi risquer de braquer inutilement la population avec des mots qui blessent, comme ?capitalisation?, quand il est possible tout en jurant la mission de ?sauver la r?partition?, de la faire tomber comme un fruit m?r par de toutes simples mesures d??ge qui instituent la d?cote comme r?gle et le taux plein comme exception. Les ?r?formateurs? comptent bien sur les effets de l?individualisme comme condition solitaire, o? chacun par devers soi est abandonn? ? ses propres calculs, et n?a pas d?autre choix que de composer avec le syst?me tel qu?il s?offre ? lui, hors de sa port?e. Le plus rigoureux d?fenseur de la r?partition n?en pourra donc mais?: constatant le devenir peau de chagrin de sa retraite, et faute de pouvoir payer la sur-cotisation de r?partition qu?il appellerait de ses v?ux, il n?aura pas d?autre solution pour ?chapper ? la retraite mis?rable que d?aller mettre, contre ses propres principes, quelques picaillons dans une caisse quelconque? de capitalisation. (?) Organiser d?lib?r?ment l?attrition de la r?partition (sous couleur bien entendu de ne penser qu?? la sauver) pour mieux renvoyer les cotisants vers des formules compl?mentaires de capitalisation priv?e, en d?autres termes cr?er artificiellement le probl?me (du public) pour mieux y apporter la solution d?j? pr?te (du priv?), et par l? mettre en place toutes les incitations ? une substitution de long terme parfaitement silencieuse mais qui aboutira inexorablement ? faire transiter une part croissante du financement des pensions par la sph?re des march?s, le tout alors que ladite finance des march?s n?en finit pas de d?montrer ? grand spectacle l?ampleur des destructions de valeur dont elle est capable, voil? une man?uvre qui en dit assez long sur l?aveuglement id?ologique du gouvernement pr?sent, ou bien sur son degr? de commission aux int?r?ts de l?industrie financi?re.??

Sarkozy, le plus ??caricatural?? et ??d?testable?? des larbins

??La finance renflou?e aux frais du public, fauteuse de r?cession, commanditaire de l?aust?rit?, aussi arrogante que toujours, bonus en bandouli?re, attend confiante la chute du pactole des retraites. Est-ce que par hasard ?a ne commencerait pas ? faire un peu beaucoup???Le capital, dont Marx rappelait qu?il ?tait incapable de r?sister ? l?appel de ?ses int?r?ts les plus born?s et les plus malpropres?, s?est donn? avec Sarkozy le fond? de pouvoir le plus visible, le plus caricatural et le plus d?testable ? quand le choix de nos am?nes socialistes ?taient d?une bien meilleure rationalit? strat?gique de long terme?: ceux-l? n?ont-ils pas fait avancer la cause du capital dans une parfaite tranquillit? au seul prix d?avoir ? tr?moler r?guli?rement ?justice sociale? et ??galit?? entre deux trains de d?r?glementation (et ne s?offrent-ils pas d?ailleurs ? reprendre du service sur le m?me mode exactement)?? Mais voil? o? m?ne l?hubris des poss?dants?: ? tout vouloir ils risquent aussi de tout perdre. La volont? de puissance d?boutonn?e par trois d?cennies leur a donn? ? croire qu?ils n?avaient plus ? admettre de borne ? leur d?sir d?accaparement et que Sarkozy ?tait bien l?homme de cette situation-l?. Mais la retraite est peut-?tre leur ?pont trop loin?, o? se m?lent tout ? la fois le refus d?une r?forme inique, le rejet d?un pouvoir politique insupportable, mais aussi le d?go?t absolu du spectacle de la finance, la contestation frontale sinon du capitalisme lui-m?me du moins de sa forme pr?sente, et pour finir la d?fense d?une certaine forme de vie. On pouvait difficilement faire plus magistrale erreur de tir.?? Sauf si les travailleurs en lutte baissent les bras, comme les gr?vistes des deux raffineries qui ont d?cid? aujourd?hui d?arr?ter leur mouvement. Alors la finance, le capital et leur larbin Sarkozy auront gagn?.

La photo du vautour provient du site De ci de l?.

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