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LA R?ALIT? SANGLANTE D?UNE GUERRE PEU CIVILE EN SYRIE

Ceux qui essayent de renverser Assad ont surpris l?arm?e par leur puissance de feu et leurs tactiques brutales.

Quelques heures apr?s le commencement des attaques f?roces conduites le mois dernier ? Damas par l?Arm?e Syrienne Libre (ASL), le nouveau ministre syrien de l?information, Omran Zouhbi, s?adressait aux journalistes pr?sents dans la capitale. ??Que faites-vous ici ? Damas???? avait-il rugi.???Vous devriez ?tre ? l?ext?rieur avec nos soldats?! ?

Et en l?espace d?une journ?e, les images us?es d?un pr?sident Bachar al-Assad au sourire pinc? et de soldats syriens embrassant joyeusement des enfants avaient ?t? remplac?es par des s?quences d?actualit?s brutes ? et authentiques ? montrant des commandos for?ant le passage dans la rue de Bagdad sous le feu des opposants au r?gime au visage sale, courant d?un coin de rue ? un autre, tirant en se couvrant derri?re des murs ou des terrasses. ??Nous avons nettoy? par ici,?? d?clare un militaire fatigu? mais tr?s en col?re. ??Alors maintenant, nous allons avoir le reste de ces salauds.?? Jamais auparavant ? pas m?me pendant la guerre de 1973 quand l?arm?e syrienne avait pris d?assaut la cr?te de l?Observatoire sur le plateau du Golan ? le public syrien n?avait pu assister ? quelque chose d?aussi r?el sur ses ?crans de t?l?vision.

Et ? malgr? des histoires??fantaisistes sur sa pr?sence dans chaque village ravag? ? la bataille pour Damas a r?ellement ?t? conduite par l?impitoyable 4?me?division de Maher al-Assad. Les soldats fid?les au plus jeune fr?re de Bachar n?ont pas fait de quartier. ??Ce fut un massacre, un massacre, ? m?a dit un Syrien qui a une excellente connaissance de l?arm?e. ??Beaucoup de cadavres avaient d?j? gonfl? au bout de quelques heures, mais on pouvait dire que certains d?entre eux n??taient pas Syriens?; il y avait des Jordaniens, des Palestiniens, des??gyptiens, un Turc, des Soudanais??? Il a compt? 70 cadavres ? un endroit, dont 42 non arabes. L?ASL a signal? avoir perdu seulement 20 hommes et a affirm? que le gouvernement syrien avait insist? sur le nombre de ??combattants ?trangers?? d?couvert au milieu des tu?s. ??Les soldats syriens n?aiment pas l?id?e qu?ils tirent sur leurs compatriotes ? ils se sentent plus ? l?aise s?ils croient qu?ils son en train de tirer sur des ?trangers, ? explique le jeune homme.

Les statistiques de la guerre en Syrie seront toujours l?objet de disputes ? chaque camp minimisera ses pertes tant que dureront les combats et ?exag?rera?le nombre de ses ??martyrs?? une fois le conflit termin??; nous ne saurons pas non plus le v?ritable nombre de civils tu?s, pas plus que l?identit? de ceux qui les auront tu?s. Malgr? l?acc?s in?dit que nous avons eu la semaine derni?re ? des g?n?raux et ? des majors que l?Occident accuse de crimes de guerre, je n?ai trouv? qu?un officier qui a reconnu partiellement l?existence des shabiha, cette milice meurtri?re ? laquelle on impute des atrocit?s dans des villes et villages en majorit? sunnites. ??Les shabiha n?existent pas, ? m?a-t-il dit. ?C?est un produit de l?imagination. Ce sont des ?d?fenseurs? villageois qui gardent certains secteurs???

Et c?est bien s?r exactement ce que le shabiha pr?tendent ?tre, des civils syriens qui prot?gent leurs maisons contre les ennemis du gouvernement. Il en a exist? en Alg?rie pendant le conflit barbare entre la dictature d?Alger et les rebelles islamistes dans les ann?es 1990, prot?geant leurs familles tout en commettant des atrocit?s dans les villes et villages consid?r?s comme ?tant utilis?s par ? ou sympathisants avec ? leurs ennemis ??terroristes?? musulmans. En Alg?rie aussi, les opposants au r?gime ?taient appel?s des combattants ?trangers, des hommes qui avaient combattu contre les Russes en Afghanistan et qui ?taient rentr?s pour continuer leur guerre sainte contre le r?gime ??la?que?? de l?ancienne colonie fran?aise. Maintenant, c?est une autre ancienne colonie fran?aise ??la?que?? ? quoique domin?e par les Alaouites -??dont le pouvoir dit qu?il combat des hommes venus d?Afghanistan, ne faisant aucune distinction entre les brigades de l?Unit? des Fr?res Musulmans, les salafistes ou tout simplement l?ASL. Personne ne sera surpris d?apprendre qu?il y a toujours eu des relations tr?s ?troites entre les renseignements militaires syriens et alg?riens.

Mais la bataille de l?arm?e gouvernementale contre ses antagonistes syriens et ?trangers n?a pas toujours ?t? sans anicroches comme le r?gime voudrait le faire croire au monde. En d?pit du r?cit des ?v?nements en vigueur aujourd?hui en Occident, des hommes arm?s ?taient pr?sents dans les rues des villes et des villages d?s les tout premiers jours de la mobilisation en Syrie il y a 18 mois. Certes, le printemps arabe a d?abord pris la forme de d?fil?s pacifiques de dizaines de milliers de manifestants non arm?s dans les grandes villes de Syrie, mais une ?quipe de tournage d?Al Jazeera avait pu filmer des hommes arm?s attaquant des soldats syriens pr?s du village de Wadi Khallak en mai 2011. Le m?me mois, la t?l?vision syrienne avait obtenu une s?quence film?e avec des hommes arm?s de?Kalachnikov?pr?s d?une foule de manifestants syriens non arm?s ? Deraa, o? la r?volte avait commenc? apr?s que des agents de la police secr?te eurent tortur? ? mort un gar?on ?g? de 13 ans.

Pourtant, il semble que quand les officiers Syriens et leurs soldats ont p?n?tr? pour la premi?re fois ? Deraa, ils ne pensaient pas se retrouver face ? des opposants arm?s. ??Nous avions s?curis? 60 % de la ville en un seul jour, ? affirme un Syrien bien au courant de cette op?ration. ??Nous n?avions envoy? sur place que 1100 soldats ? ?a n?arriverait pas maintenant ? parce qu?on ne pensait pas qu?il y avait des groupes arm?s l?-bas. Mais apr?s les cinq jours qu?il nous avait fallu pour reprendre le reste de la ville, nous avions perdu 17 de nos hommes, victimes de tireurs embusqu?s. ? Ce ne fut pas la seule surprise?: avec le d?but des batailles rang?es plus tard dans l?ann?e, l?arm? syrienne sera ?tonn?e par la puissance de feu de ses opposants.

??A Homs, l?arm?e se trouvait dans un immeuble qui a re?u des centaines ? litt?ralement des centaines ? de roquettes RPG,?? d?clare un Syrien bien au courant des op?rations [? Homs]. ??Il y a eu des milliers d?explosions et finalement nous avions du ?vacuer l?ensemble du b?timent parce qu?il allait s??crouler. Quand les soldats en sont sortis, ils on d? faire sauter toute la structure avant qu?elle s?effondre. ? Et, pour une arm?e stigmatis?e pour sa propre cruaut? au combat, les soldats syriens ont ?t? surpris par la brutalit? de ceux qu?ils affrontaient.

A Andan, un checkpoint de l?arm?e lourdement d?fendu avait ?t? balay? ? la fin de l?an dernier quand la Liwa Tawhid, la Brigade de l?Unit?, avait attaqu? la position et tu? jusqu?au dernier les 75 soldats et les 4 officiers. Dans une embuscade ult?rieure ? Shughour, 120 soldats avaient ?t? tu?s. Les registre de l?arm?e notent l?assassinat de 9 agents de police au poste de polide d?al-Hadr dans la province de Hama, de 8 policiers dans un autre poste de la m?me province. A Salkin, une autre ville de la province de Hama, un ancien employ? civil de l?arm?e qui conduisait des camions pour le service de transport de l?arm?e avait ?t? agress? par une foule de civils. Cet homme, Abdul Fatah Omar ?tait accus? d??tre un membre des shabiha, d?nud? et pendu, puis son cadavre avait ?t? bombard? de chaussures et d?capit?. A Duma, un imam d?une mosqu?e avait dit aux fid?les?: ??Parmi nous, il y a un Awaini, ? un tra?tre. L?homme avait ?t? battu ? mort. Il est enregistr? sous le nom d?Abu Ahmed Akera.

Quand l?ASL a fait suivre son attaque contre Damas d?une offensive sur Alep, les autorit?s ont constat? que le premier objectif de leurs ennemis ?tait l??cole d?artillerie. Plus de 70 cadets ont r?ussi ? r?sister jusqu?? l?arriv?e de renforts. Il se dit que toutes les ?quipes charg?es des batteries de missiles sol-air avaient ?t? ?vacu?es ? la h?te d?Alep pour ?viter le risque de capture et pr?server les capacit?s de d?fense tactique en cas de possible attaque par Isra?l ou l?OTAN.

Le soldats syriens qui ont forc? leur passage ? travers les ruelles sinueuses de la vieille ville d?Alep cette semaine choisiront peut-?tre de se souvenir d?un jeune ?tudiant ?gyptien qui avait pass? des mois ? Alep dans les ann?es 1990 pour travailler sur une th?se en urbanisme qui portait pr?cis?ment sur le champ de bataille o? combat l?arm?e en ce moment?: c??tait Mohamed Atta, le chef des pirates de l?air du 11 septembre aux Etats-Unis. Certains attaques sur des officiels syriens ont ?t? planifi?es tr?s soigneusement?; des scientifiques du Centre de Recherche Scientifique pr?s de Damas ont ?t? assassin?s. Bien avant le premier recours ? l?aviation dans les combats ? l?arm? affirme que c??tait en juin ? 7 pilotes avait ?t? tu?s l?an dernier par des rebelles. L?arm?e affirme n?avoir commenc?? utiliser l?artillerie ? face aux mortiers ? qu?en f?vrier.

Pour le gouvernement, les temps ? venir s?annoncent difficiles. L?arm?e pense qu?Idlib ? signal?e comme ?tant un bastion d?Al-Qa?da ? sera une des batailles les plus d?cisives pour la guerre. On a les t?moignages de conscrits effray?s captur?s dans un autobus civil en Syrie centrale et ? qui on a donn? le choix suivant?: soit leurs parents donnent 450?000 livres syriennes (8?000 ?) ? l?ASL, soit les jeunes hommes doivent rejoindre les rebelles. Dans le village de Rableh, pr?s d?al Qusayr, une population en majorit? chr?tienne de 12?000 ?mes serait retenue comme boucliers humais par les rebelles, quoique l?arm?e semble avoir d?cid? qu?il serait trop co?teux de prendre le village.

Le r?gime de Bachar al-Assad est devant un ennemi brutal et plein de ressources dont les soutiens islamistes re?oivent de l?aide de l?Occident ? exactement comme les moudjahidins ?taient financ?s et arm?s par l?Occident quand ils combattaient les Russes dans les ann?es 1980. Avec environ 50?000 hommes en armes [l’arm?e syrienne compte en fait?300 000 hommes] et peut-?tre 4?000 chars de combat, l?arm?e syrienne en tant que telle ne peut pas perdre.

Mais peut-elle gagner??

Robert Fisk

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