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La privatisation de l?eau : est-ce que ?a fonctionne?

MINARCHISTE

Selon Fredrik Segerfeldt, il y a environ 1.1 milliard de personnes qui n?ont pas acc?s ? de l?eau potable ? travers le monde. Cette p?nurie causerait environ 12 millions de morts annuellement. Comme l?eau est essentielle ? l?agriculture, les p?nuries d?eau engendrent aussi des p?nuries de nourriture, ce qui cause la malnutrition. Dans certaines r?gions du monde, des gens (souvent femmes et enfants) passent une bonne partie de leur journ?e ? qu?rir et transporter de l?eau, marchant plusieurs kilom?tres, ce qui les emp?che de travailler et/ou d?aller ? l??cole. Souvent, les pauvres qui n?ont pas acc?s au r?seau d?aqueduc ach?te leur eau de vendeurs informels itin?rants et paient beaucoup plus cher. Par exemple, ? Port-au-Prince, l?eau co?te environ $1 par m?tre cube sur le r?seau, alors que les vendeurs informels la vendent $10 par m?tre cube.

Non seulement ils paient plus cher pour leur eau, mais en plus ils perdent de pr?cieux revenus de travail ? chaque jour ? la transporter : un co?t tr?s ?lev?. Cette situation les encha?ne ? un ?tat de pauvret? r?current. Donc, ces gens manquent d?eau parce qu?ils sont pauvres et sont pauvres parce qu?ils manquent d?eau : un v?ritable cercle vicieux.

Pourtant, ? chaque ann?e, il tombe 113,000 kilom?tres cubes d?eau sur la terre, desquels 72,000 km3 s??vaporent ? nouveau, ce qui en laisse 41,000 km3, ce qui ?quivaut ? 19,000 litres par personne par jour. Au Cambodge, au Rwanda et en Ha?ti, seulement 32%, 41% et 46% respectivement de la population ont acc?s ? l?eau potable m?me si ces pays ont plus de pr?cipitations annuellement que l?Australie, o? 100% de la population a acc?s au r?seau d?aqueduc. La ville o? il y a le plus de pr?cipitations au monde, soit Cherrapunji en Inde, fait constamment face ? des p?nuries d?eau potable.

Donc, il y a amplement d?eau potable sur la terre, le probl?me n?est pas l?, mais r?side plut?t dans l?accessibilit?, le transport et la distribution de cette eau aux gens. Cela requi?re des infrastructures, lesquelles n?cessitent des investissements pour ?tre construites, lesquels n?cessitent l?accumulation de capital. Or, le contexte institutionnel de ces pays ne favorise pas l??pargne et l?investissement. Dans la plupart des pays, les aqueducs appartiennent ? des gouvernements et sont op?r?s par des gouvernements, lesquels ont d?montr? une bien pi?tre performance dans ce r?le. Par ailleurs, dans les pays pauvres qui souffrent de p?nuries d?eau, le gouvernement ne dispose pas de suffisamment de capital pour garantir l?acc?s ? l?eau, d?abord parce qu?il n?y a pas suffisamment de richesse ? taxer et ensuite parce que l?argent des taxes est dilapid? en bureaucratie et en corruption. Le r?sultat est un sous-investissement chronique dans les infrastructure, ce qui laisse des millions de gens sans acc?s au r?seau.

Quelle est la solution ? ce grave probl?me?

La privatisation des aqueducs est g?n?ralement associ?e ? une hausse des tarifs. Apr?s des ann?es de sous-investissement par le gouvernement, c?est le prix ? payer pour obtenir le capital n?cessaire ? financer les investissements dans le r?seau, pour am?liorer la qualit? de l?eau, sa quantit? ainsi que d?augmenter le nombre de foyers qui y ont acc?s. On remarque que dans la plupart des r?gions, les tarifs d?aqueduc sont beaucoup trop bas, ce qui ?quivaut ? une subvention pour les grands consommateurs d?eau et les mieux nantis, sur le dos des pauvres qui n?ont pas du tout acc?s au r?seau, et des contribuables qui absorbent les pertes des soci?t?s d?aqueduc. En moyenne, les gens qui n?ont pas acc?s au r?seau d?aqueduc paie 12 fois le tarif pour leur eau. Pour eux, m?me apr?s l?augmentation du tarif post-privatisation, cette eau provenant de leur nouvel acc?s au r?seau d?aqueduc est une v?ritable aubaine! Comment s?assurer que les plus pauvres puissent obtenir assez d?eau pour survivre? Le meilleur moyen consiste simplement ? leur octroyer des coupons leur donnant acc?s ? une quantit? d?eau minimale, plut?t que de forcer les tarifs ? la baisse aupr?s de la soci?t? d?aqueduc. On conserve ainsi l?incitatif ? investir dans le r?seau.

Qu?est-ce qu?une privatisation? En fait, ce mot a ?t? utilis? ? tort et ? travers ? chaque fois qu?une entreprise priv?e a ?t? impliqu?e de pr?s ou de loin avec la distribution d?eau. Plusieurs ? privatisations ? ont ?t? mal ficel?es et n?ont ?t? que des mascarades de beaux principes non-appliqu?s. En r?alit?, il n?existe ? peu pr?s pas d?exemple de v?ritable privatisation d?r?glement?e des actifs d?une soci?t? d?aqueduc. En fait, on retrouve cinq niveaux d?implication du secteur priv? :

1-????? Un simple contrat de service, en vertu duquel une entreprise priv?e veille ? l?entretien du r?seau.

2-????? Un contrat d?op?ration, selon lequel une entreprise priv?e op?re le r?seau sans toutefois en ?tre propri?taire.

3-????? Un bail, qui r?sulte en ce que l?entreprise priv?e loue les infrastructures pendant une p?riode d?termin?e et finie.

4-????? Une concession, qui similaire ? un bail annex? de cibles ? atteindre concernant le tarif, le nombre de foyers connect?s, la quantit? d?eau produite, la qualit? de l?eau produite, etc.

5-????? La possession compl?te et d?finitive des infrastructures, assortie d?une r?glementation par les autorit?s gouvernementales.

La m?thode ayant donn? de bons r?sultats est la num?ro 4. Dans ce contexte, les profits des entreprises d?aqueduc priv?es d?pendent de leur capacit? ? relier le plus de gens possible au r?seau d?aqueduc, ? r?duire les co?ts au minimum et ? ?liminer les fuites. Quant aux tarifs, ceux-ci peuvent ?tre r?glement?s et les fournisseurs peuvent ?tre mis en concurrence. Dans le monde, il y a au moins neuf multinationales impliqu?es dans la gestion des aqueducs et beaucoup d?entreprises locales. ? Manille seulement, une cinquantaine d?entreprise ont r?pondu ? l?appel d?offre pour la privatisation. Il n?y a donc pas d?oligopole dans cette industrie.

Cependant , il faut faire attention de ne pas simplement convertir un monopole public en monopole priv?, structur? de fa?on ? ce que l’entreprise se retrouve ? viser la satisfaction des politiciens plut?t que celle des consommateurs finaux.

Cochabamba, Bolivie :

S?il y a un exemple de privatisation qui a mal tourn?, c?est bien celui de la Bolivie. La Banque Mondiale a certainement tent? de solutionner le probl?me d?acc?s ? l?eau ? plusieurs endroits dans le monde, mais s?y est bien mal pris, en subventionnant des projets m?diocres, qui n?ont b?n?fici?s qu?aux politiciens et aux firmes de construction qui les soutiennent.? ? cet ?gard, l?exemple de Bechtel en Bolivie d?montre tr?s bien la malhabilet? de l?organisme. En 2000, la Banque Mondiale exige de la Bolivie qu?elle privatise ses services d?aqueduc. ? Cochabamba, c?est un consortium men? par la firme am?ricaine Bechtel qui remporte l?ench?re. Selon le contrat, les acheteurs devaient investir pour revitaliser le syst?me existant, qui ?tait en forte d?t?rioration, doubler la couverture du r?seau, puisque la moiti? des habitants n?avaient pas acc?s ? celui-ci alors que les autres n?y avaient acc?s que quelques heures par jour ?tant donn? sa pi?tre condition, assumer $30 million de dette existante aux livres de l?entreprise d??tat et financer l?ach?vement du barrage Misicuni, un co?teux projet pourtant d?ficitaire que le consortium ne pr?voyait pas r?aliser, mais qui leur a ?t? impos? dans leur contrat. C?est qu?un alli? influent du pr?sident Banzer, le maire de Cochabamba, Manfred Reyes Villa, voulait ce barrage pourtant inutile, puisque sa construction b?n?ficierait ? ses collaborateurs politiques.

De fa?on ? financer ces investissements qui am?neraient le r?seau d?aqueduc ? un niveau presque digne des pays industrialis?s (m?me si les habitants n?avaient pas les moyens de d?frayer les tarifs associ?s ? un tel r?seau) ainsi que le co?teux barrage Misicuni, le consortium men? par Bechtel a augment? les tarifs en moyenne de 35%. ? Cochabamba, beaucoup de gens ont vu leur facture d?eau augmenter beaucoup plus que cela. C?est entre autres parce qu?auparavant, l?eau ?tait rationn?e. Il est donc normal qu?une fois le rationnement annul?, la consommation a augment?, ce qui a fait monter la facture finale des consommateurs. Le prix unitaire lui n?avait pas tant augment?. Par ailleurs, il n??tait plus possible pour certains habitants ais?s de payer des pot-de-vin aux fonctionnaires pour que leur foyer soit class? comme ?tant ? bas revenu, b?n?ficiant ainsi d?un tarif r?duit. Ces gens ont ?videmment aussi vu leur facture augmenter. Finalement, beaucoup de gens n?avaient pas de compteur d?eau du tout, ce qui leur permettait de consommer gratuitement, situation ? laquelle Bechtel a rem?di?. Ainsi, la r?sistance du peuple, surtout de ceux qui voulaient prot?ger leur acc?s privil?gi? au r?seau, a ?t? forte et le contrat a fini par ?tre r?sili?. Les tarifs sont par la suite revenus ? leur niveau initial et le r?seau est rest? dans un ?tat de m?diocrit? pr?caire. La moiti? des 600,000 habitants de Cochacamba n?avait toujours pas acc?s au r?seau d?aqueduc en 2005 et ceux qui y avaient acc?s devaient se contenter d?un service intermittent, parfois de 3 heures par jour.

Cette privatisation a ?t? b?cl?e et le processus a ?t? mal ex?cut?, perverti par le lobbying et l?ing?rence politique. Manille, Philippines:

? Manille aux Philippines, l?acc?s ? l?eau ?tait m?diocre, seulement 67% des gens avaient acc?s au r?seau, les gens devait se lever ? 3hAM pour faire la file, la qualit? de l?eau ?tait mauvaise et elle devait ?tre bouillie avant consommation. Avant la privatisation, le r?seau fonctionnait en moyenne 16 heures par jour et perdait 63% de la production en fuites. Apr?s la privatisation en ao?t 1997, le prix de l’eau par m?tre cube est pass? de 8,78 pesos ? 4,96 pesos correspondant ? une baisse de 43% du prix de l’eau pour les consommateurs, bien inf?rieur ? celui des vendeurs informels ? 100 pesos par m?tre cube. Mais, les tarifs ont d? ?tre fortement augment?s suite ? la crise asiatique et de s?v?re s?cheresses, atteignant environ 30 pesos de nos jours, ce qui ?quivaut ? 17 pesos ajust? pour l?inflation (notez cependant que les tarifs r?sidentiels sont nettement inf?rieur ? cela, et les foyers les plus pauvres b?n?ficient d?une escompte de 40%). Suite ? la crise asiatique, la devise du pays a perdu ?norm?ment de valeur, ce qui a fait augmenter astronomiquement le service de la dette en dollar US de la soci?t? d?aqueduc. Puis, le gouvernement n?a pas rempli ses obligations d?investissement concernant le bassin d?approvisionnement et refus? d?autres hausses de tarifs, ce qui a plac? l?entreprise en situation financi?re critique.

Ceci ?tant dit, le processus de privatisation a ?t? b?cl?. Une famille bien connect?e politiquement, mais sans exp?rience en gestion d?infrastructures (Lopez) a pris le contr?le de l?une des deux entreprises (car il y avait un maximum de 40% de propri?t? ?trang?re pour Suez) et a cherch? ? l?utiliser comme vache ? lait. Mal g?r?e et incapable de stabiliser sa situation financi?re suite ? la crise asiatique, qui a men? ? une forte d?valuation du pesos et ?tant donn? la limite de 40% d?actionnariat ?tranger, celle-ci s?est retir?e de la concession en 2003, apr?s avoir ?chou? ? l?atteinte de ses objectifs. La concession a ?t? reprise par Metro Pacific Investment et DMCI Holdings, des entreprises priv?es locales, en 2007. N?anmoins, l?entreprise a augment? l?acc?s au r?seau de 67% ? 86% en 2006.

L?autre soci?t? d?aqueduc a ?t? g?r?e par la multinationale Bechtel et les r?sultats furent bien meilleurs, celle-ci ayant surtout emprunt? en pesos. L’acc?s ? l’eau potable 24h/24 gr?ce aux services de MWC (Bechtel + partenaire local) a nettement progress?, atteignant 99 % en 2009 contre 26 % en 1997. La r?alisation de travaux importants et l’installation de conduites d’eau ont permis de pratiquement doubler le nombre de personnes b?n?ficiant des services d’approvisionnement en eau potable en le faisant passer de 3,1 millions en 1997 ? 6,1 millions en 2009. L’eau qui ?tait auparavant perdue, du fait des fuites et du chapardage, a ?t? utilis?e pour ?tendre la zone desservie par MWCI. Parall?lement, elle a r?duit la quantit? d’eau non factur?e, ramen?e ? 16 % en 2009 contre 63 % en 1997. Son organisation a ?galement ?t? rationalis?e : le nombre d’employ?s pour 1 000 raccordements est pass? de 9,8 ? 1,5 en 2009. L?entreprise est rentable et est m?me transig?e ? la bourse.

Donc en somme, la privatisation des aqueducs de Manille a ?t? plut?t rocambolesque, mais il n?en demeure pas moins que les gens qui n?avaient pas acc?s ? l?eau se retrouvent maintenant dans une bien meilleure situation qu?avant.

Djakarta, Indon?sie :

La privatisation des aqueducs de Djakarta en 1997 fut une v?ritable mascarade. ? cette ?poque, les gens payaient l?eau 10 ? 32 fois plus cher aupr?s de vendeurs informels et devaient faire la file pendant deux heures pour obtenir une eau de mauvaise qualit?, dangereuse pour la sant?. Le pr?sident Suharto a accord? des concessions de 25 ans ? la fran?aise Suez et ? la britannique Thames sans appel d?offre concurrentiel. L?arrangement avec le gouvernement ?tait complexe, incongru et insoutenable. Ces arrangements ont b?n?fici? au fils du pr?sident et ? ses relations. Encore une fois, la crise asiatique est venue fortement d?valuer la devise locale, ce qui a n?cessit? des augmentations de tarifs en 2001, 2003 et 2004.

Les r?sultats ont ?t? d?cevants, mais une am?lioration fut tout de m?me observ?e. Entre 1998 et 2008, l?acc?s aux aqueducs a augment? de 46% ? 64% et les fuites ont ?t? r?duites de 61% ? 50%. Il s?agissait certes d?une am?lioration, mais c??tait tout de m?me en-de?? des cibles fix?es par le contrat. Les tarifs quant ? eux ont presque tripl? en dollar courants (il faudrait ajuster pour l?inflation), mais pas pour les plus pauvres, qui n?ont pas subi d?augmentation.

Autres exemples :

En 1985, les autorit?s de Macao ont sign? un contrat de concession avec une entreprise priv?e concernant le r?seau d?aqueduc. R?sultat : la quantit? et la quantit? d?eau produite ont fortement augment?. Dix ans plus tard, le PIB de la ville a tripl? et ses habitants ont un des meilleurs niveaux de vie de toute l?Asie.

Au Chili, au d?but des ann?es 1980, le gouvernement a octroy? des droits de propri?t? sur de l?eau ? des fermiers, des entreprises et des municipalit?s. Ces droits pouvaient ?tre transig?s sur un libre-march?. R?sultat : l?offre d?eau y a augment? plus vite que dans n?importe quel autre pays. Avant cette ?poque, seulement 27% des Chiliens avait? acc?s ? l?eau potable dans les r?gions rurales et 63% dans les r?gions urbaines; alors que de nos jours c?est 94% et 99% respectivement, soit les pourcentages les plus ?lev?s de toutes les nations de la cat?gorie de revenu moyen.

En 1997, le gouvernement du Gabon a sign? un contrat avec une entreprise priv?e fran?aise concernant la distribution d?eau et d??lectricit? au pays. Le contrat comportait des cibles ? atteindre concernant le pourcentage de la population ayant acc?s au r?seau ainsi que les tarifs, qui devraient diminuer de 17.25%. Cette op?ration fut un succ?s, m?me si le Gabon est pays tr?s rural.

La ville de Casablanca a form? un PPP en 1997 avec un consortium form? d?entreprises locales et internationales, lequel a investi $250 millions dans le r?seau d?aqueduc entre 1997 et 2002. La performance du r?seau s?est nettement am?lior?e : diminution des fuites, augmentation du nombre de foyers connect?s, am?lioration de la qualit? de l?eau, am?lioration du service ? la client?le. La compagnie a r?duit le nombre d?employ?s, mais ceux qui restent ont ?t? mieux form?s et ont vu leur salaire augmenter.

En Guin?e, avant que les aqueducs de certaines r?gions ne soient privatis?es en 1989, presque 80% des gens de ces r?gions n?avaient pas acc?s ? de l?eau par aqueduc. En 2001, cette proportion avait diminu? ? 30%. Ces gens devaient marcher de longues heures pour acc?der ? un point d?eau et/ou achetaient d?un vendeur d?eau ambulant informel ? des prix exorbitants. Sous l??gide du gouvernement, la soci?t? d?aqueduc sous-investissait et exigeait un prix minime pour l?eau, ce qui constituait en fait une subvention pour les privil?gi?s qui avaient acc?s au r?seau (les plus riches). La qualit? de l?eau ?tait mauvaise, les interruption de service nombreuses, tout comme les fuites. Pour faire du rattrapage au niveau des investissements, bien s?r que les prix ont d? ?tre augment?s substantiellement, mais pour ces pauvres qui ont maintenant acc?s au r?seau, c?est une aubaine, puisqu?ils peuvent maintenant travailler au lieu de transporter de l?eau toute la journ?e.

? Buenos Aires, avant la privatisation en 1993, l??tat du r?seau ?tait lamentable en raison du sous-investissement. La moiti? des gens vivant dans les quartiers pauvres n?avaient pas acc?s au r?seau. Les fuites repr?sentaient 45% de la production, 99% des foyers n?avaient pas de compteurs et 80% des factures n??taient pas pay?es. Suite ? la privatisation, la production a augment? de 38% et 3 millions de personnes ont obtenu l?acc?s au r?seau gr?ce ? d?importants investissements. Le prix de l?eau est devenu 10 fois moins cher que celui des vendeurs informels. En 1998, le prix de l?eau ?tait 17% plus bas qu?en 1992 et la qualit? s?est am?lior?e, le nombre d?enfants d?c?d?s en raison de causes reli?es ? l?eau a diminu?. Le nombre d?employ?s est pass? de 8000 ? 4000 surtout par attrition. Puis est survenue la crise ?conomique d?Argentine, les entreprises ont souffert de la d?valuation de la devise puisque leurs revenus ?taient en pesos et certains de leur co?ts en dollars. Elles ont voulu hausser les tarifs pour compenser, ce que le gouvernement a refus?, poussant l?entreprise vers la faillite. Pour cette raison, Buenos Aires est consid?r?e comme un exemple d??chec de la privatisation des aqueducs, alors que les r?sultats ont ?t? plut?t encourageants, malgr? la corruption, l?interf?rence politique et la mauvaise ex?cution du processus de privatisation lui-m?me.

? Yerevan en Arm?nie, apr?s la privatisation, le service d?aqueduc a augment? en moyenne de 7 heures par jour ? 18.5 heures et plus de 70% des gens ont acc?s ? l?eau 24h/24. La qualit? s?est aussi am?lior?e alors que la consommation d??nergie de l?entreprise a diminu? de 48%. Les fuites d?eau ont diminu? de 35%.

Des r?sultats encourageants ont aussi ?t? observ?s au Rwanda et au Mozambique suite ? l?implication d?entreprises priv?es.

Aux ?tats-Unis, les privatisations d?aqueducs m?nent en moyenne ? des ?conomies de co?ts de 20% ? 50%. ? Jersey City, le service d?aqueduc ?tait m?diocre. L?eau go?tait mauvais et ?chouait parfois les tests de potabilit?. Les fonctionnaires en charge affirmaient qu?ils ne pouvaient rien faire sauf si les tarifs ?taient augment?s pour investir dans le r?seau. C?est alors que le maire a d?cid? de sous-traiter le service d?aqueduc ? des entreprises priv?es. En quelques mois, l?entreprise qui a remport? le contrat a r?par? le r?seau. L?eau de Jersey City rencontre maintenant les standards les plus ?lev?s et la municipalit? ?conomise $35 million en d?penses annuellement.

Atlanta est un exemple de privatisation qui a mal tourn? aux ?tats-Unis. Alors que le r?seau ?tait m?diocre, la ville a sign? un contrat de 20 ans avec United Water en 1999 concernant l?op?ration et l?entretien du r?seau, mais pas pour les investissements en infrastructures. La firme a d?abord h?rit? d?une file d?attente de plusieurs milliers de plaintes de service, dont certaines dataient de 3 ans. Puis, il s?est av?r? que la ville avait largement sous-estim? les d?penses en entretien du r?seau, dont certaines portions datent de 1875. N?anmoins, les fuites ont ?t? r?duites de 28% en quelques ann?es. En 2001, le maire d?Atlanta d?clarait qu?il ?tait tr?s satisfait de la privatisation.

Puis, en 2002, la nouvelle mairesse Franklin, qui avait jadis travaill? pour un concurrent de United Water, s?est mise sur le cas de l?entreprise. Face ? ses critiques, United Water a r?pondu que la ville n?avait pas rempli ses obligations contractuelles concernant ses investissements en infrastructures et avait plut?t utilis? les ?conomies de co?ts g?n?r?es par la privatisation pour boucler son budget. Puis, suite aux nombreuses disputes, le contrat fut r?sili?. La ville a repris le contr?le des aqueducs, embauch? plus d?employ?s et augment? significativement les tarifs.

En 1989, Margaret Thatcher a vendu 10 r?seaux d?aqueducs en les inscrivant ? la bourse en Angleterre. Ces r?seaux perdaient plus du quart de leur eau en fuites et presque le tiers des zones couvertes ne rencontraient pas les standards de potabilit?. Suite ? la privatisation, les entreprises ont investi 3.5 milliards de livres par ann?e dans les infrastructures. La qualit? de l?eau s?est grandement am?lior? et atteint maintenant les standards europ?ens. Les tarifs ont augment? de 21% en dollars constants entre 1989 et 2005, mais ils avaient augment? de 22% durant les 7 ann?es pr?c?dant la privatisation. Une chose qui a chang? est l?imputabilit? des entreprises d?aqueduc, qui doivent dor?navant payer des amendes lorsqu?elles endommagent l?environnement ou lorsqu?il y a des pannes, ce qui n??tait pas le cas lorsque les r?seaux ?taient publics. Les aqueducs Anglais livrent maintenant une meilleure performance que ceux d??cosse et d?Irlande qui demeurent sous l??gide des gouvernements, et ce ? moindre co?t.

Au Canada, les exemples sont plus limit?s, mais le meilleur est sans doute Moncton, au Nouveau-Brunswick. Dans les ann?es 1990, la ville souffrait d?une qualit? d?eau m?diocre. Entre les p?riodes o? l?eau devait ?tre bouillie, la ville utilisait des camions citerne pour transporter de l?eau d?une autre ville. En 1998, la ville a sign? une entente de privatisation avec USF Canada. L?entreprise a construit une nouvelle usine de filtration pour $23 millions, soit $8 ? $10 millions de moins que ce qui avait ?t? estim? par l?aqueduc public. Depuis, Moncton ?conomise $14 ? $17 million par ann?e en co?ts de capital et d?op?ration. L?eau rencontre maintenant les standards de potabilit?.

Malheureusement, au Canada, le mouvement anti-privatisation (men? par les syndicats) est tr?s puissant et a r?ussi ? effrayer le public de sorte que tr?s peu de privatisations ont ?t? envisag?es. Pourtant, ? Montr?al, la ville perd presque la moiti? de son eau par les fuites et les co?ts d?op?ration y sont exorbitants. Mais personne ne se scandalise de l??chec du public?

Conclusion :

M?me si nous n?entendons parler que des exemples de privatisation qui auraient suppos?ment mal fonctionn?, il y a pourtant beaucoup plus d?exemples de privatisation qui ont bien tourn?. Des projets de privatisation financ?s par la Banque Mondiale, seulement 4% ont ?t? un ?chec menant ? la r?siliation du contrat. Ceci dit, les exemples de Cochabamba, Manille et Djakarta nous indiquent les voies ? ne pas suivre et les erreurs ? ?viter. Par ailleurs, il semblerait que l?implication des firmes Suez et Bechtel m?ne souvent ? de mauvais r?sultats (celles-ci sont sp?cialistes de la connivence politique).

Le probl?me le plus fr?quent n?est pas que les tarifs d?eau sont trop ?lev?s, mais bien qu?ils ne le sont pas assez lorsque l?aqueduc est public, ce qui incite au gaspillage et au sous-investissement. Ce qui importe n?est pas d?avoir un tarif? excessivement bas, mais plut?t d?investir pour ?tendre le r?seau au plus grand nombre de foyers possible dans un contexte institutionnel favorable.

Voici les plus grandes erreurs ? ?viter lors d?une privatisation d?aqueduc :

-????????? Processus men? trop rapidement, ne permettant pas d?obtenir le meilleur arrangement.

-????????? Pas d?appel d?offre concurrentiel.

-????????? Recherche du tarif le plus bas, m?me si le plan d?affaires est irr?alisable.

-????????? Ing?rence politique.

-????????? Sur?valuation ou mauvaise ?valuation de l??tat du r?seau (souvent par manque de donn?es en provenance des aqueducs publics et de leurs syndiqu?s; les privatisations font d?ailleurs suite ? une p?riode de sous-investissements chroniques apr?s lesquelles des vices cach?s surviennent immanquablement).

-????????? Financer avec de la dette en devises ?trang?res ou ne pas lier les tarifs au taux de change.

-????????? Laisser certaines infrastructures critiques n?cessitant des investissements indispensables pour la viabilit? du r?seau entre les mains du gouvernement.

-????????? Limites sur la propri?t? ?trang?re (nuisant ? l?acc?s au capital et agissant comme une subvention aux entreprises locales manquant d?expertise dans le domaine et souvent de connivence avec l??tat).

-????????? Exiger des investissements trop ?lev?s pour la capacit? de payer des consommateurs locaux.

-????????? Subventionner la consommation d?eau des foyers les plus pauvres en for?ant les tarifs ? la baisse plut?t qu?en octroyant des coupons.

-????????? Grilles tarifaires trop complexes et/ou inad?quates.

La simple privatisation des aqueducs n’assurera pas un « miracle ?conomique ». C’est une condition n?cessaire, mais pas suffisante ? l’am?lioration des choses. Pour que cela fonctionne, il faut aussi un contexte institutionnel qui favorise la concurrence et la libre-entreprise; une ?conomie ouverte et dynamique. Autrement, on ne fera que convertir une rente publique en rente priv?e.

Quant aux activistes anti-privatisation, ils ont bien peu d??gard pour les pauvres gens qu?ils pr?tendent d?fendre, qu?ils utilisent dans leur lutte contre le capitalisme. Ils font davantage appel ? l??motion qu?? la raison. Ils appliquent un double standard : lorsque le secteur public pr?sente une performance m?diocre, laissant des millions de gens sans acc?s l?eau, pas un mot, mais aussit?t qu?une entreprise priv?e commet la moindre faute, c?est l?h?catombe. Finalement, il est ?vident que les fonctionnaires et leurs syndicats militent fortement contre la privatisation des aqueducs.

Une chose est s?re, ce d?bat m?riterait que l?on y consacre moins d??motion et davantage de raison.

Pour plus de d?tails sur le sujet, voici deux textes fort int?ressants :

?Water-For-Sale : How Business and the Market Can Resolve the Worlds Water Crisis?, par Fredrik Segerfeldt, un auteur et commentateur Su?dois qui collabore avec plusieurs ? think-tanks ? lib?raux. Vous trouverez une version ?lectronique de son livre ici.

Autre ?tude de cas sur les privatisations d’aqueducs:

http://www.law-lib.utoronto.ca/investing/reports/rp39.pdf

water_privatization

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