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La pri?re des framboises

 

Ce matin, dans le jardin, en buvant mon caf?, dansaient d?j? les abeilles qui butinaient comme des dieux, ?de fleur ? ?fleur. Un petit vent frais rythmait les feuilles dansantes?

et l?? Ma compagne de Vie, en train de cueillir des framboises. Elle est venue vers moi, portant la moiti? d?un panier de framboises.

– Tu cueilles des framboises?

– Oui, Tu vas trouver ?a dingue? J?ai l?impression de prier.

Henriette??aussi avait son chapelet noir, qu?elle ?grenait de temps en temps? Mais voil? que ma compagne avait trouv? ces petits grains de ?chapelets pourpres, pleins de vie, que l?on ?gr?ne en les cueillant.

Ce qu?il faut aux humains pour comprendre, c?est tout simplement d??tre ?merveill?. On a ?a dans l??me en naissant? On a ?a dans la d?bonnairet? ? la souche de son ?tre. Qui donc sait les vies ant?rieures? Qui donc conna?t la petite part de lumi?re en nous capable de s?associer ? tous les lumignons des sols, des abeilles, des plantes dites ind?sirables? Personne ne se vante d??tre en amour avec ce qui EST l?amour. Puisque tout est li?, notre « s?paration » avec la Vie est d?li?e de par la pauvret? de nos chairs.

« Comprendre » ne peut pas ?tre li? ? des analyses. Comprendre ne peut jamais ?tre une dissection du vivant. Comprendre est ne pas avoir ? exprimer ce que l?on est puis que nous sommes TOUT ce qui est.

Il m?est venu un vieux souvenir de mes ?tudes: diss?quer des crapauds dans le laboratoire? J?ai compris plus tard que la dissection des crapauds permettait de comprendre la m?canique du vivant des crapauds, mais elle n?a jamais permis de comprendre la vie des crapauds ni, surtout, tout l?environnement et rapports des crapauds avec le tigre de Sib?rie ou la libellule qui volait au dessus de l??tang.?

Le soleil se levait lentement ? l?Est, sur une montagne, puis ?claboussait tout le vivant, plantes, animaux, moustiques, eau, arbres, humains.

Ce qui unissait tout cela, c??tait la lumi?re. Le soleil ne juge pas le ver de terre qui travaille les sols, les enrichit, se nourrit ? indirectement- de la lumi?re du soleil, de la chaleur, des pluies.

Un petit air doux passa, tout doux, passa, effleurant une joue, une feuille, une abeille?

Quand tu jettes un peu d?eau sur un feuillage, personne ne l?entend dire « merci ». Il vous parle en vous nourrissant. Les Homme, eux, pensent qu?en parlant on nourrit.

Aimer, dans toutes les formes de diff?rences, est sans doute le plus bel acte que puisse accomplir l??tre humain.

Si l?on peut prier avec un petit panier de framboises, nous avons un ?norme probl?me: celui de ne pas prier avec cette ?multitude de fruits que sont les humains, eux aussi, soumis ? l?eau, ? l?air, au soleil, ? la terre. Eux aussi? Oui.. Et les « eux » sont les autres.

Nous vivons comme si le grain du chapelet ne faisait pas partie du chapelet.

Et plus nous nous ?loignons du vivant, plus nous nous ?loignons les uns les autres.

On dirait que le progr?s, dans son format techno, nous assassine et nous d?fibre.

Oui, il nous d?fibre dans ce qu?on a de vivant et de?vrai. De?r?el??galement?

Nous sommes ?gar?s les uns des autres. Certains disent que c?est de la haine. En fait, c?est une ignorance cultiv?e que de vivre dans un format ?teignoir?

La soci?t? est ce petit chapeau que l?on met sur les chandelles pour les ?teindre?

Chapeau!

Ga?tan Pelletier

19 juillet, 2014, ? l?apparition des premi?res framboises?

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